ARTICLE I'^ DES VICES DE LA
CONSHTDTION.
Heureusement toutes les maladies des pères ne se transmettent pas aux enfants; mais on ne peut point se refuser aux faits nombreux qui ont prouvé en tout temps et prouvent partout aux médecins attentifs qu'il y en a plusieurs qui sont une vraie hérédité ; et quoiqu'avec de l'esprit on puisse présenter des arguments spécieux contre cette triste succession, ceux mêmes qui la nient n'ont qu'à
ET DE M:UHS MALADIES
Iregarder autoirt d'eux pour la voir attestée par les observiitions. Je sorlimis de mon sujet, si je m'occupais ici de la recherche lie toutes les tnHlailics héréditaires , des preuves de leur réalité et de Jeur explication ; mais j'ose L^isarder une conjecture sur ce dernier article. N'est-il pas vraisemblable que chaque viscère a son influence iiarticiilière sur la masse des humeurs; que l'étal des humeurs est par-là même le résultat de ces diflerenlcs actions, et n'a t-on pas des preuves journalières et mallieureusement souvent fâcheuses des chan{jements qui arrivent dans l'état du sang par la lésion des différents organes? jN'est il donc pas vraisemblable que l'état du sang chez quelqu'un qui a Itl ou tel viscère lésé n'est pas ce qu'il serait , si ce viscère était en bon état? et ce qui est démontré par l'observation pour les viscères importants , n'est-il (las vrai également pour les organes qui le sont moins ? n'est-ce ]ias à cette cause que tient ce principe cité plus haut , que chaque animal se forme son sang, et que celui d'un animal ne peut pas convenir à un autre? Je crois donc pouvoir admettre celte cause comme démontrée , et je dis : Si le sang de la mère ne reçoit pas la préparation convenable dans tel et tel organe, il sera vicié, et il est certain qu'il agira sur les vaisseaux de l'enfant autrement qu'il n'aurait fait s'il eût été sain ; mais n'eslil pas à présumer que cette différence dans son action stra sans dpute plus marquée sur les vaisseaux correspondants de l'enfant que sur les autres? J'avoue que je ne puis presque pas me refuser à le croire , et il me semble qu'un sang rpii n'aura pas reçu dans le foie de la mère l'élaboration nécessaire sera un stimulus moins propre à stimuler le foie de l'enfant , puisque les mêmes organes obéissent aux mêmes stimulus. Si cela est, ce principe expliquera très-bien l'hérédité des maladies maternelles, et il serait aisé de faire voir comment l'hérédité des maladies paternelles peut aussi en résulter ; mais sans m'occuper plus longtemps de sa cause, je reviens à sa réalité. Admise presque généralement de tous les médecins dans tous les siècles , on peut dire qu'elle est une de ces vérités dont personne ne doute , excepté ceux qui veulent douter. Il y a peu de parties qui ne soient faibles dans certaines familles , et il est aisé de comprendre que la faiblesse du système nerveux doit être aussi héréditaire que celle d'aucune au-
tre. Les apoplexies , les paralysies sont héréditaires ; les épilepsies le sont trop fréquemment; Thypochondrie, l'hystérie se tiMiisnu'Ilent. Lancisi a vu la dilatation du ventricule droit et de l'oreillette droite héréditaire dans quatre générations, et produire chez l'aïeul, le grandpère, le père et le fils les mêmes symptômes. Ainsi , on ne peut pas douter que la faiblesse du genre nerveux dont toutes ces maladies dépendent ne le soit aussi. I\l. Van ..SAvielen l'établissait dans la mobilité du sensorium commun (I) avec une confiance fondée sur un grand nombre de faits ; M. Viridet croyait qu'un vice scorbutique ou une disposition convulsive dans les jiarents peuvent transmettre des convulsions aux enfants, et il en cite des exemples: « On m'apporta de » la campagne, dit-il, un enfml qui n'a- » vait pas deux ans , lequel avait des va- » peurs continuelles, des inquiétudes et » des spasmes qui agilaient différentes » parties ; j'ai vu à Berne une fille de » trois ans qui était dans un mouvement » presque continuel avec des vapeurs , à » laquelle les rafraîchissants et les bains » tièdes furent très-utiles. Il y a ici une » fille de dix ans qui est aussi née d'un «père sujet à cette incommodité, la- » quelle , des le berceau , est dans les » mouvements convulsifs de toutes les » parties de son corps (2). De toutes les personnes attaquées de maux de nerfs que j'ai traitées, celles qui avaient le plus de mobilité étaient une jeune personne , et un homme d'environ quarante ans , l'un et l'autre d'une ville de la Suisse allemande : la jeune personne était née d'une mère abîmée elle-même par ces maux , et qui les avait transmis à sa fille , chez qui ils s'étaient manifestés dès son plus bas àg-e ; la grand'raère même en avait été attaquée, et des vices aussi inhérents ne s'effacent jamais.
