‹ Œuvres de TissotChapitre 151 sur 160 · EXTRAIT DES · texte numérisé non relu

EXTRAIT DES

L'orge peut aussi occasionner le rapliania, lorsque celle çraine a élé infectée de la nielle (1). En général, cependant, l'ergot et la nielle sont souvent assez répandus , sans que pour cela il en résulte aucune alteinle de raphania ; mais il faut encore, pour que les graines qui sont ainsi injectées donnent celle maladie, un concours considérable de circonstances ; il faut que les grains gâtés n'aient point été lavés par la pluie ni nettoyés, et que cette circonstance soit encore accompagnée de quelques autres, qui sont des conditions nécessaires pour que l'usage de ces grains puisse causerie raphania. — Toutes les propositions que l'auteur avance ici, dit M. Todc , ne sont que de pures assertions de sa part ; encore les a-t-il empruntées en partie des autres écrivains. Mais elles convaincront difficilement un lecteur qui aura bien pesé les relations des médecins du Sleswick et du Holstein. Il est assurément singulier que ce concours si rare de diverses circonstances ait dû avoir lieu pendant plusieurs années consécutives dans la préfecture de Segeberg, mais il est encore plus singulier qu'après tout ce que d'autres auteurs ont écrit au sujet de la nielle comme étant une cause du raphania, M. Lentin n'ait pas trouvé que cette nielle méritât son attention, et qu'il ait mieux aimé s'en tenir à l'ergot.

Il examine ensuite la ressemblance de cette maladie avec d'autres indispositions , et entre autres avec la colique des habitants de la province de Cornouaille, laquelle a été décrite par Huxham (2) , celle qu'elle a avec la colique de plomb et avec les symptômes qu'occasionnent les vers. M. Lentin rapporte à ce sujet quelques observations remarquables. — Un prédicateur était attaqué d'une colique hémorrlioïdale ; après avoir éprouvé une sensation particulière dans les membres , ces parties perdirent le sentiment elle mouvement. Cependant une piqûre de puce était capable d'y causer la sensation la plus désagréable et la plus inquiétante, tandis qu'on pouvait les pincer et les empoigner sans y faire aucune impression. — Un autre malade se sen-

(1) Je crois qu'il faut traduire ainsi le mot allemand MeA/(/(aa, du moins ici, quoiqu'il désigne aussi la rouille et la brouissure.

(2) C'est la même que celle de Devonsbire ,

OBSERVATIONS

tait moins de douleur dans le ventre , toutes les fois qu'il éprouvait de la difficulté d'uriner. — Un aveuglement causé par des impuretés dans les premières voies se guérit en les évacuant. — M. Lentin a aussi trouvé que les muscles qui sont autour du pouce s'atrophient chez les personnes attaquées du raphania. — Des vésicaloires appliqués des deux côtés de la poitrine ont rétabli des ergotes , chez qui les spasmes ne souffraient déjà plus d'interruption, et qui étaient tout-à-fait stupides. — Le fourmillement et l'appétit vorace sont deux symptômes de celte maladie qui ne lui sont communs avec aucune autre affection spasmodique. Cependant, dit M. Tode , outre l'exemple que M. Lentin en a trouvé dans les observations de M. Hillary, j'ai observé une pareille sensation cliez une femme hystérique, attaquée de spasmes. Celte infortunée passe à l'ordinaire des heures entières dans son lit ayant les mains élevées , les genoux ployés et les paupières tremblantes, et ces accès sont toujours précédés d'un fourmillement dans les membres comme si réellement elle y sentait des fourmis. — M. Lentin pense que le venin subtil qui produit le raphania passe dans le sang, et que, lorsqu'il parvient au cerveau , il y occasionne ces symptômes nerveux qui sont si difficiles à guérir. — Il recherche ensuite quelle est la qualité de la rouille, et de quelle manière l'usage du pain qui en est infecté produit le raphania. Cette substance est gluante, d'une douceur désagréable. Elle empêche que le levain ne fasse fermenter et lever la pâte. C'est pour cela que le pain qu'on en fait n'est point ferme, qu'il est difforme et qu'il a une odeur déplaisante. Cela n'empêche pas que la faim elle besoin ne le fassent manger avec avidité aux ouvriers de la campagne. Mais sa qualité glutineuse fait qu'il reste longtemps dans l'estomac; sa douceur dégénère en une acidité extrêmement irritante ; de là celte multitude d'indispositions, surtout une voracité insatiable.

Les matières rendues par le vomissement et par les selles décelaient aussi la présence d'une forle acidité dans les premières voies, et ce que les malades vomissaient leur agaçait les deuls.

M. Lentin s'excuse sur ce qu'il ne lui paraît pas facile à expliquer comment il arrive que cette acidité a si long-temps de l'activité , et qu'ensuite elle paraît en être périodiquement dépourvue , en di-

DE itt LfeNTIN^

Sant qu'il ne résoudra point cette difficulté avant qu'on ait donné la solution de quelques autres problèmes embarrassants. Il me semble, dit M. Tode , qu'il n'est pas nécessaire d'attendre si longtemps pour donner cette explication ; elle n'est pas si difficile pour qui a premièrement démontré les faits avec certitude.— M. Lentin parle ensuite des moyens qu'on pourrait employer pour détourner les suites qui arrivent par l'usage du seigle ergoté infecté de rouille; et il dit là-dessus beaucoup de bonnes choses , mais dont la plupart ne sont pas neuves. — Lorsqu'on aperçoit au mois de juin plusieurs petits scarabccs d'un jaune obscur, et qu'il survient en même temps, lorsque le grain devient laiteux, un temps humide, on peut s'attendre alors qu'il y aura à proportion une quantité de seigle ergoté. — Il paraît quelquefois sur les pois, sur les fèves et sur d'autres graines semblables, comme un fort vernis de laque: on y voit ramper des poux verts , ensuite de quoi les plantes se recoquillent , surtout les fèves, ou bien il arrive que les barbes des épis deviennent gluantes, ou même qu'elles se collent lout-à-fait les unes aux autres, alors c'est une marque que ces plantes sont infectées de la nielle [Mehllhau).

