‹ Œuvres de TissotChapitre 53 sur 160 · DES REINS, DES URETERES ET DE LA VESSIE · texte numérisé non relu

DES REINS, DES URETERES ET DE LA VESSIE

§ 42. M. Senac paraît s'êire trompé en établissant qu'il n'y a pas de parties qui causent plus de dérangements sympathiques que les reins; l'estomac et l'utérus en produisent sûrement davantage; mais il est cependant vrai que leur état a des influences bien étendues : elles sont très-marquées sur la tête. Barthollin a vu un calcul des reins produire la migraine du même côté, et Forestus a vu des maux de tête opiniâtres naître de la même cause (2j. Adolph cite le cas d'un homme de quarante et quelques années, à qui des douleurs de reins atroces, produites par le calcul, avaient fait perdre totalement la vue ; les yeux étaient très-beaux, et le mal était une goutte sereine occasionnée par le consensus entre les nerfs des reins si violemment tourmentés par le calcul , et ceux des yeux (3). Baglivi avait déjà remarqué que ceux qui meurent du calcul des reins meurent en convulsion et en délire. Ils n'exercent pas une action moins sensible sur la poitrine ; Ballonius , ce

(1) Sepulchret., 1. i, p. 543 et 552.

(2) Rega, p. 214.

(3) Ad. Cu)\ Nut., t. Il, obs. 87.

sage observateur parisien, vît un malade attaqué d'une difficulté de respirer trèsconsidérable, qui ne cédait à aucun remède, qui neparaissaitpasdépendre de l'état du poumon, et que l'on conjectura enfin, après l'examen le plus attentif, dépendre d'un calcul dans les reins; on quitta les remèdes pectoraux; on traita le malade pour les reins; il rendit le calcul, et la liberté de la respiration fut entièrement rétalilie (l). Listera vu la même cause produire une palpitation habituelle, une douleur dans la vessie avec un fréquent besoin d'uriner, une urine fort claire et un grand dégoût. Baglivi avait remarqué que le pouls , du côté du rein aftécté, était plus petit et plus faible que l'autre.

§ 43. La sympathie des reins et des uretères avec l'eslomac est une des plus fréquentes ; la pierre dans les reins , et surtout le passage des graviers considérables dans les uretères , occasionnent des nausées continuelles et quelquefois même des vomissements très-foris, et en général une pierre dans les reins dérange toutes les fonctions de l'estomac et des intestins; il y ;i habituellement dégoût, malaise, gonflement, flatuosité; et l'on a vu une fille sujette à des douleurs continuelles de reins ])roduites par la gravelle , être tourmentée par une diarrhée habituelle , qu'on ne pouvait modérer qu'en lui faisant prendre quelques cuillerées d'huile d'amandes douces (2). Pison lui-même éprouva les vomissements les plus forls pendant le passage d'une pierre par l'un des uretères ; mais les efforts aidèrent le passage , et le vomissement cessa au moment où le calcul fut tombé dans la vessie (3).

§ 44. La contraction du testicule du même côté est encore un eflét fort ordinaire du calcul des reins, qui ont aussi une sympathie très -marquée l'un avec l'autre , comme on a déjà vu qu'il y en avait entre les deux yeux, et entre les dcnls correspondanles des deux côtés ; elle est telle que l'irritation des nerfs dans l'un des reins , produite jiar l'inflammation, la suppuration, ou plus ordinairement par un calcul, occasionne un spasme dans l'autre rein et produit une suppre-sion d'urine. Forestus cite un cas de cette espèce (4), et Riolan dit

(1) Coiisil., liv. 1, cons. 40.

(2) A. C. N., cent, v, obs. 98.

(3) Observ, , sect. iv, ch. ii, p. 517. obi. 102.

