CHAPITRE XII
DES CARACTÈRES DES MAUX DE NERFS, DO PRONOSTIC ET DU TRAITEMENT GÉNÉRAL.
§ 71. Il n'est pas difficile de s'apercevoir si les nerfs souffrent dans une maladie; mais il est souvent très-difficile de déciders'ils sontattaqués essentiellement, si la maladie est proprement nerveuse , ou s'ils ne sont qu'irrités par une cause qui leur est étrangère. 11 n'y a que les premières maladies qui puissent exactement s'appeler maux de nerfs ; mais , comme je l'ai déjà dit, il y aurait eu des inconvénients à adopter celte précision : ainsi en conservant le nom de maladies des nerfs à toutes celles dans lesquelles l'altération des nerfs est la plus considérable, il reste à examiner quand ils sont malades par eux-mêmes ou secondairement : dans ce dernier cas, il faut encore distinguer si l'on doit uniquement porter son attention sur la cause, ou si les nerfs sont assez irrites pour que l'on doive tenir compte de cet état d'irritation dans le traitement. — Je vais donner quelques observations générales sur les moyens de distinguer ces différents cas.
§ 72. Un des premiers moyens dont on doit s'aider dans cet examen, c'est la recherche des causes éloignées ; si l'on
tEouve que la personne malade est d'une constitution disposée aux maux de nerfs , s'ils soat héréditaires daus sa famille , si elle a en général une grande sensibilité , si elle a été exposée aux différentes causes qui peuvent produire les maux de ce genre , c'est une première présomption , et dans quelques cas elle est presque décisive.
§ 73. Un second moyen, c'est d'examiner s'il existe quelque autre cause de maladie , qui puisse produire des symptômes semblables à ceux des maux de nerfs, et les principales sont : quelque vice dans quelque organe, surtout s'il a beaucoup de nerfs ; l'existence de quelque humeur acre bien démontrée; une disposition à de petites fièvres, souvent récurrentes; quelque évacuation naturelle ou habituelle supprimée. Toutes ces causes peuvent souvent devenir des principes d'irritation qui produisent des dérangements dans l'action des nerfs: elles ne sont cependant point des maux de nerfs, et ne veulent point être traitées comme telles.
§ 74. On trouve un troisième moyen dans les causes qui ont déterminé la maladie : si elle a succédé à une forte affection de l'âme, si elle a été produite par quelque odeur Irop forte ou par quelque odeur aromatique, on peut soupçonner que ce n'est qu'affection de nerf. J'ai vu une malade que l'on crut tombée en apoplexie, qu'on allait saigner , et pour qui l'on préparait un émétique ; je soupçonnai qu'elle n'avait qu'un accès de vapeurs, parce qu'en entrant dans la chambre je la trouvai infectée d'une odeur de musc qui me donnait à moi-même mal à la lète. Le changement de chambre, le courant d'un air fr.iis et l'odeur du vinaigre la ranimèrent dans le moment.
§ 75. Le quatrième moyen, et c'est le plus sûr, se tire des caractères mêmes des maux de nerfs, et ces caractères sont les suivants :
1" De commencer ordinairement brusquement (I j, et sans ces symptômes précurseurs qui annoncent les autres maladies , souvent des Jours , quelquefois des semaines et des mois à l'avance. Il ne faut cependant pas croire que celte règle ne souffre aucune exception : il y a bien des personnes chez qui les maux de neris arrivent peu à peu et si imperceptiblement que la maladie a fait d'assez grands progrès avant qu'elles se soient déclarées
(1) Lorry, t. i, p. 114.
malades ; elles ne savent même à quelle époque fixer le commencement de leur maladie ; mais ces cas sont rares, et, plus généralement , les maladies de nerfs commencent plus promptement.
2o De se reproduire et de finir non sans cause, mais souvent sans cause assignable. Ce dernier caractère , de finir souvent sans qu'on puisse en assigner la cause , mérite beaucoup d'atlention de la part d'un médecin, qui, sans cela, pourrait souvent se méprendre , et attribuer la guérison à des remèdes qui n'y ont ni ne peuvent y avoir aucune part.
