‹ Œuvres de TissotChapitre 69 sur 160 · DES LAITS · texte numérisé non relu

DES LAITS

§131. Puisque l'acreté des humeurs est une des causes les plus fréquentes des maux de nerfs, ilcst aisé de comprendre que le lait doit être un des principaux remèdes , et les observations vérifient tous les jours ce que le raisonnement avait indiqué. On verra dans le chapitre de l'épilepsie, on a déjà vu plus haut, des cas très-fàclieux , dans lesquels le lait a opéré les efFels les plus heureux; et en générall'on peut établir que toutes les fois qu'il y a une extrême mobilité , surtout une très grande sensibilité dans les entrailles , le lait est indiqué comme aliment et comme remède. On se laisse quelquefois détourner de cet usage par le dégoût, les nausées, le vomissement, les coliques, les aigreurs , les fréquentes teintes jaunes du visage; et il est vrai que ces accidents dépendent souvent de causes qui contre-indiqucraient le lait ; mais il est également vrai que l'exti ênie sensibilité des premières voies produit souvent tous ces accidents , et que le lait , en diminuant l'irrilalion qui est l'effet continu de cette sensibilité, les fait cesser et disparaître avec la plus grande rapidité (2) ; et l'on a déjà vu qu'il y avait

(1) II. D. G;iubii, Adversarionun variî nrgiimeiui liber ttnus, in-4*'. Loide, '1771.

(2) J'ai cilcplus haut une observalion de SI. Roberl , qui parle d'un Iiomme à qui le vin donnaii une espèce de jaunisse que le lait prévinl.

des cas où la bile amasse'e dans les premières voies et les aigreurs les plus fortes ne doivent pas être un obstacle au lait. Il faut traiter ces causes comme un acre rongeant, comme une espèce de poison que le lait enveloppe , et alors les fonctions se rétablissent. Une véritable atonie, les matières glaireuses qui tapissent l'estomac et les premières voies , la rapidité de la bile, comme l'a très - bien remarqué M. Lorry (i) , sont les causes qui doivent le plus éloigner le lait, dont l'effet constant est de diminuer l'action des intestins ; el en réfléchissant à l'observation que j'ai rapportée dans l'avis au peuple, § 56C , de la difficulté que l'on a à purger les montagnards, qui ne vivent que de lait et de fromage frais , et qui supportent des doses de purgatifs effrayantes , on doit être convaincu , surtout si Ton considère en même temps la constitution morale et toutes les circonstances physiques de cet ordre d'hommes , que le lait , quand on le digère bien , est le vrai remède de l'irritabilité et de la sensibilité maladive.

Quoique le lait ne soit pas le remède des obstructions , qui veulent des fondants , cependant si les nerfs sont dans un état d'irritation qui occasionne de fréquents spasmes dans le bas - ventre , spasmes qui nuisent toujours aux obstructions, et qui empêchent l'emploi des fondants nécessaires , le lait , en ôtant cette c;iuse , sert quelquefois plus puissamment à la fonte des obstructions que tous les autres remèdes; et j'ai joint le lait d'ànesse, quelquefois même celui de vache , à des remèdes apéritifs , qui n'ont commencé à opérer qu'après celte associaton. Ainsi, j'ai vérifié par bien des observations, suivies avec la plus grande attention, que ces décisions absolues, rendues en style d'oracle : il y a obstruction, donc il ne faut point de lait , souffraient des exceptions très - fréquentes , exceptions qui, comme Hofman l'a déjà dit, portent également sur l'aphorisme d'Hippocrale , qui défend le lait dans les maux de tête et dans la tension des hypochondres (2). — Ces avantages du lait n'ont point échappé à ceux qui se sont occupés du traitement des maux de nerfs :

Chesneau recommandait une diète fort douce , el surtout le lait (S) ; Sydenham

(1) T. TT, p. 256.

(2) L. V, aph. G4.

