MALADIES DES ENVELOPPES DES NERFS
§ IG. Composées de cellulosité plus ou moins compacte, et de beaucoup de vaisseaux , les enveloppes des nerfs doivent être sujettes aux maladies dont ces deux parties sont susceptibles , et M. Boerhaave en a fait le tableau général de plus exact (1); il pourra y naître, dit-il, des inflammations de toutes espèces , des érysipèles , des anévrlsmes , des varices, des concrétions; leurs membranes peuvent devenir cartilagineuses et osseuses même ; il pourra s'y former la suppuration , le squirrhe , la gangrène (2} , le sphacèle même ; et toutes ces maladies peuvent intéresser les fonctions du nerf; d'autres fois elles ne les altèrent p;is, et son action se conserve dans toute son intégrité ; de là ce grand médecin remarque que l'on doit envisager les maladies des nerfs dans trois endroits : dans le cerveau , oii ils ne sont point encore revêtus d'e cette enveloppe ; dans les parties où ils vont se terminer, et oii ils en sont dépouillés; dansleur route, oii ils en sont revêtus. Leur tissu cellulaire, dit-il, peut être le siège des maux de neris qui ne l'ont pas dans le cerveau , et c'est à celle cause sans doute qu'il faut rapporter les paralysies particulières de quelques muscles (3J; il rapporte à deux clas-
(1) De morb. nervorum, article I, pag.
Cl, etc.
(2) On trouve dans l'utile recueil des observations faites dans les hôpitaux militaires, publié par M. Ricliard, i. i, p. 376, l'observation d'un plexus méseniérique gangrène. Les symptômes de la maladie, qui n'avait duré que quinze à seize heures, avaient été des douleurs excessives dans le ventre, une faiblesse pareille à celle d'une syncope, le froid des extrémiiés, et la perle du pouls.
(3) M. Schwencke vit une fille <àgée de vingi ans, à qui une passion mêlée de peur et de colère avait fait perdre la voix depuis trois semaiiaes, et qu'il guérit
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ses les accidenls que ces vices des enveloppes peuvent éprouver, la compression et l'érosion. Une lumcur inflammatoire qui se forme dans la (unique cellulaire, si elle est assez ronsidcrable pour comprimer le nerf niêine , le rtn'Ira inutile: il en naîtra une païaljsie par l'impossi- Lililé à l'exécution du mouvement des esprits animaux, et il peut même arriver «nie quand l'inflammalion se résoudra , le mouvement des nerfs ne se rétablisse point, p.irco que la compression et la stagnation les ont collés et rcndusimperméables ; ce nerf est donc perdu , et s'il servait aux fondions vitales, la mort peut s'ensuivre (I).
Il n'y a point de médecin qui n'ait observe plus d'une fois dans les maladies inflammatoires, et dans d'autres maladies aiguës, lors même que le cerveau n'est jioint nnbarrassé , des alïaiblissements sensibles , des stupeurs, quebiuefois de vr.jies paralysies de quelqui s parties, qui m'ont toujours paru dépendre de cette inflammation des gaines des nerfs, excepté quand elle est produite par la compression de quelque organe engorg'é qui les serre. Lancisi (2) rapporte le cas d'un jeune homme qui , au sortir de la petite vérole, se releva paralytique des exliémités intérieures, et il attribue celte paralysie à l'engorgement des ganglions, qu'il place dans un endroit oii il est rare qu'il y en ait ; mais il est très - apparent qu'elle dépendait de l'engorgement de la g line des nerfs sciatiques. De quelque ciuse que vienne la compression, l'elfet est le même. M. Tarin, disséquant le cadavre d'un paralytique qui avait perdu la voix depuis quelques mois, trouva le tronc delà huitième paire d'un côte, un peu au-dessus de l'origine du récurrent, altéré par une tumeur de sept ou huit lignes de longueur, et quatre à cinq de diamètre , formée par une gelée fort épaisse, épanchée dans la cellulosilé , et
sur-le-cliamp en frottant les nerfs le long <le ia Iracliée-artère (K. V. Liniburg, De Corpor. cousent., § 100). Il est bien pro- Lable que l'engorgement s'était formé dans les enveloppes du nerf récurrent ; cependaiii srraii-il impossible qu'il se fût produit quelque dérangement dans les tubes nerveux mémos, p-écisémenf dans le nerf récurrent , et non dans les autres rameaux de la même paire? Je ne le crois point.
