‹ Œuvres de TissotChapitre 45 sur 160 · LE HEZ · texte numérisé non relu

LE HEZ

§ 19. Les nerfs ne sont nulle part aussi à nu que dans les narines , et s'ils n'étaient pas épanouis dans une membrane très-molle, et toujours ointe d'une mucosité qui fait une espèce d'enveloppe à leurs extrémités, le sentiment de cette membrane serait trop vif. Cette facilité de porter des irritants sur les nerfs des narines , et leur proximité du cerveau, dont on excite par là même plus aisément l'action , font que l'on applique tous les jours des stimulus au nez pour ranimer l'action de tout le genre nerveux. Mais ce même consensus, qui fait que l'action des nerfs du nez, augmentée à propos, fait quelquefois tant de bien , est cause que certains stimulus,

(1) Cent, m, obs. 82. Voy. Rosen , De tussi.

(2) Lib. ir, obs. 45.

(3j Eph. C. N., dec. m, ann. 2, obs.

182, et dec, ann. 1, obs. 194.

ET DE LEURS MALADIES

portés involûiilairement au nez, affectent le cerveau et tout le genre nerveus désagTcablemenI , et peuvent proiluire des maux de Icle, des vertiges, des vapeurs, des convulsions, des syncopes, et même la mort. Ou en a vu des exemples en parlant des exhalaisons vénéneuses. Tous ces faits démontrent évidemment le consensus des narines avec le cerveau, avec les nerfs vitaux , et même avec tous les nerfs. On a vu plus haut leur liaison avec les yeux ; mais une des plus frappantes est celle qu'ils ont avec les organes de la respiration , et <[ui est si marquée dans l'élernument. On applique un stimulus aux narines ; tout-à-coup le mouvement de la respii-atioa est altéré, l'inspiration est extrêmement prolongée, elle reste comme suspendue avec une dilatation très considérable de la poitrine, la dépression du diaphragme, le gonflement de l'abdomen, et la tension de tous les vaisseaux , surtout de la tête ; l'expiration se fait tout à-coup par la constriction convulsive de tous les muscles qui servent à la faire, et qui entraîne le mouvement de tout le corps , et tout l'air accumulé dans le ])oumon est chassé avec la plus grande rapidité et un bruit souvent très-sonore. Quelquefois, avant de finir, elle recommence inutilement plusieurs fois, et enfin elle ne se fait point brusquement, mais peu à peu, ce qui est pénible. Ce phénomène est sûrement un de ceux qui marquent le mieux l'effet du consensus, que l'on explique bien aisément anatomiqucment par ce rameau de la cinquième paire, auquel on a vu que M. Meckel attribuait l'odorat autant qu'à la première paire (1). — M. Whylt dit que les émanations spirilueuses font souvent venir beaucoup d'eau à la bouche, et apaisent une toux qui s'annonçait déjà par le chatouillement, et il rappelle un fait observé par Boyle el par d'autres, qui est que l'odeur d'une potion purgative purge. Mais je ne sais si on doit l'attribuer au consensus, comme le fait M. "Whylt , fondé sur ce que cet effet n'avait plus lieu quand ces personnes avaient perdu l'odorat. 11 me paraît

(1) M. Haller qui, dans ses derniers ouvrages, attribuait peu aux sympatliies des nerfs, attribuait encore moins à celleci qu'aux autres (liv. viii, sect. iv, § 5G); mais quelque respectable que soit son autorité, les faits me paraissent la démontrer.

que cet effet peut tenir à plusieurs autres causes. Les nausées que donne l'odeur de certains remèdes paraissent cependant une suite consensuelle de ces odeurs, et d'aulres odeurs les font cesser par une suite du même principe. Je connais un homme de beaucoup d'esprit, et dont les nerfs sont très-délicats, qui ne pouvait pas toucher un vieux livre, ce qu'on appelle un bouquin, ni même entrer dans un cabinet oii il y en avait, sans être purgé. Une charge, qui l'obligea à avoir très-souvent d'anciens papiers sous les yeux, l'a un peu aguerri avec cette odeur : ces effets sont moins marqués actuellement, mais ils subsistent toujours.

Page 1