‹ Œuvres de TissotChapitre 25 sur 160 · DES COUCHES · texte numérisé non relu

DES COUCHES

§ ôG. Si la grossesse dispose aux maux de nerfs , le temps de la couche est une

(1) Abus des règles générales.

(1) A. C. N. Decur. lî, ann. 8, p. 229.

(2) Ibid., ann. 10, p. 100.

autre époque de la vie dans laquelle ils naissent bien plus souvent. Je parlerai des convulsions qui attaquent pendant le travail et après la couche , dans le chapitre des spasmes de la matrice; mais je crois devoir indiquer ici les principales raisons de la délicatesse des nerfs à cette époque ; ces raisons sont : 1° la grossesse qui a précédé et qui leur en a déjà donné beaucoup; 2" la crainte augmentée à l'approciie du terme ; 3° les douleurs ; 4° les elTorts qui, étant des espèces de mouvements convulsifs qui intéressent souvent tous les muscles laissent les nerfs sensiblement plus délicats; 6"raftaiblissementqui est la suite de la perte, et qui dans les accouchements longs est augmenté par la fièvre, la diète, l'insomnie; 6° les causes morales de joie, de plaisir, de peine, d'inquiétude; 7° les changements qui arrivent à cette époque dans la machine, qui doit prendre un nouvel arrangement; changements qui ne se font jamais sans intéresser le genre nerveux ; 8" l'état de moiteur dans lequel les femmes sont ordinairement pendant plusieurs jours et pendant lequel toutes les impressions sont plus fortes; 9° la fièvre de lait, les douleurs qu'occasionne le gonflement des seins, souventceilesdes premiers jours de l'allaitement.

§ 67. Il est aisé de comprendre comment toutes ces circonstances disposent les nerfs à la plus grande mobilité; aussi les femmes les plus fortes passent quelquefois dans quelques heures à une sensibilité extrême; le jour, le bruit, les odeurs, la poussière les jettent dans le malaise et dans la douleur ; elles ne peuvent ni voir, ni parler, ni entendre; le retard d'un bouillon pour quelques minutes les fait évanouir ; ce bouillon, trop fort ou trop abondant, leur donne la plus grande angoisse ; et l'on sent aisément qu'un très-léger principe d'irritation, ou formé intérieurement, ou dépendant de causes externes, peut occasionner les accidents nerveux les plus violents et les plus fâcheux; parce que toute la machine étant dans un état de faiblesse, tous les organes résistent bien moins au désordre que produit l'irritation des nerfs qu'ils ne font dans le temps de la santé ; aussi quoique la grossesse soit, comme je l'ai dit, une époque féconde en maux de nerfs , et que l'état de couche ne dure presque qu'autant de jours que la grossesse de mois, dans le nombre de maux de nerfs que j'ai vus, il

y en a bien autant qui i-emontent à des couches qu'à des grossesses , et ce sont ordinairement ceux qui sont accompagnés ; (les acciiienls nerveux les plus graves et , les plus fâcheux. La sensibilité e^t si. grande que le simple air frais produit des , accidents violents : Vanderviela vu une femme qui , pour être sortie le quatorzième jour de ses couches , fut attaquée de paralysie d'un côté des muscles 'i du visage, et de mouvements spasmodi-, : ques de l'autre (ij; et Murait a vu un accès de convulsions pour avoir été h.\a^\ \ selle dans un endroit frais le sixième.) jour des couches (2). La même sensibilité . ' s'étend aux impressions morales ; les plus faibles ont souvent les plus grandes influences, et un li'ger chrigrin à cette épo-.. que peut devenir mortel. On en trouve • un exemple frappant dans M. Morgagni' (3). Il est vrai que, quoique plusieurs circonstances se réunissent pour rendre, les nerfs délicats à cette époque, celte disposition est fort augmentée ou diminuée par le traitement ; je donnerai, dans un autre chapitre, celui qui est le plus ' propre à prévenir ce grand atTiiblissC' ment du g' nre nerveux, qui ayant commencé dans la grossesse, et augmenté j pendant le temps de la couche, fait sou-, j vent de nouveaux progrès dans le temps- j de l'allaitement.