(1) Boerli., ibid., p. fi4.
(2) De gangliis, p. 117,
enveloppée par uhe ihcmbrane Irès-forle (i). On voit que celte tumeur avait produit sur l'action du récurrent le même effet que nous avons vu résulter des ligatures. — Eu disséijuant des cadavres de gens morts aveugles, M. Morgagui trouva une fuis le nerf optique cngoi gé par une humeur fort trouble, une autre fois par un mucus épais (2j ; et dans le cadavre d'un homme tué par une chute, il trouva les deux princip.ux troncs du crural , dans tout le trajet de la cuisse , si engorgés de graisse , qu'il y en avait beaucoup plus que de f;bres nerveuses ; et ce (lu'il ajoute Cht bien intéressant , c'est que, quoiqu'il eïit déjà vu souvent les cordons nerveux engorgés i)ar la graisse, ce qui est contraire à l'oiiinion commune, surtout à celle de ceux qui re^;ardent les nerfs comme des cordes tendues, il n'avait pas ciu qu'il piîl s'en faire un aussi grand amas ; et il e>t aisé de comprendre , dit-il, que s'il s'y formait un amas de quelque autre matière, il pourrait en résulter tous les maux que l'on impute aux vices des nerfs mêmes (ij. M. Cheseldeu donne la description d'une tumeur a peu près de la grosseur d'un œuf de pigeon formée au centre du nerf cubital, un peu au-dessous du coude, qui était de nature cystique; les libres nerveuses écartées étaient répandues à sa surface; elle occasionnait un grand engourdissement de toutes les parties inférieures , et une douleur excessive au plus léger tact, ou au plus léger mouvement; on l'amputa, la douleur cessa entièrement, et l'engourdissement n'augmenta que bien peu (4). iVI. Camper a aussi donné deux observations très intéressantes sur les tumeurs des nerfs (5),
(1) Encyclop., t. vu, art. Gmiglioii.
(2} Desedib. et caus. ntorbor., Ep. 15, art. 8 et 9; Kp. 52, art. 50. Law a vu une cécité produite par une liydatide qui comprimait le nerf optique, et Blcgui par une concrétion pierreuse dans le nerf optique même. Zodiac. Med. Gall., aim. l, avril, obs. 14. C'est d'une cause semblable que peut dépendre la paral\sie du slcrnomastoïdien. Haller ad Coerli. , t. n, p.
(3) De sedib. et caus. morb. Ep. G9, t. IX, p. 446.
(4) The analomy of llie Iiuman. body.
Long. pl. 28. I! est à présumer que l'engourdissement aura diminué dans la suite.
(5) Demonsl. analom. pnlhol. , 1. i, ch. 11, § 5.
Et de LEO
Il dit qu'elles se forment ordinairement ilans les enveloppes des nerfs subcutanés; une de celles dont il parle, et il en a vu plusieurs autres, était près du coude, l'autre près du genou : il dit qu'il faut les emporter , et il amputa la première avec le plus grand succès. La ctllulosilé des gaines nerveuses , comme celle de toutes les autres parties du corps, est susceptible d'iiydropisie , et je l'ai vue dans une élencUie de plus de trois pouces sur le nerf sciatiqiie droit, clicz un homme qui avait ptrdu l'us.ige des parties inférieures api es une cluile, et qui élait mort bydropiqiie. M. Boerlmave croit (I) que dans la leucoflegmalio toutes les tnveloppcs nciveuses se ressentent de l'infiltration, et il est fort à présumer qu'un étdt de leucofliginatie , qui durerait très - long - temps , affecterait enlin tou'es les parties du tissu cellulaire ; mais il faut lonij- temps sans doute jiour que cela arrive : dans le cas dont je viens de parler, l'engorgement élait pnrticulier à la partie que je désigne, et il me parait qu'il n'est pas nécessaire de recourir à celte cause pour expliciuer l'affiiiblit-semenl de l'action musculaire dans celte
! maladie. — Ces enveloppes parlicipent aussi aux autres vices de la membrane cellulaire qui les entoure, et l'on a remarqué (|u'el!e s'épaissit consi'lérable-
j ment dans le voisinage des tumeurs blan-
! ches désarticulations; remarque qui peut servir à rapporter à leur véritable cause quelques-uns des phénomènes qui accompagnent ces maladies (2). — M. de
! Haen trouva deux tumeurs dans le même nerf phrénique , l'une au milieu de sa longueur, l'autre très-près du diaphragme; et M. Coopinan a aussi vu le nerf phrénique, du côté gauche, traverser dans la poitrine une glande presque pierreuse ou osseuse (3)
i § 1 7. Si du pus , de la sanie , ou une autre humeur fort acre se forme, ou s'épanchedans les gaines des ne fs, elle viendra , dit iVl. Boerliaave, h ronger le nerf
I même, et produira des douleurs très-
(1) De Morbis nervorum, p. 78.
