HES, DU NOURBISSAGK , ET DES PERTES BLANCHES
§ 53. Il paraîtra peut-être qu'il ei!it été plus naturel de parler de la grossesse immédiatement après avoir parlé des règles; mais comme la pléthore est une des principales causes du désordre que les grossesses mettent dans les nerfs, j'ai cru devoir en parler avant de parler des grossesses.
Si quelquefois le mariage peut remédier aux accidents nerveux qui sont la suite du besoin physique de l'amour, coMime on en a des exemples déjà cités plus haut (1); si une couche remédie aux coliques et même aux convulsions jqui attaquent souvent à chaque retour fdes règles, et si à ces titres le mariage est quelquefois utile dans les maux de nerfs, beaucoup plus souvent la grossesse les irrite chez les femmes qui les ont délicats, et souvent elle les rend tels chez celles qui ne les avaient jamais sentis. Ces assurances banales, que se permettent même quelquefois des médecins éclairés, que le mariage remédiera à tous fies m.iux dont se plaignent les jeunes personnes, sont, ou une fade plaisanterie, ou une bévue bien grossière, puisqu'un très-grand nombre de femmes sujettes j aux maux de nerfs en fixent l'origine à j une grossesse ou à une couche, et cette erreur est d'autant plus impardonnable, que Galien avait déjà dit positivement que si le mariage était utile à quelques I femmes, il était nuisible à d'autres (2), et qu'à moins de vouloir fermer absolument les yeux , ou ne peut point n'être
(i) Monsieur le traducteur italien de l'Onanisme en rapporte un exemple.
(2j De loc. affect., 1. vi, c. v. Chart., ,t, VII, p. 518.
pas frappé du nombre de personnes auxquelles il nuit. M. Manileville dit positivement, en parlant des jeunes personnes à qui on le conseille, que le remède peut quelquefois devenir pire que le mal (I). Jl est surtout aussi dangereux que ridicule de le conseiller comme remède aux filles très-jeunes et qui n'ont pas encore fait leur crue ; un état qui suppose un superflu de nourriture, qui affaiblit, qui dispose aux maux de nerfs les femmes même les plus fortes, doit nécessairement affaiblir celles qui s'y engagent avant que d'être nourries ellesmêmes , avant que leurs fibres aient toutes leurs forces, et leurs nerfs toute leur consistance. On verra dans le chapitre de la Mobilité, à quel degré cette maladie fut portée chez une femme mariée à quinze ans, et dont M. Lorry a conservé l'histoire pour prouver le danger du mariage aussi jeune; danger que M. HolTmann avait déjà indiqué dans ses recherches sur l'âge le plus propre à cet étal (1).
§ 54. Sans parler des regrets et des autres causes morales qui très souvent altèrent les nerfs dès les premières semaines du mariage , et sont les causes du changement que l'on remarque souvent chez de jeunes femmes, même avant Ja grossesse, cet état amène nécessairement des conditions physiques qui influent sur le genre nerveux.-
§ 55. Une première cause d'irritation pour les nerfs, c'est celle \\nt. reçoit l'utérus, et qui chez quelques femmes est si marquée, que dès l'instant de la conception , elles éprouvent des symptômes évidemment nerveux; et c'est à celte première cause, qui dépend de l'irritation que produit le sperme absorbé , et des changements peu sensibles, mais continus , qui surviennent dès ce moment dans les ovaires , les trompes , l'utérus , qu'il faut rapporter les malaises, les nausées , l'insomnie , les faiblesses que les femmes éprouvent souvent dès ces pre-
(1) Ibid., p. 307.
(2) De (date conjiigio opportnna, § 10. Oper. omn., in-fol., t. jx, p. 440. M. Junter a aussi combattu cette opinion qui fait regarder le mariage comme le remède de tous les maux des jeunes filles. De commodis ambigui malrimonii liystericarum, Hallse, 1755. « On en promet beaucoup, on en espère beaucoup, et l'événement en est fàclieux. » Préf.
