ARTICLE V. — DU CONSENSUS DE LA PEAU
§ 61. L'irritation d'une partie de la peau s'étend aisément à toute la peau, et se communique à toutes les parties dont les nerfs viennent des mêmes troncs , et même à tout le genre nerveux : c'est ainsi que le froid de pied donne un frisson général, et que l'application de l'eau i froide sur quelque partie peut, en occasionnant le serrement spasmodique de la peau, produire celui des vaisseaux et ar- ; rêter les hémorrhagies (3J. C'est à ce | même principe qu'il faut rapporter en ' grande partie les effets des vésicatoires j mais son effel le plus marqué est sur les glandes. C'est à l'action des nerfs cutanés sur-les nerfs des glandes qu'il faut attribuer leurs gonflements si Iréquenls dans les iriitalious de la peau. Chez les enfants qui ont la râche, toutes les glandesdu cou, de la nuque, des oreilles, sont considérablement engorgées. Dans quelques endroits , on les appelle des abreuvoires , jiarce que communément on les regarde comme le foyer du mal , le réservoir d'où partent les humeurs qui s'écoulent par les porcs cutanés , au lieu que cet engorgement est l'effet de l'irritation de la peau ou des autres membranes cutanées : c'est ainsi qu'en injectant des liqueurs acres dans les narines on produit une morve artificielle, qui fait enfler les glandes sublinguales tout com-
(1) Cent. V, obs. 99.
(2) Lettre sur la mue de la voix, à la fin de l'hioculation justifiée.
(3) Comme le consensus n'est point égal chez 'ous les hommes, il y eu a chez lesquels cet elfct peut très-bien manquer, et alors l'application de" l'eau froide, m; faisant que resserrer la partie sur laquelle elle se fait, au lieu de diminuer l'hcmorrhagie, elle la rend plus abondanie; ainsi ce remùde est trôs-équivoquo et peut quelquefois nuire.
ET DE LEURS MALADIES
0. ae la vraie morve (I). — J'ai vu une forte ni aie des raains produire des ençorgece iienls sous l'aisselle et dans les muscles iil échisseurs de l'avant-bras , et un fuu oncle sur le tibia occasionner un engorement très - fort dans les glandes des ines; c'est par la même raison que l'ino- ;ulation auv bras ou aux jambes produit [uelquefois un léger engorgement aux ;landes des aisselles ou des aines , et [u'un léger chancre au gland occasionne les bubons. On voit tous les jours en )ratiqae d'autres faits qui dépendent de ;e principe , et qui , mal expliqués, font ;ommetlre une multitude de fautes dans e traitement. Biais si Tirritation de la )eau peut se communiquer aux autres )rganes, il est vrai aussi que l'on se sert itilement de ce consensus pour diminuer 'irritation des autres organes en amoilisiant la peau : c'est ainsi, je l'ai déjà dit, [ue les fomentations partielles et que les )ains tièdes exercent une partie considé- •able des bons effets que l'on en remarjue dans presque toutes les maladies spasnodiques internes.
§ 62. L'engorgement des glandes peut, 3ar l'irritation qu'il produit dans les aerfs , occasionner des accidents , mais :fui ne sont jamais une ulcération. M.
VIonro explique, par la distribution de la ieconde paire cervicale au sterno - masioïdien, à la parotide, aux téguments du :ou , au releveurde l'épaule , aux extenseurs du cou et de la tête, pourquoi, dans ['engorgement de la parotide , la nuque souffre jusqu'à l'épaule, et la tête est tirée sur l'épaule du même côté (2). Je connais un homme assez bien portant qui, [juand il s'est fait raser la tète, éprouve une si grande irritation dans toute la peau qu il craint à chaque instant de prendre des convulsions, et il a eu quelquefois de très-li'gers mouvements convulsifs dans les bras.
§ 53. Les douleurs de la joue ou de la paupière occasionnent ordinairement un écoulement continuel de larmes du même côté, parce que le rameau tempo: al superficiel du maxillaire supérieur, après avoir fourni à la glauîle lacrymale, va se perdre dans les paupières etdans la joue. — On a vu une très-légère plaie lai^e à la région des tempes pur un instrument poinlu, occasionner une pesanteur insupportable de l'œil (3). J'ai parié plus
(i) Mém. de l'Acad. royale, 1761, p. 46.
(2j On nerves, p. 591.
