‹ Œuvres de TissotChapitre 30 sur 160 · SENSIBILITÉ MALADIVE DE QUELQUES PARTIES · texte numérisé non relu

SENSIBILITÉ MALADIVE DE QUELQUES PARTIES

§ 76. J'ai dit qu'une troisième cause d'irritation était l'extrême sensibilité de quelque partie qui ne pouvant pas supporter les impressions inévitables les plus douces pour les mêmus organes sains, se trouve dans un état d'irritation continuelle; cette irritation donne au g;enre nerveux la plus grande mobilité, et souvent il en résulte des maux de nerfs trèsgraves. Cette disposition peut être ou native , ou l'effet d'une lésion accidentelle , mais actuelle , ou l'effet d'une lésion passée. Galien parle d'un malade qui avait une douleur continuelle à l'estomac, et il l'attiiliue à un sentiment trop exquis de nerfs (2) ; remarque bien importante, et qui mieux connue et bien appliquée par les médecins des siècles suivants, aurait épargné beaucoup de remèdes et beaucoup de maux à un grand nombre de malades. — Je connais deux femmes qui ne peuvent prendre aucun purgatif sans éprouver presque d'abord , après des douleurs de tête si fortes qu'elles en empêchent l'effet, et ce symptôme dépend uniquemen t delà sensibilitédes nerfs de l'estomac; c'est à cette sensibilité extrême que l'on doit rapporter le cas de celte dame qui ne pouvait soutenir que des marrons, et vomissait tous les antres aliments ; et je tus consulté , il y a vingt ans, par un Neuchâtelais qui, depuis une fièvre, avait conservé une toux violente et des vomissements, qui rares d'abord, étaient enfin devenus habituels; il ne gardait plus ni aliments ni boissons, et il n'y avait aucun remède spiritueux , aromatique ou amer qu'il n'eût essayé ; ses nerfs avaient en même temps acquis une grande sensibilité ; tout l'émouvait, il était maigre, faible, tremblant. Après l'avoir examiné attentivement , je crus

(1) Viridet, Vapeurs, p. 90.

(2) De sanit. (uend. . 1. vi , ch. x. Ciiart., t. VI, p, 177.

NERFS

ne ])OUVoir accuser que le trop de sensibilité des nerfs de l'estomac , à laquelle il y avait peut-être une disposition native que la hèvre elles remèdes employés pour la combattre avaient augmenlée , et que le traitement destiné à arrêter les vomissements avait porté à cet excès; je lui défendis tous les remèdes , et lui conseillai de ne se nourrir que do farineux et de ne boire que de l'orgeat; il n'avait jamais pu soutenir le lait; ces secours lui réussirent si bien, que dès le premier jour il vomit moins , et il fat guéri le (|uinzième. Wepfer guérit aussi ])ar l'usage de l'orgeat un hoquet invétéré qui avait résisté aux autres remèdes (ij.

S 77. Les parties les moins délicates peuvent le devenir trop par quelque cause d'irritation dont l'impression ne se dissipe jamais parfaitement ; on verra plus bas que les remèdes violents produisent souvent cet effet, et toute autre cause d'irritation peut le produire. J'ai vu à Soleuie un chanoine qui, ayant eu, à l'âge de vingt-trois ans, une colique affreuse pour avoir mangé trop de concombres , avait conservé depuis lors, il y avait dix-huit ans , un sentiment douloureux dans la partie qui avait été le siège de la colique; il part souvent de ce point des spasmes qui montent à la ■poitrine, à la gorge, à la tèle, avec beaucoup d'angoisse et de douleur ; souvent au milieu d'une selle il survient une constriclion spasmodique de l'anus qui la supprime totalement , et des exemples analogues, mais moins graves, sont trèsfréquents.

§ 78. Garengeot parle d'un jeune homme qui ayant eu la pierre et en ayant beaucoup souffert, conserva, même après l'opération, une sensibilité excessive dans tout le corps.

§ 79, Une ulcération dans quelque partie interne peut aussi occasionner des accidents très-graves; M. Raulin cite le cas d'un homme sujet à des vapeurs spasmodiques et convulsives qui partaient de l'estomac ; on le traita par des purgatifs réitérés ; le mal empira , la région épigastrique devint douloureuse et se météorisa ; on voulut encore lui faire prendre, malgré M. Raulin, de l'eau de casse qui occasionna des mouvements convulsils , des vomissements et de si grandes agitations qu'on crut le malade près de sa fin ; peu de jours après, il rendit par

