SES
strueusemeiit dilatée clioz un Iiommcqiii avait eu beaucoup tle cliagrins (1); et Alberliiii avait (léjà observe que le chagrin produit plutôt des dilatations dans les veines que dans les artères. Les soupirs, les larmes . les sanglots , sont les suites de cet arrêt du sang dans le poumon. Le moment qui précède les larmes est le plus cruel, parce que c'est celui où la tension du poumon est la plus forte : on est soulagé quand elles arrivent , parce que le poumon commence à se dégorger et à recouvrer son action. Si elles ne peuvent pas couler, si le poumon reste long-temps dans l'état d'inspiration, si ces expirations courtes , répétées et sonores, qui forment les pleurs , n'arrivent pas , on reste dans l'angoisse la plus pénible , et l'extrême douleur qui jette dans cette angoisse empêche les pleurs. Hérodote rapporte déjà que Psammenite , trop affligé de l'esclavage de sa fille et de la mort de son fils pour pouvoir pleurer, ne ■versa des larmes que quand il vit un de ses anciens amis tombé dans la misère et réduit à demander l'aumône (2) ; et l'on voit tous les jours que les larmes n'arrivent que quand la douleur s'affaiblit.
L'estomac et les intestins ne fonctionnent plus , on perd l'appétit , le mouvement périslaltique paraît se déranger entièrement, la bile ne coule pas, elle s'épaissit; il se forme des obstructions, souvent des concrétions bilieuses ; on éprouve des gonflements , des constipations opiniâtres; d'autres fois des diarrhées encore plus opiniâtres, qui dépendent ou de ce que , la transpiration ne se faisant pas, riiumeur reflue sur les intestins , ou de. ce que l'absorption des vaisseaux lactés n'a plus lieu; la circulation languit dans tous les vaisseaux abdominaux, le sang croupissant s'altère, la partie la plus ténue se dissipe, et la partie lymphatitiue et la partie rouge s'altérant et se corrompant, forment ce genre d'obstructions que l'on appelle Valrabile, qui dégénère souvent en maladie noire.
Toutes les sécrélions se font mal , et il peut résulter des changements singuliers dans les humeurs , puisque l'on a vu un homme, naturellement très-gai, qui, s'il avait du chagrin, rendait une urine qui avait une très - lorte odeur de violette (3j.
(1) Histor. anatomic. medic, tom. i, p.
(5) Elli(jt, Pe m(diçamen(. nimutant, p. 46.
NERFS
Quelquefoisrinspiralîonculanéeaugmente. Les sens, et surtout la vue, s'cmoussent, le sentiment peut même se perdre totalement : on tombe dans l'anesthésie , la catalepsie, la paralysie, les convulsions, souvent dans un rire convulsif , douloureux et angoissant. On perd le sommeil : la cachexie , le marasme , la fièvre lente et tous les maux de langueur arrivent ' bientôt.
Les changements extérieurs que le chagrin produit sont frappants : les muscles du visage s'affaissent, ils sont moins tendus, la peau se ride, on paraît maigri et décharné au bout de quelques heures, et cela par une suite de ce principe établi ^ plus haut, que dès que l'aciion nerveuse est affaiblie , les muscles perdent de leur consistance et de leur fermeté ; il sur- ^ vient un changement marqué dans les | yeux, on pâlit , on jaunit, et, la transpiration se faisant mal, la peau s'altère singulièrement : elle devient sèche , chagrine , écailleuse. Les historiens et les observateurs sont remplis d'exemples des effets du chagrin , et il y a peu de gens qui aient le bonheur de n'en avoir jamais ressenti aucune atteinte. — J'ai connu une femme que de violentes convulsions dans les yeux avaient rendue aveugle, et qui ne pensait jamais à son état sans éprouver de légères convulsions dans tout le corps. Slaahl vit une mère qui , ayant appris par une lettre la mort de son fils , tomba d'abord dans une défaillance qui , dégénérant en apoplexie , la tua rapidement (1) ; et l'histoire nous a conservé un bel exemple des funestes effets de l'amour filial attristé : Louis de Bourbon, dont le père, le comte de Montpensier, était enterré à Pouzolies, ayant, quelques années après, fait ouvrir sa tombe pour avoir le plaisir de le voir, ce spectacle fit sur lui une impiession si vive et si forte qu'il expira sur - lechamp (2). Un ami de M. Gaubius ayant appris à Leyde que son frère venait de mourir à La Haye, monte sur-le-champ en voiture pour s'y rendre. Il arrive , l'envisage , le chagrin le saisit, il s'affaiblit, s'assied , tombe mort , et on les enterra ensemble (3). Valentine de Milan mourut de douleur de ce que l'on ne vengeait pas la mort deson mari le duc d'Orléans ; Marguerite d'Écosse , dauphine ,
(1) De passionibus animi, thes, 25,
(2) Ecole miiilaire, t. i, p. 6.
