‹ Œuvres de TissotChapitre 152 sur 160 · HISTOIRE DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA MALADIE

§ 1 . Le rapbania qui a régné, en 1770 et 1771, dans les conilés de Pinnebers?, d'Arensbourg, et dans ks bailliages d'Arensbœck , de Segerbcrg et de Re^ dsbourg, est une seule et même maladie.

§ 2. Il ne diffère de l'épidémie de Zell et de celle de Giffhorn qu'en ce que celle qui a régné celle fois d.ins le Uolslein n'a été ni aussi dangereuse ni aussi meurtrière qu'elle l'a clé de l'autre côlé delElbe.

§ 3. Cette é[iiJéniie ressemblait beaucoup à celles qui on! eu lie: auparavant dans le Holsîcin cl dans d'uutrt s (irovinces de l'Allen agne , si ce n'est qu'elle n'était p;is ans-, m;.ligne ni aussi mortelle que celles-là I avaient été.

§ 4 C<- raphania ^e distingue en particulier des é(iiiléniies oii cette mal-die a été accompagnée delà gangrène sèche, par l'absence de ce symptôme.

§ 6. Indépendamment de toutes les dift'érences provenant des circonstances qui ont accompagné cette maladie , les symptômes qui la caractérisent sont presque universellement les mêmes,

§ 6. Ces symptômes caracléristiques sont le fourmillemenl , les spasmes qui s'ensuivent , et les accès cpileptiques.

§ 7. Mais outre ces caractères, l'indisposition des premières voies, accompagnée d'un appélit qui se soutient et même

qui augmente, est une circonstance presque particulière à celle maladie.

§ 8. Uelalivement à la succession des symptômes , on peut la diviser en deux ou trois périodes, mais une division qui serait plus simple, et peut-être meilleure, ce serait d'en faire deux périodes, celui du raphania proprement dit, et celui de l'épilepsie qui lui succède.

§ 9. La succession des symptômes nous apprend que les causes prochaines de celte maladie agissent premièrement sur l'estomac et sur les intestins, puis sur le genre nerveux.

§ 10. Ce qui prouve que les premières voies souffrent iiès le coinmencenunt de Taclion des causes prochaines , ce sont les nausées, le vomissement, etc., et puisque cette maladie se guérit souvent dès le commencemenl par les évacuations.

§11. On juge que tout le genre nerveux est ensuite affecté par les spasmes, ])ar les dérangements de l'esprit, et par la jiertc des sens, comme aussi par le soulagement que procurent quelquefois les remèdes nervins.

§ 12. Mais on comprend que cette affection du genre nerveux est toujours entretenue, et même souvent renouvelée par une cause qui réside dans les premières voies, parce que les malades se trouvent bien de manger souvent et d'user d'une meilleure nourriture, comme aussi

PRECIS DES RÈLATiON'S

par le prompt retour du mal après qu'ils ont mangé de mauvais pain.

§ 1 3. Ce qui fait voir suffisamment que le raphania est une maladie nerveuse , c'est qu'elle n'est presque jamais accompagnée de fièvre, que les humeurs ne subissent aucune altération sensible ; joint à cela les symptômes qui l'accompagnent et sa marche périodique.

§ 14. Les signes d'un engourdissement du genre nerveux , les douleurs de colique qui sont si fréquentes , les spasmes et le fourmillement qui se manifeslent dès les commencemenls dans les membres supérieurs, annoncent beaucoup de rapport entre les causes de cette maladie et celles de la colique de plomb.

§ 15. Cependant le raphania se dislingue de la colique de plomb par la différence dis autres symptômes, et par des soupçons très-vraisemblables de l'existence d'une autre cause.

§ IC. La voracité de l'appétit, la dilatation de la prunelle, les spasmes et les convulsions, mais surtout la sortie de vers longs, et le soulagement qu'on a si souvent remarqué après celteévacuation, tout cela porterait presque à croire que celte maladie est causée par les vers.

§ 17. Mais il est très- vraisemblable que l'afifaiblissement de la faculté vitale et du mouvement des premières voies , lequel a lieu dans cette maladie, favorise le développement de la semence vermineuse, et que la sortie de ces hôtes fâcheux procure du soul igcmcnt , parce que les malades sont délivrés par là d'une cause concomitante qui augmentait le désordre du genre nerveux.

§ 18. L'observation des choses avantageuses ou nuisibles aux malades fait voir que l'usage du pain ou de la farine infectée de nielle ou de rouille donne lieu au raphania : c'est ce qu'on verra aussi par les aphorismes suivants.

§ 19. Les malades se trouvent plus mal par le froid, tandis que la chaleur leur est avantageuse ; différence qui a aussi lieu dans d'autres maladies nerveuses.

§ 20. On pourrait aussi attribuer en bonne partie l'adoucissement qui arrive à la maladie, lorsque le printemps ramène un air chaud, à l'effet d'un meilleur régime et des remèdes , dont on fait alors usage de plus en plus.

§ 21. Peut-être aussi que la virulence du mauvais grain diminuant à la longue, cela contribue de même pour quelque chose à cet adoucissement.

