DES NERFS FORTS ET DES NERFS FAIBLES
§ 22. On est fort quand on peut faire avec lacililé toutes les choses qui exigent de 1.1 force et auxquelles on est naturellement appelé; un organe est fort quand il fait toutes ses fonctions sans être troublé par des causes auxquelles il est naturellement exposé ; les nerfs sont forts quand ils font toutes leurs fonctions sans être dérangés par des causes à l'impression desquelles ils sont naturellement exposés , telles que des variations de lemps , des bruits imprévus , des aliments ou des boissons un peu plus acres, des événements moins agréables. Si au contraire plusieurs de ces impressions , auxquelles on ne peut se soustraire qu'avec des précautions , affectent le genre nerveux au point de nous faire éprouver du malaise ou de déranger les fonctions, c'est ce qu'on appelle avoir les nerfs faibles. Je connais plusieurs malades à qui une idée désagréable après le repas donne une indigestion, d'autres que l'approche de la neige fiit souffrir dans tout leur corps; on dira : ces personnes ont les nerfs (aibles, et cela sera exactement vrai; c'est-à-dire leurs nerfs n'exéculent
DES NERPS
pas leurs fonctions avec assez de force pour qu'elles ne soient p.is dérangées par (les causes auxquelles on est généralement exposé drins le cours de l.i vie , et qui n'afTeclent pas les personnes i)ien portantes. Il n'y a point d'é>|iiivoi[ue jusqu'à présent; mais le mot de faiblesse , transporté de l'elïetà la cause , en a occasionné une qui a procuré plus d'une erreur : on a dit que des nerfs fiiules étaient des nerfs iâclies , cl avaient besoin de fortifiants. En conséquence, perdant de vue toutes les caM^es cjuc nous avons assiiynées aux ni:nu de nerfs , excepté l'atonie, qui eu est une ;issez fréquente , mais qui n'exclut point les autres , on s'était laissé aller à traiter par les toniques toutes les niidadies dans lesquelles on trouvait de la moliilité. Tout ce que j'ai dit dans ce chapitre prouve combien cette méthode av^it souvent d'inconvénients et les accidents r|ui pouvaient en résulter; et je puis dire que l'état affreux dans lequel je vis, il y a vingltrois ans , une jeune personne qui avait les nerfs très - délicats, et (|ui était sujette à quelques légers mouvements convulsifs , après un long' usage d'un vin chalibé et aromatique , jireserit par un médecin très-célèbre, et que j'ui vu réussir souvent dans d'autres m iuvde nerfs, mais qui alors était contre-in liqué , est une des circonstances qui m'ont déterminé le plus fortement a m'occuper des maux de nerfs. Les saignées, l'orgeal pour toute boisson , les lavements émollienls et un régime tout végét.il , le plus doux possible, lui firentbea icoupde l)len. Elle avait donc les nerfs faibles, et les toniques ne lui convenaient pas ; aussi il ser.iit mieux sans doute de clianijer celte expression ; celle de sensibilité est trop souvent employée dans lesens n)or,;l pour pouvoir être celle qui est la plus propre à désigner le trop peu de force des nerfs : on peut être fort sensible el avoir les nerfs très-bons. Ils ne sont point irritables dans le vrai sens de ce mot : ainsi, l'expression d'irritabilité nerveuse, quoique employée par de très-habiles médecins, n'est point une dénomination convenable , et celles qui conviennent le mieux sont se.ns doute la délicatesse des n( rfs ou la mobilité. La grande dtlicaUsse des nerfs { c'est l'expression adoi)tée par M. Wl-.ytt) |)réscnte à tout le monde l'idée des nerfs affectés par les plus légères causes ; celle de la mobilité suppose également des organes du mouvement trop susce|)tibles des impressions et sur lesquels elles oc-
casionnent des effets trop considérables : ainsi, l'une ou l'autre de ces expressions sont celles que l'on doit employer pour parler avec exactitude , et éviter d'être conduit à Terreur par l'abus des mots.
§ 23. Tous les jours des personnes qui ont les nerfs très-ilélicats demandent si elles lis ont trop temlus ou trop làclies. Ce n*est souvent ni l'un ni l'autre, puisque l'on a vu que cette délicatesse tenait fréquemment à l'état du fluide nerveux , à celui du seiisorium , à celui des muscles, à une luimcur Acre el répandue qui irrite le genre nerveux , et en général il faut fa're attention , j'en parlerai plus en détail ailleurs, qu'un stimulus, formé dans quelque partie, peut irriter les nerfs si conlinuement que , quoique naturellement bons, ils occasionnent tous les symptômes qui caractérisent les nerfs les plus délicats; et comme souvent ces symp!ôines sont les seuls par le^qllels la cause se manifeste , sans en produire aucun local ([ui serve a la faire découvrir, ce n'est (|u'une gi-ande attention qui peut guider sûrement dans ces cas-la : si on se laisse aller à traiter Us maladies uniquement pour des nerfs délicats , quelque méthode que l'on suive, on ne les guérit point, et quelquefois on leur nuit. J'ai vu en J7.'j5 un homme fort, robuste, bien portant, atteint peu à peu , dans l'espace de dix ou douze jours, de mouvements conxulsifs et de spasmes, qui attaquèrent d'abord le bas-ventre, mais qui successivemeut portèrent sur tous les muscles, même sur ceux du visage, et qui troublaient absolument son sommeil.
