DES BOISSONS
§ 29. Il n'en est pas des baissons comme des aliments ; elles sont non-seulement fréquemment causes occasionnelles, mais aussi causes prédisposantes.
L'abus du vin, dont l'effet est de produire une tension dans les vaisseaux du cerveau, le dérangement des facultés et des sens , le vertige , le tremblement , la faiblesse de tous les muscles, conduit nécessairement aus maux de nerfs, et surtout au tremblement , à la paralysie , à l'hypochondrie , quand on ne vient à en faire excès que peu à peu ; mais si on se livre à ces excès tout à coup, il en résulte des épiiepsies, des manies, des convulsions de toute espèce. On peut envisager l'état d'un homme ivre comme une apoplexie, dont la cause passagère ef mobile se dissipe entièrement au bout de quelques heures : aussi elle ne laisse pas d'abord de suites fâcheuses; mais à la longue, les nerfs perdent loute leur force , les esprits animaux toute leur énergie. Les vaisseaux du cerveau , quoique les plus fins de tous , sont dans le môme éiat que les plus considéi'ables ; comme
(1) De morb. a coll. seros., p. 163.
(2; Ibid., 530.
(i) Lib. xxviir, obs. 28.
ET DE LECBS MALADIES
eux ils passent de lY-tat de distension à celui (le rclàclieinent : ils lonibcnt à la fin dans une totiile atonie, et les liquides, devenus d'.iliord visiinciix , tombent ensuite dans une totale dissolution; et cet état de faiblesse laisse dans l'abattement, la tristesse, les vapeurs les plus angoissantes. Quand il a été souvent répété, les vaisseaux ne peuvent plus recouvrer leur ton sans secours , et le buveur reste anéanti jusqu'à ce qu'il ait repris du vin ou des cordiaux pluseliauds; l'effet même rend la réitération de sa cause nécessaire, et rien n'est jdus triste et plus fâcheux que l'état d'un homme qui s'est abruti par le vin (1). Mais avant que d'en être à ce point, et heureusement il n'est plus commun aujourd'hui d'y arriver, on peut éprouver, par un excès môme peu considérable de cette liqueur, tous les maux de nerfs. J'ai connu plusieurs hommes qu'un létjer excès en boisson le soir jette le lendemain dans la faiblesse, la pusillanimité, le désespoir et les pleurs d'une femme hystérique. La belle observation de M. Gaubius, qui parle d'une femme que la boisson des liqueurs jetait dans un désespoir affreux , sans aucune autre marque de rêverie, ce qui rendait la découverte de la cause Irèsdifhcile, se présente à tous les médecins ; et je coniiais un ouvrier qui n'a d'autre rêverie que celle de se croire meurtrier et poursuivi , et de vouloir absolument se sauver par les fenêtres. 11 est donc certain que l'excès du vin peut donner tous les maux de nerfs aux jiersonnes mêmes les moins faites pour en avoir ; mais ces premiers maux de nerfs se dissipent avec l'action du vin : ce n'est qu'en la réitérant souvent qu'elle vicie absolument tout le genre nerveux , et les maladies qui en résultent sont d'une opiniâtreté qui ne résiste que trop souvent aux remèdes les plus appropriés. Je dois ajouter qu'indépendamment de son action immédiate sur le cerveau, le vin devient cause de maux de nerfs, en détruisant totalement les digestions , qui périssent toujours au bout de quelques années de boisson.
§ .30. Quand la mobilité est une fois élablie, le vin est une des causes occasionnelles les plus ordinaires et les plus sûres, et je n'ai pu parvenir à guérir un
(1) M. Van Swietcn a donné un tableau très-exact de l'éiat des ivrognes de profession, aplior. 629.