L'homme dont je donnerai l'histoire ailleurs était fils , petit-fils , frère , de parents hypochondriaques. Villis avait déjà indiqué cette hérédité. Le cerveau, ditil, peut naître faible (3), et chez ceux qui
(2) Traité des vapeurs, p. 47.
(3) De morbis convulsiv., ch. i , p. 8 et 9, et dans un autre endroit, p. 82, en rapportant l'observation d'un homme qui eut des maux de nerfs affreux; il commence son observation en disant :
t L'homme illustre dont je parle, fils de
DES NEKFS
ont reçu cette disposition, la plus légère cause peut occasionner le m.il. Pour le prouver , il rapporte l'observation d'une jeune personne chez qui un catarrhe arrêté par la furuée du succin occasionna de très-grands mouvements convulsifi ; c'était une fille de vingt ans , fille d'uii père accablé de maux de nerfs et sujette elle-même à une migraine très-violcnle et périodi(|ue , dont chaque accès durait plusieurs jours; dans une attaque , au prinitmps, la douleur diminua, et la malade fut allaquce d'un violent rhume accompagné de cr.iclials clairs et aboiidanls , et de légers ulcères des narines , de la bouche et de la gorge ; ce fut pour la délivrer de cette légèie incouimodité qu'une femme lui conseilla de se parfumer avec de la vapeur de succiu : la fluxion cessa en effet tout de suite ; mais elle se plaignit d'abord de vertiges et d'un violent mal de lêtc avec un tintement d'oreilles, et le troisième jour elle fut attaquée de convulsions dans les muscles de la langue , qui , se répandant sur tous les muscles extérieurs de tout le corps , e\cepté sur ceux des yeux et du visage , lui firent exécuter pendant six jours les mouvements les plus prompts , les plus violents, les plus extraordinaires et les plus pénibles. Les parties internes ne furent point attaquées (l)*
Mandeville , cet ingénieux auteur de la fable des abeilles et d'un ouvrage sur les maux de nerfs , reconnaît également cette faiblesse native (2), qu'Andrée démontre par l'histoire d'une jeune personne qui , fille d'une mère sujette aux évanouissements , fut sujette, dès son enfance, aux évanouissements les plus graves (3). Perry en fait la première cause de ce genre de maux (4). Mais de toutes les observations qui attestent l'hérédité des maladies nerveuses, la plus frappante est celle que rapporte M. Delius (6).
père et descendant d'ancèlres sujels aux maux de cerveau et de nerfs, a commencé à éprouver, quand il a élé parvenu à cet âge où l'on a acquis toute sa consislance, le développement de ce germe morbifique.
(1) De morb. conv., ch. ix, p. 88.
(2) Treatise of Ihe hypocondriack and liyslerics diseases. ln-8°. Lond., J750.
(4) A mechanical account of tiie hystérie passion. 10-8". Lond., 1755, p. 195.
