ARTICLE II. DES MAUVAIS EFFETS
DE l'air.
§ 2G. Tout ce que j'ai dit dans la première partie, des effets funestes d'un air vénéneux , prouve combien l'air peut avoir d'influence sur le genre nerveux.
L'eflTet de ces différentes variations relativement à la pesanteur, à la chaleur, à la sécheresse, aux exhalaisons dont il peut être imprégné, a été apprécié par plusieurs écrivains diététiques; mais M. Berryat, médecin à Auxerre, est le seul qui ait suivi pendant long-temps l'effet de l'augmentation ou de la diminution du poids de l'air sur les personnes attaquées de maux de nerfs, et surtout sur une jeune personne qui éprouvait de très-violentes convulsions depuis dix ou douze ans, et il était parvenu à jiouvoir assigner son état d'après la hauleur du baromètre (I). Sans avoir suivi des observations avec cette même attention, on remarque tous les jours qu'il y a des pays et des saisons oii les maux de nerfs sont plus fréquents. Les climats d'une température sèche, plutôt chaude que froide, sont en général très-favorables aux nerfs, et quoique quelquefois ces pays offrent les maladies nerveuses les plus effrayantes , cependant à l'ordinaire les nerfs y sont fermes, peu délicats, la mobilité rare : tel est l'état de la plupart des pays qui sont dans la zone tempérée, au midi du quarante-cinquième degré ; si, sous cette latitude, on trouve quelques endroits où ils soient plus fréquents, il faut en chercher la cause dans quelque circonstance particulière à ce canton. On trouve des maliidies de nerfs horribles dans quelques endroits de la zone torride, qui sont tout à la fois très-humides et très-chauds , et cil la fibre est par-là même lâche, où les humeurs sont extrêmement âcres et où elles se raréfient quelquefois tout-à-coup trèsfortement. Les climats très-froids donnent à la fibre une fermeté et au\ humeurs une densité qui font que les maux
(1) Mémoires présentés, t. Ji, p. 456.
NERFS
de nerfs n'y sont jamais que les effets de quelque cause accidentelle ; mais la vraie patrie de la délicatesse du genre nerveux, est entre le quarante-cinquième et le cinquante-cinquième degré de latitude; et dans cet espace, ils sont plus fréquents, à proportion que différentes circonstances concourent plus ou moins à aider les effets de l'air qui est très-dissemblable dans ces différents endroits. M. Iluxam a vu que les saisons humides les occasionnaient (1), et sans doute, l'humidité, et surtout l'humidité jointe à la chaleur, sont les dispositions de l'air qui agissent le plus comme causes prédisposantes.
MM. Bisset et Lind ont donné là-dessus l'un et l'autre de très-belles observations (2); cependant la chaleur est aussi une cause occasionnelle. Un observateur exact et véridique remarqua que, pendant l'été de 170G, qui futdune chaleur excessive, plusieurs personnes qui n'avaient jamais eu de vapeurs, en furent attaquées, et celles qui y étaient sujettes en furent beaucoup travaillées (3). M. Zimmerman a souvent observé que, pendant les grandes chaleurs, les personnes vaporeuses tombent, sans aucune autre cause, dans de grandes faiblesses, des évanouissements fréquents, des convulsions, des diarrhées qui ne finissent que quand le temps se rafraîchit (4). M. Dodart avait vu un jeune homme qui perdait toutes ses idées, et tombait dans l'imbécillité quand il faisait chaud (5). Les grandes chaleurs de l'été, et en été le milieu du jour, sont fâcheux pour les femmes qui ont les nerfs très-délicats, surtout si elles ont en même temps la fibre molle ; elles voudraient retrancher deux ou trois mois de l'année, ou au moins, dans ces trois mois, sept ou huit heures par jour ; depuis les neuf ou dix heures du matin jusqu'à cinq du soir, sans force, étouffantes, angoissées, tristes, inquiètes; elles ne se lèvent que pour désirer d'être à la fin du jour. Si, dans ces circonstances, il survient un vent du nord, il leur rend la vie et le bonheur; celui du midi, chargé départies humides et chaudes, détruit toutes leurs forces et les met au déses-
(1) Observât., t, i, p. 47.
("2) Bisset, Médical conslitut of Great Briian., p. 15, IG, 127, 130. Lind, On diseases of liot climates, p. 170, 'i58, etc.
(3) Viridet, Traité des vapeurs, p. 48.
(4) Mém. de l'Académie des sciences.
(5) Expér., t. II, p. 148.