(5) Sermo academ, «Uer, p. 27»
ET DE 3LEC1
de ce qu'on avait soupçonné sa vertu (1) ; et Fernel du regret d'avoir perdu sa femme (2).
Une lettre très-vive de l'université de Paris attrista si fort Clément VII qu'il mourut de chagrin trois jours après (3); et les cardinaux de Pellevé et de Plaisance moururent de douleur des prospérités de Henri IV (4); Charles IX, de Suède, de regret d'avoir perdu une bataille. Le dégoût que Louis XIV témoigna pour le poème de la Lune , de Saint - Aman , donna la mort à ce poète. Racine même n'eut pas la force de soutenir sa disgrâce , et le marquis de Louvois s'étant aperçu qu'il allait y tomber, rentre chez lui le cœur serré , demande un verre d'eau , se jette sur un fauteuil, balbutie quelques mots et expire. — Ces exemples rappellent le brave Raisciac , qui , ayant admiré la valeur de l'ennemi qu'il vient de terrasser, tombe mort en découvrant que c'est son tils; et cette jeune femme qui, arrivant auprès de son mari mort , le regarde , scupire et meurt en l'embrassant.
L'âme attristée à ce degré suspend si complètement le cours des esprits animaux, que le sang arrêté dans le cœur et dans les poumons termine toute action vitale. Mais l'arrêt n'est pas toujours aussi complet, et les suites ne sont pas toujours aussi promptes. Viridet vit un marchand à qui un chagrin violent occasionna un serrement de cœur auquel succéda une vive douleur au creux de l'estomac, qui alla toujours en augmentant, et que l'on attribua toujours à l'estomac; on ordonna beaucoup de remèdes , tous d'après ce principe erroné , et tous aggravaient le mal dont Viridet, qui ne vit le malade que trois jours avant sa mort, reconnut la véritable cause à l'état du pouls; et l'ouverture du cadavre la démontra : le cœur était deux fois plus grand qu'il n'aurait dû l'être , et toute la cavité gauche pleine de sang fortement coagulé (6). J'ai vu une mère tendre que la mort d'une fille chérie jeta dans une fièvre lente qui la conduisit à une étisie dont rien n'a pu ralentir la marche ; et je me suis déjà plaint, il y a plus de vingt ans, que les maladies occa-
(1) Henaut, Abr. Chron., 1. 1, p. 363 et
(2) Sepidch'., t. m, p. 220.
(3) Millot, Hist. de France, t. ii,
(4) Bury, Hist. de HenrilV, t. ii, p. 299. ■ (5) Traité du bon chyle, 1. 1, p. 29.
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sionnées par le chagrin étaient presque toujours lâcheuses. On peut remarquer assez généralement que les personnes at laquées de maladies de langueur ne guérissent point si elles ont du chagrin, dont un effet assez constant est le croupissement de la bile qui souvent se durcit, ce qui produit des obstructions trèsopiniâtres dans le foie, et des calculs dans la vésicule. J'ai vu résulter de cette cause les jaunisses les plus opiniâtres avec la démangeaison la plus insupportable; d'autres fois, desmaladies cutanées les plus rebelles. M. Viridet vit une femme que deux ans de chagrin tuèrent, et dans la vésicule de laquelle on trouva dix- sept calculs, dont l'un était plus gros qu'un dez à jouer (l); et Aversbach, célèbre praticien à Leipsick, dans le seizième siècle , disait , au bout de cinquante ans de pratique, que les inquiétudes et les chagrins tuaient la plus grande ])artie de ses citoyens (2). — Ou comprend que les nerfs sont aussi souvent la partie la plus aflfectée par le chagrin ; et si ces premiers accidents sont mal conduits, quelque légers qu'ils fussent d'abord , ils peuvent devenir très-graves. J'ai vu une femme à qui une violente affliction avait occasionné quelques affections nerveuses que l'on traita par la saignée et les purgations réitérées, et qui augmentèrent si fort que, pendant sept mois , la malade passa souvent plusieurs jours , et une lois neuf jours entiers , avec la mâchoire si absolument fermée qu'il était impossible de l'ouvrirj d'autres fois on pouvait ouvrir la mâchoire, mais la langue était si fortement redoublée sur elle-même qu'il n'y avait pas moyen de la dédoubler, et que l'on ne pouvait rien faire avaler. J'ai vu une servante très-robuste qu'un chagrin jeta dans un assoupissement si fort que pendant trente heures rien ne put l'en tirer; elle rendait les excréments et les urines sans s'en apercevoir, et elle avait de temps en temps de certains mouvements convulsii's. Comme le pouls était fort dur et plein , de façon à me faire craindre qu'il ne se fît une stase dans le cerveau , je fis faire une saignée qui diminua un peu la force de l'assoupissement, et n'ordonnai aucun autre remède; elle se réveilla peu à peu , mais elle resta si faible que pendant cinq ou six jours elle
(1) Traité du bon chyle, t. u. p. 631.