(5) DeCatalepsi. Erlang., 1754. II l'avait consignée avec tous ses détails dans
Une jeune fille née de parents déjà âgés, ayant souffert assez long-temps du froid, éprouva des contractions spasmodiques des mains et des lèvres (]ui ne se dissipèrent que par beaucoup de chaleur, et depuis lors toutes les fois qu'elle était exposée au froid, elle éprouvait les mêmes spasmes : s'élant mariée , elle eut des enfants qui héritèrent du même mal et qui le communiquèrent aux leurs ; ceux-ci le portèrent dans d'autres familles ; et une fille mariée dans un autre endroit avec un homme très-sain a déjà deux enfants atteints du même mal. En se mariant, on en est venu dans le quartier il éviter les alliances avec tout ce qui est issu de cette famille ; chez tous les descendants, coiiime chez la mèie, aucune cause , exceji.'é le froid, ne produit ces accidents , et chez les fcmuies exposées souvent à avoir les mains dans l'tau , sa troj) grande fraîcheur les fait naître. Le mal coMinience toujours par li s mains ; les doifjts se courbent et se serrent; les paupières se resserrent sans cependant fermer entièrement les yeux; la bouche se tord d'un ou d'aulre côté; et si le froid est considér.ihle, les malades souffrent des douleurs vives d;ins les articulations des pieds et des genoux. Des habits chauds et l'exercice les garantissent ; l'inaction leur est fâcheuse , et ils sont souvent attaqués en hiver dans les temples ; on a remarqué que leurs mains paraissaient plus chaudes que celles des autres personnes exposées au même degré de froid. Il est inutile d'accumuler un plus grand nombre de faits pour ju'ouver cette hérédité; j'en ai vu trop d'exemples pour pouvoir la révoquer en doute, et j'ai vérifié en même temps plusieurs fois une remarque déjà faite par d'autres , c'est que les enfants qui ont des rapports de ressemblance extérieure avec leurs parents sont aussi ceux qui héritent le plus de leurs maladies (1).
Il en est de la délicatesse des nerfs comme de la faiblesse héréditaire de tous les autres organes , elle est d'autant plus dilhcile à détruire qu'elle est plus inhérente à la constitution ; cepv'ndant elle n'est pas absolument incurable , mais elle exige, dès la naissance, des soins dont je parlerai ailleurs. — Il y a des
un journal allemand en 1751 . Il ne donne ici qu'un cxlrait.
(l) Berkeley, De Hœmoptoc. Edin., 17G2, p. 5.
ET DE LEURS MALADIES
maux de nerfs qui , sans être héréditaires , jieuvent être un vice de nativité : c'est un fait généralement connu que peu de gens naissent avec une égale force des diftVrents org.mes, ce qui serait la base de la plus parfaite santé, mais que quelque partie est plus faible que les autres ; et M. Zimmermanna établi, d'aprèsbcaucoup d'observations, que c'est celle sur l.tquelle les suites des émotions se manifestent le plus (1) ; les nerfs peuvent être dans ce cas, et plusieurs enfants, nés de ]>ère et de mère très-sains, apportent quelquefois une délicatesse du genre nerveux qui se manifeste dès les premiers jours de leur naissance par une convulsibililé indépendante de l'état de leur estomac, par beaucoup de faiblesse , et par très-peu de sommeil , symptômes qui réunis chez des enfants de pères et de mères sujets aux maux de nerfs annoncent presque certainement qu'ils en ont hérité , surtout s'ils sont en même temps plus pâles et plus maigres que les enfants ne le sont ordinairement à cette
" époque. La délicatesse héréditaire et celle de nativité ne diffèrent donc que relativement à leur cause première, mais se ressemblent par leurs caractères et par leurs effets, et exigent les mêmes secours.
: On ne peut pas sans doute assigner les causes qui produisent cette faiblesse de certaines parties plutôt que d'autres ; on peut seulement établir qu'elles tiennent à celles qui influent sur la nutrition dans le fœtus, et qu'elles peuvent se reproduire plusieurs fois chez la même nM;re, sans qu'avec la plus grande attention ou
I puisse les découvrir ; j'ai vu plusieurs enfants de père et de mère très-sains
j naître tous avec les nerfs les plus délicats ; et quatre fils de la même femme qui avait le genre nerveux très-bon , naître si convulsibles , que sans pouvoir
I soupçonner aucun embarras, aucun irritant dans l'estomac et dans le bas-ventre , ils étaient , dès le moment de leur naissance, dans des convulsions presque con-
(1) Traité de l'Expérience, t. ir, p. 598. J'avertis que dans tout ce que je citerai de cet excellent livre, je ne elle point la traduction française, mais l'excellent extrait que je dois à son amitié, qu'il avait fait pour moi, peu de temps après la publication de son ouvrage, et dans lequel il citait les pages de l'édition originale. J'espère qu'il en paraîtra une traduction jçvue par lui-même.
