‹ Œuvres de TissotChapitre 23 sur 160 · ARTICLE VI. DES REGLES · texte numérisé non relu

ARTICLE VI. DES REGLES

§ 4-3. Une autre évacuation qui a une influence très-marquée sur les nerfs, c'est celle des règles. Elles occasionnent fréquemment des maux de nerfs, dans cin(| cas dilVérenls : 1" chez les jeunes personnes avant que de s'établir ; 2" chez les peisonnes délicates toutes les fois qu'elles reviennent; quand elles se suppriment tout-à-coup ; 403 l'époque naturelle de leur cesiation, environ à l'âge de cinquante ans; 6" quand elles sont ti'op abondantes et dégénèrent en pertes (2). Je dois parler ici des quatre premiers cas; le dernier rentrera dans l'article des héraorrliagies en général.

§ 44. L'approche de l'âge de puberté est un temps de crise pour les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe; mais il et beaucoup plus marqué chez les jeunes filles par trois raisons : la première, c'est qu'il y a un développement plus considérable à faire, une évacuation qui leur est particulière à amener, et que le développement des seins, qui est quelquefois douloureux, ;ijoule au travail du développement de l'utérus; la seconde, c'est qu'ayant naturellement le genre nerveux plus délicat, elles sont extrêmement travaillées par ces dévelo|)pements, qui sont peu sensibles chez les jeunes gai çons, dont les nerfs n'ont pas la même mobilité; la dernière, c'est que leur genre de vie concourt à augmenter les accidents, au lieu que celui des jeunes gens d'un autre sexe est un remède continuellement appliqué. Chez les jeunes filles, l'estomac est ordinairement dérangé, elles ont peu d'appétit, et digèrent mal; souvent elles vivent d'ali-

(1) Medicina septentrion., t. u, p. 48.

(2) Ilippocrate avait déjà dit, liv. y, apli. .57, que les règles trop et Irop peu abondantes étaient également une caus^ de oiaUnlie.

liants acres : ces niriuvaiscs digestions amènent la fiiblesse; la laibicssc jette dans TiiKiction ; les sécrélions et 1 s excrétions se dérangent; ainsi, tout se réunit pour alîaiblir le genre nerveux. Le concours de ces circonslances f.iit que leurs nerfs ac(|uièrcnt souvent la plus grande mubilité , el il n'est pas rare de voir, à celte époque, ces jeunes personnes éprouver des accidents hyslériques très-forts, qui vont en augmentant jus'ju'a ce que les règles aient paru, et qui sont souvent rendus plus graves par les secours; parce que, pour remédier aux |)remiers aecidenls, ou pour hâter l'évacuation , on se permet ([iiantité de remèdes violenis, qui affaiblissent et troublent la machine dans un temps où elle est en action, où elle achève ses iic- ■veloppements, où elle prend son accroissement, en un mot, où elle a le plus besoin lie toutes ses forces, et de femploi le plus harmonique de ces forces; et ce traitement devient le germe d'une langueur qui durera aussi long-temps que Ja vie.

Je dois l'avouer ici, ce sont les erreurs dans le traitement de-, maladies de cet âge qui ont occasionné le plus de dérai gemet t d.tns la santé ili s femmes. J ai peu vu de convulsions plus fortes que celles de deuv per>0!ines, l'une âgée de ijninze ans. l'autre de seize, qui, l'une ell'aulre, avaient jo li jusqu'à ijuatorze ans d'une tt è.--bi'nne s.mlé ; ;i celte épo(|ue, elles étaient tombics dins un étal de faiblesse, de langueur, de sensibiliU'; chez l'une, ou ava l tout atiiibné à la pléthore, et on l'avait saignée, éva cuée , mise au régime le plus faible; chez l'autre, on av.iit accusé la faiblesse de la nalure, et on l'avait aidée par les Ioniques, les spiritueux , les substances "volatiles; le résultat avait été le même , une excessive mobilité, et des convulsions qui ne s'adoucirent que parla cessation absolue des remèdes pend.mt quelque temps, et la reprise des remèdes t. ès-doux dans la suite ; il serait inutile d'accumuler les observations de cette espèce, elles sont trop fréquentes; mais je dois f.iire remarquer que sans qu'il y ait de faute dans le traitement, les jeunes personnes prennent souvent des convul.^ions à cette fpoque, mais qui sont peu fâcheuses, et dont elles se guérissent radicalement; et je répéterai ici ce que j'ai dit ailleurs, c'est qu'il y a des jeunes fiiks qui ne sont point du toul pléliioriiiues , qui ne sont que dclicales , qui ne sont pas dans

le cas d'avoir besoin de règles, et que l'on tue en voulant les forcer. J'en ai vu chez qui elles ne s'établi.^-siient qu'à l'âge de vingt deux ou vingt-trois ans ; il y en a pour qui elles sont toujours une évacuation fâcheuse , qui ne '■ont bien qu'à leur approche , parce qu'alors elles ont autant de sang qu'il leur en faut, et qui sont mal d'abord après, parce qu'elles sont épuisées; il faudrait, pour qu'elles fussent très-bien, leur donner périodiquement un peu de sang, plutôt que de leur en ôler.

§ 4!r. Après avoir eu bien de la peine il s'établir une première fois, les règles continuent souvent à être accompagnéis d'accidents très-graves; l'engorgement des vaisseaux , à l'approche des règles, forme un foyer d'irritation qui devient un stimulus assez fort pour occasionner des douleurs aiguës, dont je parlerai sous le nom de cotit/iies nieiislruelles , et ces douleurs occasionnent (juelquefois de très-lorles convulsions. J'ai vu plusieurs malades chez qui elles commençaient plus de vingt-quatre heures avint l'arrivée des règles, et che/. qui elles duraient souvent plusieurs heures , presque sans interruption; qoanl elli s sont aussi fortes, I 11. s lais-eiit presque toujours h'S nerfs dans un elal de, faiblesse et lie mobilité, qui dispose à toutes les maladies nerveuses.