DU NOUERISSAGE. i

§ 58. Il est dans les plans de la nature que les mères nourrissent leurs enfants ; elle a tout arrangé pour cela, elle' leur en fait un devoir, et elle les a atta- | chées à ce devoir par le plaisir : toutes les reflexions, toutes les déclamations, on peut dire toutes les injures des moralistes contre celles qui ne le font pas, sont inutiles pour prouver qu'on le doit quand on le' peut; c'est une vérité dont personne ne' doute : maisellesne prouveront jamaisque toutes les femmes le puissent, ni qu'elles IC' doivent quand elles ne le peuvent pas ; et dire : Cela doit être, donc cela est, est un sophisme dans lequel tombent trop souvent des auteurs qui écrivent sur des matièr. s de faits, sans en avoir vu un assez grand nombre, et qui égarent ceux qui. s'en laissant imposer pur un appareil philosophique et un ton décidé, se refu-

(1) Observât., cent, ii, obs. 12, t. ii, p. lO'i.

(2) Mededin. Septent., f. n, p. 48.

(3) De sedibus et caus., t. n, p. 242.

Et Sje ledbs maladies.

élit ;i ce qu'ils voient , quelquefois îi ce [u'ils cprouveni , pour se laisser guider lar les opinions erroni'is de quelques lommes qui , dans leur enthousiasme •our le biin , ne veuh nt jias permettre [u'aiicun individu s'éloigne des lois gélérules du beau |i|.:n de la nalure; et )lus d'une t'eiiinie a élé la victime de son )piniàtrelé à nourrir, quoiqu'elle en fût ncapable. Nourrir est la fonelion d'une emme bien portante, et lout comme >eaucoup de lemtnis languissantes agfravent leurs niau\ par leurs (grossesses, ;lles peuvent aussi les augmenta r par le lourrissage. J'ai dit plus liant combien 1 était ridicule et dangereux de croire jue le m.iriase guéi issait toutes les filles le leuis maux; il ne l'est pas tnoius de )ensei que lous ceux des suites de cou- ;hent viennent de ce qu'on ne nourrit )as. Le lait fourvoyé produit de grands naux, j'en ai parlé ailleurs; niais le TOurrissage en produit de 1res considé- ■able-i ; et si l'on lait attention que parout on voit les femmes les plus forles , es plus robustes , les uiieux portanles i'aft'.iiblir eu nourrissant , on comprcn- Ira combien celle fonction, quelque natnrelle qu'elle soit, peut épuistr; et [|uoique Ton ne ^'en aperçoive pas rhez l*igénérai!té des finîmes, cet tll'ct doit Ure très-marqué sur celles qui sont faibles. Quelques obseivatious Mon sim- [»les, mais frappanles, démontreront, en 'ais.int voir ce qn'il faut pour pouvoir être bonne nourrice sans en être inconinaodée, que plusieurs femmes ne peuvent pas l'èlre. 1" Une bonne noui ricc doit ' nécess lirement prendre plus d'aliments qu'elle ne faisait et les bien digérer, ou s'affaiblir (i); ainsi une femme qui a l'estomac faible, mauvais, lent, une femme qui a des obstructions et qui est inc.ipable de digcrer ce qu'il lui faut jiour vivre, le S( ra bien plus encore de digérer ce qu'il faut ])0ur la subsistance d'un enfant. On me dira qu'en commençant a nourrir elles prennent de l'appétit, et que souvent elles digèrent beaucoup mieux qu'auparav^mt : je conviens que cela est vrai p air beaucoup de femmes ; et ce changement heureux, que j'ai vu surtout chez les fem-

(1) M. Simpson ayant pesé une nourrice bien porlamc el qui avail assez de lait, el l'ayant repeséesixsemaines aprùs, trouva que dans cet intervalle elle avail perdu seize livres. Young, De lacté.