(3} Sepulcliret ., t. i, p. 452.
haut des accidents sympathiques que cet organe éprouvait par la lésion du nerf susorbitaire , et c'est sur le même principe qu'était fondée l'opération que Taylor, cet adroit oculiste, avait imaginé pour guérir la goutte sereine, et qui consistait à ouvrir les paupières autant qu'il est possible avec le spéculum oculi, à faire des frictions très fortes sur l'œil ainsi li.vé avec un instrument qui eût la forme d'une cuiller, et dont la surface fût trav.tillée en lime; opération que M. Heister a vu rendre le mouvement à l'iris, et que M. Mauchart , si bon juge dans ces matières , ne croit point devoir être négligée. M. Egger parle d'une surdité prodiiile par une plaie du masseter, mais les lésions des nerfs cutanés peuvent avoir des effets plus étendus; M. Le Dran vit un homme qui reçut un coup d'épéc au - dessus du sourcil; la pointe entra a peine de trois lignes, parce que l'os l'arrêta, mais en même temps il sentit un engourdissement général qui lui étales forces , de manière qu'il tomba à la renverse. Cet état dégénéra dans les vingt-quatre heures en une paralysie parfaite de tout le corps ; il ajoute : En 1744, on a vu un homme, qui avait été assez légèrement écorché au visage par une branche d'arbre qu'il taillait , auquel il arriva à peu près la même chose : deux heures après, ce côté du visage enfla, et la mâchoire inférieure devint paralytique.
Le lendemain , la paralysie gagna le larynx et les muscles voisins , de manière que le malade mourut au bout de quelques jours, Sius pouvoir rien avaler (l). Un petit rameau de nerf blessé en sai- ,gnant la jugulaire occasionne souvent une espèce de torticolis.
Les mamelles pleines et douloureuses donnent fréquemment des douleurs d'yeux ; et j'ai vu une femme âgée , qui portait un cancer au sein et qui avait le tic douloureux, être excessivement tourmentée de ce dernier accident , quand les douleurs du sein étaient plus fortes. Un témoin digne defni m'a comnniniqué ui! cas de sympathie rare et qui mérite d être connu : un homme goutteux, après
(l) Le Dran, Cnnsiilt., p. 83. Sclienck rapporte déjà le c;is d'un homnie qu'une plaie l'aile au sourcil avec un couieau peu poinlu, jeta dans des convulsions, des tremblements, et ensuite une paralysie presque générale qui dura plusieurs mois; la langue était aussi très-paralysée. Obs. liv. I, De Paralis., p. 99.
avoir beaucoup souffert du bras, eut une tumeur dure située sur le rayon , un peu au-dessus du carpe : dès lors, ses jambes se trouvèrent si faibles qu'il ne put plus marcher, et il éprouvait souvent de violentes convulsions dans la mâchoire inférieure : on emporta la tumeur. Depuis ce moment, les convulsions ne revinrent jamais , et il recouvra la faculté de marcher. — Des frictions graisseuses sur le nombril ont soulagé une stransçuriequi résistait à tous les autres remèdes.
§ 54. Le consensus des extrémités inférieures avec les intestins est bien démontré par les coliques , et souvent la diarrhée, que le froid de pieds donne aux personnes délicates , qui s'en ressentent souvent dans l'instant même , surtout si l'humidité est jointe au froid : elles éprouvent quelques tranchées, et la diarrhée, survient, à moins qu'on ne puisse la prévenir en réchauiîant les pieds à temps ; effet bien facile à expliquer, dit M. Camper (I) , puisque la plante des pieds tire ses nerfs de l'ischiatique , qui communique par six rameaux avec l'intercostal, dont les intestins tirent les leurs, et qui a des communications avec ceux de tout le corps. La médecine a su se servir de ce consensus avec succès. Savanaroli , pour remédier à une constipation opiniâtre du duc de Ferrare , lui conseilla de marcher à pied nu sur un pavé de marbre que l'on avait un peu arrosé d'eau fraîche, elle duc n'eut pas fait cinquante pas que le remède agit (2). On a depuis employé souvent le même remède, et l'on trouve surtout une observation très-détaillée dans les mémoires d'Edimbourg.
— Il serait inutile de réunir un plus grand nombre de faits analogues : ceux que j'ai présentés suffisent pour tenir les yeux de tous les médecins ouverts sur les effets du consensus , qui sont beaucoup plus fréquents que quelques médecins n'ont paru le croire , et qui par là même doivent être extrêmement bien connus. Je finirai cet article par quelques faits qui paraissent liés à cette niatièie, et dont il est bon d"être instruit, afin de ne pas se livrer à de fausses idées sur la cause et à de fausses vues dans le traitement , quand des cas analogues se présenteront. Viridet, qui me les fournit , avait déjà bitn vu qu'ils dépendaient de l'irritation des nerfs dans un lieu éloigné
(1) Liv. n, ch. ni.