ET DE LEORS MAlADlES.
poir. Leur pouls qui, du resle, est presque toujours un huitième plus vile en été qu'en hiver, est vite, petit et souvent irréprulier; aux approches d'un orage un peu fort, elles ont une vrnie fièvre nerveuse. Il est bien certain que l'état de l'atmosphère, dans ces moments peut agir sur des nerfs mêmes qui ne sont pas excessivement délicats, et j'ai vu très-souvent un homme bien portant, et q'.ii assurément ne craint pas les tonnerres, me les annoncer vingt-quatre heures à l'avance par des palpitations qui ne l'ont jamais trompé ; on a déjà vu toutes les influences du sirocco ; et il est aisé de compretidre qu'une constitution de l'air qui peut faire périr eu quelques heures les feuilles des arbres, corrompre les viandes, gâter le lait, doit être capable de stimuler bien puissamment le genre nerveux. Pendant les grandes ciialeurs, les accès d'épilepsie sont ordinairement plus fréquents.
Alais le froid est souvent aussi une cause occasionnelle Irès-l'orte. Hippocralea déjà vu que le froid appliqué aux nerfs nus dans les plaies et dans les ulcères leur nuisait, et pouvait produire des convulsions (1). Galicn a aussi vu le froid produire l'apoplexie et toutes les espèces de tétanos (2). Ou le remarque souvent en Angleterre. On a vu, dans le nord de l'Allemagne, le spasme de la mâchoire, de violentes convulsions , l'emprostotonos en être lasuite(3); et il règne quelquefois tout-à-coup, ilans le Malabar, un vent excessivement froid, dont on ne peut pas même se défendre dans les maisons, et qui occasionne de violentes convulsions (4).
Mais c'est surtout chez les personnes qui, sans avoir la fibre lâche, ont une grande délicatesse dans le genre nerveux, les
(1) Àphor., 1. V, aphor. 17, 18. 19, 20, et ailleurs. Celse, 1. i, cliap. u. C'est d'après cette idée sans doute qu'un habile chirurgien de Cologne, il y a près de deux cents ans, faisait tenir sous les plaies et les ulcères, pendant le pansement , un réchaud plein de braise; méthode dont Fabri de Hilden, qui avait été son élève, a VU lui-même les excellents effets, qui a été rappelée de temps en temps, et dernièrement dans quelques liôpitaux français.
(2) De morborum différent lis , ch. v, chant., t. VII.
(ô) Marx, De spasmis, § 29.
(4) Cariheuser, De morbis endemicis, p. 181.
humeurs acres, la penu très-sensible, que les eflels du froid sont pernicieux ; il arrête la transpiration, et le spasme des nerfs cutanés se communiquant à tous les autres, toutes les fonctions souffrent, la respiration est gênée, l'estomac se serre et ne digère plus, la sécrétion de la bile s'arrête, les règles sont relardées, si elles fluent elles se suppriment, le sommeil se perd, on éprouve un malaise, on pourrait «lire lie la douleur dans toutson corps. Kt ces mêmes personnes se portent parfaitement bien à l'époque de ces grandes chaleurs qtji tuent celles dont la délicatesse du genre nerveux ne tient qu'à la faiblesse de la fibre. Il y a beaucoup de femmes, dans ce cas, qui, pour ne pas souffrir, sont obligées de se renfermer dans les aiiparleinents pendant quatre mois de l'année, et qui, malgré cette précaution, ne se mettent point entièrement à l'abri des etTets du froid. Zimmermann a vu une femmevaporeuse, âgée de soixante-trois ans, qui, après s'être refroidi les bras, prit subitement des spasmes si affreux dans tout le corps, qu'il lui paraissait qu'on lui arrachait tout à la fois toutes ses chairs et tous ses membres; elle avait en même temps des douleurs si aflfreuses dans l'estomac et les intestins, que malgré sa fermeté, elle se tordait dans son lit comme un ver (l). Et j'ai yu très-souvent un homme âgé et qui avait les nerfs délicats, à qui le froid de pietls donnait constamment une espèce de spasme cutané, qui, gagnant avec un sentiment de froid et de malaise jusqu'au sommet de la tète, redescendait sur le front et lui obscurcissait considérablement la vue jusqu'à ce qu'il fîit réchauffé. Viridet avait observé que l'hjpochondrie était très-fréquente, surtout en hiver, sur les hautes montagnes de ce canton : il en vit plus de trente dans un seul hiver à Gessenay. « Plusieurs, dit-il ;> étaient tourmentés de spasmes affreux )) qui devinrent même mortels »; c'était principalement parmi ceux qui n'étaient pas natifs de cet endroit, et qui étaient, par-là même, plus affectes par la vivacité de ce climat, oii l'air, dit-il, est chargé de tant d'acides ; et il ajoute une autre raison très-sensée et très-importante: ceux du pays auraient le même sort, si, par le lait, les hordeats et les avenats, ils n'enveloppaient ces puissants acides (2).
