A TA 4 BAKER
la saignée adoucit les douleurs : une décoction de vitriol, d'alun et de sel commun, arrête quelquefois la gangrène dans ses commencements fl). M. Puy fit plusieurs incisions jusqu'à l'os dans la jambe gangreneuse d'un enfant; en suite de quoi il perça de plusieurs trous le tibia qui éprouvait des douleurs aiguës :
presque tout l'os, qui était pourri, tomba; mais il se régénéra insensiblement par le moyen du calus , et de nouvelles chairs s'élant formées , le malade se rétablit complèlement.
S'il m'était permis de proposer mes conjectures sur cette maladie inconnue, après avoir fait précéder la saignée, suivant l'exigence du cas (2), j'exciterais le vomissement par le moyen de l'ipécacuanha , et cela peut-être à diverses fois; je purgerais ensuite avec un sel amer; puis je donnerais de grandes doses de camphre, d'élixir de vitriol et de quinquina, en faisant boire par dessus une décoction de camomille; je ferais appliquer de larges vésicatoires derrière le cou et à l'os sacruin^ et, après avoir fait faire plusieurs incisions aux parties malades , j'y ferais ap pliquercontinuellement des fomentations jiréparées avec du quinquina cuit dans le vin. — Se trouverait-on bien dans cette maladie des bouillons de vipères , dont j'ai fait voir plus haut qu'on les emploie abusivement dans la paralysie qui arrive à la suite de l'apoplexie sanguine ?
On est porté à le croire ainsi d'après un examen attentif de la maladie et de ce remède, dont M. deHaën a constaté l'efficacité il n'y a pas long-temps par quelques observations de certains cas graves dans lesquels il l'a employé. — Est-ce avec assez d'exactitude qu'on a donné à cette gangrène le nom de gangrena ustilaginea (3) ? Non , assurément. — Est-ce
(1) il/ém. de math, présenté à l'Acad., t. Il, p. 162.
(2) Il faut user de circonspection dans l'emploi delà saignée; et Wald-Schmidt, qui a décrit une épidémie qui régna en 1717 dans le Holslein, dans une dissertation publiée la même année à Kiel, avertit qu'il a appris par des expériences multipliées, que la saignée était nuisible pendant le cours de la maladie.
(3) De mot à mot celte dénomination signifierait la gangrène produite par la nielle; mais il paraît que c'est ce qu'on a désigné en français sous le nom d'ergot. Voyez Sauvages , Nosologia methodica .
Genève, 1778, in^", t. ii, p. 623, où il
le mal des ardents ? Cette maladie paraît avoir été un érysipèle qui dégénérait souvent en gangrène. M. Puy a dit que cette maladie s'était quelquefois montrée sous cette apparence en Daupbiné. — Est-ce la même gangrène que celle qui a été si funeste à la famille de J. Downing dans le district de Wattisham , au mois de janvier 1762 , et qui a été décrite par MM. Bones (1), WoUaston (2jet Persons (3).
Le père, la mère et six enfants sont attaqués des plus cruelles douleurs aux jambes, aux pieds et aux cuisses , tandis que le reste du corps est en bon état ; ces parties se noircissent et tombent par la gangrène. Le père seul est plus heureux , et la maladie étant moins violente chez lui, il ne perd aucune partie de son corps. Un petit garçon de quatre mois meurt avant l'amputation, ayant les jambes noires. La mère , trois filles et deux fils perdent sept jambes et quatre pieds ; de douze pieds , il en tombe donc onze d'eux-mêmes ou par l'amputation. Voilà la vraie image de la maladie de Sologne. — Elle n'a pas été produite par la même cause, savoir, par le seigle ergoté, mais bien par un froment corrompu dont on avait fait un mauvais pain , duquel un autre homme ayant fait usage, il avait été attaqué de la même maladie , mais avec beaucoup moins de violence. Il faut donc chercher la cause de cette maladie dans la graine, qui, suivant l'observation de M. Wollaston , était noire et corrompue. Muller a cru, mais mal à propos , quoique ce n'ait peut-être pas été sans être fondé sur quelque observation, que l'ergot n'a pas été nuisible sans que la nielle y ait eu part. Mais pourquoi cette famille a-t-elle été malade plutôt que d'autres ?
1° Il y a eu en Silésie deux familles entières qui ont péri , et chez qui il y avait par conséquent quelque disposition nuisible , qui les avait préparées à recevoir cette maladie. Il y a eu en Sologne deux frères qui ont été , plus que toute autre personne, cruellement maltraités de la même maladie. Il paraît qu'à Blois il
appelle cette maladie Necrosis ustilagi' nea.
(1) Phdosoph. Trans., tom. m, n» 84 et 85.
(2) Ibid., no 83 et 98.
(3) Médical musœum, tom. i, p. 442 ; t. Ji, p. 499.
lzItre a m* saker.
n'y a eu qu'un seul homme qui en ait été malade. Il est d'autres observations qui démontrent que certaines personnes sont fort sujettes à cette gangrène (1). 2" En Silésie , l'ergot a surtout attaqué les enfants ; ceux qui en ont été malades en Angleterre étaient des jeunes gens, et une mère affaiblie en allaitant son enfant. 3° Tous ceux qu'elle a infectés étaient maigres et valétudinaires , ce qui décèle un sang appauvri. i° On a observé ailleurs que la maladie était devenue plus fâcheuse parce que l'air était humide et renfermé , et que les malades s'étaient nourris de cochon et de lait. Tout cela avait lieu dans la famille Downing.
b" Cette famille infortunée n'a pas seulement usé d'un mauvais pain , mais encore de mouton gâté, de mauvais lard, de mauvais pois , et de certaines choses qui nuisent sur-le-champ ; tout cela a contribué à leur maladie. 6° Cette maladie n'a pas été contagieuse.
Doit on rapporter ici celte épidémie gangreneuse qui a régné aux Iles en 1749 et 1750, et dont M. Boucher a donné une bonne description (2) ? Elle commençait
(1) Quesnay, De gangrena, p. 413.
(2) Journal de médecine, tom. xvii; p.
327, etc.
par des douleurs aiguës et par des spasmes, surtout aux parties inférieures ; ces spasmes étaientsi terribles, que les talons s'approchaient des fesses; il survenait après cela un engourdissement qui était suivi de gangrène, et quelquefois de la chute spontanée des membres. L'auteur, dont les observations sont bien faites et exactes , ne soupçonne point à la vérité que l'usage du seigle ergoté en ait été la cause, et attribue cette maladie à la mauvaise qualité de l'air. Je serais pourtant porté à croire que des aliments empoisonnés y ont contribué, et cette maladie a assurément beaucoup de rapport avec celles que le seigle ergoté occasionne. — Cette maladie serait-elle du même genre que cette fièvre épidémique et gangréneuse qu'on a observée dans l'un des hôpitaux de Bologne, et dont on trouve une description très-exacte dans ce bon journal intitulé Giornale di Medicina , qui se publie à Venise ? Il ne le paraît pas du tout.
J'ai l'honneur de vous saluer, monsieur, et je vous prie de recevoir avec bonté ce petit mémoire tel qu'il est.
A Lausanne, le 28 juin 1764, et derechef le 16 novembre 1769.