(2) reymar, De TumorUnts alb'is , cl lîaîlcri, LoUect. ihes. prcict., 1. vi, p. 437.
(3) On doit à M. Coopman une excellente traduction latine de l'analomic des nerfs, de M. IMonro, qu'il a enrichie de notes lri''s-inléressanies , et d'une nevrotomie fort courie, mais fort bonne, p.
vives, quoiqu'il n'y ait aucun vice dans le cerveau, ni dans l'extrémité des nerfs (1); mais à la fin cependant la partie médullaire même vient a être endommagée, et les fonctions du nerf cessent après de longues douleurs.
§ IS. M. Colunni, dans un excellent ouvrage (2), a prouvé parles raisons les plus fortes qu'il y a une sciatique qui ne dépend que d'un épanchement dans les enveloppes du nerf sciatique , et je reviendrai à donner plus de détails sur cette maladie dans le seizième chapitie. — !\î. Bocrhaave a fait de la goutte une maladie uniquement de nerfs; il en distingue de deux espèces: l'une, dit-il, et elle est très-rare, consiste peut-être dans une dégénération des esprits animaux ; l'autre a son siège dans les enveloppes des nerfs, et se manifeste par la tumeur et l'inllainmation (3). M. Isenflamm demaniie si c'est dans les tuniques des nerfs que réside la cause des fièvres périoJiques , et il remarque que celle extrême sensibilité au froid, et en général a tous les changements de temps, cette espèce de douleur h.ibituelle, cette diminution dans l'aptitude au mouvement que l'on obseive souvent dans les parties qui ont souffert d'un violent froid, et les fluxions invétérées et opiniâtres, qui sont une maladie assez fréquente, et qu'il ne faut pas dissiper inconsidérément , pourraient bien avoir leur cause et leur siège dans ces mêmes enveloppes (4), dont les maladies avaient aussi été Irè.s-bien connues par l\F. Z nn (ij; après avoir parlé de la cellulo.-ilé qui les compose, il dit qu'elle e4 le siège de plusieurs maladies nerveuses, dans lesquelles le cerveau et la moelle de l'épine sont sains. « Ce sont, » ajoule-t-il, les seules curables, car, dès » que la moelle est attaquée, il ne paraît » pas qu'elle soit accessible à l'action des » remèdes ; et s'en prendre ;i l'altération » des esprits, c'est débiter de vaii.e; con- >' jectures ;g). Les paralysies de plusieurs
(1) La façon dont le nerf est irrité dans CCS sortes de cas ne me paraît pas encore absolument éclalrcie.
(2j De Iscliiade nervosa.
(4) De vasis nervorum, § 30. '
(5) Mémoire sur les enveloppes des nerfs. Mém. de Berlin, 1753. Coll. de M. l'.nul, 1. Il, p. 444.
(C) Les lésions considérables de la moelle sunt sans doute incurables, et j'examinerai, dans le cljapiire du pro-
)» parties paraissent produites par de pe- » tits vaiîseaux gonflés et obslnics par » quelque bumeur répandue dans le tissu » cellulaire, coagulée et accrue au point » d'y produire une tumeur, ou eulin par » une humeur déposée par métastase. »
Ce sont les seules paralysies qu'il croie guériss;ibies par l'éieclricilé ; et M. Boerliaave croit avec plus de raison que ce sont les seules qui soient suérissiibies par les remèdes externes (i ). C'est à l'inflammation de ces enveloppes que M. Zinn attribua aussi les accidents des panaris, neuf ans avant que l'ouvrage de M. Baerhaave parût , et ceux qui sont une suite de la lésion des tendons.