^5) li, I, çl). VI, p. Î19.

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recommande le lait pour les peisonnes maigres et bilieuses , dans les maux de nerfs qui ont résisté à tous les autres remèdes : Plusieurs femmes, dit-il, ont été guéries de longs et opiniâtres maux, surtout de coliques , en vivant uniquement de lait , et il assigne la façon dont il soulage (1). Clieyne, qui ne donnait pas trop à la diète purement laiteuse , dont les avantages ne lui fermaient pas les yeux sur ses inconvénients, la regardait comme le meilleur remède dans quelijues cas d'iiyslérie, de mélancolie, de coliques nerveuses et d'épilepsie (2). llofuian louait le lait d'ànesse; M. Raulin , que l'on ne peut assurément pas accuser de prévention pour le lait, dont il a trèsbien connu les mauvais effets dans quelques étisies , dit positivement qu'il a vu guérir entièrement des vaporeuses par l'usage du lait pour toute nourriture.

Viridet dit qu'il fait le plus grand bien dans les affections hystériques et liypochondriaques. M. Scardona le ioue aussi; et l'observation de M. Lorry , que les personnes qui se mettent entièrement au lait se sentent plus pesantes , moins alertes, plus assoupies, montre, aussi bien que celle que j'ai rapportée plus haut sur la constitution des montagnards , quels sont les cas de maux de nerfs dans lesquels il faut l'employer, et ceux dans lesquels il nuirait. J'ai vu le lait d'ànesse rendre, au bout de trois jours , l'appétit et un sommeil long et tranquille à une femme extrêmement mobile, et alors désolée d'hypochoudrie , qui , depuis six semaines, n'avait pas dormi deuv heures, et n'avait pris que la plus petite quantité d'aliments avec un dégoût insupportable ; et dans un cas plus fréquent que l'on ne croit, celui où de longs maux de nerfs commencent à dégénérer en fièvre lente, le lait , si l'esloinac peut le digérer, est le remède essentiel , parce que, dans cet état, presque tous les aulres aliments donnent la lièvre en passant dans le sang,

(1) Epist. ad D. Cole, § 115. Ce remède n'était pas analogue aux idées que Sydenliani s'élailfailcsde la causedesmaux de nerfs; aussi en rendant compte de ses bons effets, il s'en étonne, id in liac eurundi methodo miraiidnm , etc. , et il ne croyait pas qu'on pût le coniinuer fort long-icmps. C'est qu'il donnait louie son attention à l'atonie et à la pauvreté des esprits animaux, et ne voyait pas l'âcreté des Inimcurs.

(2) Englisli mnladij, p, 167,

et le lait seul ne produit point cet effet.

§ 132. Mais quel est le lait qu'on doit employer? La réponse à cefle question dépend des circonstances de la maladie et d'une connaissance exacte des diflercnts caractères des laits. Je ne rapporterai point ici les détails des observations de M. Hofman, de M. Young, de M.

Spielman et des miennes, bien moins nombreuses que les leurs, qui se rapprochent tout-à-fait de celles de M. Young; mais je me bornerai à quelques principes généraux. Ceux qui sont de pratique sont fondés sur tant d'observations que j'ose presque assurer qu'ils ne tromperont pas. — Il résuite des expériences les plus exactes que le rapport de la partie séreuse à la partie solide , c'est-à-dire à la partie casécuse et à la partie butireuse prises ensemble, est presque absolument le même dans le lait de vache et dans celui de chèvre ; mais celui-ci contient un peu plus de fromage , et l'autre un peu plus de beurre. Le lait de vache contient un treizième ou une douzième partie de sucre de lait de plus que celui de chèvre ; ainsi leurs propriétés essentielles sont à très-peu près les mêmes, et, à en juger par les analyses, on pourrait presque indifféremment les substituer l'un à l'autre. Je crois avoir remarqué que le lait de chèvre est un peu moins relâchant, et fortifie plus promptement, mais quelquefois il passe plus lentement et donne de la constipation. En général, il n'y a qu'un bien petit nombre de cas cil il puisse mériter la préférence. Et comme celui de vache est beaucoup plus aisé a avoir dans ce pays , beaucoup plus agréable, qu'on ne s'en dégoûte pas aussi aisément, j'ai presque entièrement aban • donné celui de chèvre, et je ne l'ai jamais regretté. Mais dans le pays où il est abondant et celui de vache rare, il peut toujours en tenir lieu, surtout si on le coupe avec un peu d'eau légèrement sucrée.