30 De se terminer souvent sans aucune crise apparente.
i° D'être très-irréguliers dans leur durée et dans leur marche ; de façon que des attaques que Ton voit évidemment être de même espèce sont quelquefois très-longues, très-fortes, très-uniformes, d'autres fois très courtes , très-faibles , très-irrégulieres.
5» D'attaquer successivement différents organes , et de faire éprouver à la même personne, en peu de temps, des symptômes de maladie si différents, souvent si opposés, qu'il est impossible qu'ils dépendent des vraies causes de ces maladies; c'est ce que j'ai déjà dit dans l'Avis au peuple; et c'est celle protéiforniité qui forme leur caractère le plus marqué.
60 L'extrême sensibilité des malades à toutes les impressions morales et physiques.
70 Une très-grande facilité à passer de l'extrême gaîié à l'extrême tristesse ; en général, cependant, plus de facilité à s'attrister.
8° Un sentiment fréquent d'effroi sans aucun sujet.
9" Une abondance étonnante d'urine claire , insipide , inodore , avec de fréquentes envies de la rendre; ordinairement un peu de malaise au creux de l'estomac et aux reins , et un si grand abattement, que M. Boerhaave était persuadé qu'il se dissipait des esprits animaux avec ces urines (l); mais cette extrême faiblesse tient au dérangement de toutes les fonctions, pendant que tous les organes sont dans cet élat de spas.me qui gêne tout, et à la quantité de l'évacuation ; dès que le mieux revient, les
(1 ) lis certe œgris spiritus cum aquis effunduntur, Prœlect. ad § 364, tom. m»
ET DE LEURS MAtADIES.
«rineS se colorent. Je n'ai vu que deux fois les urines de cette espèce accompagnées de la même fétidité que des urines qui auraient été gardées pendant plusieurs jours; mais, dans l'un et l'autre cas, les malades avaient d'autres maux que les maux de nerfs. Il ne faut pas croire que ces urines aqueuses soient les seules qu'on rende dans ces maladies ; il arrive fréquemment qu'elles sont aussi colorées, quelquefois même plus coloïées qu'en sanîé ; ainsi , si les urines aqueuses prouvent souvent des maux de nerfs , leur absence ne prouve pas qu'il n'y en ait point, et il est important d'en être averti : il faut même faire attention que, dans les maux de nerfs secondaires, c'est-à-dire quand les symptômes nerveux dépendent de quelque autre cause, les urines ne sont souvent ni claires , ni abondantes; ainsi , j'ai vu souvent tous les accidents nerveux, occasionnés parle ver solitaire, sans que jamais les urines cessassent d'être colorées. — Si l'on fait attention que les différentes artères rénales ont beaucoup de nerfs, on comprendra qu'elles doivent être très-exposées aux effets des changements qui peuvent arriver dans le genre nerveux ; mais eette simple observation ne rend pas raison de ce phénomène singulier, et qui a été pend iut long temps mal expliqué. Sydenham , le premier qui l'ait présenté comme le symptôme pathognomonique des urines, ne l'explique point. M. Hoffman l'a attribué, distrait sans doute dans «e moment, au spasme du sphincter de la vessie, qui produirait, au contraire, «ne plus grande coloration de l'urine, parce qu'en croupissant dans la vessie , elle se dépouille de la partie la plus aqueuse, et reste colorée et épaisse.