D'ailleurs, sans lièvre, sans mid de lèle, sans dégoût , sans coliques , sans qu'aucune cause morale ou physique parût l'avoir affecté , il n'y avait (]ue l'éjjidéniie régnante de fièvres bilieuses et le lieu des premiers spasmes qui pût m''éclairersur la cause: je lui donnai un laxatif qui le soul.ige.i , ce qui me détermina à lui en redonner d'autres; ce ne fut qu'après l'avoir purgé six fois dans l'espace de quinze jours qu'il fut jiarfiiitemci^t guéri. On voit très -souvent des hommes, qui n'ont jamais senti leurs nerfs, attaq iés de moliililé, de tristesse, d'iiyi'ojliondrie, d'insomnie, sans aucune Cause apparente , et surtout au |)remier printemps ou dans les grandes chaleurs.
A la première époq ie, c'est presque toujouis l'indication d'un besoin de saigner ou de purger; à la seconde, rarement un besoin de saigner, presque toujours un besoin de purger, qui quelquefois se
ET DE LEURS MALADIES
manifeste par d'autres syniplômes , mais plus onlinaiiemcut par îles symptômes ner\ eu\ : tlu sel et de la manne calment d'abord les nerfs et i établissent l'ordre ; et en gniéral il faut bien faire attention que les maladies purenierjt diS nerfs (j'appelle ainsi celles qui dépendent des causes que j'ai assignées (dus haut sous les n"' 2, 3, 4, 5 et C , assez fortes pour occasionner des accidents un peu marqués, sans qu'il y ait quehiue part un foyer d'irritation ) sont pins rares (|ue l'on ne pense. L'inattention ;i clicrcher ce loyer les multiplie el l'ait qu'on leur oppose souvent un traitement inutile. J'ai vu une femme qui avait passé toul un été, il y a quelques années , dans toute l'angoisse lies vapenis liy])Oi hoiulriaques , el à qui tous les toniques n'avaient fait el ne pouvaient faire aucun bien ; une di;irrliée bilieuse qui. survint au coniniencemcnt de l'automne lui rendit toute sa santé. Pourquoi , dira-l-on , appeler ces maladies nei veuses ? Celte question est sensée; peut être il serait n\ieux de les rapporter à leur cause, etl liomnie dont j'ai ])arlé plus haut avait sans doule Dne maladie bilieuse; mais elle était si bien masquée sous les symptômes des maux de nerfs qu'il n'était pas aisé de reconnaître sa vraie origine ; et comme c'est par les symptômes que nous pouvons classer les maladies, c''est toujours, ce me semble, à la classe où les placent leurs symptômes que l'on doit les rappoiter, en s'occupant des différentes causes qui peuvent les produire.
Il y a une délicatesse des nerfs telle que des causes qui ne sont point maladives pour des nerfs sains jetlenl daiis le trouble ceux qui en sont attaqués : c'est donc là proprement les malailies nerveuses pures , puisque , ne pouvant assigner aucune cause irritante dont on puisse s'occuper, c'est sur la récei'tivité des nerfs qu'il faut agir. Mais j'appellerai également maladies de nerfs • celles dans lesquelles Ions les symptômes dépendent de la lésion des fonctions des nerfs, quoique ctite lé'-ion tienne à une cause sensible , et qui est celle qu'il faut traiter. Si l'on ne prenait pas ce parti, les maladies des nerfs les plus graves , les plus fâcheuses , les pli!S rebelles, celles dans lesquelles ks nerfs sont le plus attaqués , seraient exclues de celte classe. L'épdepsie, le tétanos, le chorea viti, qui détiendraient de quelque irritation mécanique, ne seraient point des maux de nerfs , et l'on ne saurait par - là même à
quelle classe les rapporter. Continuons donc à appeler maladies des nerfs celles (pic nous avons définies plus haut sous ce nom, mais en ajoutant, j)0ur éviter toute dispute et , te qui est bien plus important, toute confusion , que l'on peut appilcr maladie.i des nerf s pi imitt\>es celles qui dépendent uniquement de la délicalesse dts nerfs , puisqu'elles sont déterminées par des causes qui tiennent à l'usage ordinaiic des choses non nalurelles , et (|ui sont si légères qu'on ne peut très-souvent point les assigner; et (jue l'on doit appeler maladies des nerfs .wcnndnir. s celks dans lesquelles les nerfs, sans avoir une (klicatcsse maladive, sont alla(iués |).iree qu'ils sont stimulés ou par des causes maladives ou p-^r des erreurs iiiar(]uéi s dans les choses non iiaturi lies. — '^i'out médecin instruit verra d'iibord, d'après (elle division que presque toutes les maladies de nerfs, et généralement toutes les maladies convulsives, peuvent avoir des espèces primitives et secondaires ; souvent les deux causes se trouvent réunies , c'est- à -dire que les nerfs sont très- délicats, el qu'outre cela il y a une cause irritante maladive :
alors les ell'els sont très-violenis , et si la cause irritanio est habituelle ou se reproduit souvent , et est de nature à n'être que diihcilemenl détruite, ces personnes jouissent de très-peu de moments passables : viclimes tour à tour des accidents qui ne dépendent que de la délicatesse nerveuse irritée par des causes imperceptibles, de ceux qui dépendent de la cause morbifique seule, et de ceux qui dépendent de son action sur les nerfs, ils éprouvent successivement une variété de maux produits par celte complication de causes , qui en occasionne dans le traitement, dont je parlerai dans le chapitre douzième. Pour distinguer entre les rfl'eîs de ces différentes causes, il faut assigner exactement les caractères des maux de nerfs , et ceux qui servent à faire eoniiaîlre s'ils sont primitifs ou secondaires : ce sera l'objet d'un article du neuvième chapitre , dans lequel je traiterai des causes morales des maux de nerfs. Je vais actuellement m'occuper des causes physiques.