‹ Œuvres de TissotChapitre 2 sur 160 · PRÉ · texte numérisé non relu

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à Hoffmann, et à un petit nombre d'autres médecins qui avaient donné quelques observations utiles , on était encore fort éloigné d'avoir des lumières suffisantes, puisque (1) Sydenham même, qui en a si bien donné l'histoire, n'a qu'un seul traitement, qui, étant incompatible avec tant de tempéraments , tant de causes , tant de symptômes, ne pouvait pas même être essayé dans tous les cas où l'on reconnaissaitcependant évidemment la maladie à laquelle il l'a appliqué, parce que les circonstances qui l'excluent, plus rares en Angleterre que dans beaucoup d'autres pays , lui avaient échappé. Ce traitement convient dans les cas où la fibre trop lâche , l'action trop faible des vaisseaux , le sang trop dissous , sont la cause du mal ; mais il nuirait dans une multitude d'autres cas , et l'on ne peut pas taire qu'il a souvent nui , et qu'il nuit peut-être encore tous les jours.

Appelé à voir fréquemment des maladies de nerfs , bien convaincu par un examen attentif que, quoique l'imagination exagère au malade les souffrances et le danger de son état , ce sont des maux physiques tout aussi réels que la pleurésie et la jaunisse; que s'ils sont rarement dangereux , ils sont presque toujours très à charge , et que s'ils n'abrègent pas souvent la vie, ils en ôtent les

(1) On avait cependant écrit plusieurs ouvrages qu'il serait fort inutile d'indiquer, et qui sont presque lous tombés dans l'oubli ; ceux qui veulent en connaitre les titres et s'en faire quelque idée, peuvent consulter la traduction française de l'ouvrage de Whytt sur les vapeurs. Le traducteur, M. le Bègue de Prèle, a mis à la fin du second volume, une analyse courte, mais exacte, des principaux auteurs qui ont écrit sur les vapeurs, et une simple indication des autres. Il y en a un par feu M. Dumoulin, qui ne dut pas laisser prévoir, quand il parut , la réputation future de l'auteur, et qu'il serait pendant cinquante ans le médecin de confiance d'une des plus grandes villes du monde.

douceurs, qu'ils troublent le bonheur du malade , de ses proches , de tout ce qui l'environne; que, par leur influence sur le moral , ils font apercevoir les objets sous un point de vue très-faux , et que la conduite étant une suite de la façon de voir, ils jettent souvent dans des écarts très-fâcheux ; en un mot , qu'ils métamorphosent souvent le malade , et toujours à son désavantage : je donnai toute mon attention à l'histoire de leur marche, à la variété de leurs causes, à celle des traitements qu'ils demandent , et je me rendis compte de beaucoup de contrariétés apparentes, qui cessent d'en être quand on a étudié attentivement cette partie.

Après avoir travaillé pour moi, je pensai que mon travail pourrait en épargner à d'autres , et dès l'an 1759, je pensais à cet ouvrage : j'en formai le plan , et je ne prévoyais pas que l'exécution dût en être différée si long temps. Ceux de MM. Boerhaave , Whytt et Lorry , publiés en 17GI, 1764 et 1765, ne parurent pas devoir me le faire perdre de vue; tous les trois sont remplis d'excellentes choses ; et le dernier surtout, quoique la plus grande partie n'appartienne pas aux maladies nerveuses , offre les principes les plus vrais , et est rempli des observations les plus lumineuses ; mais leurs plans , comme je le dirai plus particulièrement des deuï premiers dans le premier chapitre, ne sontpasles mêmes que le mien. En 1769 , je n'avais presque plus qu'à mettre au net mes manuscrits, et à insérer dans les places où elles devaient se trouver toutes les observations, soit celles des autres , soit les miennes , que je n'avais fait qu'indiquer dans mes canevas. Quelques circonslances particulières m'ayant déterminé à finir le chapitre de l'épilepsie le premier, je le donnai à l'imprimeur pour avancer loujours l'ouvrage; il fut imprimé en 1770 , et il s'en est distribué quelq~ues exemplaires. Pendant qu'on l'imprimait, je finis la

PRÉFACE

partie aiiatomique : on l'imprima tout de suite (1), et je ne doutais pas qu'elle ne fût suivie iinmédiateraeiit du reste : si j'avais pu travailler de suite , les trois premiers volumes auraient été finis en très- peu de temps; mais le dérangement que ma santé éprouva à celle époque me força d'abandonner un ouvrage qui exigeait nécessairement un travail suivi et une attention très soutenue. Quoiqu'elle ait commencé à se rétablir deux ans après, p.ir l'usage des eaux de Spa, la nécessité delà ménager, jointe à l'augmentation des occupations pratiques et à quelques autres circonstances , ne m'a point permis de reprendre cet ouvrage aussitôt que je l'avais espéré ; mais pendant ces six ans je ne l'ai pas perdu de vue, et je l'ai augmenté d'un nombre considérable d'observations que j'ai eu occasion de faire , de plusieurs autres que j'ai trouvées dans les ouvrages que j'ai lus depuis ce temps-là : j'ai développé davantage quelques articles , j'en