M. Cheyne a mieux vu en les attribuant à la suppression de la transpiration ; et il est certain, premièrement, que l'on S'observe jamais ces urines quand on a de ia sueur, ni même quand la peau est chaude, douce, moite, mais presque toujours avec une peau sèche et froide ; «ussi, elles sont souvent très-incommodes dans le frisson des lièvres d'accès ; en second lieu, que les mêmes causes qui protluisent ces urines donnent presque toujours ce spasme cutané , comme l'émo- Idon, la frayeur, etc. ; mais, cependant, ^e ce que ces deux phénomènes se rencontrent souvent ensemble , il ne s'ensuit point que l'un soit la suite de l'autre; et <^ suppression de la iranspiration , à ûipins qu'elle ne soit accompagnée de
spasmes, produit bien très-souvent une diarrhée très -prompte , mais non pas des urines abondantes ; il arrive même quelquefois que, quand la transpiration diminue par d'autres causes qu'un spasme cutané , les urines diminuent en même temps; il faut donc chercher une autre cause, et M. Whytt est celui qui l'a le mieux assignée (l) : c'est l'augmentation du mouvement et un peu de resserrement dans les vaisseaux sécrétoires des reins; l'augmentation du mouvement produit la décoloration , quoiqu'il faille convenir, ajoute-t-il , que cette couleur est principalement due à la vitesse de la sécrétion et au manque de séjour dans les réservoirs. Et j'avoue que je croirais que cette dernière raison est peut-être la seule , puisqu'il est bien certain que toutes les fois que les sécrétions sont plus promptes , elles sont plus aqueuses et moins colorées. Un stimulant appliqué à l'œil, aux glandes salivaires, à l'estomac, aux intestins , y produit d'abord une abondante sécrétion d'humeur très-ténue et un besoin de l'évacuer; le phénomène dont il s'agit est de même nature; aussi, l'on voit souvent des évacuations trèsabondantes de salive très-claire, et une séparation abondante d'eau claire et insipide dans l'estomac , chez les hystériques et les hypochondriaques; et M. Whytt a bien remarqué que, si les intestins sont très-faibles, les malades éprouvent souvent une diarrhée aqueuse, au lieu de ces urines limpides dont les causes les plus ordinaires sont , en premier lieu , toutes les violentes passions de l'âme, en second lieu , la sympathie ; et j'en ai donné des exemples dans le pénultième chapitre. — J'ai vu , comme M. Whytt, la dentition occasionner cette urine pâle et abondante ; et cet habile médecin demande si l'humeur acre qui irrite le genre nerveux, et qui se porte alternativement sur différents organes, ne peut pas stimuler les vaisseaux sécrétoires rénaux? Rien ne paraît plus vraisemblable. Il ajoute qu'il a vu chez les personnes affaiblies par quelque longue maladie , dont les solides étaient relâchés et le saug appauvri , des urines pâles , aqueuses et abondantes toutes les nuits, avec un sentiment de chaleur, de soif, de sécheresse et d'abattement le malin ; et il observe que ces urines dépendent d'une petite fièvre colliqualive , et tien-
(l)' Observât on nervt dissordev.^, p. 247,
lient lieu des sueurs abondantes que l'on observe chez d'autres malades dans celte situation (l). J'ai observé souvent, en eflfet , de telles urines dans ces petits mouvements fébriles qui sont la suite de la faiblesse et de l'appauvrissement, et, dans ces cas-là, les eaux clialybées et les bains froids sont les vrais remèdes; mais j'ai vu aussi qu'elles ne dépendaient quelquefois que du travail de la digestion sans aucune fièvre ; les malades ont une légère inquiétude au creux de l'estomac qui les empêche de s'endormir; ils s'agitent beaucoup dans leur lit, ont besoin d'uriner toutes les demi-heures et urinent de l'eau; enfin, au bout d'une heure et demie, deux heures, quelquefois trois, l'inquiétude passe lout-à-coup, les envies d'uriner cessent , on s'endort proraptement et souvent très-long temps.
L'usage du thé dans la soirée produit souvent cet accident, qui ne demande que des stomachiques , et une grande attention sur ce que l'on prend à soup^.
J'ai dû donner à cet article une étendue proportionnée à l'importance de ce caractère. Je reviens aux autres.
1 1» Ordinairement la peau est plutôt sèche que douce.