§ 133. Celui de brebis contient un quart de plus de fromage, plus du double de beurre, et un tiers de moins de sel essentiel. Si l'on ajoute à cela que, suivant la remarque de AL Spielman, dont les observations sont si exactes , le fromage en est beaucoup plus tenace , on comprendra qu'il estbeaucoup plus difficile à digérer, et qu'ainsi, excepté dans un très-petit nombre de cas , il n'équivaut point à celui de vache ; et je crois avoir vu quelquefois que, quand il avait été conseillé, l'envie de donner un conseil,

ET DE LEURS MALADIES

singulier avait eu ^uliait de part à ce choix que la jicrst\asioii des vertus supérieures du lait.

§ i;54. Celui d'ànesse contient plus d'un tiers de sucre de I.iil de plus que celui de vache, et très-peu de crème, dont on ne peut point faire de beurre; M. Spielcnan n'en a pu recueillir qu'une drachme p;ir livre, et une drachme et demie d'ixn frOiTiiige très-délicat. Ses difterentes parties se séparent parfaitement par le repos , mais aucun coagulum ne peut le trancher comme les autres laits; tt, en le comparant au laitde femtne, on trouve qu'il est moins gras et moins fromageux (Ij. C'est dans la pratique celui qui , quand il s'agit d'adoucircomme remède, réussit le mieux, parce qu'il n'est qu'adoucissant, que l'on n'a a craindre ni sa coagulation dans l'estomac , ni les mauvais efi'ets du beurre et du fromage, moins susceptible d'aigrir. S'il a un inconvénient, c'est qu'en diminuant trop toute irritation sur l'estomac , il en affaiblit l'aclion au point de donner un sentiment de pesanteur et d'affaiblissement. Mais ce cas est si rare , et ses bons effets si fréquents , que je ne crains point de le recommander comme un des meilleurs remèdes dans tous les cas d'irritation nerveuse , surtout quand elle a son siège dans les premières voies. Les bons effets en sont ordinairement prompts; mais si l'on veut qu'ils soient durables , il faut le continuer long-temps. L'ordonner pour trois semaines ou un mois, ce n'est rien ; je le fais rarement prendre pendant moins de trois mois , et j'en ordonne rarement moins de douze onces le matin, à jeun, dans le lit, et six onces le soir, deux heures avant souper. J'en ordonne souvent davantage, et jel'ai faitprendre très-souvent pendant six mois, un an, dix-huit mois, et quelquefois plus long-temps. Quand on

(1) M. Spielnian a tiré de deux livres de lait de femme une once et demie de cr^me, qui lui donna six drachmes de beiM're, et une demi-once d'un fromage in'^s-délicat. Il parait qu«, dans les animaux, la séparation des principes est d'autant plus considérable, que leurs forces digestives sont plus faibles. I^e lait de la brebis, le plus faible de tous, est celui qui fournit le plus de beurre et de fromage. Chez les animaux non ruminants, l'adunation est plus complète : le lait d'.înesse est plus pesant que celui de vache, mais ses principes sont mieux mêlés : ils ne veulent plus se séparer.

peut avoir du lait frais, en doit le préférer ; mais quand l'ànesse est bien nourrie, il est souvent très bon, même au bould'un an ; et si l'ou voulait se borner à du lait de quelques mois seulement, on ne pourrait souvent pointen avoir, et il est cependant utile d<; le prendre en toute saison, quoique sans doute il ait quelque degré de supériorité dans les temps oîi la pâture est la meilleure (l).