(2) Rpg;i, p. 258, rapporte ce fait, mais de Brassavoll.
de celui oii la douleur se fait sentir (1): « Sa première observation est sur une* » femme scorbutique qui avait de l'em-i » bonpoint , laquelle ne pouvait rien » avaler sans avoir de grandes doideurs » aux flancs; la seconde est d'une jeune » dame que la fièvre hectique avait ré- » duite dans le marasme , laquelle se » plaignait d'une douleur aiguë dans l'ai- » ne, toutes les fois qu'elle mangeait ou » buvait; la troisième celle d'une fille de» » qualité qui, à six heures du soir, était « attaquée d'une toux assez pressante , » laquelle était accompagnée d'une dou-^ » leur à la partie supérieure des pieds )» sans enavoirailleurs. J'aivu, continue- » t-il, un gentilhomme qui avait beaui » coup d'appétit, mais qui éprouvait unéi » douleur fort vive au côté , toutes les » fois que le dîner était différé; et j'ai » traité une autre femme scorbutique qui » avait eu de grands frémissements à l'é- » paule gauche, lesquelsse renouvelaient )) dès qu'elle s'appuyait sur le talon de ce » côté. »— J'ai été consulté, il y a quelques années , par une dame allemande qui, toutes les fois qu'elle était réveillée, avait des envies de vomir, et souvent même vomissait beaucoup, ce qui n'arrivait jamais quand elle s'éveillait natu-* rellement. Cet accident ne tient-il pas atïl] consensus de la tète et de l'estomac ? — > Après avoir présenté ce tableau des maladies sympathiques , on peut naturellement faire trois questions : comment s'exercent-elles ? à quoi peut-on les reconnaître? et quel traitement exigentelles ?
§ 65. Dans les réflexions générales sur les sympathies , j'ai déjà établi qu'elles paraissaient toutes se faire par le cerveau ; mais il est impossible de savoir comment elles s'y font ; tout ce que l'on peut se permettre de hasarder là-dessus , c'est que , comme j'ai établi plus haut, d'après les faits et l'analogie , que, dans plusieurs sensations , il y avait une réaction mécanique dusensorium, indépendante de Taperçu et de la réaction de l'âme (2) , il est très-vraisemblable que les symptômes sympathiques sont l'eflFet de
(1) Dps vapeurs, p. 529.
(2) Cette réaction du sensorium est, comme j'espère le développer ailleurs, une des forces qui concourent à former celle somme de forces, dont l'assemblage et l'action harmonique s'appellent la nature.
ET DE LEURS MALADIES
i; cette réaction du sensoiiiun , qui agit Il iur les nerfs les plus voisins de ceux qui a ui transmelteut l'impression : ainsi , iei junnd il y aune pierre dans la vésicule ji jiliaire , les nerfs qui la tapissent étant
0 rrités, portent une impression à la partie ;( lu sensorium qui leur sert d'origine; s îUe réagit sur les nerfs voisins, et celte
iction portant sur les nerfs qui se distri-
01 buent à l'estomac, y fait naître de la i iouieiir, de légères convulsions, qui font ji es nausées, de très-fortes, qui donnent ( les vomissements. — Les sympathies que n le cerveau exerce diffèrent des autres en
ce que l'action du sensorium n'est pus déterminée par l'action des autres parties, mais par la lésion immédiate de sa propre substance; et il faut remarquer ici que si le symptôme qui est la suite de la sympathie est plus douloureux , plus grand que celui qui résulte de sa cause, cela tient à des circonstances tirées de la nature des parties agissantes et souf-
frantes , de celle des nerfs qui se distriluent dans les deux parties , de la différence dans l'impression reçue par le sensorium et dans sa réaction. C'est par des circonstances semblables que l'on peut expliquer pourquoi l'effet sympathique est quelquefois une douleur, ou une convulsion, ou un écoulement augmenté; d'autres fois une perte de sentiment, une paralysie ou une suppression.
En conjeclurant d'après ces ])rincipes , j'ai cru, dans plusieurs cas, m'expliquer assez clairement sur plusieurs phénomènes sympathiques ; mais je me garderai bien d'entrer dans des détails aussi hypothétiques : ceux qui adopteront les mêmes principes s'expliqueront à euxmêmes, et jilus heureusement peut - êlre que je ne l'ai fuit, les phénomènes de celte espèce qu'ils pourront observer.
§66. Les maladies sympathiques n'ont pas de caractères évidents qui leur soient propres, et les vomissements produits par la pierre dans la vtssie ressemblent à ceux que cause l'émélique. Il est cependant bien irapoitunt de les distinguer; on peut pour cela s'aider de quelques remarques qui serviront à les faire reconnaître. Et d'abord on les observe plus généralement chez les personnes dont le genre nerveux est déliciit que chez celles qui l'ont peu mobile. — En second lieu, s'il survient toiit-à coup, sans cause assignable, quelque lésion à une partie qui avait toujours ])aru en très-bmi état, el si en même temps on conuiiît ou l'on découvre quelque autre vice dans une au-
tre partie, il faut examiner si ce n'est point la lésion de celte dernière partie qui produit le premier symptôme. J'ai vu deux hommes qui, ne s'étant presque jamais plaints de rien et très - accoutumés aux voyages, épouvèrent que les cahots de la voiture leur donnaient des vomissements.
