DES CAUSES MORALES DES MAUX DE «KRFS
§ 98. Placés entre l'âme et le corps, moyen de communication entre les deux, les nerfs ont à souffrir dès qu'ils reçoivent
ET DE LEURS MALADIES
de l'un ou de l'autre des impressions trop fortes; mais comme ils sont plus immédiatement exposés à l'action de l'âme, et que celle action est souvent plus forte que celle d'aucune cause étrangère, il n'est pas surprenant , s'ils ont plus à en souffrir que du corps. Si le corps par ses maladies, dit M. de Fonteneile, a le droit d'afilis:er l'âme , l'âme à son tour exerce bien ie même droit sur le corps. Je ne répéterai point ici ce que j'ai dit ailleurs de l'action des deux substances l'une sur l'autre; je me contenterai de rapjieler que j'ai établi une action immédiate , mais dont le mode nous est inconnu, de l'âme sur le sensoriiim commune, et que cette action varie suivant la façon dont l'âme est affectée; c'est de la variété de cette action sur les mêmes libres nerveuses , du plus ou moins de degré de force et de durée de chacune de ces actions des différentes fibres sur lesquelles elle agit, de la différence des organes auxquels ces nerfs aboutissent, que dépendent tous les effets des passions; ainsi, si l'âme augmente cette action , et c'est l'effet de la joie , de l'amour, de ia colère , de la frayeur ; ou si elle la diminue , et c'est l'effet de la tristesse et de la crainte (l) ; si elle opère l'un ou l'autre de ces changements fortement ou faiblement, si elle opère sur les libres qui vont à certains muscles et non pas sur d'autres , si elle agit sur les muscles ou sur les glandes, si elle agit sur toute le longueur des vaisseaux sécrétoires et y augmente le mouvement, ou si elle serre leurs extrémités , si elle ferme les vaisseaux excrétoires , si elle serre le corps des viscères creux, ou si elle en ferme les sphincters, si son action est passagère ou soutenue, enfin, si tous ses effets cessent avec elle , ou si elle a laissé des dérangements permanents, on comprend que les résultats seront absoluments différents. Une très-forte action de l'àme peut produire l'effet du stimulus le plus actif, ou général ou particulier; la cessation de son action sur quelque organe, ou la diminution considérable de celle action , produira sur les nerfs l'effet d'une ligature plus ou moins forte ; en un mot, presque tous les mouvements
(1) De cette augmentation ou de cette diminution du mouvement du cœur , on pourrait diviser les passions, relativement à leurs effets généraux, en actives et en passives; dans les premières, I3 mouvement est augmenté; dans les secondes, il est diminué.
paraissant s'opérer dans la machine animale par la fibre musculaire , dont l'action est régie par celle des nerfs qui l'augmente, la diminue, ou l'altère, suivant la façon dont ils agissent sur les fibres musculaires, et l'action des nerfs variant au gré des idées ou des passions dont làme est occupée, il est aisé de comprendre que la variété de ces mouvements peut opérer de grands changegements dans l'économie physique de l'homme. Ainsi, comme on l'a très-bien dit, les affections de l'âme qui ne changent que les serrements des nerfs, occasionnent des cliangemenls surprenants dans les sécrétions, et peuvent faire sortir le sang et la bile par les pores de la peau (1); et cette variété de passions n'existant point dans l'animal , on voit par là pourquoi les dérangements de cette espèce sont moins fréquents chez lui (2). Mais pour comprendre exactement toutes les variétés des effets des passions, il faut encore faire attention : 1° Que parmi les dérangements physiques du sensorium, il peut y en avoir qui le rendent trop susceptible de mouvement, et alors ceux que l'action de l'âme lui imprime peuvent en déterminer d'autres qui en sont indépendants , qu'elle ne peut plus réprimer et qui ont également leurs ell'ets : une forte impression mécanique sur les nerfs peut aussi déterminer le sensorium à une action involontaire.
2" Les effets d'une cause de passion varieront suivant que l'âme en sera plus ou moins affectce ; aussi , Galien avait déjà très-bien remarqué que les effets des passions ne sont pas aussi marqués chez les honiines qui ont l'âme forte (3), et suivant (jue le sensorium et les nerfs seront plus ou moins mobiles, et que les fibres musculaires sur lesquelles se portera l'action des nerfs seront plus ou moins irritables. D'après ces principes dont la simplicité me paraît devoir les mettre à la portée de tout physicien, j'es-
(1) Pi-ini. lin. pbys., § 227.
(2) M. Haller a présenté les caractères et les effets des passions avec la plus grande exactitude et la plus grande précision.
Elem. phjs.,]. xvii, Scsi. 2, §5, 6 et 7, et a indiqué, mais sans les détailler, une multitude d'observations ; on en trouve aussi plusieurs dans sa dissertation De imperio itervoruni in arter.
(5) De locis affectis, lib. v, ch. i.
Chart., t. vu, p. 480.
126 »Es père qu'il suflira de rapporter les efifets des difterenles passions, et qu'il sera aisé à chacun de les expliquer , sans que je sois obligé d'entrer dans ces détails^ qui deviendraient longs et seraient exlrêmement fastidieux pour tous ceux à qui ils ne seraient pas nécessaires; mais avant que de rapporter les dififérentes observations qui prouvent toute l'efficacité des passions sur le corps, j'examinerai les effets d'une forle tension de l'àrae, soit qu'eliesoit vivement occupée de plusieurs objets, soit qu'elle se concentre fortement sur un seul ; et ceux de l'imagination exaltée qu'il faut bien séparer des premiers , puisqu'ils sont très-diiîcrents. Il est d'autant plus important de bien apprécier les effets d'une forte tension , qu'ils se retrouvent dans presque toutes les passions, dont l'objet fixe toujours trop fortement l'âme qui en est occupée.