Je reparlerai de ces coliques en traitant des spasmes de l'utérus ; mais il faut remarquer que parmi les femmes qui n'oi t pas lie douleurs à cette époque, il y en a cep ndant qui sont moins bien à l'approche des régies ijiie dans d autres temps , et cela e^t même général pour le plus grand nombre; elles ont un peu de pesanteur , d'engourdissement , d'assoupisseniCnt, moins de force et degaîté ; ces accidents dépendent peut-être un peu delà pléthore générale , m^iis principalement de la pléthore de l'utérus ; et ce qui le démontre, c'est qu'une évacuation très- peu considérable par les règles les soulage d'abord; ce qui prouve aussi que le genre nerveux est très-intéressé dans ces circonstances, c'est que les femmes sont beaucoup plus sensibles, à cette époque, à toutes les impressions morales et physiques, plus susceptibles surtout de trislesiC, d'ennui, de vivacité, de frayeur ; plus sensibles à la fatigue , au froid, a la chaleur ; leur eslomac est aussi beaucoup plus délicat, et.demande beaucoup plus de ménagement.

§ 4G. Mais les accidents nerveux les

ET DE LEDRS MALADIES

plus graves sont ceux qui viennent de la suppression des règles , quand une fois elles ont été rég-ulièrement établies. Les causes de cette suppressinu ont lieu entre deux époques, et alors les règles manquent quand elles devraient revenir , et c'est alors seulement que les symptômes se développent; ou elles agissent quand les règles sont déjà établies; et les symptômes se déclarent presque toujours sur-le-champ, et sont bien plus violents que dans le premier cas, surtout si la suppression se fait dans les premiers jours ; c'est encore un de ces cas dans lesquels les erreurs du traitement sont si funestes. — Si la suppression est la suite d'une affection nerveuse, d'une maladie spasmodique , et que , sans faire attention à cette cause , on veuille forcer le retour des règles par des remèdes violents, on jette les malades dans un état fâcheux, qu'Hippocrate a déjà connu quand il a dit que si les convulsions ou les défaillances surviennent pendant les règles c'est un mal(l), puisqu'en effet cela les supfirime presque toujours, et les su|)pressions qui arrivent à celle é(ioque produisent des maladies quelquefois si bizarres, que ce sont sans doute des maladies de cette espèce qui ont persuadé autrefois , dans les siècles d'ignorance oîi les maladies étaient mal observées et mal connues, que les malades étaient possédés , et , ce que j'aurais eu peine à croire, si je n'avais pas la lettre qui l'atteste , l'ont persuadé encore depuis peu à toute une famille très-distinguée dans une province d'un royaume voisin. Mademoiselle C. de âgée de vingt ans , traversait une rue dans le temps de ses règles: un gros paquet de linge tombe à côté d'elle; elle est effrayée, les règles se suppriment , et elle prend des palpitations et quelques défaillances; entre autres remèdes irritants, on lui fit boire, pour rappeler les règles, beaucoup d'eau de Balaruc ; l'effet de ce traitement fut tel qu'elle tomba dans des convulsions d'une force, d'une longueur, d'une fréquence et d'une bizarrerie si extraordi-

(1) L. V, aphor. 56. Il a indiqué dans plusieurs autres endroits les accidents qui résultent de leur suppression. V. De Superf., nO 'là; Demorb. nml., 1. i, n° 10, De Virg. morb. , n» 2. Celse les indique aussi, 1. n, ch. vii, p. 59; et ces différents passages se trouvent réunis dans les cornmealaires de Rieger, t. n, p. 129.

naire , qu'après avoir épuisé tous les secours physiques de la province, et avoir fait inutilement quelques consultations ailleurs, on ne vit qu'une cause surnaturelle et très-malfaisante qui piit opérer une telle maladie; on accuse le Diable , et, après mîire délibération , après avoir bien décidé que tous les secours de la médecine seraient inutiles , on convient (juc l'exorcisation est la seule voie de salut. Le jour est marqué , les ecclésiastiques du voisinage sont convoqués, l'heure approchait, la cérémonie allait commencer, quand M. le M. D. , ami de la maison , arrive par hasard ; on était déjà réuni dans le lieu oii la cérémonie allait s'exécuter; il ne trouve qu'un domestique de qui il a beaucoup de peine à savoir ce qui se passe d'extraordinaire ; enfin, instruit , il court à son ami, raisonne avec lui , lui fait sentir toute l'extravagance de cette o|)ération , et en obtient le temps nécessaire pour m'écrire.

Je ne vis que les suites naturelles d'une irritation excessive , occasionnée p-ir des remèdes violents ; je crus qu'il fallait traiter la malade comme une personne empoisonnée; j'ordonnai l'usage du lait pour tout aliment , tout remède, toute boisson , et les accidents ne lardèrent pas à disparaître : ils n'auraient jamais eu lieu si l'on se fût borné , après la frayeur, à quelques bains tièdes, à un régime doux, à quelque boisson délayante et un peu diaphorétique, et à un exercice fréquent; c'est presque le seul traitement qui convienne dans ces cas. J'ai vu une fille de dix-huit ans qui, fatiguée pendant deux mois à soigner un malade, n'eut pas son retour au temps marqué et resta languissante; une seconde époque ayant également passé sans évacuation, elle commença à avoir de fréquents vertiges avec des envies de vomir continuelles , mais inutiles; bientôt les vertiges furent suivis d'évanouissements, et les évanouissements de mouvements convulsifs , surtout dans les muscles de la poitrine et des bras , qui alarmaient tous les assistants, qui duraient quelquefois deux heures et revenaient trois ou quatre fois dans le jour ; elle fut soulagée au bout de quelques jours ; mais elle se trouva plus mal à l'approche du troisième retour qui manqua encore , et ne fut eniièrement guérie que quand les règles se furent rétablies, le qu.itrième mois. Les exemples decette espèce sont si fréquents, qu'il serait inutile d'en citer un plus grand nombre ; et je passe à la cessation