L'examen le plus attentif me persuada , etd'autressymptômes le prouvèrent bientôt , qu'ils avaient une pierre dans les reins. On voit très-souvent des douleurs fixes à l'épaule qui ont résisté aux traitements ordinaires : en examinant attentivement le malade, j'en ai trouvé la cause dans le foie , comme celle de plusieurs extinctions de voix dans l'estomac. Chez une femme qui avait la poitrine trèsbonne, et qui n'était point vaporeuse, je jugeai aisément que quelques accès d'asthme couvulsif , dont elle s'inquiétait , dépendaient d'une ulcération de la matrice , dont elle ne s'occupait pas , et que l'on n'envisageait que comme une perte blanche. Dans tous ces cas, et il serait inutile d'en citer un plus grand nombre , il eîit été très-dangereux de se méprendre sur la cause.
En troisième lieu, l'examen attentif des causes accidentelles qui occasionnent le mal peut éclairer sur la cause : ainsi des ébullitions , de quelque esjjèce qu'elles soient, qui reviendront souvent après de certains aliments ou de certaines boissons, indiqueront que la cause en est dans l'irritation de l'eslomac , et non point dans l'âcrelé de la masse du sang : on remédiera au vice de l'estomac , et on ne l'abîmera point par des bouillons adoucissants, comme on ne l'a fait que trop souvent.' — Les symptômes qui .succèdent peuvent encore éclairer : c'est ainsi que si , a[)rès de violents vomissements , un malade devient conslammeut jaune , on peut présumer que le mal dépend d'une pierre dans la vésicule. — Enfin , il y a bien peu de cas dans lesquels un examen soigneux de l'état de la santé avant l'attaque du mal, des symptômes doal elle a été accompagnée, de ceux qui l'ont suivie et des secours qui ont nui ou souhigé , ne puisse faire distinguer une maladie sympathique d'une maladie idiopathique.
§ 57. 's3uand une maladie paraît bien évidemment sympathique, il n'y a alors que deux choses a faire, travailler à déraciner la cause, et diminuer les accidents, s'ils sont trop violenis; le moyen le plus c rtain j>our parvenir à ce dernier but, c'est l'usage de l'opium, qui, en affaiblissant l'action des ueris, arrête les
effets qui ne dépendent que de cette action ; mais comme j'ai dit plus huit que ces mouvements sympalliiqiics étaient utiles, il y a plusieurs cas dans lesquels il faut bien se garder de les arrêter; d'ailleurs, lors même que l'on pourrait les arrêter sans danger, comme lorsque l'inflammation de l'utérus produit îles ■vomissements, qui sont plus nuisibles qu'utiles, la cause du mal ne permet jias toujours d'employer l'opium, et c'est le cas dans cet exemple; ainsi, il faut alors recourir à d'autres moyens de diminuer l'action nerveuse, et chercher, autant que possible, qu'ils soient utiles contre la cause ; c'est ainsi que, d.ms les vomissements occasionnés par le calcul des reins ou de la vessie, les bains lièdes et les boissons émollientes chaudes diminuent l'accident et peuvent afjir sur la cause. — Quelquefois le mêiue remède emporte l'accident sympathique et la cause ; comme qn ind une prise d'ipécacuanhafait cesser des vertiges et emporte la bile putride qui les occasionnait. — Mais lorsque l'on ne peut pas soulager par les calmants , il faut quelquefois recourir aux contre-irritants, parce que de tout temps l'on a vu qu'une irritation placée dans quelque partie, faisait cesser une irritation moindre ailleurs.
§ 68. Ces espèces d'antipathies pour certaines odeurs, certaines boissons, certains aliraenls, certains animaux, dont on a des exemples frappants, tiennent toutes à l'action <lu genre nerveux, qui est singulièrement lésée ou par ces corps ou par leurs exhalaisons. Un de mes amis , très-habile médecin , ne peut pas soutenir la plus petite quantité de sucre dans le café à l'eau , sa langue ne l'aperço:! point, mais son estomac se soulève, et il vomit tout ce qu'il renferme, .l'ai vu un gentilhomme piémontais chez qui les truffes, qu'il aime beaucoup, produisent constamment le même effet; et M. Kaau a donné l'histoire bien détaillée et bien fidèlt d'un de ses amis, qui, s'il se trouvait dans le inême «ppariemeut qu'un L'hat dont i! n'avait aucune idée, éprouvait un malaise, une auijoisse, une sueur qui lui étaient insiipport.ibles, et l'assuraient (|u'il y avait un chat ; il dit, dan? le même endioit, avoir connu un homme à qui fodeiir du fromat^e donnait constamment une liémorrhagie des narines ( I) ; et c'est ici qu'il faut aussi, avec rai-
(1) Impet, facîens, §408, p. 358.
son , rapporter ce même principe d'animosité qu'il y a entre certains animaux , qui fait que le chien poursuit le lièvre et quelques autres animaux, le chat la souris ; principe qui paraît très-différent de celui par lequel les animaux de proie poursuivent ceux qui peuvent leur servir de pâture.