120 Quelque spasme ou quelque légère convulsion que l'on n'aperçoit souvent qu'avec la plus grande attention dans quelque partie. M. Lorry dit que les sursauts dans les tendons lui ont quelquefois fait connaître qu'une maladie était hystérique (2).
13» Blanchard a très-bien remarqué, et, je crois, le premier, que ce sentiment d'une humeur qui coule le long d'une partie, et que plusieurs malades éprouvent, dépend de très-légères convulsions dans ces parties ; ainsi , on peut aussi le placer parmi les symptômes caractéristiques des maux de nerfs (3).
14o M. Cheyne a assigné le gonflement de la caroncule lacrymale comme un caractère des maux de nerfs ; mais , en général , il faut faire attention que tous les caractères des maux de nerfs assignés par
(1) M. Lorry a très-bien remarqué que souvent les urines aqueuses manquent et sont remplacées par ces excrétions fréquentes d'Jiumeur aqueuse et limpide, ou par une abondance de larmes, qui accompagnent souvent les légères attaques spasmodiques. T. i, p. 166.
(3) Sepulcitr., u j, p. 842.
i>ES NERFS
cet habile médecin (1) sont plutôt les^ caractères de la fibre lâche que ceux des vrais maux de nerfs , et j'en avertis pour qu'on ne s'y laisse pas tromper ; ce gonflement dont il parle est , en effet , assez fréquent chez le» personnes faibles ; et , quand il se trouve avec les maux de neris, comme M. Zimmermann l'a vu, comme je l'ai vu aussi, c'est, si je ne me trompe , parce qu'il y a du relâchement; au moins, je l'ai toujours trouvé ainsi, et M. Zimmermann, qui voit si bien, le jugea de même dans l'observation qu'il rapporte d'une femme qui eut ce gonflement, tel que le dépeint Cheyne, et qui était extrêmement débile.
16° Les yeux fournissent un autre caractère qui est fort éloigné d'être général, mais qui n'est cependant pas fort rare , et qui ne trompe guère : c'est une grande différence dans la dilatation de la prunelle d'un jour à l'autre , et une grande différence dans la facilité à être affectée par la lumière.
§ 75. Le cinquième moyen dont on peut s'aider pour découvrir si la maladie est nerveuse, c'est l'effet des remèdes; si, ordonnés pour un symptôme que l'on attribue à une cause entièrement différente des maux de nerfs , pour une jaunisse , par exemple , que l'on croit dépendre de la viscosité de la bile,ou pour un asthme que l'on croit produit par l'atonie des vaisseaux du poumon et l'épaississement de l'humeur bronchique ; si , dis -je, les différents fondants ordonnés dans l'un ou l'autre de ces cas , au lieu de soulager, irritent évidemment , donnent une teinte plus profonde au jaune et rendent la respiration plus gênée , on a lieu de soupçonner que ces maladies dépendaient du spasme ; et quand on a ce soupçon, un examen attentif de toutes les circonstances sert bientôt à le vérifier. Les occasions de s'aider de ce moyen sont malheureusement très - fréquentes ,' et j'ai sous les yeux une multitude d'histoires de maladies dans lesquelles il s'est offert d'une façon frappante , et malheureusement sans que l'on en ait profité ; il est même difficile de croire à quel point on s'aveugle quelquefois à cet égard , et comment on peut s'obstiner à marcher dans une route où. à chaque instant les effets de chaque remède crient à haute voix : vous vous trompez !
(1) English matady, part. ehap. ix^ p. 99, etç.