(1) Expériences, t. ii, p. 156, 15, ITa (•2) Traité des vapeurs, p. 184.
C'est une observation faite depuis longtemps, et vérifiée tous les jours, que dans les grands froids, les personnes qui ont les nerfs très-délicats , quelquefois même tous les malades, ne peuvent pas dormir.
Les influences de l'air se font souvent sentir évidemment aux nerfs dans les temps d'épidémies. Ona observédans les hôpitaux beaucoup plus de maladies convulsives dans ce temps que dans un autre. Werlhoflremarque avec élonnement que, dans le seul mois de mai de l'an 1733, il vit huit femmes attaquées, pour la première fois, d'une mélancolie hystérique, accompagnée de délire (1), ce qui ne pouvait dépendre que d'un vice dans l'air. J'ai vu en 1 7G6, dans le temps que nous avions une épidémie nombreuse de maladies putrides, qu'il y eut beaucoup plus de convulsions, de vapeurs, de paralysies que dans tout autre temps. Yillis et Sydenham avaient déjà observé des fièvres épidémiques qui altaquaient principalement les ïonctions des nerfs, et ça été un des caractères essentiels de celle qui a régné ici pendant le printemps et l'été de 177G. Son premier caractère a été d'attaquer principaltment les jeunes gens depuis l'âge de quatre ans jusqu'à celui de vingt; le second était d'affecter singulièrement leurs nerfs, avec une fièvre très-modérée, plusieurs rêvaient assez continui'ment, mais faiblement; chez d'autres, sans rêveries marquées, la façon de penser était si changée, qu'ils étaient singuliers, tristes, oublieux, apathiques, vaporeux; plusieurs ont eu des rêveries très-fortes, très-soutenues, qui ont duré long-temps après la fièvre ; dans le même temps plusieurs autres personnes sont tombées dans un état de rêverie presque sans fièvre, qui n'en était que plus fâcheux; enfin, un troisième caractère qui rapprochait encore celte fièvre des maux de nerfs, c'est qu'elle ne soutenait presque aucun remède violent, elle ne voulait que le traitement le plus doux, et, comme dans l'épidémie de Sydenham, ses suites ne se dissipaient parfaitement que quand on quittait les remèdes.
AKT. m. — DES ALIMEÎITS ET DES BOISSONS.
§ 27. Les erreurs dans l'usage des aliments, excepté dans l'enfance, ne sont une cause prédisposante des maux de
(1) Commère. litterar., p. 184.
nerfs qu'autant que par des erreurs réitérées, surtout dans la quantité, on vient à ruiner l'estomac et à détruire entièrement la faculté digestive ; on tombe alors dans les maux de nerfs, parce qu'on ne digère plus. Mais s'il n'y a pas d'aliment usuel dont un usage modéré dispose aux maux de nerfs, il y a quelques aliments qui affectent très-facilement les nerfs délicats, et quelquefois même les nerfs les plus forts. J'ai vu un grand nombre de femmes à vapeurs, que le persil met dans un état si violent, qu'on les croirait presque empoisonnées , et l'on trouve dans le Journal de médecine (1) l'histoire d'un cas dans lequel cette plante occasionna des convulsions. Les fraises et les écrevisses sont deux autres aliments qui produisent cet effet sur un assez grand nombre de gens, et chez tous ceux qu'elles incommodent, elles occasionnent presque les n)êmes symptômes essentiels, qui sont une grande angoisse dans l'estomac, et une ébullition plus ou moins abondante, plus ou moins générale, et accompagnée de démangeaisons quelquefois insupportables. M. Van Swielen a vu les yeux d'écrevisses mêmes produire cet effet, et l'explication qu'il en donne sert à expliquer tous les faits de cette espèce. Feu 3L Vindet, ce sage praticien de Morgues, à qui l'on doit deux ouvrages trop j)eu connus, et qui sont pleins d'observations pratiques utiles, a vu les bouillons d'écrevisses produire des effets trèsirritants (2). Les moules produisent aussi souvent des effets semblables et même très-gr ives ; mais comme il est très-vraisemblable que ce n'est que les moules malades, on doit les regarder alors comme un poison, et non pas comme un aliment. Riediin parle de deux hommes à l'un desquels l'usage des corneilles donnuit un spasme dans les pieds (3), et celui des alouettes donnait à l'autre un spasme dans ks bras (4). J'ai vu une femme chez qui les fraises n'ont produit un mauvais
(1) T. xxni, p. 145.