§ 69. J'ai parlé dans un chapitre précédent d'un homme qui éprouvait une antipathie marquée contre un autre ; j'en avais déjà cité un autre exemple dans l'essai sur la santé des gens du monde ; ils ne sont pas rares, et l'on voit aussi de vraies sym[)athies entre des personnes qui, au premier moment, se plaisent réciproquement , et sentent qu'elles sont faites l'une pour l'autre ; ce sont là des sympathies et des antipathies morales, mais qui dépendent cependant des nerfs ; c'est l'impression d'un être qui plaît oa qui déplaît singulièrement ; et plaire ou déplaire , c'est faire passer à notre àme des sensations qui lui sont agréables ou désagréables, qui lui persuadent que l'objet a des qualités qu'elle ^aime ou qu'elle n'aime pas. Mais comment se fait cette impression ? est-ce par ces exhalaisons invisibles auxquelles, dans un ouvrage ingénieux, mais purement plaisant, on a voulu attribuer l'amour et toutes les passions ? — Il ne serait peut-être pas absolument impossible qu'il y eût quelque degré de réalité dans cette idée ; pourquoi, si cette cause agit si évidemment sur les animaux, ne pourrait-elle pas agir sur nous? Cependant il paraît que la plus vraie cause de cette détermination prompte, pour ou contre quel- <[u'un, est dans la physionomie que j'appellerais volontiers l'expression ou la voix du visage, dont les dirtérentes parties contractent une forme différente, suivant les différentes idées qui occupent l'âme, ou les différentes passions qui l'agitent; il en résulte nécessairement un ensemble différent , suivant le genre d'idées ou le Caractère des passions ; cet ensemble décèle par là même la façon de penser et de sentir des différents imlividus, et cet ensemble plaît et déplaît à la première vue et sans aucune anifyse; comme un tableau très chargé ou une miisi.|ue trèscomposée plaît ou déidiîi. au premier moment, avant qu'on ait examiné aucune des figures, ou clierihé à démêler le rapport de quelqu'une 'les parties, saits même qu'on soit le moins du monde connaisseur en peinture ou en musique.
— Oa voit que je place la physionomie
ET CB LEUItS MALADIKS.
! dans les parties mobiles du visage ; et quand on a observé attentivement les clwngenienls de physionomie que la plus légère variété dans les idées produit cliez les personnes qui ont une façon de penser et de sentir forte et vive ; quand on I observe que les personnes qui pensent lentement et sentent froidement en ont très-peu (1); quand on se rappelle que chaque passion a son visage , qui ne ressemble point à celui d'une autre passion ; quand on réfléchit que, si la physionomie a dîi être l'interprète des idées et des sentiments , il fallait pour cela qu'elle pût Suivre leurs mouvements , on jugera sans doute qu'elle a dû dépencire des parties mobiles: et comme il est impossible que des muscles répètent souvent le même mouvement, sans que leur conformation et celle des parties voisines cliangentà un certain point, ce sont ces changements qui impriment au visage ces caractères qui désignent que telle ou telle passion est la passion dominante, ce caractère qui fit deviner que Socrate était colère. Cependant un homme infini- :pent respectable par son génie, ses connaissances , son caractère et ses intentions ; un homme dont la physionomie, quoiqu'elle varie beaucoup, dit toujours: Aimez-moi sans crainte , a placé la physionomie dans les parties solides, et croit qu'elles seules peuvent donner les caractères particuliers et nationaux. Je crains de me tromper en pensant autrement que M. Lavater sur une matière dont il s'est autant occupé, et j'ai un vrai regret à ne pouvoir pas lire son ouvrage ; mais j'avoue qu'en admettant avec lui qu'il y a des coupes osseuses, des physionomies de squelette, si l'on veut me passer cette expression, qui appartiennent à de certains caractères plus qu'à d'autres, et surtout en accordant que peut-être chaque nation a la sienne, et que p.tr là même on pourrait endéduire cert.iinscaractères nalionaux et peut-être quelques c^rsictères particuliers bien marqués , je continue à penser que c'est dans la physionomie mobile, dans cetie physionouiie qui, variant avec l'idée et le sentiment, doit prendre l'empreinte de l'idée el du sentiment dominant dont elle est l'expression, qu'il faut placer la physionomie des individus ; et il n'y a personne qui n'ait pu faire une observation bien démonstrative:
(1) Il ne faut pas confondre la physionomie avec les mines; il y a beaucoup de sotj qui en l'ont continuelloment,
c'est que si l'on trouve une différence assez frappante d'ans la charpente des différentes nations, pour f<iire distinguer la nation au premier conp-d'œil , oa trouve cependant des physionomies absolument semblables, quoiqu'avec des traits et des visages différents ; el s'il n'y a pas deux visages qui se ressemblent parfaitement dans la même nation, il y a dans les nations différentes des physionomies exactement semblables , c'esl-a-dire des physionomies qui , si on les lisait , diraient précisément la même chose (ij.