§ 22. Il se pourrait bien que l'amendement qu'il y a eu dans la malignité et dans la mortalité des dernières épidémies de raphania, vienne plutôt de ce qu'on a mieux traité cette maladie, que de ce que le degré de la virulence du grain gâté a été moindre.

§ 23. Les malades attaqués du raphania peuvent en réchapper et vivre encore plusieurs années ; mais ils sont sujets à des rechutes lors même qu'ils sont avancés en âge. Il en est d'autres qui peuvent avoir cette maladie plusieurs années de suite, mais il faut enfin qu'ils en meurent.

§ 24. Les dissections de cadavres morts du raphania ont été très-rares, et il est difficile qu'ellesaient fait voirautre chose que les effets de la maladie : ou n'a pu en distinguer les causes que chez les malades qui ont été enlevés dès les commencements.

- § 2.^>. L'état des selles ne peut pas être bien instructif, quoiqu'on puisse en tirer quelque lumière par rapport à la nature du mal.

CAUSES DE LA MALADiK.

§ 1. Elle n'attaque que les habitants des contrées dont le sol est maigre , ou de ce qu'on appelle des contrées arides [geesilœnder).

§ 2. Elle a surtout lieu dans les pays où elle a déjà régné une ou plusieurs fois.

§ 3. Il est certains cantons oîx on peut presque l'envisager comme endémique.

§ 4. Il est très-rare qu'elle ait lieu dans les villes ; et ce n'est qu'à la campagne qu'on peut dire qu'elle règne.

§ 5. Elle n'atlaque quelquefois que certains bailliages, certaines paroisses ou villages, ou seulement certaines maisons; et quelquefois elle attaque tous les membres d'une famille, excepté un seul.

§ C. Elle épargne souvent un enfant à la mamelle, tandis que la mère en est attaquée, ou même qu'elle en meurt.

§ 7. Elle se manifeste aussi dans des lieux oii l'air est très-sain.

§ 8. Elle épargne par contre telle contrée où les eaux sont des plus mauvaises; tandis que quelquefois elle se montredans des lieux où l'eau n'a aucune mauvaise qualité.

§ 9. Elle attaque communément telles personnes qui ne boivent que peu ou point d'eau, mais qui boivent de mauvaise bière.

SUR LE RAPHANIA.

• § 10. Elle ne se manifeste jamais qu'après la moisson , quoique ce soit tantôt plus tôt, tantôt plus tard.

§ 11. Elle a surtout lieu après de mauvaises moissons el chez de pauvres nécessiteux.

§ 1 2. Elle exerce ses ravages seulement dans les lieux oîi il y a disette de viande, etoùlamortatitéparmile bétail fait qu'on manque de lait, de beurre, de fromage , de lard , etc. ; ou , enfin , lorsqu'il n'y a aucun autre moyen de varier les aliments, en sorte que le pain soit à peu près la seule nourriture dont on puisse user.

§ 1 3. On a remarqué que le raphania se manifestait particulièrement après avoir mangé du pain chaud.

§ 14. Partout oix cette maladie a régné, il s'est trouvé que le pain avait été tait avec des graines ou de la farine suspectes.

§ 15. Ces graines ne ressemblaient en -rien au sciele ergoté

§ 16. Et même on ne connaît point le raphania dans telles contrées oii l'on a vu la plus grande quantité de seigle ergoté, et où l'on en a mangé.

§ 17. Les graines suspectes paraissent avoir été bien plutôt infectées de la rouille que de la nielle.

§ 18. Ces graines sont nuisibles aux hommes et aux bestiaux, et font les mêmes effets que du pain ou de la farine corrompus.

§ 19. Elles perdent beaucoup de leur mauvaise qualité en les gardant longtemps, comme aussi en les séchant.

§ 20. Tout comme on remarque que les épidémies de cette maladie ne commencent à régner qu'après qu'on a fait usage de ces graines malsaines , on voit aussi que le raphania reparaît dans certains cas, après qu'on est revenu à cette mauvaise nourriture.

§ 21. Les personnes qui peuvent joindre à l'usage de cet aliment nuisible celui d'autres nourritures , surtout de celles qu'on tire du règne animal , ces personnes- là , dis-je, ne se ressentent que peu ou ppint du tout de cette maladie.

§ 22. A mesure que le printemps ramène la chaleur, l'épidémie diminue, et elle se dissipe tout-à-fait en été, quoiqu'il puisse arriver que certaines personnes continuent à en être atteintes, surtout celles qui ont des rechutes ou qui en ont conservé des reliquats.

§ 23. Le dérangement de saisons contribue à faire empirer celte maladie ow h.

Tissot^

la rendre opiniâtre, mais il n'en est point la cause.

§ 24. On rend souvent des vers dans cette maladie : mais tous ceux qui sont atteints du raphania n'en ont pas ; de même qu'il y a des cas oii l'on est assuré de la présence de ces insectes sans que le raphania ait lieu.

§ 25. Le raphania ne reconnaît donc point d'aulre cause que l'usage du pain ou de la farine faits avec des graines suspectes.

§ 26. Ces graines suspectes, soit qu'on attribue leur mauvaise qualité à la rouille ou à la nielle, sont infectées d'un poison de la classe des stupéfiants.

§ 27. Ce poison agit avec plus de facilité chez les enfants à cause de la grande sensibilité des premières voies k cet âge.

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