EX DE LEURS MALADIES
§ 76. Ott peut encore , pour sixième moyen, s'aider de la connaissance de quelques lois que Ton observe constamment dans l'action des nerfs. — La première , c'est que tout changement considérable dans un organe a une influence marquée sur le genre nerveux :
les différentes dentitions , la puberté , la grossesse, la suppression des règ:les chez les femmes quinquagénaires, en fournissent des exemples frappants. Ainsi, à ces époques il faut être très-attentif à ne pas attribuer à d'autres causes ce qui dépend de cette mobilité accidentelle et passagère, et des efforts de la n.nture pour opérer quelque développement. — Une seconde loi, c'est q le tout nerf mis à nu, soit iniérieuremeiit, soit extérieurement, ou seulement dépouillé d'une partie de ses enveloppes , acquiert une sensibilité qui fait que les impressions les plus douces deviennent pour lui des causes d'irritation très-fortes : voilà ce qui occasionne souvent une grande convulsibilité après des plaies ou après dts purgatifs violents. — La troisième , c'est qu'une irritation habituelle dans quelque partie , quelque peu sensible qu'elle soit, tient le genre nerveux dans un étal de mobilité qui fait que la plus légère cause devient un stimulus puissant : c'est ainsi que dans la migraine , dans la goutte , dans une douleur quelconque, on est si irascible et si impatient du bruit , du jour, de la variété des objets ; tous les nerfs , devenus trop sensibles , ne soutiennent plus les impressions les plus ordinaires. ~ La quatrième, c'est qu'il n'y a aucun nerf qui , quand il est fortement irrité, ne puisse irriter tout le corps , quoique cette faculté d'irriter varie beaucoup dans les différents nerfs , les uns l'ayant beaucoup plus que les autres : ceux qui paraissent l'avoir le plus sont tous ceux qui partent du plexus solaire. — La cinquième loi , c'est que , par une suite de cette liaison qu'il y a entre les différentes branches de nerfs , et qui est l'objet du chapitre des sympathies, l'irritation ne se manifeste pas toujours là oii est son siège , mais souvent dans des parties fort éloignées : c'est ainsi que, chez quelques personnes , les purgatifs donnent des maux de tête dès qu'on les a avalés, quoique l'on ne sente rien à l'estomac ni au ventre , et que l'on a vu des épilepsies, qui avaient leur siège dans la tête , manifester leurs premiers symptômes dans l'estomac, de façon à persuader que c'était de cette partie que venait le
mal. — La sixième, c'est que quand les nerfs ont été une fois fortement irrités , ils reslent très-susceptibles d'irritation, et par là même une cause qu'ils n'auraient pas aperçue en d'autres temps peut les affecter très-vivement. En s'aidant de ces différents genres de secours , tirés de l'examen des causes des maux de nerfs, de leurs caractères et des lois de l'économie animale ([ui y ont rapport , je suis persuadé qu'il sera très - aisé d'éviter toute méprise sur le caractère de la maladie que l'on a à traiter : on jugera avec assurance si c'est une maladie de nerfs essentielle, ou si les nerfs ne sont affectés que secondairement par l'irritation que procure une autre maladie.
§ 77. Quand cette première question est bien décidée, elle rend assez aisée la décision de la seconde, qui est de savoir si l'on doit porter toute son attention sur. la cause , ou si les nerfs sont assez irrités pour que l'on doive s'en occuper. Je donnerai cependant là-dessus quelques observations , qui pourront être utiles à ceux qui ne sont pas encore familiarisés avec le traitement des maladies compliquées. — La première, c'est que dès que le genre nerveux est irrité par une cause maladive qui exige des remèdes irritants, il est impossible de les employer aussi abondamment qu'on l'aurait fait sans cette irritation, parce que non -seulement ils l'augmenteraient trop et pourraient la rendre dangereuse , mais encore parce que cette irritation pourrait changer leur effet , comme on peut en juger par les exemples que j'ai rapportés plus haut de la jaunisse et de l'asthme. — Mais cette remarque ne s'étend cependant pas à tous les cas ; et si elle est