Edimb,, 17G1, p. 6.

mes d'un tempérament un peu lâclie, et que j'altribue au plaisir moral d'être mère et h l'action des nerfs qui est certainement augmentée par la titillation (|ue la succion produit, el qui chez plusieurs femmes est accompagnée d'un sentiment délicieux, ce changement, dis-je, est le caractère le plus certain que l'on peut être nourrice et bonne nourrice ; mais les femmes chez lesquelles on le trouve ont beaucoup d'appétit, beaucoup de lait, un lait doux, un excellent sommeil; loin de s'affaiblir, elles se portent mieux, elles engraissent, quelquefois même leurs humeurs plus rafraîchies devenant plus douces , les maux de nerfs diminuent, et ce sont ces femmes-là qui ont souvent moins de vapeurs et de maux de nerfs quand elles nourrissent que quand elles ne nourrissent pas ; mais il s'en faut beaucoup que toutes soient dans ce cas ; il y en a plusieurs dont l'estO' mac, réellement trop mauvais pour être l'établi par les deux causes dont je viens de parler, se refuse à la digestion de ce surplus d'aliment nécessaire; le besoin d'en pri.'iiilre davantage s'annonce cependant par un seiiliment d'anéantissement; mais ces aliments, mal digérés et corrompus, les jettent dans le dégoîit ; elles mangent lous les jours moins, et il arrive, ou qu'il se forme moins de lait, , et l'enfanl souffre, ou que la formation du lait continuant à être aussi abondante, l'enfant jirospere et la mère tombe dans la maigreur, l'insomnie, la faiblesse ; ses nerfs étant dérangé» par le manque de matii re nutritive qui empêche une séparation suffisante des esprits animaux , et irrités par l'acreté des humeurs, la tristesse , les élouffements , l'insomnie , les convulsions, en un mol , tous les maux de ncifs arrivent successivement; je trouve même dans un bon ouvraue l'histoire d'une femme qui, dès qu'elle avait nourri pendant quelque temps , tombait dans la démence (1) ; et une autre, dont les maux de nerfs extrêmement variés m'ont fourni jiluiieurs faits qui se trouveront dans différents endroits de cet ouvrage, n'en accusait d'autre causequ'une grossesse à l'Age de seize ans , et ensuite un nourrissage qui l'avait mise dans l'élat de la plus grande faiblesse et de la mobilité la plus excessive ; elle éprouvait des maux de nerfs affreux , et entre autres accidents elle avait un mouve-

(] ) Brachelius, V. Thes. mcdic. pract., t. vil, p. 434.

96 ȕs

ment conlinuel dans les yeux iivcc des douleurs aiguës, que la plus forte compression ne diminuait point ; le mal commençait par la convulsion de la poilrine, et ensuite il survenait toul-à-coup des douleurs atroces de la tête, ou de tout le corps; aussi cetle cause n'a point échappé à ceux qui se sont occupés avec attention des maux de nerfs, et Higmor, l'un des premiers qui ait bien vu les différentes causes de l'hyslérie et de l'Iiypocliondrie, est aussi le preniior qui ait placé le nourrissage parmi les causes de celle première maladie (I). M. Gaubiùs, qui a écrit avec tant de sagesse , cl si bien pesé tout ce qu'il a écrit, est positif sur les dangers de cetle évacuation :

« L'excrétion du lait, supérieure auxfor- » ces de celle qui nourrit, cause, après » avoir ôté au corps sa nourriture , la » faiblesse , la pâleur , la maigreur , le » désordre dans la circulation, la fièvre » lente, la plithisie , les sueurs abondan- » les et les fausses - couches ; la force » nerveuse s'affaiblit aussi ; elles lom- » bent dans une grande irriiabiliié , le » manque de courage, la faiblesse, les «palpitations, le vertige, l'affaiblisse- >) ment des sens, surtout de la vue , et « tous les symptômes vaporeux (2). »