Tissât,
tinuelles ; les trois premiers périrent dans les six premières semaines de leur âge ; le quatrième eut aussi des convulsions dont il ne mourut pas ; il vécut huit ou neuf mois , il se remplissait même pendant ce temps-là , et devint ])lus gras et plus gros que les enfants de cet -dçre ne doivent l'être. Mais c'était un remplissage et non pas une vraie nutrition; ses nerfs tro[) faibles faisaient mal cette fonction; aussi il ne j)renait point de forces, et ses fibi'es restaient sans consistance. Enfin cette niasse molle vint à se fondre tout-à-coiip, il tomba dans un vrai marasme nerveux très-pronipt, et, presque sans aucune évacuation , il parvint en quelques jours à un état de dépérissement que l'on ne peut pas dépeindre; la peau de son corps et de ses membres ressemblait à de petits sacs vides ; et alternativement paralysé et convulsé, tout ce dépérissement fut l'affaire de six jours. On a vu en Hollande une petite fille née de parents sains , qui, dès sa naissance , eut de la disposition à la frénésie (I). — Je dois remarquer ici que si les nerfs sont chez beaucoup de gens la partie faible, il y en a aussi chez qui ils sont partie forte , et toutes les causes qui généralement amènent les maux de nerfs chez les autres se trouvent réunies chez eux, sans que jamais on voie aucun des accidents qui annoncent que les fonctions de ces parties sont lésées; j'en ai vu plusieurs exemples, et j'ai été surtout étonné de celui d'une femme qui avait été faible et languissante toute sa vie, dont je devins le médecin dans le temps cil elle approchait de la crise delà cessation des règles , époque oii les maux de nerfs se développent quelquefois avec tant de force. Je l'ai vue dix-sept ans languissante, éprouvant toutes les maladies qui jettent dans celles des nerfs, exposée h j)lusieurs impressions morales et physiques qui les font naître , sans que jamais j'aie pu découvrir un seul symptôme qui annonçât la plus légère irrégularité dans leur action ; ils étaient absolument invulnérables et très-propres k toutes leurs fonctions ; la tête était trèsbien organisée, les facultés promptes, tous les sens très-bons. Et cette observation rappelle celle de Pechlin, qui prouve qu'il y a des organisations de cerveau si bien faites et si forlemenl constituées, que rien de ce qui en altère les fonctions
(1) Dq Melle, Do vi vital!.
chez les autres ne peut les déranger ; il parle fort en détail d'un jeune homme âgé d'environ vingt ans, abîme par tous les symptômes du scorbut, qui accablait son corps sous la quantité des aliments les plus gras , les plus tenaces , les plus indigestes , pris sans règle , à toutes heures, six ou sept fois par jour, et noyés dans des quantités de vin et de bière , sans que jamais sa têle en reçût la moindre altération. On n'a vu personne qui eût plus de génie, de mémoire, de savoir, de justesse, de netteté ; il s'avait tout, il parlait de tout presque sans avoir aucune application. Dans le même endroit, un enfant âgé seulement de douze ans, pâle, caclieclique, vermineux, mangeant démesurément , était un autre prodige de mémoire, d'intelligence et de science (Ij. Ces exemples servent à répondre à une question que Wepers'était proposée, et qui élait très-sensée (2).
Pourquoi , dit-il , une àcreté insensible produit-elle souvent tant de maux de nerfs, t indis que d'autres fois des àcretés corrosives n'en produisent aucun ? C'est qu'il y a des nerfs si délicats que le plus petit stimulus en trouble entièrement les fotictions, et d'autres si peu mobiles que rien ne peut altérer leur marche. D'ailleurs, il faut bien faire attention que la même caused'irrilalion produit quelquefois des spasmes , d'autres fois de la douleur, d'autres fois de la fièvre. Quelques malades sont plus sujets à la fièvre, d'autres aux douleurs, d'autres aux spasmes; mais il n'en est pas moins vrai que le même stimulus chez la même personne peut produire successivement ces trois etîels : l'allernalive surtout entre le spasme et la douleur est très-fréquente. Il n'est donc pas douteux que les nerfs ont une fermeté ou une faiblesse native, et que quand on reconnaît ce dernier état, un des premiers soins de l'éducatiou doit être de le corriger: elle le peut si elle est bien dirigée ; au lieu qu'une mauvaise éducation l'augmente sensiblement , le donne même lorsqu'il n'existe pas , et doit être mise au rang des causes principales des maux de nerl's. Mais comme les erreurs de l'éducation physique portent sur l'abus des choses non naturelles , dont je parlerai dans les articles suivants , et dont les effets sont d'autant plus marqués, qu'ils ont lieu sur des sujets plus jeunes, je me bornerai
(t) Lib. ni, obs. 4.