très grand nombre de femmes , et même d'hommes , qu'en leur défendant absoluluent cette boisson. Cette réflexion , tous les jours rebattue , que l'on a l'estomac f.iiblc , et qu'il faut du vin pour le fortifier, est une idée presque constamment fausse. L'eau estbcaucoup plus digestive, le vin ne l'est que très-rarement, et seulement dans certains cas comme remède ; et au bout de très -peu de jours, toutes ces personnes , qui avaient craint d'abandonner le vin , digèrent beaucoup mieux , souffrent moins , ont plus d'appétit , et recouvrent la paîté et le sommeil.— Dès que les nerfs sont parvenus à un certain degré de délicatesse , le vin les irrite presque toujours, et cela d'autant plus sûrement que comme ceux de l'estomac sont ordinairement ceux qui en ont le plus , l'irritant se trouve appliqué sur sa partie faible; quelquefois il irrite sur-le-champ , et j'ai connu une femme à qui le quart d'un verre de vin de CliCres donne des étouffements effrayants.
D'autres fois il n'irrite qu'après s'être aigri , mais alors ses effets irritants n'en sont que plus durables, ])arce que cette disposition à la fermentation acide s'efface très-lentement. Les vins trop spiritueux occasionnent la première espèce d'irritation, les vins aeescents produisent la seconde. Ceux qui nuisent le moins sont les vins d'Alicante, les vrais muscats de France, et ceux de Grèce et de Syracuse; mais en général, excepté dans les cas où l'on a besoin d'un cordial prompt , et oîi il faut l'employer comme remède du moment , et dans ceux oii l'atonie est la cause première du mal , et oii il y a dans l'estomac plus de faiblesse que de mobilité , les personnes sujettes aux maux de nerfs doivent renoncer entièrement h l'usage ordinaire du vin. Pison le défendait comme très - contraire (I). Mandeville a très-bien remarqué ([ue s'il faisait quelquefois du bien dans les cas de maux de nerfs, ce n'était qu'à ceux qui n'en faisaient point un usage ordinaire (2); et M. Linch (3) remarque que les acides étant une des premières causes de ces maux , il faut nécessairement, pour les guérir, renoncer au vin.
On trouve dans un ouvrage moderne une observation bien propre à démontrer ses
(1) Ibid., p. 1G4. Ailleurs il l'appelle un poison, p. 154.
(-2) Ibid., p. 575.
(5) Lincli., p. 237.
DES NEFxFS
efiets irritants. J'ai connu , dit l'auteur, un homme qui , s'il en buvait le malin à son dcjeùner, ne pouvait faire de longues courses sans être fatigué : il éprouvait un serrement dans les entrailles et des Lissitudes dans les j.iuibes; il devenait jaune au point de taire croire qu'il regorgeait de bile. Il substitua le lait au vin : il en devint plus agile et plus fort, c'est-à - dire qu'il faisait de très-longues courses sans en être fatigué ; ses entrailles avaient le jeu plus libre, il n'y avait plus ni serrement ni flatuosité (l). Hoffmann faisait même quitter la bière pour ne boire que de l'eau (2). Cependant, la bière, si elle est assez forte pour n'être pas flatueuse et relâchante, est une boisson douce, nourrissante, fortifiante, dont plusieurs personnes, qui ont le genre nerveux très délicat et que le vin irrite , se trouvent très bien, et qui en général doit toujours être préférée au vin.
§ 31. Les liqueurs ont les inconvénients du vin, comme spiritueux et comme desiructives des digestions; mais elles n'ont pas l'inconvénient de s'aigrir comme le vin; et quelques personnes, dont la fibre très - lâche exige habituellement une boisson plus tonique que l'eau, et à qui le vin donne ces aigreurs , se sont quelquefois bien trouvées de mettre dans leur eau quelques gouttes d'une liqueur agréable , et dans ces cas c'est l'eau de cannelle qu'il faut jirtférer.
