‹ Œuvres de TissotChapitre 62 sur 160 · ARTICLE III.— EXAMEN DE QUELQUES REMEDES · texte numérisé non relu

ARTICLE III.— EXAMEN DE QUELQUES REMEDES

gé.néuaux.

§111. En assignant les vraies causes des maux de nerfs, on assigne les remèdes qu'ils exigL-nt, puisque le remède de la cause est celui de la maladie ; et, de plus, en traitant de chaque maladie particulière, j'indiquerai tort en détail ce que je connais de mieux sur son traitement. Ainsi, il paraît d'abord qu'il ne doit rien y avoir à dire des remèdes généraux, à moins qu'on ne voulût donner jine thérapeutique. Cependant, je crois qu'en plaçant ici quelques observations sur l'usage de quelques remèdes, j'évilerai beaucoup de répétitions dans les traitements particuliers, et je rendrai ces observations plus utiles par leur rapprochement.

DE LA SAIGNEE.

§ 112. Si l'on se rappelle que les maux de nerfs viennent bien plus souvent d'épuisement, de cacocliymie, d'âcreté , de bile épanchée, de mucosité détruite, de nutrition lésée et de relâchement, que d'excès de nourriture, de surabondance de bon sang, d'inflammation ou d'engorgement sanguin, on comprendra aisément comment il y a un grand nombre de maux de nerfs dans lesquels la saignée ne convient pas, et comment il est arrivé que plusieurs médecins qui avaient vu généralement des cas du premier genre, ont établi que la saignée était toujours nuisible dans les maux de nerfs. Cette sentence est devenue un préjugé trop général, et un préjugé qui a lait beaucoup de nu»l et qui en a entraîné un autre bien plus funeste : c'est que la saignée affaiblit la vue, parce que les yeux ont beaucoup de nerfs. Les médecins qui se seront donné la peine d'apprécier ces maximes «jn auront aisément senti la fausseté, et ne se seront pas laissé subjuguer; niais, comme il y a malheureusement quelques médecins qui apprennent la médecine du public , et qui ne sont souvent que l'instrumeut de ses préjugés, il est bon de dire que celui-ci est absolument faux ; qu'il y a un grand nombre de maux de neri's qui exigent la saignée, et que si ce remède, emjjloyé mal à-propos, nuit aux yeux comme à tous les autres organes, il n'y a cependant aucune parlie dont ks

NERFS

maladies exigent plus souvent la saignée que les maladies de l'œil, et que beaucoup de vues se perdent parce qu'on l'a négligée. — La saignée peut donc convenir dans plusieurs maux de nerfs, et elle a été employée de tout temps par d'habiles médecins : Capivaccius guérit par la saignée une femme qui avait des accès hystériques effrayants, et que l'on n'avait jamais osé saigner avant lui (1) ; Rivière la recommande aussi (2) , et Hœchstetler en prouve l'utilité par plusieurs observations. On doit donc bien se garder de la rejeter, et l'on peut établir qu'elle est surtout nécessaire dans les cas suivants. 1° Toutes les fois que la pléthore générale est la cause de l'irritation du genre nerveux ; et l'on a vu plus haut l'exemple d'une jeune personne qui ne fut guérie des maux de nerfs les plus violents que par le traitement d'une maladie inflammatoire.

2° Quand c'est un long échauffement, c'est-à-dire une maladie inflammatoire lente qui, en ôtant le sommeil, en dérangeant toutes les sécrétions, en irritant tous les vaisseaux, produit les maux de nerfs, lors même qu'il ne paraît pas y avoir une trop grande quantité de sang. Dans cet état, tout paraît trop sec, on manque de liquide, et la saignée bumecle, puisqu'elle affaiblit l'action des vaisseaux, que par là même le sang est moins condensé, et qu'un sang moins condensé humecte davantage (3).