M.iis, je le répète, il ne faut pas croire que l'on parvienne jamais à avoir l'art de celle lecture au point de lire couramment et sans se méprendre ; si la Providence a permis que nous vissions les cœurs, ce n'est qu'à travers un voile plus ou moins épais sur les uns que sur les autres, et qui s'amincit à mesure que l'œil de l'observateur est meilleur et plus exercé; mais elle n'a pas voulu nous en donner la clé, et elle s'en est réservée le secret. — Avant que de finir ce chapitre, je dois placer ici la table des principales anastomoses nerveuses , et des sympathies que l'on peut leur attribuer, que j'ai annoncée en le commençant, et qui, rappelant d'un coup-d'œilaux médecins-praticiens les principales distributions nerveuses, pourra leur être agréable et quelquefois utile.
Table des principales anastomoses , avec Vin dicalion de quelques-unes des sympathies qu'on leur attribue, tirée de la description des nerfs dans la première partie de cet ouvrage , depuis le § 30 jusqu'au § 123.
I. § 30 (") L'anastomose d'un rameau de la cinquième paire avec la troisième ,
(1) M. Lavaler est occupé d'une traduction française de son ouvrage, que l'on doit attendre avec une vraie impatience; quand cet ouvrage, et celui de M. Camper, l'un des plus grands observateurs, des plus habiles naturalistes et des plus célèbres médecins île nos jours, sur les formes ditriJreutes des têles, au. ront paru, on aura un magasin de nouvelles connaissances sur l'hoinine, qui contribueront beaucoup à en perfectionner rtiistoire.
(*) Ces § numérotés 30, etc., sont les pr miers paragraphes de ce volume, dans lesquels les anastomoses que j 'indiqua ici sont dècrilçs,
dans le ganglion lenticulaire , sert à expliquer plusieurs phénomènes , et M. Monro dit qu'il a souvent vu, dans les convulsions, les paupières extrêmement ouvertes, la cornée tournée en haut et fort saillante , et le globe de l'œil déprimé dans l'orbile ; symplômcs , dit-il , qui t'ont connaître l'action de ce nerf sur tous ces muscles. Le gonflement de ce rameau de la carotide , près de laquelle ces nerfs passent , peut , en les comprimant, lorsqu'elle est gonflée dans l'ivresse, dit le même anatomisie, occasionner cette pesanteur des paupières et des yeux, qu'on éprouve dans cet état (l).
II. §31. L i quatrième paire, ou paire 'pathcli(]iie , a aus>i une communication avec la cinquième paire.
III. La cinquième paire a un grand nombre de conmiunications, outre celles qui viennent d'être indiquét-s, avec la troisième et ia quatrième, § 32. La première est celle qu'il y a entre le rameau sourcilif r et le nerf dur.
IV. § 33. Le rameau nasal fournit le rameau qui va au ganglion lenticulaire , et il faul reniari|uer cette origine , parce qu'on s'en sert pour expliquer l'union entre le nfZ et l'œd. La distribution du rame.iu iacrjmal, § 34, rend aussi raison de plusieurs phénomènes qui se rencontrent Ions les jours.
V. M. Winslow décrit un petit filet du maxillaire supérieur qui va percer l'os de la pommette, et communique avec un r.imeau voisin de la portion dure de la septième paire (2) ; il remarque aussi qu'il envoie des liluts se perdre au-dessous de l'œil , et comme celte partie éprouve d'une fiçon marquée tous les thaiigemeiils qui arrivent dans le genre nerveux , il est utile de savoir d'où elle tire ses ntrl's.
VI. § 36. Le rameau sous-orbitaire communique par un plexus assez considérable avec le nerf dur. Il n'est pas inutile de remarquer que le rameau palatin envoie plusieurs filets au pharynx; ce qui sert peut-être à expliquer ce que j'ai vu deux fois, que, dans les plaies du visage par des armes à feu chargées de dragées, le malade ne pouvait pas avaler, quoiqu'il n'y eût point de spasme dans la mâchoire, et sans que le pharynx même oji la base de la langue eût été blessé.
YII. § 38. Une autre communication
(1) Anatomïca nervorum, p. 99.