§ .32. Les eaux chaudes de la nature du thé, c'est-à dire les infusions chaudes de fleurs ou d'herbes, sont assurémentune des principales causes de la plus gr.inde fréquence des maux de nerfs : cette manie avait été portée à la fin du siècle passé, et pendant les cinquante premières années de celui-ci , à un excès qui était véritablement destructif. Celle quantité d'eau chaude ruinait les digestions, soit en affaiblissant l'action des fibres qu'elle relâche, soit en affaiblissant l'action des sucs digestifs, de quelque espèce qu ils soient, qui , trop délayés , n'ont plus la même efficacité ; portée dans les intesliiis , elle a les mêmes inconvénients : le chyle trop aqueux affaiblit aussi l'action de tous les vaisseaux, et donne un sang trop fluide, trop peu travaillé; toutes les sécrétions s'en ressen-
(1) Traité des principaux objets de médecine, par M. Robert. In-12, 1766, t. ii, p. 65.
(2) Observ. 5.
lent; le cerveau, dont les vaisseaux sont naturellement lâches , s'en ressent plus que les autres; les esprits animaux n'ont plus les mêmes qualités : ainsi, l'action du sensoriuui esl altérée, le mouvement (les oprils animaux se trouve par-la affaibli ou vicié , et les esprits animaux sont moins propres à leur oflice. Le désordre des digestions allant eu augmentant, tous les accide.Tts croissent par cette seule cause. Un second inconvénient tout aussi grand , c'est que l'eau chaude détruit cttie fine mucosité qui tapisse l'œsopliage, l'eslom ic, les intestins, tous les vaisseaux, et qui affaiblit l'impression de tous les aliments et de toutes les boissons sur l'estomac, du chyle sur les intestins , du sang sur les vaisseaux , et de toutes les humeurs sur les organes qui les séparent, et sur les réservoirs qui les conservent; de hi il résulte que tout ce qui n'était qu'un stimulus doux, destiné à animer l'action des organes , devient un irritant qui nroduit la douleur, la mobilité, le dérangement de toutes les fonctions , les convulsions, le spasme, le tremblement et la paralysie, qui sont si souvent la suite du spasme; les humeurs mal préparées, sont acres; les nerfs, partout dépouillés, sont trop sensibles; les fibres musculaires, par une suite du vice du gluten, et parce qu'elles sont aussi trop à nu, sont troi> irritables : ainsi , il y a irritation , et par-là même douleur, surtout à l'estomac , malaise , angoisse , faiblesse, insomnie, maigreur, mobilité, petite fièvre, humeur, tristesse, urine excessive , sueurs trop aisées , diarrhée ou constipation, perles blanches, et successivement , SI le mal est porté à sou comble , tous les maux de nerfs et tous ceux ensuite du relâchement dos fibres.
§ 33. Tous ces inconvénients attachés à la simple boisson de l'eau chaude sont augmentés ou diminués par la nature des lleurs ou des herbes infusées ; celles qui sont un peu mucilagineuses , telles que le tilleul , les violettes, diminuent l'effet dissolvant et la destruction du mucus : il en résultera donc moins d'irritation et de maux de nerfs; celles qui sont aro maliques , telles que la mélisse, la sauge n'en traîneront pas aussi promplementraffaiblisseuient des digestions et l'atonie de tous les vaisseaux : ainsi, en connais sant les i)rincipes de chaque plante , on peut toujours apprécier le résultat de ses effets , quand elle est noyée dans beaucoup d'eau chaude; mais de toutes ces boissons , celle dont on fait le plus d'u-
ET DE tEORS MALADIES.'
«âge, celle qui a introduit l'abus, celle qui le soutient en beaucoup d'endroils, c'est le tbé, dont j'ai apprécié les eiléts ailleurs, et qui , n'élant ni mucilagineux ni aromatique , est certainement le plus nuisible. Si l'on corrige l'eflet relâchant en le cliarseant beaucoup , ce qui le rend véritablement astringent, on augmente son effet corrosif, dont les suites sont encore plus fâcheuses , et l'on a une observation qui prouve que le thé est nuisible aux nerfs par lui-même, indépendamment de toute eau chaude.