que râf?e amène naturellement , plus souvent à i'àge de quarante-sept à quarante-huit ans qu'à celui de cinquante ; plusieurs fois dès l'âge de quaranle , même chez quelques femmes, sans cause maladive, beaucoup plus tôt. J'ai connu trois sceurs qui les avaient perdues à trente-six ans, époque où elles avaient aussi cessé chez leur mère; quelques femmes les conservent jusques à cinquante-deux ou cinquante-trois ans, mais ces cas ne sont ]^as fréquents, et l'on peut établir qu'en général les règles subsistent trente et un ou trente-deux ans. — On a regardé l'époque de leur cessation coumie un àfjc très-dangereux pour les femmes, et il a sans doute ses dangers; mais je suis persuadé qu'ils sont bien moins grands qu'on ne le croit ordinairement, et quoiqu'il meure plusieurs femmes à cet âge , ce n'est point par nécessité , mais, comme je l'ai dit ailleurs, parce qu'il est très-aisé de leur faire du mal. Depuis vingt-cinq ans , je n'ai vu mourir aucune femme des suiles de cette époque, et j'ai tout lieu de croire, d'après un grand nombre d'observations, que les accidents de cet âge sont le plus souvent l'effet de la négligence ou du trailement, et qu'on peut les prévenir, .l'ai déjà donné, dans l'Avis au peuple , quelques préceptes généraux, dont l'expérience a prouvé l'utilité à beaucoup de femmes; mais comme celte matière est intéressante, qu'elle n'est point étrangère à un traité de maux de nerfs, puisque c'est une époque où réellement ils s'affectent très -aisémeiit, et que, jusqu'à l'excellent mémoire de .VI. Fothergill, insérédansun ouvrage très-intéressant, mais peu répandu hors del'Angleterre (l), on n'avait rien de bon sur celte matière; puis d'ailleurs que cet habile médecin n'a pas envisagé son sujet sous le même point de vue que moi , on me permettra , non point de traiter celte matière en détail , mais de donner quelques principes dont la vérité m'est démontrée par l'expérience, et dont l'application simple et facile peut préve nir un grandnombre d'accidents fâcheux.

Je donnerai en même temps l'essentiel des observations de M. Fothergill.

§ 47. Destinées à nourrir un enfant dans leur sein et de leur substance , les

(1) Médical observations and inquiries, vol. V, Lond. 1776; Of the management proper at the cessation of ihe menses, p. 160.

femmes ont dû être formées de façon qu'il pîits'amasserchez elles, un excédant de nourriture, et qu'il s'amassât d.ins l'endroit où Tenfint doit se nourrir, et leur organisation répond parfaitement à ces deux fins ; les vaisseaux plus lâches, dès le moment de leur naissance , que ceux des hommes, opérant une action moins forte , la déperdition chez elles est moins considérable, et la pléthore bien plus aisée; les artères de l'utérus , plus lâches encore que les autres, font que l'excès du sang s'y jiorte plutôt qu'ailleurs ; c'est le magasin pour la nourriture du fœtus. Mais on n'a pas toujours un enfant à nourrir , et si les humeurs accumulées dans l'utérus n'avaient point eu d'écoulement, sa tension aurait augmenté au point de dégénérer en maladies très-graves; il fallait donc que le sang pût s'y amasser , et en même temps s'évacuer quand il ne serait pas nécessaire et qu'il y en aurait assez pour devenir incommode ; c'est à quoi la nature a pourvu en faisant les veines de l'utérus moins faibles proportionnellement que les artères. Quand celles-ci sont distendues à un certain j)oint, et que cette surcharge leur devient incommode, stimulées par ce sang même , elles augmentent la force de leur contraction ; et trouvant de la résistance dans les veines, ce superflu s'évacue par les ramifications de ces artères qui s'ouvrent dans la cavité même de l'utérus, quelquefois peut-être du vagin, et qui, à l'ordinaire, ne donnent que celte fine sérosité qui fait la transpiration interne de toules les cavités (1). Cette pléthore locale étant évacuée, les artères dilatées reprennent leur diamètre, l'écoulement finit et tout rentre dans le premier état; mais les mêmes causes subsistant , le même effet se reproduit au bout d'un terme qui est assez généralement, chez toules les femmes, celui de vingt-neuf à trente jours. — Cette évacuation commence quand une femme a presque fini sa crue, qu'elle peut préparer plus de sang qu'il ne lui en faut pour sa propre nourriture ; elle finit environ à l'âge où l'on cesse de pouvoir fournir à l'entretien d'un en-

(I) On sent bien que Je ne. suis point entré dans les déiails anatomiques et physiologiques nécessaires à une tractation entière do cette for.ction, mais je ne l'ai pas dû, et je renvoie à la physiologie de M. Ilaller.