(2) De morbiï capitis, p. 540.
NERFS
ici à quelques observations générales. La première, c'est que les vices du lait jettent souvent un germe de maux de nerfs que rien ne peut détruire ; un lait âcre les tient, à cet âge tendre, dans un état d'irritation continuelle qui nuit à leurs forces, et que rien ne peut réparer, si l'on n'y remédie pas d'abord ; et le seul moyen efficace d'y remédier, si l'on s'en aperçoit à temps, c'est-à dire avant que le temps du nourrissage soit fini, c'est de donner à l'enfant un biit frais et le mieux choisi possible, et de le faire nourrir plus long-temps que l'on n'aurait fait sans cela. La sécheresse et la rudesse de sa peau , son peu de sommeil, son inquiétude continuelle , sont les caractères qui annoncent un lait âcre et nuisible ; on peut aussi l'inférer du peu d'avidité pour le sein, et de la facilité avec laquelle on les accoutume à d'autres aliments. Au sevrage, ils prospèrentsou vent beaucoup, ils peuvent devenir assez forts, et avoirles apparences d'être robustes; mais malgré ces apparences, à moins que les suites de l'éducation n'y aient remédié , les nerfs en général , et surtout ceux de l'estomac et des intestins restefont toujours d'une très-grande sensibilité.
La seconde observation que je ferai, c'est que la grande quantité d'aliments , les aliments nourrissants, gras, pâteux, les apiiarlements et les habillements chauds, l'habitude d'avoir la tête fort couverte , le peu d'action , donnent aux enfants une mollesse de fibres qui paraît d'abord réussir à merveille ; ils grandissent, ils grossissent, ils ])rennent de l'embonpoint, ils ont de belles couleurs, ils paraissent à merveille , mais toute cette structure peu consistante est sans durée : la nutrition a été abondante, mais peu ferme ; les nerfs sont la partie qui a le plus souffert, et souvent à l'âge de sept ou huit ans , ces enfants tombent dans des maladies affreuses , combinées de putridité et de convulsions, qui paraissent particulières à ce genre d'éducation. S'ils survivent , ils tombent à un âge plus avancé dans les maux de nerfs les plus factieux ; les femmes se fanent avec la plus grande facilité, et deviennent vaporeuses à leur première couche ; les hommes sont bypochondres à vingt ans.
Sans réunir toutes ces circonstances , il suffit de tenir les enfants trop au chaud, de les faire veiller trop tard , de les empêcher de prendre assez d'exercice, ou de leur faire craindre les variations de l'air, pour les disposer à une délicatesse
ET DE LEURS MALADIES
de nerfs qui fera leur malheur dans la suite.
La troisième remarque , c'est que la pernicieuse habitude de trop serrer les jeunes filles équivaut seule à toutes les autres erreurs de l'éducation : tous les org:anes digestifs compriraéset leur action ;iffaiblie par la respiration dérangent absolument la nutrition. 11 en résulte une multitude de maux qui sont étranjrers à cet ouvrage ; mais le plus marqué est une mobilité extrême dans le genre nerveux, qui se développe princii)alement vers l'âge de quatorze ou quinze ans, et amène à cette époque les faiblesses , les défaillances , les étouffements, l'insomnie, les convulsions, la mélancolie; et un marasme mortel au bout de quelques années (1). J'ai développé fort au long , dans l'ouvrage sur la sanle des gens de lettres, le danger d'une application précoce; ainsi je n'entrerai ici dans aucun détail, et je me contenterai de faire remarquer que le trop d'application entraîne les mêmes maux. La gêne même et Ja contrainte produisent cet effet ; la liberté de l'enfance trop gênée amène l'ennui, et de l'ennui naissent l'inaction, le drgoùt , la tristesse, les mauvaises digestions, une transpiration irrégulière, la formation des âcretés, tous les maux de nerfs. La dureté avec les enfants, celte sécheresse , celte aigreur, ce ton d'autorité absolue qui ont présidé long-temps à l'éducation , qui n'y président encore que trop dans plusieurs maisons oii l'on croit qu'il est delà dignité paternelle de paraître froid et sec, sont une des causes de l'affaiblissement du genre nerveux, et j'ai vu une malade abîmée de vapeurs, qui était convaincue qu'elle ne les devait qu'à l'émotion, la crainte et le chagrin continuels dans lesquels une bdle-mère l'avait tenue pendant plusieurs années ; mais cette cause appartient proprement aux causes morales qui ne sont pas l'objet dejce chapitre.