assez généralement vraie dans les maladies chroniques, où il faut faire un usage long des remèdes , elle a souvent ses exceptions dans les maladies aiguës putrides, dans lesquelles la cacochylie des premières voies produit des symptômes nerveux très - fâcheux , qui paraîtraient n'exiger que des antispasmodiques doux , et qui ne cèdent cependant qu'à un émétique ou à des purgatifs réitérés : c'eptqne, dans ce cas, l'irritation du remède est moindre et moins fâcheuse que celle de la cause irritante dont elle affaiblit l'action au moment oii elle commence à agir; ainsi il ne faut pas balancer. Mais dans les cas oîi une obstruction opiniâtre exige des remèdes fondants, si en même temps le genre nerveux se trouve très - mobile et est irrité par les remèdes fondants , il faut néces»,
sairement les mitiger et employer des secours propres à affaiblir en même temps l'action nerveuse. Des cas de celte espèce se présentent tous les jours; ainsi je me bornerai à en rapporter un ou deux des plus Irappants que j'aie vus : un homme , âgé d'environ quarante ans , portait une obstruction très-mtrquée au petit lobe du foie : il employa le savon, l'extrait de fumeterre , celui d'ellébore noir, la teinture d'antimoine , et une tisane très - chargée de racines apéritives , animée tous les quatre jours par du sel de Sediitz; au bout de trois semaines, il sentit beaucoup de malaise, de l'angoisse, du gonflement ; la tumeur même paraissait plus grosse; on l'assura que c'était une preuve que les remèdes agissaient : huit jours après, tous ces accidents avaient fait de nouveaux progrès; enfin, au bout de cinq semaines , on me demanda : je trouvai la tumeur très - grosse et trèsdure ; le malade était très-oppressé, urinait très - peu , avait le ventre presque ballonné, vomissait tout ce qu'il prenait, soit remède , soit aliment , et avait une inquiétude étonnante. Des bains lièdes très -longs, des lavements émollients deux fois par jour, le petit-lait avec du sirop d'althéa pour toute boisson et pour tout remède , le tirèrent en peu de jours de cet état. La tumeur se retrouva ce qu'elle était six semaines auparavant , et céda entièrement à l'usage du petit-lait , de deux grains de mercure doux, de deux en deux jours, et d'un très - léger laxatif tous les huit jours.
§ 78. Il n'y a pas long - temps que j'ai vu une femme , âgée de près de 00 ans , toute sa vie très-mobile, qui avait tous les symptômes qui annoncent une bile amassée dans le duodénum, et toutes les premières voies jileines : amertume, nausée^dégoùt. sentiment de plénitude, tristesse, insomnie ; elle sentait le plus grand besoin de se purger, et elle avait essayé à la campagne les seuls purgatifs dont elle eût jamais pu soutenir l'usage : tous l'irritaient prodigieusement et ne la purgeaient point. Elle se détermina à venir me consulter. Je jugeai du besoin et de l'impossibilité de purger; je me déterminai à faire vivre cette femme pleine de bile, uniquement de lait et d'eau pemlant quelque?; jours : elle se trouva d'abord mieux; les selles s'établirent d'elles-mêmes, et au bout de huit jours les laxatifs les plus doux ne l'irritèrent plus, l'évacuèrent , et elle se trouva très-bien. — Une seconde obser- Wtion , c'est qu'il faut apprécier exacte-
ment le danger des deux maladies avant que de décider quelle est celle dont le traitement est le plus pressant. Il y a des accidents de maux de nerfs que l'on peut tolérer assez long - temps sans danger ; il y en a d'autres qui sont pressants, et qu'il faut non seulement éviter d'irriter, mais même soulager le plus tôt possible. — En troisième lieu, si l'irritation nerveuse est tout-à-fait secondaire , si elle est étrangère à la constitution du malade, elle ne dépend que de la maladie, elle demande beaucoup moins de ménagements que quand elle serait simplement compliquée avec celte maladie. — Souvent les deux cures peuvent se compliquer : alors il n'y a pas à hésiter, il faut les employer toutes deux. Dans les maladies qui dépendent des obstructions du bas-vcntrc , et qui produisent souvent des maux de nerfs, les bains tièdes sont de la plus grande utilité.