ET DE LEURS MALADIES

fant, et où l'on ne peut préparer à vivre que pour soi : on l'orme moins de s;\ng , et les arlères tlo l'utérus, en acquérant ]>lus lie force, sont moins disposées à en recevoii l'e\céd;int; l'évijcualion finit, et comme le remarque très bien Fotliergill, si la diminution dans la provision pour les règles, et l'adaissenient ou la diminution des vaisseaux qui doivent en recevoir ou en évacuer l'excédant, avançaient dans la même proportion , cette évacuation finirait sans aucun accident , et c'est ce qui arrive à la plus grande pai tie des femmes qui passent cette époque sans s'en apercevoir; vérité qu'il < st iinporlanl d'inculquer, puisiiu'il n'est pas douteux que la seule idée de ce danijer, le nom d'âge critique, donné ii cet âge, jette dans l'esprit du pres((ue toutes celles qui en ap|iroulient une crainte qui , les occupant conlinuellement , leur fait un mal très réel , tl de celles qui sont mortes dans ce temps-là , il y en a peutêtre plus de la moitié dont on peut dire, à la letire, qu'elles sont mortc-s de peur. — Ce qui avait fortifié celtecrainte, fondée d'abord surquel(|ucs faits, c'est l'o- ])inion chimérique que le san^r menstruel était vénéneux , et que retenu il agissait comme un poison : cette opinion, que l'on ne trouve point cliez les anciens médecins grecs, mais qui est une erreur que nous tenons des Ar.ibes, qui, vivant dans un paj s très-chaud, pouvaient avoir eu quel |ues exemples de sang- menstruel croupi dans la cavité de l'utérus et altéré , et qui .ivaient amplifié celle idée, s'est encore chargée de toutes sortes de contes entre les mains des femmes du peuple ; ce sang est le même que tout autre, aussi long-temps qu'il est dans ses vaisseaux ; quoiqu'il s'y amasse , il n'y croupit pas ; et quiind il y croupirait, il ne s'y corromprait pas au point de devenir vénéneux. Si quelques femmes se plaignent dans le temps des règles de (|uel(iues symptômes qui indiquent de 1 acrelé, ils dépendent, non point de ce que le sang qui se porte à l'utérus est acre, mais i'' ou de 1 àcrelé générale de la masse du sang-, ou 2'J de ce que le sang(|ui croupit épanché dans l'utérus ou dans le vagin , s'y altère et peut réellement acquérir un degré d'àcreté assez considérable. Ce n'est donc point comme poison qu'il nuit, et les accidents de cet âge tiennent uniquement à ce (jue le rapport entre la masse du sang et les résistance? de l'utérus diminuent; mais cette cause simple peut se combiner de plusieurs façons, et

il en résulte des effets assez variés que l'on peut réduire aux suivants : 1° des engorgements dans l'utérus même ou dans les parties qui en dépendent ; 2° des engorgements dans les autres viscères du bas-ventre ; une pléthore générale; 4»

l'irritation du genre nerveux ; 5'j des héniorrhagies.

Les engorgements ont lieu quand la pléthore subsiste , que les artères principales conservent leur faiblesse, et que les arlères exhalantes ou les veines acquièrent plus de raideur : les personnes qui ont toujours eu les règles douloureuses sont sujettes à cet engorgement , soit de l'utérus , soit des trompes , des ovaires, et même des organes extérieurs, parce que la résistance à l'alllux du sang ne diminuant pas, et celle à l'évacuation augmentant , il friut nécessairement qu'il se forme un engorgement; et ses suites sont toutes celles qui peuvent venir d'une telle cause : les plus légères sont un léger mal.iise, un peu de douleur, un léger sentiment de pesanteur au bas du ventre; les plus graves sont les ulcères, les squirrhes, lescancers elles compressions sur les parties voisines , d'oii résulte une nouvelle cause dedérangemcnt.

— Si la pléthore subsiste et que les vaisseaux de l'utérus se refusent à la recevoir, ce sont souvent les vaisseaux des viscères voisins qui s'engorgent: on voit à celte époque des hémorroïdes , des douleurs dans les reins et un pissement de sang, rarement un engorgement douloureux des vaisseaux de la vessie; mais ce qui est le plus fréquent , c'est l'engorgement du foie, qui produit quelquefois la jaunisse , et peut même dégénérer en squirrhe , et surtout l'engorgement des vaisseaux de l'estomac et des intestins ; aussi il est de la dernière importance , quand les malades sont attaqués de fortes coliques à cet âge, de faire bien attention à cette cause : si on la perd de vue, comme cela n'est que trop fréquent , il en résulte, chez les personnes robustes et vives, des coliques inllanimatoires ; chez d'autres , la maladie noire , très-souvent un grand dérangement d'estomac et un all'aiblissement sensible des digestions.

Quand la pléthore existe sans qu'aucune partie se surcharge particulièrement , il en résulte une pléthore gênée raie , et tous les organes peuvent en êtralïeclés , et souvent le sont successivement , suivant que les causes occasionnelles déterminent plus ou moins de sang sur telle ou telle partie : les vertiges , les

i^fe DES

maux de tête , tous les accidents de la pléthore, du cerveau, les palpitations, l'essoutflemeiit,le rliumatisme, sontles suites de cet état ; et quelquefois cette communion d'office qu'il y a entre l'utérus et les seins fait que quand l'évacuation périodique diminue , les seins se gonflent (1), s'engorgent et peuvent devenir squirvheux. Les nerfs souffrent dans celte circonstance par plusieurs raisons , dont les principales sont : a l'espèce d'irrilation continuelle, fort légère il est vrai, qu'il y a dans l'utérus. On a vu que quelques femmes souffrent à l'approche des règles, jusqu'à ce que l'évacuation soit faite, et diins ce cas , la malrice est souvent , pendant des années, dans un étit assez ressemblant à celui dans lequel elle est avant les règles. I/ Quand les humeurs sont long-temps dans un même organe, elles acquièrent un peu d'àcrelé, et celte âcreté repompée irrite sans être un poison, c 11 ne peut point arriver de changement dans la circulation d'un organe considérable que ce changement n'ait de l'influence surtoule la machine : tous les organes sont du plus au moins irrilés, et il en résulte une plus grande mobilité , par une suite de ce iirincipe constant que quand les nt rfs sont déjà légèrement iriilés par une cause quelconque, la plus petite cause itjoutée produit un effetconsidi'rable. li L'estomac est souvent affecté , soit à raison de la pléthore particulière , soit à raison de la pléthore générale, soil parce que quand l'utérus est affecté , l'cslomac soudVe constamment , et le dérangement de l'estomac nuisant à la digestion , les nerfs s'en ressentent, e La pléthore affectant le cerveau , ses fonctions en souftrent nécessairement./' Enfin , presque toutes les sécrétions se trouvant un peu lésées , et surtout la transpiration , les humeurs acquièrent

(1) Ce gonflement des seins, joint à la suppression des règles et au dérangement de l'estomac, a souvent persuadé à plusieurs femmes que cette suppression dépendait d'une grossesse; elles l'ont espéré non-seulement pendant neuf mois, mais quelquefois pendant plus d'un an.