miers moments , avant que la pléthore puisse y avoir aucune part; effets qui dépendent de ce consensus ou de celte sympathie (]u'il y a entre tous les nerfs ; mais qui est plus particulière entre certains nerls, et très étroite entre ceux de l'utérus et de l'estomac , comme on le verra plus bas. — • Une seconde cause, c'est la plélLoiC qui se forme presque couslaiiiuient chez toutes les feinnics grosses, et qui est évidente chez la plupart; on a vu plus haut comment la pléthore influait sur les nerfs ; cl je puis ajouter ici une autre cause beaucoup moins remarquée, et qui a échappé à presque tous les médecins: c'est une espèce de légère disposition à l'épaississemeut inflamm.iloire du sang, qui se marque par l'état de celui qu'on leur tire, par une fréquence assez sensib e du pouls, avec un caractère de dureté, que j ai vu chez plusieurs femmes être une marque sûre de grossesse; par une disposiiion aux furoncles , par la diflicullé avec laquelle les plus léffères escoriations se cicatrisent, par la couleur des urines, par la sécheresse de la peau, par le bjn effet des saignées : cet état forme une irritation habituelle dans tous les vaisseaux , qui ne contribue pas peu à rendre lesfemmesenceinles très-mobiles.
C'est encore à cette cause qu'il faut [irincipalement attribuer les insomnies dont elles sont souvent travaillées, qui seules sufliraienl pour les jeter dans toutes sortes de maux de nerfs, et qui sont si habituelles chez quelques femmes, qu'à ce seul symptôme elles jugeraient avec certitude de leur grossesse.
Ce n'est qu'à la plélhore que l'on doit attribuer les convulsions h ès-fortes qu'éprouvait, pend.mt trois grossesses consécutives, une femme dont parle M. Lecat, et qui n'en eut aucun accès dans une grossesse suivante, pendant laquelle tout son corps devint exactement de la couleur d'un nègre (ij ; couleur que j'ai vue une fois sur tout le ventre et toute la poitrine, une aulre fois sur foules les cuisses de deux femmes. La pléthore dans la première grossesse, en distendant les vaisseaux, irritait tous les nerfs ; dans la dernière, la nature débarrassa les vaisseaux de ce sang surabondant; elle en forma une ecchymose cutanée générale, et l'irritation des nerfs ci'ssa ; elle aurait pu, au lieu de cette hémorrhagie dans le
(IJ Mém. de Prusse, t. ii, préf., p. 72.
tissu cellulaire, produire des héraorrliagies du nez qui auraient prévenu et les I convulsions et la noirceur. — Une autre i cause , c'est la compression sur les viscères du bas- ventre, d'oi.i il résulle de la i gène dans les sécrétions et les excrétions; . celle de la bile est le j)lus sensiblement I dérangée, et cet àcre mêlé aux humeurs t devient pour les nerfs un puissant stimulant. — Cette compression peut aussi : quehiuefois devenir douloureuse; et celte j douleur se joignant à celles que la dis- . tension de l'utérus peut occasionner, et ( à celles qui dépendent des coups que I l'enfant donne à l'utérus, et qui sont as- sez vifs pour faire évanouir plusieurs t femmes , devient une quatrième cause I de maux de nerfs. — Le dérangement II des digestions et les goûts dépra\ és qui, „ chez les^femmes qui s'y livrent, entraintiit souvent des erreurs véritablement il dangereuses, sont une cinquième cause i physique; et si à toutes ces causes, qu'il . m'a paru important de faire connaître < avec quel(|ue détail , parce que l'on ne < peules})éi er d'être utile aux femmes dans ; leurs grossesses, qu'autant que l'on cberche à démêler quelle cat celle de ces ':. causes qui contribue le plus à leur dé- ^ rangement ; m à toutes ces causes, dis- | je , on joint cette espèce de crainte si j ordinaire dans les premières grossesses, j et qui chez quelques femmes existe dans | toutes, et leur fait craindre de mourir \ dans leur couche, on comprendra facile-ment comment les nerfs se dérangent û \ aisément à cette époque , et pourquoi c'est si souvent d'une grossesse que les ,1 femmes les plus attaquées de ces maux en datent le commencement. Quelquefois ' ces dérangements ne sont qu'une extrême sensibilité, une mobilité trop grande; , toutes les affections inor.iles et physiques j les affectent trop ; elles s'inqnièlent, el- j les se cliagrinent; d'autres fuis le mal 4 est plus fort, elles sont sujettes à des ! évanouissements complets , ou à de légers mouvements convulsifs, quelquefois j à des spasmes particuliers ; j'ai vu une | femme qui, dans ses grossesses , perdaitij, souvent la vue , une autre qui devenait , sujette au cauchemar ; on verra plus bis que l'épilepsic même peut être un effet j de la grossesse, et M. Levret cite le cas d'une femme qui, après avoir eu , dans il une première grossesse, des étouffements 1 hystériques , eut tous les jours , dans lii j seconde, au bout de quelques semaines,!! un accès de convulsions dans les musclesi extérieurs, car aucun viscère ne fulja-i