Une jeune lille de douze ans, très-bien portante, perdit assez promptement l'appétit, devint paie, languissante ; les muscles du visage du côté gauche devinrent paralytiques, et sa langue commençait à s'emburrasser. Après les recherches les plus exactes , il fut vérifié que tous ces accidents dépendaient d'une assez grande quantité de Ihé qu'elle avait mangé pendant six semaines, et ils cédèrent ii la cessation de la cause , et à quelques remèdes. M. Andrée , célèbre médecin à Londres , à qui l'on doit celte observation , est persuadé qu'un plus long usage aurait détruit absolument sa constitution. Il ne craint pas d'affirmer que son usage est une des principales causes des tremblements , des vertiges, des insomnies, des paralysies, et de tous les accidents hystériques et hypochondriaques si fréquents à Londres
§ 34. Je ne répéterai point ici ce que j'ai dit ailleurs du café, qui est en général moins cause prédisposante que cause occasionnelle; et de toutes les eaux chaudes, il n'y en a aucune qui ne puisse le devenir, dès que les nerfs de l'estomac sont devenus très-niobiles. Une tasse de thé donne à plusieurs femmes hystériques , à des hommes hypochondres , un malaise , une anxiété , des bâillements , des étouffemenls extrêmement forts; le café donne une agitation générale , des palpitations, et quelquefois une tristesse profonde et un vrai désespoir, effet diamétralement opposé à celiA qu'il produit souvent quand , pris après le repas , il aide l'estomac à sedébarrasser plus promptement du travail delà digestion, et dissipe la pesanteur, l'engourdissement , le malaise , l'espèce d'ennui qui en était la suite. M. Yiridetparle d'un médecin qui, s étant livré à cet usage, éprouva long-
temps des spasmes dangereux , et d'une femme qui tomba dans un dégoût tel qu'elle ne pouvait presque plus preiulre autre chose : sans maladie , son pouls devint plus petit, puis intermittent; son cœur se serra, et elle mourut tout à coup. Une autre femme qui, à l'excès dans la quantité joignait un trop grand degré de torréfaction , tomba dans des coliques cruelles, qui ne cessaient que par un spasme universel , et au spasme succédaient les coliques (I). J'ai vu une femme alsacienne, qui me consultait pour un asthme , à qui une petite dose de café donnait de la tristesse , une angoisse au creux de l'estomac , et un serrement jusqu'à la gorge , avec une sécheresse de bouche qui l'empêchait absolument d'avaler; et je connais un homme fort robuste , le moins fait en apparence pour avoir des maux de nerfs , qui en était le plus éloigné, et que trop de café , pris d'abord dans la vue de prévenir l'embonpoint, et ensuite par une habitude qui dégénère si aisément en prétendu besoin, a jeté dans tine telle mobilité que la plus petite cause morale ou physique lui donne un étourdissement effrayant : il a gâlé sa santé, et son embonpoint lui reste. 11 suffit quelquefois d'abandonner le café pour détruire une disposition spasmodique. J'ai vu un homme, âgé de plus de soixante - dix ans, qui sentait, depuis près de deux ans , une grande raideur dans le pouce qui rerapècliait d'écrire, et qui augmentait successivement. Il quitta le café, qui était son déjeuner ordinaire, pour le chocolat , dont il n'eut pas fuit usage pendant huit jours qu'il se sentit soulagé , et au bout de quelques semaines , il put écrire aisément. iM. Pome a vu une jeune religieuse , d'un tempérament bilieux, sanguin, et d'une constitution des plus robustes , attaquée subitement, après avoirfuitun usnge immodéié du café, de la cardialgie la plus cruelle, avec des évanouissements convulsifs f2) ; et les personnes sujettes aux convulsions qui dépendent de la mobilité du genre nerveux ne peuvent point en pretidre sans avoir des accès plus ou moins forts. Quelque vanté qu'il soit dans la migraine , il a souvent ses dangers, comme on le verra dans le chapitre oii je traiterai de cette maladie, et je connais deux fera-
(1) Traité des vapeurs, p. 48.