(-2) Traité des nerfs, § 45,
NERFS
bien importante de la cinquième paire , c'est celle de cette branche du troisième rameau du maxillaire supérieur , qui va s'unir à un rameau de la sixième paire , pour former le nerf intercostal. Un autre filet du même rameau va , par l'aqueduc de Fallope, s'unir au nerf dur. '
yill. § 39, 40, 41 , 42. On trouve dans ces paragraphes, qui renferment l'histoire du maxillaire inférieur, une union du rameau lingual avec la neuvième paire et avec un rameau de la septième, celle de l'auriculaire avec un rameau du nerf dur et un rameau de la seconde paire cervicale, en arrière du condyle de la mâchoire, et celle du metitonier avec quelques rameaux du dur. 11 est aussi utile de rappeler que le rameau buecinaleur forme , avec un petit rameau du nerf dur, un réseau nerveux autour de la veine, quelquefois même de Tarière l'aciale.
IX. § 47. Le nerf dur communique avec les rameaux de l'intercostal qui accompagnent l'artère des tempes, elles autres rameaux delà carotide interne, efe avec les rameaux laryngiens et glossopharyngiens de la paire vague.
X. § t8. Ce même nerf dur a, par son rameau auriculaire , une communication
ec le rameau du même nom de la troisième paire cervicale.
XI. § 52. La huitième paire a une communication avec l'riccessoire, et une autre (§ 64J avec la neuvième.
XII. § 54. Celle ci communique avec la première , la seconde , quelquefois la troisième et même la quatrième cervicale, et elle fournit des filets pour le nerf phrénique.
XIU. § 61. L'accessoire donne un petit filet au glosso-pharyngien qui est un rameau de la huitième paire.
XIV. § 63. De la première paire cervicale, il va des rameaux à l'accessoire, à la seconde paire, à la neuvième, à l'intercosial et à la paire vague.
XV. § 65. Indépendamment des filets ordinaires pour le ganglion de l'intercostal, et pour les communications avec la paire supérieure et inférieure , la troisième paire communique avec l'intercostal , la septième, la huitième et la neuvième paire ; elle fournit à une grande partie des téguments voisins, à la partie chevelue de la tête et aux glandes; et c'est vraisemblablement à ces unions qu'il faut rapporter l'engorgement des glandes dans les ulcérations de la tête.
XVL La quatrième paire, § 66, a des communications avec l'accessoire, l'ia-
J)£ isDBS MALADIËSj
tercostal, la neuvième paire; elle fournit constamment une racine au ner( phrénique, et elle envoie un petit rameau à l'articulation de l'épaule qui est irritée quand le nerf phrénique souffre ; ce qui explique pourquoi dans les maladies du foie , dans celle de la rate , dans quelques abcès du poumon qui irritent le diaphragme, on souffre à l'articulation de l'épaule ; j'ai déjà dit que cette douleur sert beaucoup à faire distinguer les coliques qui ont leur siège dans les organes de la bile de toutes les autres.
XYII. § 71 , 77. Le nerf musculocutané est celui qui passe sous la veine médiane ; mais il ne fait que la traverser, au lieu que le médian , qui accompagne l'artère brachiale, en est très-difficilement détaché. J'ai été consulté pour un spasme de la mâchoire survenu après une opération de l'anévrisme qui, d'après l'exposé de l'opération , me parut dépendre de ce que l'on n'avait pas fait cette séparation. — Des anastomoses qu'il y a entre le musculo-Cutané , le médian, le cubital, elle cutané interne, il résulte de très - grands accidents dans les maux de doigt, et il faut faire attention que le musculo-cutané envoie deux rameaux , un pour le grand et un pour le petit pectoral. Sur quoi M. Camper remarque que tous les muscles qui concourent à la même action tirent leurs nerfs de la même origine ; et il explique pourquoi, dans les violentes coliques du Poitou , les muscles du pouce souffrent plus que les autres , c'est parce que le nerf radial a plus de liaison avec l'intercostal que les autres nerfs brachiaux (1).
XVIII. S 78. De la distribution du nerf dorsal, le même médecin , que l'on ne peut trop citer sur toutes les matières dont il s'est occupé, tire l'explication de ces phénomènes qui s'offrent tous les jours : pourquoi dans les maux de sein les glandes axillaires et pectorales se durcissent et se gonflent ; pourquoi le durcissement gagne le bras; pourquoi, quand Its mamelons sont ulcérés , tout le côté, l'épaule, le bras, souffrent de vives douleurs dès que l'enfant commence à téter.
XIX. § 8t. La distribution des paires dorsales aux muscles du dos, et leur communication avec l'intercostal expliquent comment les irritations des parties inter-
nes , et surtout de l'estomac et des in->
testins, peuvent produire le tétanos.