Là oii le vent a soufflé , la nielle en a suivi la direction , c'est re qu'on peut reconnaître à l'arrangement des épis, lorsqu'on y fait attention de bonne heure. — Les grains ergotés que la rouille a infectés sont d'abord gluants et doux, après quoi ils ont un goût âcre et désagréable. Lorsqu'on verse de l'eau sur une quantité de ces grains, elle prend une mauvaise odeur, et il s'y forme une peau de différentes couleurs et très-déliée. — I Lorsqu'on a trouvé ces caractères à la Igraine, il faut la nettoyer en la lessivant let en la lavant avec soin , après quoi il faut la sécher avec beaucoup de précaution. Il est aussi nécessaire de bluter la farine, de ne prendre pour faire lever la pâle que du levain de vieux seigle, et de Igarder le pain quelques jours. Ce dernier ■avis doit être fort difficile à suivre pour |des pauvres affamés.

L-auteur passe ensuite aux histoires jde malades. Il y en a vingt-trois dont Ijjuelques-unes sont rapportées tout au long. On y voit qu'il a suivi une méthode ^ui n'est pas exactement la plus conve- 1 nable. Il expose en premier lieu les phangements qui arrivent aux symptômes, iiprès quoi il rappelle dans un tableau

très-bien fait ce qu'il y a déplus important à savoir là-dessus. Yient ensuite l'exposé de sa méthode ciirative, comme il l'appelle. Voici ce qu'il y a de plus remarquable à déduire de ces observations.^— Plus l'appétit était vorace, plus aussi les spasmes étaient violents, et plus l'esprit était faible. Les malades , quoique slupides pour toute auti e chose, étaient attentifs et alertes pour tout ce qui avait trait à leur nourriture. — Lorsqu'ils avaient perdu l'usage de tous les autres sens, l'ouïe devenait plus fine. — L'engourdissement des doigts était un bon signe. — Le pouls n'apprenait rieu. Seulement était-il quelquefois très-fréquent avant ou après le repas, après quoi il redevenait bientôt lent. — Plus la tête était dans un état de stupidité, et moins les entrailles étaient irritées. — Les accès d'épilepsie arrivaient le plus souvent lorsque l'estomac était vide. Une femme qui éprouvait de piireils accès parce qu'elle faisait ses repas plus tard qu'elle n'avait coutume , en a été d'abord délivrée en mangeant plus à bonne heure.

— Ce symptôme était toujours un signe que la maladie était à son plus haut degré; lorsqu'il ne sortait point de vers, elle était extrêmement dangereuse. — La maladie était plus fâcheuse chez ceux qui avaient déjà les bouts des doigts courbés.

— Les règles étaient ordinairement supprimées. Le flux hémorrhoïdal se rétablissait beaucoup plus tôt. — La prunelle était fort dilatée chez ceux qui étaient dans un état de stupidité. — La peau était presque toujours sèche. — Une éruption procurait quelquefois du soulagement. — On a remarqué chez un malade un hoquet particulier.

Une dissection a fait voir une plénitude considérable des vaisseaux sanguins, surtout dans la tête, un épanchemcnt d'eau dans le derrière de la tête ; la moelle du cerveau était dans un état de mollesse, l'épiploon était corrompu ; il y avait une matière ichoreuse dans l'estomac et dans la vésicule du fiel.— On n'y trouve point d'autre dissection, le malade dont on vient de parler ayant été le seul qui soit mort pendant le traitement. Plusieurs autres , surtout de ceux qui sont restés dans les villages , ont eu (les rechutes, dont M. Lentin ne nous apprend point l'issue; mais on voit que ces malheureux avaient déjà été attaqués du raphania au printemps ou pendantl'été de 1771; or, M. Lentin n'a entrepris leur guérison que dans l'aulomne de la

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même année, et il n'a commencé à traiter les autres qu'au mois de mars de 1772. — Voici quel était communément le traitement qu'il employait. Il évacuait les premières voies en donnant un émétique et des pilules mercurielles , puis il cherchait à porter le venin à la peau par des remèdes internes et des vésicatoires ; après quoi, dans la vue de fortifier les membres , il faisait prendre intérieurement de l'huile de cajeput. Il faisait aussi observer une diète bien entendue , sans oublier des bains d'eau tiède. L'auteur donnait à ses premiers malades du phosphore de Brandt à la dose de deux grains toutes les deux ou trois heures dans un

TONS pE M, LENTINJ

électuaire, afin de ranimer le système nerveux qui était engourdi , et ce remède faisait assurément de bons eflFets. Du reste le renouvellement continuel des vésicatoires, les bains, l'usage interne du savon , et les purgations , ont été les remèdes qui ont le plus contribué à la guérison. Le musc, la valériane et le camphre dissous dans l'éther vitriolique n'ont été d'aucune utilité. — Cet extrait, dit M. Tode, s'est un peu étendu sans que je m'en sois aperçu, mais la matière en est si intéressante pour quelques-uns de mes lecteurs! et puis, quand un ouvrage fait plaisir, on en fait volontiers un extrait un peu ample.

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