(i) Cosesofthe epilepsyliisterksjits,etc., (2) Traité des affections vaporeuses p. 248. des deux sexes, t. i, p. 157.
mes chez qui il la rend infiniment plus forte, lorsque des soins empressés et nuisibles, comme on en trouve partout , les ont obligées à en prendre. Il donne même toujours un mal de tète à quelques personnes; celles iju'ii souhige sont ct-Ues cliez qui le mal de tète dépend d'embarras dans l'estomac ou de matières glaireuses qui retardent les digestions; et l'on peut donner comme une des règles qui souffrent le moins d'exception, que les eaux chaudes disposent aux maux de nerfs, et en déterminent les accès quand les causes subsistent déjà.
ARTICLE IV. — DU SOMMEIL ET DELA VEILLE, DE l'exercice et du REPOS.
§ Sft. Les dangers des veilles forcées étant à peu près les mêmes que ceux de trop d'exercice , et le trop de sommeil étant un repos excessif, on peut très bien réunir ces quatre causes dans cet article. L'inaction , en jetant tous les vaisseaux dans le relâchement, tous les fluides dans un état de viscosité , en ralentissant toutes les sécrétions , devient un germe de toutes les espèces de maux chroniques (l). Mais les maux de nerfs sont surtout l'un des premiers effets de cette inaction; et cela est si vrai que les paysans les plus robustes, occupés tout à coup à des arts sédentaires , deviennent vaporeux. Mais le sommeil prolongé, qui est une inaction complète, produit ces maux-là avec bien plus de certitude encore : le sang , dans Je sommeil, s'accumule dans le cerveau; s'il y est Irop long - temps , les vaisseaux trop distendus s'affaiblissent et perdent tout leur ton; le sang même se décompose, la sérosité s'en sépare , l'organisation souffre , les esprits animaux se vicient, et depuis les plus légères vapeurs jusqu'à la folie, tous les maux de nerfs peuvent en être la suite : on peut dire que le sommeil est une paralysie passagère, dans laquelle l'action volontaire de tous les muscles cesse ; si elle se prolonge , on éprouve tous les maux qui résultent d'une paralysie véritable (2) , on
(1) Madame de Sévignc avait bien raison en disant : « Je suis persuadée que la plupart des maux viennent d'avoir le cul sur selle. » Lett. lxxxiii, t. i, p. 287.
(2) Une observation qui me paraît prouver la diminution prodigieuse de l'action dans le sommeil, et il est important en pratique d'apprécier cette différence, c'est qu'un homme qui s'endort
tombe dans une faiblesse réelle, et si l'on dort un peu trop long- temps, on est dans le besoin de doi mir davantage. M. Boerhaave a connu un médecin qui, se livrant par goûl au sommeil , et ayant d'abord dormi quelques jours de suile, avait déjà perdu à son réveil beaucoup de ses connaissances; ensuite ayant continué à se retiier dans une chambre tranquille et obscure , il devint tout-à fait fou, et le fut jusqu'à sa mort (1). L'état de faiblesse, qui fait le sommeil , est sans doute cause de ce que souvent les maladies spasmodiques prévalent pendant le sommeil , et que les accès que l'on éprouve alors sont plus violents qu'en d'autres temps. Je connais un maLide très - mobile qui , très-souvent , et surtout à l'approche des temps pluvieux , -éprouve , au moment oîi il va s'endormir, de violentes secousses convulsives , surtout à l'estomac et dans la poitrine, quelquefois dans tout le corps, qui le réveillent, et le reprennent deux, trois, jusqu'à quatre fois ; et M. Martin , médecin de Lausanne , avait vu un malade , sans doute très - pléthorique, qui avait des mouvements convulsil's, s'il restait au lit après son (iremier sommeil (2).
§ 30. Quoique l'exercice soit le vrai préservatif des maux de nerfs, il peut cependant être porté à un excès qui, é|)uisant et irritant tout à la fois, peut occasionner de vrais maux sjiasmodiques ; Yillis en cite déjà des exemples (3); Perry les confirme (4); et j'ai vu en 17G6, un homme fort robuste et à la fleur de son ài;e , attaqué de douleurs cruelles dans tout le corps et de crampes violentes aux mains et aux jambes, qui l'empêcliaient de les O'ivrir et de les étendre , dont le mal dépendait de cette cause; il avait eu différentes attaques de ces mêmes accès depuis deux ans, et le premier l'avait attaqué, en arrivant chez lui, après une trop forte journée par des mauvais
en plein air, quand le thermomètre est à 8 ou 9 degrés au-dessous de 0, y meurt ordinairement, tandis, que l'homme en i action peut soutenir un froid de 50 degrés i et au-delà.