(2j Dissertation sur les vapeurs. In-12, Yverdon, 1726, p. 179. Une femme à qui il avait donné une drachme de yeux d'écrevisses fut, pendant la nuit, dans la tension de toutes les parties de son corps. J'ai connu deux hommes qui pouvaient manger des écrevisses, mais la soupe aux écrevisses les incommodait extrêmement.
(3) Lin. Medic, ann. prim,, p. 30,
(4) lier Medicum, p. 17.
ET DE LEURS MALADIES
effet qu'un seul clé, qui suivit une maladie catarrlijile assez légère, mais (|ui lui avait laissé le genre nerveux fort affecté ; toutes les fois qu'elle en mangea, elle éprouva tous les malaises d'un accès de vapeur. Yiridet a été témoin d'un fait qui mérite d'être rapporté : quatre sœurs qui aimaient passionnément ce fruit, et quicnavaientmangésans aucun inconvénient jusqu'à l'âge de puberté, en furent depuis lors très-incommodées; elles apercevaient une grande démangeaison au gosier, et partout le corps. Après cet accident, qui leur était commun, l'aînée tombait dans un assoupissement accablant; la puînée était saisie d'un érysipèle par tout le corps ; la troisième avait un biuit d'oreille qui finissait par un autre , semblable à celui d'une montre quand la chaîne se rompt; tout le corps de la quatrième s'enflait , et elle restait dans cet état pendant plus de trente heures : chez ses sœurs il ne durait que dix ou douze (I).
Ces cas sont rares , et dépendent d'un petit nombre d'aliments qu'il est aisé d'éviter ; mais quand une fois les nerfs sont affectés , et surtout quand la délicatesse de ceux de l'estomac est parvenue à un certain degré , tous les aliments peuvent devenir la cause occasionnelle la plus fréquente de leurs dérangements, soit par leur quantité, soit par leur qualité. Celte sensibilité des nerfs de l'estomac est quelquefois portée au point que le repas le plus léger, le plus simple, a les effets les plus violents et les plus douloureux, pour peu qu'il se trouve audessus des forces digestives ; le travail qu'éprouve l'estomac devient un foyer d'irritation pour tout le genre nerveux : on étouO'e . on évanouit, on est tout à la fois dans l'assoupissement le plus angoissant et dans l'impossibilité de dormir; le spasme même peut aller jusqu'à donner toutes les apparences d'une apoplexie. Je connais un homme dans la ileur de l'âge, qui a les nerfs délicats, et qui a été sujet pendant quelques années à un asthme convulsif , qui , dès qu'il a un peu trop mangé , est excessivement mal à son aise, inquiet, silencieux et colère. Quand l'estomac est si délicat, il n'y a qu'un très-petit nombre d'aliments qui soient tolérables; tous les autres incommodent; et en général , ce sont ceux qui sont ou flatueux ou acides qui sont les plus dan-
(1) Traité du bon chyle, t, i. p. 142.
gereux : dans le premier genre, les simples haricots sont ceux qui incommodent le plus, et j'ai vu plusieurs fois qu'ils occasionnaient un accès de vapeur avec une angoisse , une tristesse, et des larmes int irissables. Les fruits comme flatueux et comme acides deviennent également irritants, et j'ai plusieurs exemples de femmes (|ui ne pouvaient soutenir d'antre légume que les pommes de terre (Ij, ce farineux doux, peu savoureux, il est vrai, mais très-digestif, et qui est de tous les légumes celui dont on peut généralement manger la plus grande quantité sans en ressentir aucune incommodité. La polcnte, qui est la farine du maïs ou blé de Turquie, est encore un farineux doux, digestible, et qui est souvent une ressource pour des personnes dont l'eslomac sensible se refuse à presque tous les alimenls ; mais elle doit être fraîche : conservée plus de quelques semaines, elle prend uneàcreté qui la rend moins agréable et moins saine. Il faut rappeler ici une observation importante faite par un très-bon observateur (2), c'est que l'aclion des nerfs est bien moins marquée chez les peuples qui vivent de farineux.' Cette observation nous fournit cette conséquence bien simple , c'est qu'en général les' farineux seront indiqués toutes les fois que l'action des nerfs est trop vive.