Lorsque quelque engorgement sanguin est ie foyer de l'irritation, et il s'en forme souvent dans le cerveau et dans l'utérus, c'est en négligeant les saignées, dans les maux commençants de cette espèce, que l'on a très souvent laissé faire les plus grands progrès à des maladies de ces organes , qui ensuite sont devenues absolument incurables, et qui, traitées d'abord, n'auraient rien été.

(1) Praxis medica, 1. iVj ch. s.

(2) Oper. omn., p. 382.

(5) S'il est arrivé que l'on ait vu plus de dessèchement après la saignée, c'était par quelque circonstance étrangère à ses effets sur lesquels il ne peut point y avoir de doute : tous les médecins l'ordonnent dans les maladies inflammatoires, comme le pi emierdesliumectanis; on la défend quand la fibre est trop lâche, c'est-à-dire trop Iiumeclée. Mais si la séclieresse dépend d'un principe de lièvre occasionné par une humeur bilieuse, il est certain qu'alors la saignée convient peu.

ET DE lETJRS MALADIES.'

4'>Lorsfiiie, sans aucune de ces causes, des convulsions longues et fortes paraissent porter le sang avec tant de violence sur quelque organe, qu'il est à craindre qu'il ne s'y forme une inflammation, qui, dans ces circonstances , deviendrait promptement mortelle. J'ai vu une jeune personne que quelques accès de convulsions , réitérés coup sur coup , jetèrent dans une frénésie si violente, quesix personnes avaient peine à la retenir sur son lit; le délire était d'une force étonnante, et le pouls s'élevait à chaque instant, de façon à me faire craindre une rupture dans le cerveau. Je lui fis ouvrir la veine dans le plus fort de ses emportements ; l'effroi la modéra d'abord un peu, et quand il eut coulé environ dix onces de sang, le calme commença à paraître. J'en laissai couler plus de seize onces : demiheure après la saignée, elle fut très-bien.

6° Les douleurs aiguës que les autres secours ne soulagi^nt point etqui jettent le malade dans l'agitation , l'insomnie , les convulsions , exigent aussi souvent une saignée, qui, en apaisant la douleur, quoiqu'elle n'en détruise pas la cause , fait cesser l'irritation , et permet d'employer avec succès des remèdes dont l'irritalion soutenue prévenait les effets. Dans les douleurs excessives de tète, M. Robinson recommande les sangsues aux tempes, les ventouses, et enfin l'artériotomie, dont il dit avoir vu de grands effets(l). C'est ainsi que l'engorgement des vaisseaux de l'estomac et des petits intestins, qui forme la maladie noire, occasionne souvent des accidents convulsifs très - forts et trèsviolents, qui ne finissent que quand le dégorgement s'est fait par la résolution ou par l'hémorrhagie, et qui reparaissent quand l'engorgement se reforme.

6" Chez beaucoup d'épileptiques forts, vigoureux , dont le siège du mal paraît être dans le cerveau : on le verra plus en détail dans le chapitre de l'épilepsie.

7« Quand les maux de nerfs viennent de quelque hémorrhagie supprimée; mais il est vrai que, hors de ces circonstances ou de circonstances analogues, la saignée nuit dans les maux de nerfs comme dans toutes les maladies chroniques qui ne dépendent pas delà pléthore ou des engorgements sanguins ; et les saignées extrêmement réitérées nuisent toujours et prouvent bien moins la nécessité réelle de tirer beaucoup de sang dans

(1) Pag. 351.

