NERF
après l'émétique (1). Cette chaleur brû ' lante à la gorge qui décèle si souvent les acides, est une suite de cette communication d'irritation. — On peut placer ici l'influence de l'estomac sur les muscles qui servent à fermer la mâchoire inférieure , et dont le spasme produit cette espèce de tétanos que M. de Fourcroy prévint toujours si heureusement chez les enfants nouveau-nés, dans les îles de l'Amérique, en les purgeant d'abord avec le sirop de rose ; mais comme je dois traiter cette matière ailleurs. Je renvoie à cet article tout ce qu'il y a à en dire.
§ 33. Le consensus de l'estoroac n'est pas moins] marqué avec le poumon, le cœur et le diaphragme qu'avec les organes supérieurs. Une irritation dans l'estomac en produit une sur les nerfs des bronches qui détermine la toux. ViHis i avait remarqué, il y a longtemps, que ] les aliments difficiles a digérer font tousser les hypochondriaques sans qu'il y ait aucun vice dans le poumon ; il y a même des personnes, dont le genre nerveux est très-délicat, qui, sans être hypochondriaques, toussent d'abord après chaque repas, quoique ces repas soient très-médiocres et composés des mets les moins irritants et les plus digestibles; et cette observation importante doit servir de principe pour expliquer comment la consomption pulmonaire est quelquefois une suite des dérangements de l'estomac, et comment dans les commencements elle peut se guérir par de légers vomitifs. On trouve dans les ouvrages de M. Albinus l'exemple d'un soldat qui , ayant eu une plaie dans le bas-ventre , qui avait ouvert les intestins, avait un anus artificiel, et qui, toutes les fois que la membrane interne de l'intestin se trouvait exposée à l'air, était sur-le-champ attaqué d'une toux qui ne finissait que quand l'intestin était réchauffé (2).
§ 34. On verra ailleurs que l'asthme et la coqueluche ont quelquefois leur cause uniquement dans l'estomac qui agit sur le cœur d'une façon tout aussi marquée que sur les poumons; et je suis persuadé que tous les médecins observateurs ont vu que la plupart des irrégularités du pouls tiennent aux causes qui
(î) OEconomical and médical observ.f p. 2 18.
(2) Annotât, academ., lib. li, chap. Yni> p. 54.
ET DE LEURS MALADIES
irritent l'estomac ou les intestins ; aussi elles cèdent très-ordinairement aux évacuants et aux stomachiques; M. Ferrein a bien vu que les intermittences surtout indiquaient presque toujours un besoin de purger; et M. Senac établit que l'estomac est une des causes les plus ordinaires des palpitations chez les personnes mêmes dont les autres parties sont les mieux constituées, et il rappelle les exemples de Malpighi à qui les légumes, et de Simon Pauli à qui les pommes donnaient de forles palpitations; il connaissait lui-même un homme à qui les lentilles en donnaient d'abord (1) : mais n'était-ce point en gonflant l'estomac et en occasionnant une gêne au mouvement du diaphragme et du cœur. — Les défaillances sont encore une suite assez ordinaire des embarras d'eslomac , et presque toujours elles se terminent au moment où le malade a pu vomir; souvent quand elles tiennent à cette cause, tous les secours, pour ranimer le malade, ne le raniment que pour quelques moments, et il retombe constamment jusqu'à ce que la nature ou l'art aient opéré l'évacuation de ces matières dont l'irritation sur l'estomac produisait ces faiblesses. — Le hoquet qui a presque toujours sa cause dans l'estomac et qui est une maladie du diaphragme, et l'asthme convulsif qui est une maladie du diaphragme autant que du poumon , dépendent aussi très-souvent de l'estomac; j'ai vu plusieurs personnes qui en étaient attaquées, à qui tous les aliments difficiles à digérer pour leur estomac en donnaient d'abord une attaque très-forte.
§ 35. Le consensus de l'estomac et des intestins sur le foie est très-souvent marqué par les effets des émétiques et des purgatifs, ou ordonnés mal à propos, ou trop forts, qui produisent un spasme dans tous les conduits excrétoires de la bile, et en empêchant sou cours, produisent une jaunisse, et quelquefois même laissent un germe d'obstruction, qui détermine à employer de nouveaux évacuants, dont l'effet constant, au bout d'un certain temps , est de jeter le malade dans un état incurable.