Un peu d'attention à l'élal de l'ulôrus explique aisément tous les symptômes de ces prétendues grossesses qui sont le fruit de l'âge, et on comprend aisément comment quelquefois elles dégénèrent en maladies très-graves, et comment d'autres fois elles se dissipent sans accidents, sans évacuations, sans remèdes.

nécessairement une âcreté qui devient une cause de mobilité, et qui produit plusieurs effets f|ui lui sont propres.

Enfin, les hémorrhagiessonl un des autres accidents de cette époque, dont les effets seront appréciés dans celui des articles suivants, où je parlerai des hémorrhagies en général. Je remariiuerai seulement ici que, comme les règles peuvent être beaucoup plus abondantes chez quelques femmes que chez d'autres, sans cependant l'être trop , on doit se servir, pour décider si elles sont excessives, des caractères assignés par Hoffmann : Elles sont trop abondantes, dit-il, quand elles laissent dans un état de grande faiblesse, qu'il en résulte un dérangement dans les autres fonctions , comme du dégoîit, des crudités, un gonflement de l'estomac, un mauvais teint, un pouls faible, un sommeil in(|iiiet et fatigant (I). On dira sans doule : puisque la suppression des règles peut produire tant de maux, n'a-l-on pas raison de la regarder comme une époque très-dangereuse? Je réponds à cela : 1» que l'observation dépose qu'une multitude de femmes , sans aucun secours , la passent sans s'en apercevoir; que chez celles qui s'en trouvent très-mal , il est presque toujours possible d'en découvrir la cause dans les erreurs de leur conduite et dans celles de leur traitement ; enfin que, conduites d'après des principes siirs, il n'en meurt point , à moins qu'elles n'aient d'autres maux; 2° que comme on prévoit la cause , que ses effels se déclarent lentement, peuàpeu, qu'ils sont rareni( nt continus , mais se manifestent , cessent , reparaissent , on a ordinairement tout le temps de les combattre; 3" que souvent la nature elle-même se ménage des crises qui remettent l'équilibre dans la machine. Une courte histoire des principaux symptômes que l'on éprouve à celle époque et des crises qui surviennent quelquefois , prouvera la vérité de mes deux dernières assertions. Il est trèsrare que la suppression se fasse tout à coup : elle s'annonce presque toujours quelques mois , souvent quelques années à l'avance, par quelques - uns des accidents suivants, car aucune femme ne les a sans doute jamais tous réunis. Les premiers symptômes ne sont quelquefois qu'un peu de malaise à l'époque des règles; d'autres fois , la quantité de l'évacuation diminue ou les époques s'éloi-

(1) Médecin ration,, t. iv, p. 2.

EX DE LEUnS MALADItS.

gnent , cl souvent S iiis qu'il en résulte aucune incoinmotlilé ; quelqiU'I'cis il y a quelques légères indispositions pendant ces retards, comme un jieu de pesanteur, de déyoùt, de eonfleuient, d'insomnie ou d'assoupissemeni ; si les intervalles sont longs et que l'on ne fasse rien , ces symptômes peuvent angmen er : on voit alors paraître tous les accidents hystériques possibles , depuis les feux au visasse , les cUaleurs après le repas, les petites sueurs momentanées , jusqu'aux défaillances et à l'apoplexie hystérique. Andrée vit une femme très-forte qui, à l'â^'e de quarantesix ans , sans aucune autre cause que le relard, ou plulôt rirréguiarilé des règles depuis quelque temps , fut tout à coup attaquée de convulsions les plus fortes, très-courtes à la vérité, mais revehint si fréquemment qu'on n'osait pas la saigner, crainte d'être surpris par un accès (1). On éprouve assez souvent une grande tristesse, un dégoût, uneapaihie, quelquefois des absences de mémoire , d'autres fois de légers délires. J'ai vu la femme la plus raisonnable, la plus spiiituelle , une femme rare , rêver presque imperceptiblement , et avec le calme et la gaité qui lui étaient naturels, niais presijue conliiiuellement pendant deux ans; elle avait en mèine temps une inquiétude de corps si forte qu'elle ne pouvait pas rester assise plus de quelques minutes : elle souffrait horriblement si elle s'obstinait; elle ne pouvait ni rester dans son ht ni souvent y dormir : elle se remit parfailemenl par le régime le plus simple et le plus doux. Chez quelques femmes, les règles , au lieu de diminuer, deviennent ou jilus abond.intes ou plus fréquentes, quelquefois même elles dégénèrent en perles , qui leur donnent de l'épuisement, des faiblesses, une toux sèche, des syncopes , des palpitations , une mobilité excessive, et des insomnies, qui sont un des symptômes les plus opiniâtres. Sans un changement sensible dans le temps et lii quantité des règles, il survient des sym|)tômes locaux, tels que des perles blanches, abondantes et acres, des pesanteurs dans toute la région du bas-

Ci) Cas 13, p. 166. Il ordonna la saignée, et il avait raison ; mais il ordonna les purgatifs, qui étaient bien moins indiqués, parce que, quoiqu'ils diminuent la masse des humeurs, ils le font en irritant, et ils nuisent plus à ce litre qu'ils ne font de bien en évacuant.

ventre, un seiitimenl de pesanteur en muri hant , une chaleur hahiluclle dans ces parties, des démange.iisous, des boutons, des tumeiii's,en un mot tous les signes d'engorgement aux parties externes; des ténesmes , de fré(|uentes envies d'uriner, un engourdissement habituel des extrémités, une enflure des jambes; et tous ces symptômes augmentent à l'approche des règles , et diminuent quand elles ont p.issé. Les femmes qui ont les nerfs délicats et les humeurs âcns sont sujettes à éprouver des enflures , tantôt particulières aux mains, aux bras , aux jambes, tantôt presque générales, accompagtiées d'un malaise universel, qui durent quelquefois des semaines , et qui ii'u)nt de danger qu'autant que l'on se méprend sur leur nature , et qu'on les traite comme des enflures hydropiques.