§ 19. Les ganglions, qui ont des enveloppes de la même espèce que les nerfs, sont sujets aux mêmes accidents ; et Vieussens avait attribué à l'humeur qui s'y épanche , si elle est acre ou si elle le devient, une grande partie des maux de nerfs (2). I.ancisi avait adopté son système, et l'étendait au plexus; faire de celte irritation une cause générale des maux de nerfs, c'est aller beaucoup trop loin; mais il est vrai que les inflammations, les endurcissements, les dépôts qui peuvent se faire dans les ganglions, lèsent nécessairement beaucoup les fonctions de tous les nerfs qui en partent. Les maladies qui arrivent aux enveloppes de la moelle de l'épine sont du même genre; j'en aurais parlé ici, si elles ne m'avaient paru appartenir plus parliculièrement au chapitre de la paralysie.
§ 20. On voit par tout cet article que les enveloppes des nerfs sont le siège de plusieurs de leurs maladies, indépendantes de l'état du cerveau et d'aucun vice dans leur partie médullaire ; il est important de s'être assuré de cette vérité , et il le serait beaucoup d'avoir des caractères certains pour les reconnaître ;
noslic, jusqu'à quel point s'élend la difficulté de guérir les maux de nerfs; mais dire que quand la moelle est attaquée, elle est incurable, c'est une erreur qui peut venir de ce que M. Zinn n'avait pas vu assez de malades; il n'y a point de partie absolument hors de la perlée des remèdes; dire que tout ce qu'où peut débiter de l'altéraiion des esprits animaux n'est qu'une simple conjecture, est une décision précipitée , avant que de s'être occupé expressément de cette matière.
,(1) Prœlecl., t. ii, p. 580.
(2) Neurograph,, I, m, çh. v, p. 190.
ces caractères nous manquent, mais on peut cependant en général présumer celte cause : 1" quand on trouve dans quelqites parties des accidents qui paraissent ne pouvoir dépendre que de l'aclion lésée des nerfs, et qu'en même temps on ne trouve aucun symptôme de lésioa dans le cerveau ni dans le re-te du genre nerveux. 2" Cette |u-eniière considération ac(juiert une nouvelle force, si l'on n'a point lieu de soupçonner dans le voisinage du tronc nerveux, dont on présume la lésion , quelijue tumeur qui le comprime. 3° Si l'accident a été précédé par quelque maladie, ou par quelque accident de nature à occasionner un engorgement dans les troncs nerveux ; un coup, une chute, une pression peuvent opérer cet elïet , et l'on en trouvera des exemples dans le chapitre où je traiterai des causes prédisposantes aux maux de nerfs ; une forte contusion occasionne presque toujours un épanchement qui, s'il a lieu dans les gaines des nerfs, peut très-aisément les paralyser; c'est aiusi (jue Galien comprit que le siège de la cause de la paralysie des doigts était dans la moelle des nerfs vertébraux oii l'bumidité froide avait produit uo engorgement. 4» Une douleur fixe dans (|uelque partie où l'on est sûr que passe le tronc nerveux , qui se distribue aux parties souffrantes. J'ai eu un malade, qu'une diarrhée habituelle supprimée jeta dans des douleurs de sciatique qui se dissipèrent par un mauvais traitement; le malade éprouva d'abord une douleur fixe au haut des vertèbres lombaires, un peu du côté gauche, et perdit peu à peu l'usage et la sensibilité des cuisses et des jambes, surtout de la gauche; il n'était même plus entièrement le maître des sphiticters de l'anus et de la vessie; il est donc bien évident qu'il y avait un engorgement dans la moelle épinière , qui comprimait les nerfs qui sortent précisément au-dessous de l'endroit de la douleur, et c'est sans doute aux engorgements plus ou moins forts qui se forment dans les enveloppes des nerfs , après de longues maladies rhumatismales mal traitées, que l'on doit attribuer ce marasme qui leur succède souvent, et dont on voit un si gi-and nombre d'exemples chez le peuple. 5° Les premiers effets des remèdes peuvent beaucoup servir à confirmer ou à alïaiblir ces conjectures.
ET DE LÏDRS MALADIES