ET DE LEOBS MALADIES
hah attaque; ces accts duraient pliileurs heures; au milieu de la grossesse, u lieu d'un accès par jour , elle en eut OUÏ si longs, qu'entre les deux, ils duaient plus de dix-huit heures par jour; t ils étaient si réguliers pour le moment e leur arrivée , qu'ils servaient à f.iire ugpr de la justesse des monires. Toutes es fonctions se faisaient très-bien , et de 'ous les organes internes, ceux de la voix laraissaient les seuls afi'aihlis ; il n'y avait icn d'extraordinaire du côté de la mariée ; les douleurs de l'enfantement comnencèrent pendant un accès , mais les :onvulsions diminuaient à mesure que es douleurs augmentaient, et elles finient entièrement une heure avant l'ac- ':ouchemenf. Des saignées du bras f'u- •ent le seul remède, et l'on en essaya beaucoup, qui procura quelque soulagement au commencement; à la fin elles 'ilevinrent inuliles (i). Cette obscrvalion, décrite par l'auteur avec beaucoup de 'soin et de détails , est intéressante, premièrement parce qu'elle démontre mieux qu'aucune autre combien la grossesse dispose les nerfs aux convulsions, puisqu'il s'agit d'une femme bien portante, dont la grossesse n'est accompagnée d'aucun autre symptôme; qui, en un mot, n'a aucune maladie, si ce n'est d'être enceinte, et qui passe dans des convulsions la moitié du temps ((tie cet état dure; en second lieu, ])arce qu'elle rassure sur le danger dont ou croit les femmes enceintes menacées , quand elles ont des convulsions ; danger qui décide quelquefois à hasarder, pour les en délivrer, des remèdes plus dangereux que le mal, dont le danger est réel sans doute jusqu'à un certain point, puisque les convulsions peuvent nuire à l'enfant et hâter l'accouchement, mais qui n'est pas aussi grand qu'on l'imagine ordinairement, puisque des femmes épileptiques ont souvent plusieurs accès dans leurs grossesses , sans que cet état en soit troublé : j'ai vu plusieurs femmes enceintes avoir différentes attaques de convulsions sans aucun accident; et j'ai été consulté, mais pour d'autres maux , par une dame à qui quatre grossesses , les seules qu'elle ait eues, donnaient une si grande convulsibilité que la plus légère frayeur, et même les rêves efîVayants lui occasionnaient des convulsions assez fortes, dont avant et après ses grossesses elle n'avait
jamais eu la moindre alleinle ; et cela sans qu'il en résultât aucun accident fâcheux pour elle ou pour ses enfants.
Enfin cette observation ])rouve encore que ce changement que l'état de l'utérus produit dans les nerfs les dispose réellement h la convulsibilité ; car e)i appréciant les efTels de la saignée, on voit évidemment que l'on ne peut pas l'attribuer à la pléthore, puisqu'il n'y avait aucune douleur dans Tuiérus, aucun symptôme d'irritation dans les viscères voisins, point de \ omissement , point de colique, point de constipation ; cet état singulier ne dépendait point non plus de causes morales; et il ne reste réellement d'autre cause ii lui assigner que ce changement opéré dans tous les muscles (|ui tirent des nerfs de la moelle épinière par le changement que la gro-îsesse produisit dans les nerfs de la matrice ; efiVt qui est singulièrement bien démontré par deux observations que l'on trouve dans les Mémoires des Curieux de la nature : l'une est celle d'une femme qui, hors do ses grossesses , avait de fréquents accès d'épilepsie , et qui n'en éprouvait plus aucun dès qu'elle était enceinle (I) ; la seconde est celle d'une femme de Ferrare, chez qui l'épilepsie était un signe certain de grossesse ; elle en avait régulièiement deux accès par mois pendant que cet état durait, et jamais en d'autres temps (2j. Des détails exacts sur le tempérament de ces deux femmes serviraient sans doute à expliquer ces deux faits : on peut présumer f(ue la première avait la fihre et le sang lâche; que la seconde avait la fihre forte, beaucoup de sang et un sang dense. — Les grossesses nombreuses , surtout s'il n'y a pis des intervalles assez considérables pour laisser reprendre complèiemeiit les forces entre deux , conduisent très- souvent à des maux de nerfs qu'une ou deux grossesses , ou le même nombre de grosserscs, mais plus éloignées , n'auraient pas produits; et ces maux sont très-opiniâ- Ires, parce que toutes les fibres se trouvent alors dans un état de relâchement considérable.