certains cas , que rinCapacUé du médecin, qui se vante de ces saignées comme d'actes héroïques, à découvrir des moyens plus assurés , ou son indolence à les appliquer. On trouve dans les recueils d.e Manget l'exemple d'une hystérique qui,, dans moins de deux ans, fut saignée cent soixante-seize fois, et à qui l'on lirait chaque fois aumoins sept onces de sangfl ), parce que rien ne la soulageait dans l'accès que la saignée (2). Cette méthode ne la guérit point, et l'on n'en est pas surpris : on comprend au contraire qu'on la traitait très-mal, et en général les médecins éclairés qui ont entendu et peuvent entendre encore aujourd'hui , quoique plus rarement, des médecins ignorants et hardis, hommes vraiment funestes, se vanter d'un nombre prodigieux de saignées faites, ou d'émétiques avalés dans un temps court, peuvent toujours apprécier le degré de l'ignorance et de Tétourderie par ces nombres , et dire : Tel est dangereux au vingtième degré, tel au trentième. M. Pome cite un exemple de saignées dont le nombre est vraiment effrayant : Mademoiselle M. avait été saignée trois cents fois, et le seul effet de ces saignées avait été de réduire la malade dans un-état affreux, que ses soins dissipèrent (3).

bES ÉVACUANTS.

§ 113. Il en est des évacuants, surtout desémétiques et des purgatifs, comme de la saignée : ils ne conviennent point à ua grand nombre de maux de nerfs, et, en général, ils leur nuisent comme tous les autres irritants : en diminuant la muco-

(1) Médecin, septent., t. ii, p. 48.

(2) Higmor, p. 4, la recommande trop dans l'accès, et M. Hofman lui-même ne s'en est pas assez défendu; il ne la croit cependant nécessaire qu'aux femmes sanguines. (De mal. hyster. thes. therap., § 2.) Il cite les auteurs qui la louent. Mal. appliquée, elle peut être funeste. Une dame faible, pâle, dès long-temps languissante, eut un sans-prendre, en jouant au quadrille ; transportée de joie, elle fit des éclats de rire qui furent suivis d'un accès de vapeurs : un chirurgien la fit saigner; les convulsions succédèrent à la saignée, et elle mourut de suite, Sutiierland. An aitempl to revive, etc., tom. ii, p. 154.

(3) Trait4 des affections vaporeuses, t. h p. i02.

sité de l'estomac et des intestins, ils augmentent une des principales causes de ces maladies, qui, comme on l'a vu, sont souvent la suite des émétiques et des purgatifs. Mais ces remèdes n'en sont pas moins nécessaires loules les fois que la cause des maux de nerfs est de nature à ne céder qu'à leur usage; et j'ai aussi rapporté plus haut des exemples de celle espèce. Ils sont donc utiles, non -seulement quand l'irritation dépend de matières dans les premières voies , mais aussi quand elle dépend d'im engorgement aqueux dans les vaisseaux de la tète, qui jette dans des maux de nerfs très-singuliers, qui ne cèdent qu'aux hydragogues, et l'on peut établir pour règle que l'on doit employer les éméliques et les purgatifs dans les maladies de nerfs dont ils peuvent emporter la cause. M. Robiiison les employait avec succès comme désobstruants, et comme propres à détruire les humeurs glaireuses, dont l'existence est une cause si fréquente d'accidents nerveux (1) ; mais que dans toute autre circonstance on doit les éviter, puisqu'ils sont en général nuisibles aux nerfs mêmes, qui craignent les irritants. Il faut ajouter que lorsque ces remèdes sont nécessaires, si les nerfs sont fort délicats, il faut extrêmement en faciliter l'action, en ■préparant les matières à évacuer , et en leur donnant un degré de coclio» qui les dispose à céder aisément , et sans exiger presque aucune irritation. A l'aide de cette précaution, on parvient à purger les personnes les plus mobiles, sans leur occasionner aucun accident (2).

(1) Pag. 551. 11 avait raison; mais ce serait une erreur bien funeste que de commencer toujours la cure des maux hystériques par un émétique, cl même de le réitérer quelques jours après, comme le conseille Scliebbéare (Practice of jthijsick, p. 316). Aetius l'avait déjà recommandé dans plusieurs cas; Primerose examine avec assez de justesse quels sont ceux dans lesquels ce remède convient.