XX. § 83. La première paire lombaire a une double anastomose avec le grand sympathique.
XXI. § 84. La distribution de l'inguinal qui fournit à l'aine, au crémaster, à l'urètre, explique (1) le consensus entre l'urètre et les testicules, et ce symptôme observé par Sydenham dans les gonorrhées, qu'il appelle la rotation des testicules; elle explique encore comment , dans le sarcocèle cancéreux, le virus se communique aux glandes iliaques, et peut-être pourquoi l'amputation des testicules devient quelquefois mortelle. La distribution du nerf honteux explique cette démangeaison que la pierre dans les reins occasionne au bout du gland , et la douleur que l'on éprouve souvent dans la même partie après l'opération de la taille.
XXII. § 88. On déduit, de la compression de l'obturateur par le fœtus, l'engourdissement , ou quelquefois les douleurs aux cuisses dont quelques femmes se plaignent sur la fin de leur grossesse.
XXilL § 96, 106. Il est très-important de se représenter la composition et la distribution des ganglions, des plexus et des anastomoses de l'intercostal ; j'en rappellerai ici les principaux objets , et j'indiquerai les principaux effets que MM. Monro, Camper, Coopmans leur attribuent. — Le ganglion cervical supérieur com mun ique avec les quatre premières paires cervicales, la huitième et la neuvième cérébrales ; il fournit au larynx et au pharynx ; il s'anastomose avec le récurrent et avec le maxillaire inférieur; il fournit le premier cardiaque, qui, par là même, communique avec toutes les paires qui forment le ganglion. — Le ganglion moyen fournit aussi aux nerfs cardiaques, aux artères vertébrales, thyroïdes, sousclavières. «— Le ganglion inférieur tire souvent des nerfs des brachiaux. — Il est important d'avoirprésente la formation et la distribution du ganglion sémi-lunaire ; et les médecins , appelés à voir si souvent des coliques occasionnées par les calculs biliaires , se rendront raison des principaux phénomènes qu'elles occasionnent, de ce malaise continuel au creux de l'estomac, d'oii les malades voudraient qu'on leur enlevât ce qui les gène , de cette chaleur dans le même endroit qui les
(1) Demonst, mat. pathol., liv. j, ch. ii, § 9«
NERFS
incommode si souvent , de cette pesanteur d'abord après le repas, de ces légers maux de cœur qui les fatiguent; on se rendra raison, dis-je, de tous ces phénomènes, en faisant attention que le plexus cœliaque qui fournit à l'estomac même et aux parties voisines, contribue à la formation du plexus hépatique qui fournit à la vésicule, au canal cholédoque, au duodénum, et dont la communication avec le phrénique explique peut-être pourquoi ces mêmes malades se sentent si souvent une gêne dans la respiration qui les saisit tout-à-coup et les quitte de même. J'ai vu un malade, dont j'ai déjà parlé , tourmenté pendant près d un an par des accès de douleurs atroces , de convulsions violentes, de vomissements, d'oppressions, qui se succédaient quelquefois avec une rapidité étonnante , qui d'autres fois duraient Irès-long-temps, et que je ne pus attribuer à aucune autre cause qu'à des pierres dans la vésicule, oîi j'en trouvai en effet quatre grosses comme des muscades, mais d'une dureté et d'une pesanteur que je n'ai vues que dans ce seul cas. C'est le spasme occasionné par les rameaux du plexus hépatique qui occasionne ces jaunisses qui surviennent après un chagrin , une frayeur, une violente colique calculeuse. — La formation du plexus cœliaque, composé de rameaux de l'intercostal et de la paire vague , sert aux anatomistes à expliquer comment les affections de l'estomac, des intestins, des viscères abdominaux ont une influence si marquée sur ceux de la poitrine et sur toutes les parties qui tirent leurs nerfs de la huitième paire.
XXIV. Le nerf récurrent, § 1 13, fournit des rameaux pour le plexus cardiaque, pour l'œsophage et pour les bronches, auxquels il donne leur sensibilité ; ce qui explique peut-être pourquoi la perte de la voix indique quelquefois les commencements d'une affection de poitrine.
XXV. L'origine du plexus spermatique qui naît du rénal, § 107, sert à expliquer pourquoi les maladies des testicules occasionnent si souvent des maux de reins; et les anastomoses entre le plexus rénal et le plexus stomachique expliquent pourquoi l'estomac souffre si souvent dans les maladies des reins, et pourquoi les coliques néphrétiques occasionnent presque toujours des vomissements.
XXYI. De l'union du pl^réniquç , ^
§ 121, avec la quatrième paire cetvicalc, et avec le premier nerf brachial qui fournit le scapulaire, M. Camper tire l'explication des douleurs d'omoplate si fréquentes dans certains abcès du poumon; et de son union avec la paire vague et l'intercostal il déduit le hoquet qui arrive souvent quand l'estomac est en mauvais état.