(i ) Je prie les lecteurs instruits de vouloir bien f'aii'c allention à celle dalc(t770) de l'impression de la parlie analomique, parce qu'elle me jusliiie de n'avoir point lait u^agc de quelques ouvrages sur les nerfs, aniérieurs à la publication de celui-ci , mais postérieurs à l'impression des huit premières feuilles. Ceux dont je regrette le plus de n'avoir pat pu profiter, sont la belle Dissertation de M. Lobslein, DcNm'is diirœ mntfis, Strasb , 1773; le bel ouvrage de M. Ncubaver, Descriptio (icadcniica iicrvorum cardiaconiin, dont la première section a paru en 1773, et dont on attend la suite avec impatience; J.

Bang, Descriptio uervorttm cervicalium,ouvrage très-court, mais dans le(|uel j'ai trouvé quelquci descriptions qui ne me paraissent pas avoir été données précédemment; et le très-bon ouvrage dcM.Sahatier. Traité complet d'Anatomie, A vol. in-12, lig., dans lequel il a considérablement ajouté à ce qu'il avait dit des nerfs dans son édition de l'Anatomie do Verdier. Je me suis aussi procuré, depuis ce temps-là quelques ouvrages fort antérieurs, mais que je n'avais pas pu trouver plus tôt, entre autres les belles Epitres de M. lluber à M. \igrud:Z)e JServo inler-

ai ajouté plusieurs (1), et espérant actuellement pouvoir le finir sans interruption, je vais tracer une esquisse trèsal)régée de mon plan, et je serai charmé si les médecins qui ont été à même de voir beaucoup de maux de nerfs, qui ont tenu compte de ce qu'ils ont vu, qui s'ea sont occupés , voulaient me communiquer leurs observations et leurs idées : je les recevrais avec reconnaissance, je serais empressé à leur en faire honneur, et ils auraient le plaisir de concourir à la perfection d'un ouvrage qui , s'il était aussi bien fait que je conçois qu'il peut l'être, répandrait un grand jour sur plusieurs objets de pratique très-intéressants, et qui se présentent tous les jours.

Je commence par donner l'auatomie des nerfs aussi étendue qu'elle m'a paru devoirl être, pour que, après l'avoir lue, on puisse saisir aisément l'histoire de leurs maladies. Je passe ensuite à leur physiologie, c'est - à -dire à l'exposition de ce que l'on connaît et de ce que l'on peut raisonnablement croire de leur façon d'agir , dont l'entier mécanisme ne nous sera jamais parfaitement connu , puisque l'action essentielle se passe dans des infiniment petits qui nous échapperont toujours , et tient à des connaissau-

costali deque nervis octavi et noni paris, dcque acressoria, in-4°, 1774; et de M. Scliniiedel à M. Verner : De controversa nervi iniercostalis origine, in-4°, 1747, qui renferment l'une et l'autre des observations très-utiles. Je regrette de n'avoir pas pu nie procurer celle de M. Schmiedel : De uctionc nervorum.

(1) Je dois avouer ici que ce long repos de l'ouvrage et ces additions multipliées en différents temps, sont cause qu'il se trouve plusieurs articles qui ne sont placés où ils auraient dû l'être, quelques autres qui sont mal liés, d'autres qui sont répétés; la rapidité avec laquelle j'ai souvent été obligé de recevoir les dernières épreuves, fait qu'il est resté quelques fautes grossières de style, de ponctuation et même d'orthographe, qu'il m'a paru inutile d'indiquer dans un errata.

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ces sur la nature des êtres immatériels, auxquelles il est absurde de penser que nous puissions jamais atteindre : j'espère avoir donné à cette partie toute la clarté dont elle est susceptible : je crains seulement que beaucoup de médecins ne la trouvent trop longue, et ne jugent qu'un très-gros volume d'analomie et de physiologie est déplacé à la tête d'un ouvrage de pratique; mais je suis intimement convaincu qu'il est impossible de se faire une idée exacte d'une maladie , si l'on ne connaît pas et les parties qui en sont le siège, et leurs fonctions dans l'état de santé , que j'ose affirmer que le peu de progrès de la pratique vient du peu d'instruction des médecins dans l'anatomie et dans la physiologie. J'ai vu que plus on acquiert de connaissance dans ces deux parties , plus on acquiert de facilité à saisir les causes des maladies, et par-là même les vraies indications. Il m'a paru important , surtout pour les maux de nerfs , de donner des principes sur leur physiologie qui pussent servir à apprécier les diflërenis systèmes sur leur pathologie , et l'exposition de ces principes ne pouvait pas êlrc courte.