Ces exemples sont si fréquents, ils ont si souvent obligé à quitter avec le plus grand regret les nourrissages commencés avec le plus grand plaisir et continués avec le plus grand courage , que vouloir soutenir que le nourrissage isl toujours possible et utile , parce qu'il est dans les vues de la nature , est une idée aussi fausse que de soutenir qu'il n'y a point de maladies, parce que nos corps sont organisés pour se bien porter. 1/iinpossibilitéde nourrir est une maladie qui dépend de plusieurs causes ; j'en ai déjà assigné une qui dépend de l'élal des organes digestifs ; il y en a une seconde qui dépend de la poilrine : si elle est faible, elle est ordinairement bientôt fatiguée par le nourrissage; si la quantité de chyle est augmentée, le poumon se trouve souvent dans l'élal dans lequel il est quelques heures après le repas chez les personnes étiques, étal qui dépend du passjge du chyle dans le poumon, pour lefjuel il est un irritant, et en tant qu'il fait pléthore, et en tani que c'est une humeur crue. On sait combien ces retours périodiques de lièvre

NERFS

chylcuse laissent les malades faibles, el l'on comprend combien , chez une nourrice , cet état souvent et fortement réitéré peut afiiiiblir la poilrine ; si la nourrice est dégoûtée et fait peu de chyle , la poitrine souffre alors par fAcreté des humeurs, l'afautissement, la fièvre. Ainsi, il n'est point surprenant que l'on voie tant de nourrices , au bout de queUjues mois , quelquefois de quelques semaines, se ])laindre de douleurs de poilrine, tousser, maigrir, avoiralternativement chaud ou froid , prendre des feux au visage , être altérées. Si , à celle époque , on ne les oblige pas à cesser de nourrir, le mal peut faire dos progrès si rapides que bientôt on sera à lard , et il arrivera ou qu'elles tomberont d'abord dans rétisie,ou qu'elles lutteront pendant quelques années contre un él it de langueur, et finiront par ]>érir victimes de leur courage. Si les règles reviennent après avoir nourri quelques mois, elreviennent iibondantes, il est indisiiensablement nécessaire de sévrer : j'ai vu plusieurs femmes dans cescirconstanccsprendre une toux sèche, une fièvre lente, des douleurs excessives, et périr, si elles demandaient du secours trop lard , n'échapper même qu'avec peine lorsqu'elles étaient secourues d'abord.

Une aulrc observation à faire avant que de conseiller à une femme de nourrir, c'est que les femmes qui ont le genre nerveux très-délicat sont peu propres à être bonnes nourrices : prcmièremeni parce qu'elles sont exlrêmement susceptibles d'émotions, et que les émotions altèrent toujours un peu le lait et souvent le diminuent ; qu'elles peuvenld'ailleurs produire des accidents fâcheux pour les mères même. Les vaisseaux laiteux , accompagnés de beaucoup de nerfs, déjà bien connus par Vieussens(l) , sont excessisivenient susceptibles de serrements spasniodiques, el j'ai vu souvent des tumeurs très-fortes au sein chez les femmes , surtout si elles nourrissent après la colère, le chagrin , la frayeur. M. Van Swieten avait vu un squirrlie du sein qui était une suite de la peur (2) ; et c'est surtout ces femmes à nerfs délicats chez qui cette disposition augmente sensiblement quand elles veulent nourrir. — L'inquiétude, le dérangement et le manque de sommeil sont des circonstances qui ajoutent au

(2) Puihol. lostil.

(1) L. ni, chap. vu, il les appelle tiervO' laiteux.