(4) Liv. XXIV, obs. 20.

qu'il a vu plusieurs fois que l'obstruction d'un rein rend l'autre tout-à-fait inutile; Ettmuller, Marcliettis , Hofman ont réitéré la même observation , et il y a peu de médecins employés qui n'aient eu occasion de le voir par eux-mêmes ; ainsi je me contenterai d'une seule observation de BigHvi, qu'il est très-important de connaître. Une femme, âgée d'environ quarante ans , fut attaquée d'une douleur du rein gauche avec vomis-icment, suppression d'urine , et tous les symptômes qui caractérisent le calcul des reins ; rien ne la soulageait, la douleur devenait tous les jours plus vive ; elle avait le même sentiment que si ou l'eiit serrée très - fortement autour des liypochondres avec une ceinture ; la respiration était convulsive; elle avait de fréquentes convulsions internes, mais sans fièvre ; le septième jour tous les symptômes empirèrent : elle éprouvait, entre l'estomac et l'ombilic, des douleurs aussi vives que si un chien l'eût rongée, enfin elle périt le onzième jour dans les plus fortes convulsions. Le cadavre n'offrit d'autre vice qu'un calcul de la grosseur du pouce , partie d.ins le rein, partie dans l'uretère gauche ; et la malade n'avait jamais éprouvé de douleur qu'au rein droit qui était en bon état. Cette observation suffirait seule pour prouver, comme je l'ai établi plus haut , que la partie qui est le siège de la cause maladive n'éprouve souvent aucune douleur pendant qu'elle en occasionne de trèsvives ailleurs.

§ 45. La vessie extrêmement sensible peut communiquer son irritation à tout le genre nerveux, et, quand le calcul est venu à l'irriter considérablement, il est très-ordinaire qu'il en résultedes convulsions générales : mais le consensus le plus m.irqué est avec l'extrémité du gland ; le calcul de la vessie y produit presque habituellement unç douleur et une démangeaison pénible qui sont un des caractères les moins équivoques de cette maladie; et M. Whytt parle d'un malade attar[ué d'un ulcère à la vessie, qui, pendant que l'urine coulait, ressentait non-seulement une douleur vive au bout de la verge, comme ceux qui ont la pierre, niais de plus cette douleur descendait le long (les cuisses et des jambes, et lui faisait sentir à la plante des pieds la même douleur que s'il les avait eues sur des charbous ardents (l). Un efTet

que je ne puis expliquer que par ce consensus c'est ce qne j'ai observé chez une femme qui souffrit long -temps d'une pierre dans la vessie; elle avait presque habituellement une sueur abondante, tout autour du bas-ventre et des hanches, sur une h»uteur de six ou sept doigts , comme une ceinture, et quelquefois les douleurs les pins vives de la vessie se dissipaient tout-à-coup par la formation d'une tumeur très-douloureuse au haut d'une cuisse ; si , après avoir souffert beaucoup pendant quelques heures, elle pouvait s'enilormir , à son reveilla tumeur et la douleur avaient disparu, et elle était très-bien. — Je vois actuellement un malade qui a en général les nerfs fort délicats, mais surtout l'orifice supérieur de l'estomac extrèaiement affecté, et qui, toutes les fois qu'il urine ou qu'il va à la selle, éprouve, au moment du passage des excréments, un malaise très-marqué dans celle partie, qui de là se fait quelquefois sentir dans tout le corps.

DE l'utérus et des PARTIES GENITALES.

§ 46. Le consensus de la matrice avec la plupart des autres parties est , après celui de l'estomac, le premier qui ait frappé les observateurs. Hip])ocrate avait déjà vu son influence sur la tôle ; Galien s'en est aussi occupe (1), et a voulu expliquer mécaniquement par l'anastomose des vaisseaujc, et surtout des veines, celui qu'il y a entre les seins et l'utérus; depuis lui on l'attribua à l'anastomose des artères (2); mais cette anastomose des

(1) De usii partium, liv. siv, cbap. viii. Chart., l. IV, p. G43, cl De différent, venariim et arter., ch. viii .