Les observations sur les ligatures des nerfs, sur les irritants mécaniques , sur les venins, ont trop contribué à m'éclairer moi-même pour que j'aie pu les croire étrangères à cet ouvrage ; et si l'on me dit que je pouvais les supposer connues, jerépondrai que j'aurais bien voulu, mais que je n'ai pas cru pouvoir le faire. La plupart des médecins négligent malheureusement trop les connaissances anatomiques et physiologiques, sans lesquelles , quoi que puissent dire les sophistes de l'empirisme , il n'y aura jamais de pratique sûre , et je crois que l'on rend service à l'humanité en les forçant à s'instruire de la théorie des fonctions d'un organe, en même temps qu'ils apprennent à remédier à ses maladits.

C'est en lisant, en relisant, en étudiant la Physiologie de M. Haller, ouvrage

dont j'ai tiré tant de faits pour la première partie de celui-ci, qu'un médecin peut se faire des principes de pratique plus simples, plus surs , plus lumineux , que presque tous ceux que l'on trouve dans la plupart des ouvrages des praticiens auxquels je crois ne pouvoir trop conseiller cette lecture , qui deviendra encore plus intéressante dans la seconde édition (1) de cet excellent livre, dont l'illustre auteur vient de nous être enlevé à un âge qui, quoique avancé, laissait cependant espérer à ses amis de le voir vivre encore plusieurs années, pour faire honneur ù l'humanité et répandre de nouvelles lumières sur ces parties des sciences, auxquelles il continuait de se livrer avec autant de courage et de succès que dans la plus grande force de l'âge.

De l'examen des fonctions des nerfs dans l'état de santé , il est nécessaire de passer à l'exposition générale des difTérentes f.içons dont leur action peut être interrompue par le dérangement des nerfs mêmes , ou par celui des parties à l'action desquelles la leur est nécessairement liée : c'est la première partie de la pathologie; la seconde traite des causes qui peuvent opérer ces dérangemcnis , et ces causes se rangent naturellement sous deux classes : les causes physiques et les causes morales. Je les ai traitées l'une et l'autre avec un soin proportionné à l'importance de la matière; et dans

(t) M. Ilaller, mort le 12 décembre 1777, pendant que l'on imprimait la feuille précédente, m'a écrit qu'elle paraîtrait sous le litre àe Functioncs corporis humani, que le manuscrit en était fini, qu'il y aurait des changements et des augmentations considérables , et que ses propres idées y seraient plus développées que dans la première édition, comme je le lui avais demandé à différentes reprises. Une amitié soutenue depuis vingtquatre ans, une correspondance régulière et fréquente peiidant tout ce temps-là , m'ont l'ait si bien connaître ce grand liomme , que je dois sentir mieux qu'un autre toute l'étendue de cette perte.

la seconde j'eiamine, d'après une multi lude de faits, les elle Is des différentes passions sur l'économie animale.

Si quelques personnes trouvent peutêtre que dans ce chapitre , et dans l'article de la physiologie , où j'ai dû décrire la marche des passions , je me suis trop étendu sur des objets qui tiennent plus au moral de l'homme qu'à son physique , je leur répondrai qu'il est impossible d'avoir une connaissance de la partie physique sans connaître la morale, tout comme on ne peut bien juger de l'homme moral que quand on a vu sa liaison avec l'homme physique, et l'on a eu raisou de dire que c'est à la médecine à traiter des passions. Je suis convaincu que très-souvent les soins du médecin ne sont malheureux que parce qu'il ne connaît pas assez le moral de son malade , et j'ai vu plus d'une fois que je ne devais quelques succès qu'à cette connaissance. Je suis également persuadé que les faux systèmes de tant de moralistes ne viennent que de ce qu'ils n'ont point envisagé les influences des causes physiques sur la façon de penser. Eh ! comment , en effet, connaître séparément deux êtres aussi étroitement unis , et qui exercent continuellement une action réciproque l'un sur l'autre ? C'est sans doute ce qui a déterminé M. Boerhaave , dans son Traité des maux de nerfs, à traiter, non - seulement des passions, mais de l'àme en général et de toutes ses facultés (1).

Je commence l'énumération des causes physiques par la disposition native; je passe ensuite au climat, à l'éducation, aux erreurs dans les choses non naturelles, aux différentes maladies dont celles des nerfs sont une suite , aux remèdes mal administrés , source féconde et la plus difficile à détruire des maux de nerfs.

On verra dans ce chapitre que l'à-

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