ET DE LEURS MALADIES

niiil tic l'évacuation laiteuse, et qui l'ont qu'il y a un très-grand nombre tle femmes qui ne peuvent point s'exposer à nourrir, et qui font très-sagement de s'en dispenser, puisque cette entreprise leur nuirait, et que, quoi que l'on dise de riiorreur qu'il y a à conlier son enfant à des mercenaires, quoic|ue l'on exagère les dangers d'un lait étranger, vingt cinq ans des observations les plus attentives m'ont ])rouvé que l'on trouve un gr.md roiiibre de très-bonnes nourrices, que les enfants prospèrent tiès-bien entre leurs mains , que souvent il y a de l'avantage à ne point les nourrir du lait maternel, et que la plus grande marque d'amitié que quelques mères puissent leur donner à cetti'époqiie, c'est de renoncer au plaisir de les nourrir elles- mêmes, plaisir dont j'ai eu quelquefois bien de la peine à obtenir le sacrifice; et il restera toujours vrai que, quoique la loi de la nature soit que chaque mère nourrisse son enfant , il y a un grand nombre de cas dans lesquels on ne peut pas s'y astreindre sans risque pour la mère et pour l'enfant : c'était déjà pour beaucoup de mères une trop grosse lâche de nourrir un enfantdansleur sein pendant neuf mois, sans le nourrir encore de leur lai t ;et pour beaucoup d'enfants, ça été un malheur assez long d'être formés de mauvais sucs avant leur naissance, sans en être encore abreuvés après.

C'est une erreur de croire que l'on ne puisse pas se disjjenser de nourrir, sans s'exposer au^ ravages du lait, puisqu'a- \ec des attentions sur la fin de la grossesse et dans le commencement des couches, on peut presque toujours se flatter de les prévenir. La fonction du moraliste se réduit donc dans ce cas à dire que toute mère en état de nourrir son enfant doit le nourrir. C'est sans doute le cri de la nature et celui du sentiment , mais c'est aussi celui de tous les médecins honnêtes, raisonnables, éclairés, observateurs , et c'est à eux à décider si elle est en état. Si, sans être médecin, et médecin habitué à voir un grand nombre de femmes en couche, on veut affirmer que cela est toujours possible et n'a jamais d'inconvénient, ce n'est plus ni raisonner ni exhorter, c'est faire des phrases et rien de plus : ces déclamations outrées, ces injures prodiguées , répétées si souvent depuis Aulu - Gelle, dont le discours est le meilleur de tous, et a servi de magasin à tous ks autres , jusqu'à nos jours , par des moralistes qui ont en tête un ordre idéal , souvent coutradiç-,

toire à l'ordre réel , et qui n'imaginent pas même qu'il puisse y en avoir un autre ;p.ir des médecins qui parlent à chaque instant de la nature , sans s'êlre jamais demandé ce que signifie ce mot, ou par des médecins éclairés, mais qui ont peu vu de malades; enfin par une multitude de gens qui, ne pensant jamais et n'ayant pas les connaissances nécessaires pour penser sur celle matière, répètent en échu ce (ju'ils enlendent dire; toutes ces décianiations, dis-je, sont nonseulement inutiles , mais dangcreusci.

La femme véritablement marâtre qui , ayant du lait , de la santé, et n'en étant empêchée par aucune circonstance, se refusera au devoir et au jila sir de nourrir son enfant, n'y sera pas ramenée par les grands mots de partage odieux et maudit par la nature, de demi - maternité, de femme détestable , de monstre affreux, d'attentat odieux et digne de toutes les exécrations de toute la terre ; la femme ferme et sensée qui le désirerait, et qui sent qu'elle ne le jieul ])as , n'y fera aucune attentioii ; m<ds la femme faible, que ces grands mots étonneront, l'entreprendra contre toute raison , et l'enf.int en sera la victime. J'en ai vu plusieurs qui, s'opiniâtrant à nourrir sans le pouvoir, auraient fait mourir leurs enfants de fnim, si on n'avait pas trouvé heureusement une nourrice qui les sauvait ; ou si, cédant par convenance aux représentations, elles ne l'entreprennentpas, elles croiront également avoir tort d'avoir cédé. Que ne croit-on pas quand on s'est laissé surprendre par une opinion ! Elles auront des remords, et leur vie sera empoisonnée.