§ 36. Les reins sont aussi très-affectrs par l'état de l'cslomac, et l'on remarque tous les jours, chez les personnes qui ont le genre nerveux délicat , que , si quelque chose moleste l'estomac , elles
(1) Traité du cœur, 1. iv, ch. xi, § 5.
rendent une quantité prodigieuse de cette urine limpide qui caractérise les maladies nerveuses, et qui sert très-souvent à juger si les maladies sont sympathiques ou ne le sont pas. Les intestins ont le même genre d'action sur les reins, et les violentes coliques les serrent quelquefois au point qu'il ne passe pas une goutte d'urine aussi long-temps que l'on souffre. J'ai vu ici, en 1764, uu malade presque septuagénaire qui avait un diabète très-fort depuis plusieurs années ; tout-à-coup sans chute , sans toux, sans effort , il se forma une hernie du côté gauche , et , depuis ce moment , le diabète cessa entièrement ; ce qui ne tenait cerlainement qu'à un changement dans l'action des nerfs.
§ 37. La sympathie active de l'estomac sur l'utérus ne se manifeste (|ue trop souvent par les effets fâcheux des erreurs de régime, que les femmes délicates commettent à l'époque des règles, et par celui des remèdes émétiques ou purgatifs administrés inconsidérément à la même époque; une boisson trop froide ou trop rafraîchissante, un aliment aigre ou trop pesant , un peu trop de fruits , suffisent pour arrêter tout-à-coup les règles, pour donner des coliques, pour laisser le germe d'une longue suppression et des langueurs les plus fâcheuses; il en est de même de plusieurs rémè ies donnés dans ce temps-là et qui ont des effets fâcheux.
§ 38. Le consensus réciproque entre l'estomac et les intestins est démontré tous les jours par la cessation des douleurs d'intestins dès que l'on a avalé quelque adoucissant; par la cessation prompte d'une diarrhée opiniâtre en buvant quelque chose de très-froid; par le dégoîit , les nausées, les vomissemefits qu'occasionnent des coliques un peu fortes.
§ 39. L'estomac et les intestins exercent aussi un consensus très-marqué sur les muscles qui servent au mouvenierit des différents membres. Le tétanos avec toutes ses espèces, produit par différentes causes d'irritation dans ces parties, en est une preuve; ces paralysies si fréquentes après les coliques de Poitou n'ont pas d'autre cause. Un marchand se plaignit à M. <vam()er d'une imm(ti)i!ité dans la carpe qui le gênait exlrêaiement en écrivant et l'oh'igeait à pousser sri main droite avec l'index de la fauche ; on avait employé inutilement di firents rem xlcs ; M. Camper ayant jugé que le
mal dépendait d'une Screté dans les premières voies, entretenue par lesmauvaises digestions, le traita en conséquence et le guérit (l); et celle observation rappelle celle que j'ai donnée ailleurs sur l'efifet du calé, dont l'usage occasionnait un spasme dans les doigts qui empêchait d'écrire : M. Camper a aussi très- bien remarqué que la cacocliylie dans les premières voies occasionnait des spasmes dans les extrémités inférieures, ei que les ascarides occasionnaient chez les enfants (les convulsions dans les cuisses et dans les jambes (2J. Avant que de finir l'article i!u consensus de l'estomac, je dois remarquer que si ce consensus a des effets si souvent fâcheux , il en a quelquefois de favorables. C'est ainsi qu'un grand nombre de niédicauieiits étendent leurs bons iIFels sur les parties les plus éloignées, quoiqu'ils n'agissent que sur l'estomac ou sur les intestins. M. Hofman le prouve par les laits pour les anodins , les calmants, les lavements adoucissants, le kiiia, les martiaux (3j; mais ces observations ne sont pas nécessaires ici , et il n'y a point de médecin qui n'ait pu les faire très-souvent.
DU MÉSENTÈRE.
§ 40. Le mésentère est le siège de plusieurs des plexus nerveux qui se distribuent à tous les viscères du bas-venlre; mais il n'y a pas un grand nombre de nerfs qui s'y épanouissent, il n'a pas, par là même, une extrême setisibilité; cependant il jieut quelquefois être le siège de douleurs assez fortes, qui peuvent occasionner, en communitpiant leur irritation au genre nerveux, des jaunisses etdes vomissements. On a très-bien remarqué que la cacochyliedu mésentère affaiblit les muscles qui servent au mouvement des extrémités inférieures (4j, et qu'elle donne des douleurs etdes pesanteurs de genou; j'ai vu un homme , d'ailleurs Irès-biea portant, mais sujet de temps en temps à des diarrhées , qui sont toujours présnpées quelques heures à l'avance, par tant d'engourdissement et de pesanteur dans les jambes qu'il les croit enflées ; dès
(1) Demonst., t. i, cli. ii.
(•2) Jbid., I. II, ch. m.
(5) Dc('(i)>scnsu pdrtuim prœcipiio -patho- Ingiœ et praxeos fiiiidamento. Ilalœ 1717, § 5(5.
(4j Gorlcr, Bled. Iiipp., § 130.
NERFS
qu'il a eu quelques selles le mal passe ; mais ce ne sont pas proprement des effets sympathiques : un rameau nerveux considérable , blessé dans le mésentère, occasionne des accidents mortels.