(I) De cicut. aqualic, p. 85«

ET DE LEURS MALADIES

le vomissement une portion de la membrane veloutée, et quelques autres portions encore dans la suite ; il y eut une vraie suppuration et un ulcère ; alors les neifs de l'estomac étant à nu, les vapeurs convulsives, les faiblesses et les syncopes se succédèrent jusqu'i» ce qu'elles fussent terminées par la mort (l ). Une jeune fille éprouvait des douleurs vives sous les fausses côtes gauches , avec de fréquents mouvements convulsifs ; cet état dura six semaines, au bout desquelles elle mourut , et l'on trouva le diaphraijme attaqué de plusieurs ulcérations, à l'irritation desquelles on n'hésita pas d'attribuer les convulsions (i); et l'on voit dans M. Morgagni (3) des accidents nerveux trèsgraves qui dépendaient d'un simple vice de la tunique interne de l'aorte .r"Ct qui ])rouvent quelle influence peut avoir sur tout le t;enrc nerveux l'irritation d'une seule partie. L'on peut aussi rapporter ici des accidents nerveux qui dépendent des vices du cœur, des oreillettes , ou des ijrands vaisseaux ; accidents (|ui sont qiiel(|uefois très-marqués, mais qui souvent se confondent avec ceux qui dépendeut du dérangcuient de la circulation.

DBS REMÏiDES TROP VIOLK.NTS.

§ 80. Parmi les causes des maux de nerfs , il faut compter les remèdes violents , et il est triste de pouvoir dire qu'après les passions , c'est peut-être celle qui en produit le plus. Un émétique ou un purgatif trop forts ou mal indiqués sont de vrais ])oisons , en ont tous les effets, et nuisent aux nerfs de plusieurs façons. 1" Par l'irritation actuelle, ils produisent quelquefois des convulsions violentes; et une forte attaque de convu sions laisse dans les nerfs une dispo- «ilion à la convulsibilité , qui fait que, dans la suite , la plus légère cause reproduit les accès. U° L'évacuation prodigieuse qu'ils occiisionnent dispose aux maux de nerfs , comme toutes les causes afidiblissantes, et peut-être qu'il se perd alors une grande quantité d'esprits animaux. 3'^ lin détruisant la mucosité des premières voies , ils laissent les nerfs de ces parties à nu, et par là même excessivement sensibles. 4° Les autres désor-

(1) Traité des vapeurs, p. 14G.

(2j Sepulchret., 1. i, seci, 15, obs. 2-4, t. 1. p. 550.

(5) De sedib. morb,, t.ii , p. 256 et 57.

Tissot.

dres qu'ils peuvent laisser dans l'économie animale, surtout le dérangement des digestions, conduisentàces mêmes maux :

aussi les grands accidents nerveux produits par cette cause sont extrêmement fréquents , et je dois le réitérer, un trèsgrand nombre de maux de nerfs sont l'effet des remèdei. Je parlerai des émétiques et des purgatifs avant que de parler des simples altérants. J"ai été consulté par une femme qu'un émétique trop fort au commencement d'une fièvre catarrhale mit dans l'état le plus triste pendant quatre mois ; la lumière, l'odeur la plus faible, le plus petit bruit, le plus léger mouvement la mettaient au non plus; dès ce moment , clic a été sujette à de très-fréquents étouffements, et elle r.ipportiit à celte époque l'origine des maux pour lesquels elii: me consultait trente ans après. Une autre femme jeune et bien portante ayant eu une frayeur sur l'eau qui lui occasionna quelques dérangements j)our lesquels on consulta un homme qui réunissait nn peu de réputation a beaucoup d'ignorance, jirit onze éméti(iues en assez peu de jours, et tomba dans une mobilité si excessive , qu'elle ne pouvait ])lus supporter aucune impression ; son élat n'était tolérable qu'autant qu'elle était immobile au fond de son lit, dans une chambre com[ilèlement obscure , et oii il n'y avait personne ; le service indispensable se faisait par une seule garde qui était obligée de se déchausser , quoique le plancher fût couvert de plusieurs tapis les uns sur les autres ; on la servait sans aucune lumière ; les manches des cuillers étaient garnis pour éviter le bruit et le froid; l'haleine de sa garde lui occasionnait des douleurs et des mouvements convulsifs; il n'y avait qu'un certain degré de tiédeur auquel les aliments et les boissons lui fussent supportables ; un peu au-dessus ou au-dessous, ils lui donnaient des spasmes (lar l'impression douloureuse qu'ils occasionnaient dans la bouche ; une quantité un peu trop forte lui donnait des spasmes d'une autre espèce par l'irritation de l'estomac ; cet état dura trèslong-temps et l'a rendue languissante pour le reste de ses jours. La femme de chambre dont j'ai déjà parlé plusieurs fois, ayant pris d'un chirurgien, h la campagne, pour des maux d'estomac, du tartre émétique, elle éprouva des douleurs atroces, des évanouissements, des convulsions affreuses. Etant consulté, d'abord je conseillai un mélange d'eau et

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