(2) On a voulu, il n'y a pas vingt ans, faire u*i trûs-grand honneur à un célèbre anatomiste de cette découverte, qui avait été vue par Galien , et qui a été admise presque généralement par tous les anatomistes; Eustaclic , Casserius, Bauliin, Bariholln,NucI<,Verlieyen,WinsIow, eic, l'admettent généralement. M. Winslow est positif sur l'anastomose, non-seulement des artères, mais des veines; Vesale, Laurent, Junker ont nié ces anastomoses; Kulni reste indécis : comment expliquer ces contrariéié,s? On ne le peut que par la variété qu'il y a dans la distribution de ces anastomoses dans différents cadavres. Celles des artères manquent quelquefois, celles des veines sou-

ET DE LEURS MALADIES

uières manque très-souvent et^ne paraît r)oint propre à rendre raison de tous les )liénomènes de cette sympathie, qui sont 'xtrêmement marqués soit dans les monents de désirs (1), soit à l'époque des •èg'les , soit dans les suppressions malalives, soit dans le temps de la grossesse, iont le gonflement des seins est un des lignes les plus certains -, et Hippocrale ivait déjà très-bien vu ces rapports (2), § 47. Un autre consensus tout aussi narqué c'est celui avec l'estomac ; c'est ;e consensus qui fuit que très - souvent , lès les premiers jours de la conception, les femmes éprouvent un dégoût, des nausées, des vomissements qui durent souvent plusieurs mois (3j , et qui passent quand l'utérus a acquis un autre îtat et produit des symptômes différents. La même cause produit aussi quelquefois ces goûts dépravés que l'on remarjue chez quelques femmes, qui sont cependant en général faibles et rares par eux-mêmes , mais qui deviennent vifs et monstrueux chez les femmes qui les écoutent. — Les coliques menstruelles occasionnent souvent des vomissements , et les nausées continuelles sont quelquefois un des premiers symptômes que produit l'inflammation commençante de la matrice après les couches ; si l'on s'y mé-

vent , et en général elles se font par de très-petits vaisseaux. Ce consensus ne peut donc pas dépendre, au moins en entier, des vaisseaux, malgré tout ce que l'on a dit pour le prouver; et M. Marherr détaille Irès-exaclement les raisons qui démontrent qu'il ne dépend point de ces anastomoses, mais que les phénomènes, que l'on attribue à ce consensus, tiennent, dans certains cas, à l'augmentation générale de la pléthore; dans d'autres, à la similitude de l'humeur séparée, et surtout aux nerfs plus qu'aux vaisseaux.

(1) « Tanta est sympalhia utero cum mammis, ut contreclatse libidinem excitent. » Gasp. Bauhin, Tkeat. anat., lib. ii, ch. IV.

(2) Observantur fœminse, qua3 simul atque gravidœ faclœ fuerint, imprimis vomitu affliguntur, rejiciendo per os copiosa aquosa et limpida. » Etmuller, Oper. med. theor. pract., liv. iv, sect. v, p. 1074.

(5) Midieri in utero gerentî si mammœ.

ex improvisa graciles fiant, abortit, 1. v, aph. 37. Voyez aussi, ib., aph. 39, 50, 52, 53.

pr. nd , et si l'on attribue ces nausées à la faiblesse de l'estomac , la malade es>t perdue (I). — M. Stahl vit une personne il qui une frayeur supprima tout-à-fait les règles ; elle tomba d'abord dans une cardialgie accompagnée d'un sentiment d'étouilement ; cet état se changea en vomissements, qui diminuaient toujours un peuquand les règles paraissaient et qui revenaient dès qu'elles avaient cessé (2J, soit dans celui des couches.

§ 48. L'approche des règles chez quelques femmes , chez d'autres le temps de leur écoulement , chez des troisièmes leur suite, produisent souvent des maux de tête très violents, et qui ne paraissent dépendre ni de la pléthore augmentée , ni de l'épuisement, mais uniquement de l'irritation que l'état de l'utérus procure aux nerfs de la tète, et l'on doit remarquer ici que , quand la mobilité d'une partie est augmentée , elle ressent et exerce plus aisément les effets du consensus; voilà pourquoi, à l'époque des règles, les femmes éprouvent beaucoup plus les influences des causes qui peuvent agir sur l'utérus et les effets de son influence sur les autres parties ; voilà encore pourquoi l'on entend dire à plusieurs femmes que tout ce qui peut leur faire du mal leur arrive à cette époque , puisqu'un événement qui ne les aurait point affectées dans un autre nsoment les affecte beaucoup dans celui-là; dans d'autres temps elles l'auraient à peine aperçu, à cette époque il les bouleverse. — Cralon, Langius , EttmuUer, s'accordent à reconnaître que les affections de l'utérus ont une influence marquée sur la tête et occasionnent surtout cette douleur au sommet de la tête, accompagnée d'un sentiment de froid qui est extrêmement incommode aux temmes hystériques. On a vu à Chemnitz wne jeune femme à qui ses règles manquaient, et qui, à l'époque où elles devaient revenir, était attaquée pendant trois jours d'un éternuement si fréquent qu'elle ne pouvait ni manger, ni boire, ni dormir (3). § 49. L'état de l'utérus a aussi une