(2) Erntel , Yarsavia vhusice illustrata , p. 168.
ne pouvait manger seule ; ensuite elle se remit parfaitement , et je suis persuadé que l'usage des émétiqtics ou des purgatifs aurait détruit sa sanlé pour toujours. Camerariiis vit un homme à qui la mort de son fils causa un si violent chagria qu'il devint successivement paralytique de tous ses membres (1 j. J'ai vu souvent des hommes dans la force de l'âge tomber, après des chagrins soutenus , dans un état de langueur qui n'avait pas d'autre cause; d'abord ils s'affaiblissent et perdent l'appétit, ensuite ils éprouvent un dégoilt affreux occasionné p.tr la corruption de la bile; leur teint devient jaune, les jambes enflent, ils ont une soif que rien ne peut apaiser, une inquiétude dont rien n'approche , qui les rend insupportables aux autres et à eux-mêmes, et qui va quelquefois jusqu'à une espèce de délire.
§ 129. Le dernier degré de tristesse est le désespoir ; et de toutes les tristesses la plus affreuse est celle du repentir, qui , n'osant point se plaindre , ronge tacitement et tue. Viridet parle d'une demoiselle que les remords de n'avoir pas donné assez de soins à une personne qui était morte, jetèrent dans une folie qui dura huit mois, pendant lesquels elle fut continuellement tourmentée par cette idée ; et j'ai vu le remords tuer un homme très-fort dans cinq semaines: le sommeil l'abandonna totalement, et il ne pouvait prendre qu'un peu de lait et d'eau mêlés; l'eau seule lui donnait une crampe d'estomac et il la rendait, le lait pur lui répugnait; il n'eut que deux selles pendant tout ce temps, il maigrissait d'un jour à l'autre , sa peau (ievenait exactement friable; pentlant les premières semaines il passait quelquefois vingt-quatre heures à s'agiter continuellement dans sa chambre ; quand il n'eut plus la force de marcher, il se roulait , d'aulres fois il était aussi long -temps sans changer d'altitude ; mais les dix derniers jours il perdit totalement les forces et ne put pas sortir du lit; il n'avait plus la force de voir, d'entendre et de parler. Son pouls, qui avait été agité et irrégulier les trois premières semaines, se ralentit les quinze derniers jours et se perdit peu à peu ; il eut des mou-
(I) De ejficacia animi pathemat., p. 17. La tristesse agii sur les animaux mêmes, et les chasseurs saveni que les fumées des cerfs qui ont de l'ennui sont en nœuds, ÇÇ qui démontre le spasme des intestins.
vementâ spasraodiques très-forts les cincf derniersjours, et fréquemment du délire; l'idée d'essayerquelquesremèdeslui était odieuse. Tliéodoric , après avoir fait mourir Boèce , Symmaque et d'aulres innocents, éprouva des remords vifs, qui le jetèrent dans la mélancolie la plus noire dont il mourut au bout de quelque temps. Charles IX tomba dans le marasme et la fièvre lente; il eut des convulsions , des accès de frénésie et des hémorrhagies par la peau , qui annoncent, ou les plus grandes angoisses, ou la dissolution du sang la plus complète. Elisabeth , après avoir fait décapiter le comte d'Essex, tomba dans une langueur qui la conduisit lentement au tombeau ; mais ayant appris qu'il lui avait fait demander sa grâce et qu'elle l'avait ignoré, elle passa à un état de désespoir qui la tua promptement. Le poison du remords, du chagrin et de la crainte consuma Cromwell, et la plus chérie de ses filles mourut de désespoir d'avoir un tel père. A ces exemples on peut ajouter celui que rapporte Mf. Nichols, et qui est bien frap{iant, quoiqu'il paraisse dépendre de la honte et de l'infamie, plus peut-être que du remords. Une femme d'un génie ferme , surprise en adultère et frappée de la honte du divorce pour cette cause, périssait rapidement de douleur, de chagrin et de fièvre ; ayant obtenu le pardon de son mari au moment oîi elle paraissait à l'agonie, elle se remit peu à peu et se remit très-bien ; son mari lui ayant alors fait dire qu'il allait demander son divorce , elle répondit : Je n'ai donc qu'à mourir ; et son pouls s'affaiblissant peu à peu, sa respiration s'embarrassant, elle fut en effet morte au bout de quelques heures (1). C'est cette horreur des remords qui jetiiit dans cette espèce de folie , que les anciens ont caractérisée si cnergiquement, en disant que le coupable se voyait toujours entouré des furies, et que les dieux seuls pouvaient l'en délivrer. — ÎM'est-ce pas au remords, plus qu'au simple chagrin, qu'il faut rapporter le cas singulier qu'on lit dans les Mémoires de V Académie , d'un homme qui, ayant appris la mort inopinée d'un ami avec qui il avait eu une dispute, se prosterna le visage contre terre, et resta pendant plusieurs mois dans un assoupissement dont on trouvera les détails dans un autre chapitre ?
(1) Nichols, Prœlectio (leanima,piç(lica.