En général, toutes- les indispositions habituelles sont plus fortes à cet âge-là , et les attaques en sont plus fréquentes, et c'est souvent par l'augmentation de ces maladies que les femmes périssent.

Quand la nature se sulKtà elle-même ou quand , aprè< avoir négligé ces accidents, on y remédie à temps, le mal, après être i)arvenu à un certain période , s'arrête et va en diminuani, jusqu'à ce que, au bout d'un certain temps, l'équilibre soit rétabli; et alors les fiL)res se trouvant généralement plus fortes, et cette évacuation qui , périodiquement tous les mois, altérait un peu leur santé, n'existant plus, les fi^nmes prennent très -souvent beaucoup pi us de force et une santé beaucoup plus robuste que celle dont elles jouissaient aupaiavant. — Des femmes hystériques jusqu'il cet âge ce^^sent de l'être ; celles qui craignaient tout ne craignent plus rien. J'ai dit ailleurs qu'après s'être servies de lunettes pend mt dix ans, elles pouvaient souvent les quitter ; et j'ai vu une dame sujette à un spasme de l'œsopiiage , qui la saisissait souvent en mangeant el l'empêchait absolument de r.en avaler pendant quelques heures, le perdre après la cessationde sesrègles.

Quand les perles reviennent périodiquement à de certaines époques , elles doivent peu alarmer, et, moyennant qu'elUs ne jettent point dans une faiblesse assez grande pour déranger les fonctions , c'est une des terminaisons le» plus fivorables ; mais celles qui, sans êlrt périodiques, reviennent tout à coup avec une grande abondance , et cessent aussi subitement , sont l'effet d'un spasme général, dont il est plus difi'icile de prévoir

les suites , et qui par-là mèaie demande plus d'attention. Les premières arrivent chez les femmes plétiioriques bien constituées, les autres chez les femmes plus mobiles, souvent sans pléthore réelle : les premières sont souvent un bien , les secondes peuvent souvtnt être un mal. M.

Forlhergill lemarque avec raison que les hémorrhieics les plus dangereuses sont celles ijui dépendent d'un acre cancéreux déposé sur lu miitrice; il a vu une fièvre iiiterniiltente à celle époque, dont chaque accès amenait une hémorrhagie ; et l'ai vu cinq femmes qui avaient à ciiaque époque quelques jours de fièvre plus ou moins forte , au bout desquels elles étaient très-bien. Chez deux, la lièvrcfut quelquefois assez forte pour exister une saignée ; chez les autres, de simples délayants, les nitreuselleSlaveinents, joints à une diète austère , suffisaient ; j'en ai vu une chez laquelle cet état a duré trois ans , et l'a laissée à merveille. J'ai vu quelquefois, dans le temps où les fièvres intermittentes étaient épidémiques , que cette époque finissait par une fièvre de cette espèce , qui, dissipant le superflu , fondant les engoriremenls , rétablissant l'équilibre, aufrmcntant la transpiration, les laisse Irè5-l)ien.

§ 4 8. Quand les fibres acquièrent a<sez de force pour ne ])lus laisser former de pléthore , et que l'harmonie est rétablie dans les fonctions, tout est fini : la disposition a changé , la malade n'a ])lus besoin d'aucune évacuation extraordinaire; mais ctla n'arrive pas toujouis , ce besoin de quelque évacuation reste , et alors la nature y pourvoit ordinairement €n substituant quelque autre évacuation, par une suite de cet admirable mécanisme qui sait, quand il est surchargé, se débarrasser de cette surcharge. Plusieurs femmes tombent dansd^-s diarrhées quelquefois pcriodi([ue3 , d'autres fois irrégulières, mais fréquentes -, d'autres éprouvent des hémorrliagies par les narines ; mais l'évacuation critique qui survient le plus souvent, c'est la sueur : elle revient comme la diarrhée , ou régulière' ment à l'époque des règles pendant quelques jours , ou plus rarement , mais pour un plus long terme et plus abondante , ou enfin tous les malins régulièrenieni pendant plusieurs années; il arrive même quelquefois qu'à cette époque lu sueur étant devenue hahiluelle, s i cessilinn entraîne de (dus grands maux que celle des règles mêmes. J'ai vu une femme qui tomba dans des sueurs qui revenaient

trente-cinq ou quarante fois par jour, et ne duraient qu'une minute ou deux, mais .si abondantes qu'elle était toute mouillée. Il y avait huit mois qu'elles duraient : elles avaient commencé quatre jours après le premier relard des règles, qui n'avaient jamais reparu, et elle élait réduite à un état de maigreur et de faiblesse qu'il est rare de trouver sans une vraie consomption. Une crise d'un genre bien tlifférent , si on peut lui donner ce nom, c'est celle qui arrive à quelques femmes très-bien portantes, qui ont le sans très doux , l'estomac très-bon , et chez lesquelles la nutrition se soutient : les règles diminuent insensiblement sans aucun accident , et à mesure qu'elles diminuent , l'excédant de nourriture se changeant en graisse, elles prennent pendant quelques années un embonpoint qui , s'il n'est que médiocre , leur assure toujours une excellente santé pour longtemps, et, réparant en quelque sorte les outrages du temps, remplit la peau, prévient les rides, et rend plusieurs femmes mieux pour la figure après cette époque qu'elles n'étaient queli)ues années auparavant; mais quelquefois il est excessif et devient un fardeau, qui, au bout d'uu certain temps, peut dégénérer en maladie. Quand cet embonpoint n'est pas général, mais que la graisse se dépose uniquement sur l'omentum , il n'y a ([ue le ventre ((iii grossisse. Si la malade s'effraie, et que le médecin se trompe , elle craint une hydropisie , il trouve des obstructions , et le traitement lui donne bientôt une maladie réelle.