Quelquefois le lait se porte au sein si abondamment , soit qu'on ait nourri ou non, qu'il s'écoule sans succion, et forme ce que M. Boerliaave appelle un diabète mammaire, qui jette dans l'épuisement. 11 en rapporte un exemple chez une femme qui avait nourri longtemps (Ij , et j'en ai vu deux exemples chez deux femmes qui n'avaient pas nourri : l'une est une femme de ce pays , que cet écoulement , qui dura plus de huit mois, jeta dans un épuisement dont elle ne s'est jamais relevée ; l'autre une Française , la même qui perd la vue dans ses grossesses , et chez qui l'iibondance du lait était si grande qu'elle perçait les matelas, les couettes et les paillasses, ce qui

(1) Prœlect.j ad § 380, t. in, p. 303.

la conduisit à une mobilité excessive qui subsistait encore biea des années après.

DES PERTES BLAKCIIES.

§ 59. Une autre maladie qui , comme les précédentes, est particulière aux femmes , et (]ui leur donne beaucoup de m;iux de nerfs, ce sont les perles bianclies, qui, étant une évacuation babituelle de la partie lymplialique du sang: , affaiblissent la nutrition , rendent le sang acre , et conduisent aux maux de nerfs par ces deux causes , le manque de nutrition et l'àcreté; aussi il est très-rare de voir des femmes sujettes à cette évacuation qui n'aient pas au bout d'uu certain temps les nerfs très - délicats, et quand elle est très-abondanle , elle les jette dans la mobilité la plus considérable , dans une sensibilité excessive au creux de l'estomac , dans l'insomnie , les étouffements, line inquiétude et une mauvaise humeur habituelles , la mélancolie la plus noire, que j'ai vue deux fois dégénérer en vraie démence. : — Les effets de cette évacuation sur les nerfs sont si marqués que les jours , les heures mêmes oii elle est plus forte , elle occasionne d'abord un changement sensible sur les nerfs. J'ai vu plusieurs femmes dont l'état pouvait faire juger avec certitude si la perle était abondante ou légère ; et réciproquement l'état des nerfs influe si fort sur les pertes blanches, que la plus petite affection de l'àme les augmenfe sur-le-champ. J'ai vu une jeune femme qui en était fort incommodée, et à qui la frayeur ou le chngrin donnaient d'abord une augmentation si considérable que c'était un véritable flux, qui l'obligeait à se tenir assise, quelquefois à se coucher, et la laissait dans une grande faiblesse et dans une mobilité si grande pendant quelques heures , qu'une seconde affection, un bruit considér.ible, un événement indifférent, mais imprévu, lui donnaient un tremblement si fort qu'on pouvait le regarder comme des convulsions ; et j'ai été consulté par une jeune femme de Lyon, dont les nerfs avaient été fort aff'eclés par trois ans de douleurs continuelles à l'estomac, à qui un chagrin violent occasionna sur-le-champ une perte blanche abondante, qui passa peu à peu. Une frayeur la rappela, et elle durait depuis long - temps quand elle vint me consulter; et une malade , dont j'ai déjà parlé à l'article du nourrissage, n'avait jamais de pertes blanches que quand elle éprouvait quelque violente affection de l'âme.

Je finirai cet article par remarquer qu'en faisant attention que toutes les causes dont je viens de parler et celles de l'article sixième, étant particulières aux femmes , il n'est pas étonnant qu'elles soient beaucoup plus sujettes aux maux de nerfs que les hommes. 11 ya encore quelques autres causes de cette différence ; j'en ai déjà indiqué quelquesunes, les autres se présenteront successivement, et je les réunirai toutes dans un autre endroit.

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