(1) Prœlect., ad § 590, t. iv, p. 512. , Ne peut-on pas soupçonner que ce grand I goût pour le sommeil était maladif, et ' dépendait de quelque compression dans le cerveau? '
(2) Mémoires de l'Acad. des sciences,
(3) De morbis convulv., ch. v, p. 40,
(4) On nervous diseuses, p. 197,
ET DE LEORS MALADIES
chemins h demi gelés. Il avait même éprouvé sur la fin de la route des douleurs p:ii- tout le corps , et des contractions douloureuses des doigts, qu'il sentit ne point dépendre du froid qui n'était pas assez fort (1). Mais ces cas sont rares, et en général on doit placer l'exercice parmi les remèdes plutôt que parmi les causes des maux de nerfs ; si les veilles, qui sont une espèce d'exercice, conduisent cependant à tous ces maux, c'est q'ie les veilles sont l'action et l'action trop soutenue du cerveau même; c'est qu'elles le font agir dans le temps qu'il devrait se réparer; c'est qu'étant l'instrument de la fabrique des esprits animaux, et leur moteur, si une action continuelle empêche cette réparation , son organisation s'altère, ses fonctions se dérangent; la structure du sensorium qui, comme je l'ai déjà dit, a besoin d'être réparée, s'altère; les esprits anin)nux deviennent trop acres , les nerfs même trop secs ; c'est ici une des causes qui produit l'espèce des vapeurs dont M. Pome s'est principalement occupé; les veilles volontaires amènent cet état que je viens de décrire , et cet état donne les veilles involontaires , dont je parlerai dans un autre article , et qui sont une des maladies les plus opiniâtres. J'ai fait moi-même la triste épreuve que six semaines de veilles presque continues, à l'âge de dixneuf ans, ôtaient pour toujours le retour d'un sommeil aussi long, aussi suivi et aussi paisible qu'on doit l'éprouver , quand on se porte d-'ailleurs bien, et que l'on prend de l'exercice. Les veilles nuisent, non- seulement en agissant sur le cerveau , mais en nuisant à la nutrition qui ne se fait bien que pendant le sommeil; elles entretiennent trop d'action dans la machine, et elles ont même tous les inconvénients d'une action excessive. Cette auprmentalion diins la vitesse du pouls que l'on éprouve tous les soirs , et que le sommeil calme , ne cesse plus si l'on ne dort pas ; le sang s'échauffe , la transpiration se fait moins bien, la peau se sèche ; il naît de l'âcrelé dans les humeurs ; cette mucosité , qui tapisse tou-
(1) On pourrait peut-èire placer ici une observalion de Yiridet, Traite des vapeurs, p. 126. « Ln vieillard, dit-il, qui avait souffert extraordinairement sur les galères, tombait dans des oppressions et d'autres spasmes que l'on ne pouvait calmer qu'en agitant coniinuellement les parties qui en étaient attaquées.
tes les cavités, diminue ; ainsi , il en résulte que les nerfs sont plus mobiles, qu'ils se trouvent partout plus à nu, et que les humeurs sont plus acres ; ce sont les trois dispositions les plus propres à faire éclore tout les maux de nerfs. J'ai vu une femme très -bien portante , que quelques semaines de veille jetèrent dans des vapeurs , qui ne cessèrent que quand la nature eut porté à la peau l'humeur âcre , ([ui était une suite de ces veilles. Le premier accident nerveux que les veilles occasionnent, c'est le tremblement, auquel succèdent la mobilité, les palpitations, et, enfin , une convulsibilité qui dégénère quelquefois en vraies convulsions.