‹ Œuvres de TissotChapitre 26 sur 160 · ARTICLE IX. — DE LA DOULEUR · texte numérisé non relu

ARTICLE IX. — DE LA DOULEUR

§ 60. Je n'examine point encore la nature, les causes, le traitement de la douleur, ce sera l'objet d'un autre article : je ne l'envisage ici qu'en tant qu'elle dispose aux maux de nerfs. Elle est un irritant : c'est peut-être le plus puissant, puisque l'action de la plupart des irritants se borne à la produire; et comme l'effet des irritants est d'augmenter le mouvement, d'abord dans la partie oii se fait l'irritation , ensuite dans les parties voisines, enfin dans tout le corps, le premier effet de la douleur forte et continuée , sera la plus grande chaleur, ensuite l'inflammation même de la partie. Il n'y a que trop de gens qui ont éprouvé cet effet après de fortes douleurs de dents; mais l'augmentation de chaleur et l'inflammation d'une partie peuvent produire une fièvre générale, très-forte, accompagnée des symptômes les plus graves de la fièvre. Chez les personnes qui , par leur constitution, sont plus susceptibles d'irritation nerveuse que d'inflammation et de fièvre, la douleur produit des spasmes, des tremblements, de fortes convulsions, et tous les accidents que les spasmes et les convulsions peuvent produire, la mort même, si elle est très-vive, puisqu'une irritation très forte des nerfs tue très - promptement. M. Whytt vit une jeune femme délicate qu'un mal de dents jeta dans des convulsions et une insensibilité qui durèrent plusieurs heures , et revinrent toutes les fois que la douleur se renouvela ( l). J'ai vu, chez une femme dont les nerfs n'avaient jamais été attaqués, une douleur très-vive produire un tremblement général très-fort , qui dura plusieurs heures; et M. Janin , dans son excellent ouvrage (2) , cite une femme

(1) Chap. m, p. 116. ■

(2) Observation sur les maladies des yeux, p. 50.

ET DE LEDES MALADIES

ekJnt les yeux étalent devenus si sensibles par l'inflammation, que la vivacité de la douleur occasionnée par la lumière la lit tomber en syncope. Quelquefois ces deux genres de désordres fiévreux et convulsifs se compliquent ; et , sans d'aussi grands accidents , une douleur forte et souvent répétée, en ôtant l'appétit , en privant du sommeil , eu dérangeant la nutrition , conduit à une extrême mobilité, à une sensibilité excessive, à une impossibilité de recouvrer le sommeil, à l'abattement, à la langueur, aux pertes blanches chez les femmes ; en un mot, la douleur est le destructeur de la santé, et négliger les douleurs qui ne sont accompagnées d'aucun symptôme dangereux , est sans doute une cruauté; mais c'est aussi une preuve d'ignorance , puisque , si l'on avait observé les effets de la douleur, on aurait vu , 1° qu'elle indique toujours un dérangement d;ins la santé : elle est la sentinelle que la nature a chargé de veiller à la conservation des parties , et quand on l'éprouve , c'est le cri de celte sentinelle qui avertit que l'ennemi est présent. 2° Il est tout aussi absurde de ne pas chercher à détruire la cause d'une douleur qui vient du dérangement intérieur, qu'il le serait de ne pas soustraire sa main à l'action d'un feu qui la brûle ou d'une épine qui la déchire. Elle est une source féconde de maux, elle détruit entièrement la santé , et il n'y a rien de si ordinaire que de voir les femmes les plus jeunes et les plus belles fanées par quelques mois de douleurs, au point d'èlre absolument méconnaissables.

Ainsi , l'on peut avec raison compter la douleur comme une des causes qui disposent aux maux de nerfs, et je crois que c'est une des plus puissantes.

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