Si les humeurs se portent à la peau, sans être assez atténuées pour s'évacuer par la sueur, il peut en résulter des maladies de la peau très-longues et Irès-opiniàtres.

Les érysipèles du visage sont encore une maladie qui est fréquente dans ce temps-là :j'ai vu une femme qui en eut quinze les deux premières années; elles devinrent plus rares les deux années suivantes, et elle n'eu eut qu'une, qui fut la dernière, la cinquième année, mais elle | n'avait aucun autre mal, et quand l'érysipèle, fjui n'était pas fort considérable, était passée, ellese portait à meri eille. Je parlerai du traitement (|ui convient à celte époque, dans le chapitre du traitement général.

ARTICLE VII. DE LA PLÉtIIOPE ET DES

IlÉMOilRlIAGlES.

§ 4D, Après avoir envisagé les choses

ET DE LEURS MALADIES

non na(ure!les, en tant que leurs abus peuvent occasionner des maux de nerfs, je passe aux principales causes maladives qui les produisent tous les jours : dans l'ordre que je leur ai assigné plus haut, la pléthore est la première, et je traiterai dansée même article des suites des hémorrhatïies. Ces deux causes, quoique diainélralemcnt opposées , conduisent l'une et l'autre aux maux de nerfs, et les plus anciens médecins l'ont déjà vu (i).

J'ai dit plus haut que la pléthore qui naissait de la cessation ou de la sujipression des règles pouvait occasionner différents m.iux de nerfs ; et si l'on fait attention qu'il va proportionnellement une plus grande quantité de sang au cerveau qu'aux autres parties, on comprendra aisément que quand la picl hore existe, c'est le cerveau, et. par là même les nerfs qui doivent être le plus sensiblement lésés; l'enîorgement de la substance corticale influe nécessairement sur la médullaire dont les nerfs ne sont qu'une continuation; la pression produit ses effets; l'inégalité de la pression en produit d'autres; l'irritation du sensoriuni commun a les siens; ainsi, du vice dans la séparation, et de celui dans la détermination des esprits animaux, rc^ullent nécessairement toutes les maladies de la lête et toutes celles des nerfs. « Leurs » r)nclions seront ou empêchées, ou » troublées, ou ausmenlées; de là naî- » tront toutes les alïections de l'âme, des » sensations plus vives, des fureurs, des » convulsions, des paralysies, la priva- » tion des sens, le carus, l'apoplexie et la ))mort(2);i) et de quelque cause que vienne la pléthore, soit qu'elle se soit formée peu h peu, soit ([u'ellc soit la suite de quelque hémorrha!,Me liabituelle supprimée, telle que les saignements de nez, les règles, les hémorriicïdcs ; soit qu'elle soit occasionnée tcut-à coup par l'excès du vin, soit qu'elle ne soit que partielle et déterminée à la tète par quelque circonstance particulière, telle que la chaleur du feu, l'action du soleil, il peut en résulter les accidents nerveux les plus forts. J'ai vu chez une jeune femme Irès-sanguine et accoutumée à de fréquents saignements de nez qui

(1) Hippocralc, aph.59, 1. vi. Convulsio lit aut a repletione aut ab evacuatione.

(2) Boerhaave, Do morbis nervor., p.

s'arrêtèrent, des convulsions très-fortes revenir très-souvent pendant plusieurs mois à la suite de cette suppression, n'être aŒiiblies que |)ar les saignées et ne céder (|u'au retour des liémorrhagies. On verra, dans le chapitre de l'épilepsie, cette maladie produite plusieurs fois, et renouvelée très-souvent par les causes qui portent le sang à la tête, et M. Boerli iave parle d'un homme à qui l'excès du vin de Bourgogne avait occasionné un spasme si général, qu'il était raide comme une statue; une saignée de deux livres, en le délivrant de la pléthore et en diminuant la pression qu'é|irouvait le cerveau, le rétablit sur-le champ (1 ).

§ 60. Mais indépendamment de la pression que la pléthore produit sur ce viscère, et de l'irrégularité qu'elle occasionne dans les mouvements des nerfs, elle nuit encore piir la gêne qu'elle apporte à toutes les fonctions, gêne qui a toujours quelque influence sur le genre nerveux par la compression qu'elle produit sur les rameaux des nerfs, dont cette compression trouble les fonctions, et par les engorgements douloureux qui deviennent un foyer d'irritation, dont sou- Vent toute la machine se ressent; mais qiumd la pléthore agit de cette façon, ses effets rentrent dans ceux de la douleur, dont je parlerai ailleurs.