Le feu de la première jeunesse doit avoir son essor , et j'ai vu un grand nom-
(1) « Toutes les maladies de l'estomac, la cessation totale et continue du flux menstruel avec toutes ses suites, un air bouffi, des érysipèles, tous les maux hystériques, évanouissements, mélancolie profonde, accouchements difficiles, et même quelquefois des apoplexies, sont la suite de cette pression déraisonnable. » Zimmermann, t, ii, p. 550. Foy.Winslow, Plalnert
bre de femmes dont on ne pouvait attribuer les maux de nerfs qu'à ce qu'elles avaient élé forcées de paraître grandes filles trop tôt.
§ 25. La crue trop prompte est encore une des causes les plus ordinaires des maux de nerfs; cette nutrition trop rapide n'a point de fermeté; les fibres restent toujours lâches, les humeurs ne sont pas suffisamment élaborées, les fibres nerveuses n'acquièrent point le ton qu'elles devraient avoir , ni les esprits animaux leur consistance ; les muscles conservent trop d'irritabilité et n'acquièrent pas assez, de densité ; les sujets restent toujours faibles, languissants; leurs nerfs sont très-mobiles ; et j'ai vu des jeunes personnes tomber, par celte cause, dans des états de convulsions, d'hystérie, d'hypochondrie les plus fâcheux. Lecœur est l'organe qui, dans ces cas-là, m'a paru le plus affecté, et ces personnes sont très-souvent en proie aux paipitationsles plus incommodes ; toutes les fonctions se font faiblement; on tombe souvent dans le marasme, et, lors même qu'on ne succombe pas, la santé s'en ressent toute la vie. Une des personnes chez qui j'ai vu les maux de nerfs les plus violents, est une dame allemande qui, à dou7e ans, avait la hauteur d'un homme ordinaire, et un embonpoint excessif. Dans ces cas, les fibres des muscles, des viscères, des nerfs trop lâches, les fluides trop peu denses et trop peu élastiques, le gluten trop irritable, auraient besoin pour se rétablird'uneaction du cœur et des vaisseaux plus forte ; mais ces parties sont également trop faibles, ainsi c'est presque de l'art seul que l'on doit attendre quelque chose , et si l'art se trompe, les suites de ses erreurs sont terribles. Peut-être que les premiers dérangements auraient été aisés à guérir si l'on avait suivi une meilleure méthode ; mais je nes:iissur quels principes on la traita par les saignées et par les purgatifs, la cause augmenta, les accidents devinrent plus graves, et la malade conserva nécessairement toute sa vie une trop grande délicatesse.— Les lésions considérables dans la conformation de la charpente osseuse endommagent en général toutes les fonctions, et surtout les fonctions vitales, plus que les fonctions nerveuses ; cependant, à la longue, le vice des fonctions entraîne celui des nerfs; et j'ai vu des femmes conduites par cette cause à des maux de nerfs très-fâcbeux, que les secours diététiques peuvent adoucir, mais dont il
faut connaître la cause première pour ne pas fatiguer les malades par des remèdes inutiles, et qui continués longr-temps deviendraient nuisibles. Je finirai cet article en remarquant que toutes les erreurs dans les choses non nalurelles dont je vais parler, ont des suites d'autant ])lus fâcheuses qu'on y est exposé plus jeune.