Le mouton est pour d'autres le mets le plus convenable ; et il faut faire attention que souvent les alimenls trop délicats, trop légers, les bouillons, les aliments aqueux, sont nuisibles quand les fibres de l'estomac sont déjà trop molles, ses muscles trop irritables, ses nerfs irrités par quelque humeur trop acre. Les aliments solides, résistants, quelquefois même gras et presque indigestes jiour des estomacs ordinaires, sont ceux que ces estomacs digèrent le mieux. J'ai fait vivre une femme, dont les nerfs étaient naturellement fort délicats, et dont ceux de l'estomac avaient acquis une délicatesse telle, que tous les aliments, et surtout ceux qu'on appelle les plus légers, qu'elle avait tous essayés , la faisaient souffrir considérablement, et qu'elle les rendait tous, en lui conseillant de ne vivre que lie croules dorées et de pâté froid; elle ne prit riea autre pendant
(1) Solanum tuberosum .
(2) M. Bomare, Dict. d'hist- nat., art. Farine»
qualre mois, et elle put ensuite y joindre l'usage des fruits. Ch. Pison avait déjà très-bien vu que dans plusieurs cas (le mobilité, les nicls délicats, les bouillons , les aliments aqueux , étaient nuisibles , et qu'un régime sec était plus convenable (1): mais on avait ensuite donne trop d'extension à ce conseil , en voulant, d'après le système que tout était atonie, réduire toutes les personnes qui ont le genre nerveux délicat, à un régime sec, sans f.iirc attention que, dans un autre endroit, ce même Pison, trop éclairé pour admettre des règles générales , détendait la viande , les œufs , le vin , et tous les stimulants (2). D'jutres circonstances exigent d'autres aliments:
j'ai soigné une jeune personne dont la mobilité était portée presque au plus haut degré , et qui ne pouvait pas manger une seule boucliée de viande , ni boire une demi-tasse de bouillon, qu'elle n'éprouvât une toux et une oppression qui la mettaient dans un état violent ; les aliments végétaux , surtout les farineux cuits avec du lait, la fatisuaient moins. Et j'ai été obligé de tenir pendant neuf mois une femme de la plus grande mobilité, et dont j'aurai occasion de reparler, qui avait en même temps beaucoup d'obstructions, et pour qui je craignais un ulcère à la matrice , au lait d'ànesse et aux fruits fondants pour toute nourriture ; elle n'en soutenait aucune autre sans éprouver des étouffements convulsifs, et sa seule boisson était l'eau fraîche. J'ai connu un malade dont les nerfs de l'estomac et des intestins avaient acquis une telle sensibilité jiar des remèdes violents , que tous les aliments lui occasionnant les plus vives douleurs, il fut obligé , après une multitude d'essais, de se réduire à vivre, pendant nombre d'années , d'un peu de pain sans sel , de bouillon de tripes, et de courge simplement bouillie à l'eau et aussi sans sel: tout autre aliment , toute autre boisson que l'eau était un stimulus qui lui donnait des douleurs et de l'angoisse. Dans plusieurs cas, le lait est le seul aliment que les nerfs puissent soutenir, et l'on verra ailleurs que s'il est quelquefois l'aliment le plus convenable, il est aussi souvent le meilleur remède.
§ 28. Les sucreries sont un des aliments les moins convenables dans les cas
de mobilité, et Forestus, cet habile observateur bollundais, l'un des hommes auxquels la pratique doit le plus, a vu une femme à qui elles donnaient toujours un accès de vapeur (1). C'est dans cette circonstance d'extrême sensibilité que l'on se laisse quelquefois aller à deux usages qui sont tous deux très-fâcheux ; l'un , c'est de se réduire à ne vivre que de bouillon très-fort , qui , dans le moment même, ranime , et fait quelquefois moins souffrir que d'autres aliments, mais dont l'effet constant est d'augmenter, au bout de quelque temps, l'irritabilité et la faiblesse; l'autre, c'est de soulager ces malaises si fréquents après le repas, par des liqueurs ou des élixirs chauds, qui pendant quelque temps donnent un bien-être momentané , mais aggravent presque toujours le fond du mal, — Parmi les aliments qui nuisent an genre nerveux , il faut nécessairement placer l'ergot ou blé cornu , qui a été souvent cause épidémique des maladies nerveuses les plus graves, que j'ai décrites avec soin dans un petit ouvrage imprimé il y a seize ans , et qui se trouvera dans le chap. 23 de cet ouvrage.