§ 51. J'ai déjà dit que les hémorrhagies excessives changeaient la constitution, rendaient mou, efféminé, pusillanime; le sang qui est fe stimulus du cœur manquant, ses contractions sont faibles, l'action de tous les vaisseaux est languissante, on tombe dans une atonie générale, la nutrition se fait mal, toutes les sécrétions sont altérées, et celle des esprits animaux est celle qui souffre le plus, parce que c'est celle qui, pour se faire bien, exige plus de perfection dans toutes les fonctions; elles peuvent même produire la mobilité la plus excessive et les convulsions les plus fortes. Une évacuation très-médiocre, si elle ne convient pa-, peut aussi avoir des effets très-marqués sur les nerfs. J'ai vu un homme de trente ans bien portant, mais dont la fibre était un peu lâche , qui, ayant été saigné sur la lin d'un rhume, éprouva, au moment où la saignée fut faite, une espèce de fourmillement dans tout le corps, fjui fut immédiatement suivi d'une crampe générale et très douloureuse ;

(1) De morbis nervor., p. 154.

tous les muscles se raidiront , et il se pliiignit d'un seri'emcnt entre la poitrine et le ventre, qui le sufToquail ; ces accidents se dissipèrent naturellement au bout de quelques minutes, m.iis ils se sont reproduits toutes les l'ois qu'il a eu quelques sujets de cliagi in, et M. Viridet dit qu'ayant fait tirer huit onces de sang à un bomrne, qui se leva contre son avis, il fut saisi d'une convulsion si violente par tout le cor| s, avec la bouche et les yeux ouverts, que les secours ordinaires n'opérèrent ri'.-n, et cet étut ne cessa qu'en appliquant de l'esprit-de-vin immédiatement sur l'épiglotle (1); il vit aussi une autre femme qui avait le sang scorbutique, à qui on eut à peine tiré cinq onces de sang pour un violent mal de dents qui durait depuis cinq jours, qu'il lui survint un mouvement convulsif de toutes les parties du corps (2). iVI. Van Swielen a vu une femme à qui des pertes de sang dans une grossesse donnèrent d'abord des défaillances réitérées , ensuite rte si fortes palpititiotis, que, ne pouvant faire aucun mouvement sans en éprouver, elle fut obligée de passer douze ans au lit (3). Une demoiselle âgée de dix-neuf ans, bien portante jusqu'à cet âge, fut attaquée de maux de tête violents pour lesquels ou lui tira, au bout de six semaines, quatorze onces de sang; cette saignée la jeta tout à-coup dans une moliilité excessive; tout la faisait tressaillir, lui donnait des palpitations, des étoutfements , des angoisses; cet éiat très fàchei\x durait encore au bout de dix ans, et pendant tout ce temps elle n'avait pas été lolérablement pendant dix mois. Peut-être la saignée eîit été utile d'abord, peut-être qu'elle eût été utile encore quand on la lit, si elle n'eî^it pas été trop forte ; mais il ne f lut jamais oublier que la saignée, qui convient parfaitement au commencement d'une maladie qui vient de pléthore, peut nuire (juaiid la long leur du mal a affaibli, tout comme le retour des règles qui peut guérir d'abord les maux qui dépendent de leur suppression, les aggrave quand la malade est déjà tombée dans la faiblesse, la lançuenr, l'épuisement, et qu'elle a plus besoin de nourriture que d'év.icuations. Des hémorrhoïdes trop .ibonduntes jetèrent une femme de

(1) Des vapeurs, p. 36.

(2) Ibid., p. 153.

(5) T. IV, p. 489.

quarante-cinq ans dans une mobilité excessive, nccomp.igné'j debeauconp de peines et d'angoisses, et urlout d'une agitation singulière dans toute la surface du corps; et une a itre femme, à peu près du même âge, avait, a près des pertes utérines, une telle mobilité, que la plus légin e affection lui ilonniit une agitation extrême pendant plusieurs heures, une très-mauvaise nuit, une pc-iaiiteur et une chaleur à la lè!e excessivement incommodes.

Quelquefois cet excès de mobilité porte principalement sur quelques organes; une femme que despi rtes avaient rendue très-faible et très mobile, et à qui elles avaient laissé du dégoût, avait contracté surtout une telle sensibilité des nerfi de l'estomac, qu'il sudisait qu'elle entendît parler d'aliments pour vomir. Une évacuation peu abondante par les sangsues appliquées au fondement d'une jeune personne hypochondre, ne fit qu'ajouter une extrême mobilité à l'hypochondrie, et en général, après des bémorrhagies même moilér.es, on est exposé à des spasmes dans les intestins, qui donnent Souvent de la tristesse, des gonflements; la sensibilité de i'épig isire devient telle, que l'on ne peut supjiorter auc(,ine ligature, et j'ai vu une femme qui, étant venue me consuller pour des obstructions du foie, dix sept jours après une faussecouche dans laquelle elle avait beaucoup perdu, avait cette sensibilité de l'épigastre et des by |iochondres si forte, qu'en la louchant assez légèrement au creux de l'estomac, je lui procurai une syncope convulsive, et elle tut quelques heures avant (jue de recouvrer une entière respiration.

§ 52. Mais conimenlles hémorruagies jettent-elles dans la mobilité? Elles occasionnent cet effet de plusieurs façons : )° en produisant l'alouie, qui devient palpable après les bémorrhagies, dès qu'elles sont au point d'atlaibl r, et est quel |uefois si mar!|uée, que Viridet a vu les chairs devenir molles comme des éponges (l) après une fausse couche; 2" en affaiblissant sensiblement l'action du cœir; 3° en changeant la nature du sang; tout cela se fait très-promptement; 4» en dérangeant les digestions et souvent toutes les sécrétions ; 5" vraisemblablement en augmentant l'irritabilité, comme on ne peut presque pas eu douter, si l'on fait attention que les animaux à sang

ET DE LEURS MALADIES

froid, qui ont toujours moins de sang, sont jiresque toujours pUis irrilaliles que les animaux à sani;' cliaud; que les jeunes animaux chez qui le sany est moins dense, c'est-à-dire plus rapproché de l'état du sang .tprôs les hémorriiagies, le sont plus que les vieux; que les parties des animaux morts avec tout leur sang sont ordinairement moins irritables que celles de ceux qui sont morts après des hémorrhagies, et enfin que les remèdes qui aident à la réparation du sang rouge diminuent l'irritabilité.

AH riCI.E vil. DE LA GROSSESSE , DES COU-

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