"V. Mercur. compila, p. 641. Angenius le recommandait aussi, ihid. Roderic a Casiro pense comme Primerose; Terenzoni recommandait trop généralement l'ipécacuanlia à toutes les femmes qui ne dorment pas et ne transpirent pas. DeMorb.

Titcr., p. 148. Rivière donnait trop de confiance, dans les affections hystériques, à ses pihiles fœtidas majores, qui sont un purgatif aloétique.

(2) Il y a quelques personnes çepen-

Les purgatifs les plus convenables sont ceux qui irritent le moins , et c'est un préjugé que d'exclure la casse et la manne du nombre des purgatifs indiqués dans les maux de nerfs, parce que, dilon , ces deux remèdes donnent des vapeurs. Ce sont, il est vrai, des sucs végétaux qui renferment beaucoup d'air, et comme leur action n'est pas proraple, en séjournant long-temps dans les intestins, cet air peut se dévelop()er et occasionner une irritation qui donne quelques maux de nerfs aux personnes qui ont les intestins très-faibles et fort susceptibles d'être distendus; mais, excepté dans ce seul cas, ce sont sans contredit les mieux indiqués dans les cas d'extrême sensibilité. L'im et l'autre, en enveloppant et en enlrninant les matières acres qui irritaient les intestins, en prévenant la constipation , en enlretenanl le mouvement péristaltique qui se dérange souvent chez les personnes qui ont le système intestinal mobile, et toujours péniblement pour elles, font le plus grand bien ; et j'ai vu plusieurs fois qu'en aidant leur action avec de la simple eau fraîche , au lieu de toutes les boissons tièdes que l'on prend ordinairement après les purgatifs , elle était plus prompte , plus abondante et plus aisée. La véritable huile dePalma-Chiisliestaussi un purgatif doux qui réussit souvent à dès personnes que tous les autres irritent. Un grand écueil à éviter, c'est les sollicitations des malades. Les faux mouvements des nerfs de l'estomac et des intestins occasionnent des dégoûts, des nausées, des vomissements, des rapports, des gonflements, des douleurs qu'ils attribuent à un besoin de purger , et pour lequel ils demandent continuellement à l'être. Il est souvent Irès-diflicile de faire entendre raison sur cet article aux plus sensés, et il n'y a que la fermeté du médecin qui puisse les sauver; mais cette fermeté ne doit être ni générale ni aveugle. Il ne faut point perdre de vue que lts embarras des premières voies peuvent être une cause très-forte de maux de nerfs qui ne se guériraient point sans purgatifs, et

danl, mais en bien petit nombre, qui fout exception à cette règle, et que l'on ne peut jamais venir à bout de purger sans leur occasionner des accidents violents; mais quelquefois la seule huile d'amande douce opère un dégagement suffisant.

ET DE VEVRS MALADIES

qu'une trop grande fixité à n'en point ordonner a souvent nui à plusieurs malades, et en a forcé d'autres à recourir à des purgatifs pris au hasard , ou des mains des charlatans plus dangereux souvent que le hasard, et qui les ont guéris; ce qui en perd un très - grand nombre d'autres. — Les autres évacuants ne sont employés dans les maux de nerfs que par quelque circonstance particulière qui les exige , et qui en règle l'usage. Je donne encore quelques règles sur l'emploi des évacuants dans un autre article de cet ouvrage, et je me bornerai ici à dire un mot des diaphorétiques. On doit quelquefois les employer quand les maux de nerfs paraissent dépendre d'une humeur acre, dont la durée est entretenue par un dérangement dans la transpiration ; les médecins du seizième et du dix-septième siècle l'avaient très -bien vu, et ils employaient la tisane des bois avec succès; Warandaeus et quelques autres l'ont même recommandée beaucoup au-delà de ce qu'elle devait l'être; mais elle a cependant son usage , et je m'en suis servi plusieurs fois avec succès.

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