(1) Dissertatio de motn tonico vitali.

(2) M. Buchner, après avoir discuté la question avec le plus grand soin, conclut que le consensus entre l'utérus et l'estomac ne peut dépendre que des nerfs. De uteri cum ventriculo consensu, § 29.

(5) Eph, G. H., dec. ii, ann, 8, obs.

influence marquée sur la poitrine , et beaucoup de femmfs , surtout de trèsjeunes personnes, ont, pendant les règles, une légère gène dans la respiration et toussent fréquemment. — Mais, sans détailler davantage l'influence de cet organe, on peut dire qu'elle est très-grande sur tout le genre nerveux. Les anciens, qui le regardaient comme la cause des vapeurs, imputaient à ce consensus tous les accidents que l'on remarque dans un violent accès hystérique. Ils se trompaient en le regardant comme la seule cause des vapeurs : elles dépendent bien plus souvent d'une cause dilïérente ; mais il est cependant très - vrai que la seule irritation de l'utérus peut produire tous ces accidents, et même de plus tâclieux, puisque l'on verra dans le chapitre de l'épilepsie qu'il y en a de vériSaljlement utérines ; et en général , si l'utérus est cause de six ce?ils maux, pour me servir de l'expression d'Hippocrale . c'est en grande partie par la sympathie qu'il exerce sur les autres organes, qui sont diversement affectés par les différents états dans lesquels il se trouve ou par ses différentes maladies organiques. — On a vu dans un des ciiapiires précédents qu'il y avait des femmes à qui la grossesse donnait de fréquentes attaques de convulsions pendant toulu sa durée, sans que l'utérus en éprouvât lui - même aucune , et cet effet du consensus est fâcheux; mais c'est par un effet plus favorable de ce même consensus que M . Petit explique trèsingénieusement un phénomène de la fin delà grossesse. On remarque, dil-il, à celte époque que le ventre s'uffaisse, et qu'en mème^ temps la femme se sent plus de bien-être : la raison en est que l'accouchement , comme loules les opérations de la nature, se prépaie quelque temps avant que d'être sensible pour nous; celle première et insensible contraction de la matrice passe d'abord aux muscles du bas-vintre et s'étend à tous les muscles du corps, augmente leur action, et par là même le bien-être de la malade (1).

§ 50. Les parties génitales ciiez l'homme exercent aussi leur aciion sur tout le genre nerveux : on en verra des exemples dans le chapitre de l'épilepsie et dans quelques autres. Amalus (2), Fan der Wiell (3), parlent de deux hommes que

(1 ) Mémoire sur la cause et le mécanisme de l'accouclwmeni, p. 78.

(2) Cent. IV, obs. 4.

(3) Cent. II, obs. C, p. /i5.

NERFS

le désir fgisait éternuer, et Th. Barlho- , lin de plusieurs autres ffiii éternuaienti après l'avoir satisfait (l). Leur influence' sur les organes de la voix est extrêmement -, marquée : j'en ai parlé en détail dans un autre ouvrage (2j. Elle s'exerce évidemment sur la poitrine, puisque, comme le remarque M. Rega , on a vu souvent qu'en appliquant des linges trempés dans le vinaigre sur les testicules, on ar-J rêtait promptement une hémoptisie. Le gonflement des testicules produit celui de toutes les glandes inguinales.

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