]\i les froids extrêmes, ni les chaleurs escessivcs ne sont un obstacle à son usage, que l'on avail, je ne sais par quels préjugés , hérissé de tant de préceptes minutieux , dont on prescrivait l'observance presque sous peine de mort, que les malades le redoutent, et sont portés à s'imposer des gènes pénible» et souvent malsaines, qu'ils croient nécessaires ; au lieu qu'il exige certainement moins de ménagements que tous les autres laits, puisqu'il est le plus digestible et le moins altérable ; et en général il n'exige d'autre régime que celui qui convient à la maladie. — Doit-il exclure l'usage d'un autre lait , des fruits , de la salade ? J'ai souvent donné le lait d'ànesse pour tout remède , et le lait de vache pour tout aliment; ainsi, s'il n'y a aucune raison qui contre-indique ce dernier lait , on peut hardiment en permettre l'usage , et ils s'allient très-bien ensemble. — Peuton permettre les fruits ? Je ne les ai jamais interdits , à moins qu'il n'y eût quelque raison particulière de le faire. Si quelquefois on les défend avec le lait , c'est dans la crainte, fondée plus sur la spéculation que sur la pratique, que leur acide ne le coagule ; mais comme le lait d'ànesse est un de ceux que les acides ne font pas trancher , il est , de tous les laits en usage , celui avec lequel les fruits s'associent le mieux. Et l'on a vu ailleurs que j'ai fait vivre une femme uniquement de lait d'ànesse et de fruits pendant très-long-temps. On doit dire de la salade ce que j'ai dit des fruits ; mais ce qu'il est très-important d'observer dans l'usage de ce remède , c'est de ne pas fatiguer son estomac par la quan-

(1) Les personnes qui en ont fait usage long-temps, et avec attention, s'aperçoivent très-distinctement de touies les différences qu'apportent dans le lait la nourriture, la saison, les autres soins. J'en ai trouvé plusieurs qui s'en louaient ou s'en plaignaient, et qui avaient appris à quoi il fallait l'attribuer.

Tissot.

tité des aliments. Doit-on éviter le serein ? Dans les pays oii le serein est une liumidilé infecte et malsaine , toutes les personnes délie ites doivent l'éviter avec soin ; mais diios celui ci oii il est trèsdoux , cil ce n'est qu'une eau très-pure, plutôt agréable à l'odorat et au t7oût , qu'indiÉférente , et c'est la même chose dans une grande partie de l'Europe , il n'y a aucun inconvénient à s'y exposer, et il n'y- en a sûrement pas plus en prenant le lait d'àuesse qu'en tout autre temps. Il augmente la transpiration, diton. Je conviens qu'ordonné h propos, et surtout dans les mniix de nerfs, il l'acilite coniiilérahlemenl la transpiration ; c'est un de ses avantages, c'est un des buts pour lesquels on l'ordonne; mais le serein ne l'arrête pns, et si l'on ne veut pfis lout-à-fait se débarrasser d'un préjugé qui n'a aucun fondement, on peut, au moment oîi le serein est le plus abondant, c'est la première demi-heure après le coucher du soleil , éviter de se tenir assis en plein air, parce que l'on pourrait prendre froid , puisque l'air se rafraîchit assez sensiblement en ce moment ; mais le plus léger mouvement suffit pour parer à cet inconvénient, et une longue expérience m'a démontré que le lait d'ânesse est un des remèdes les plus doux , les plus sûrs , et le plus exempt de tout inconvénient (1).

Le lait de jument a le plus grand rapport avec le lait d'ânesse. Alexandre de Tralles l'avait déjà dit positivement (2); on aurait pu le prévoir, et l'expérience le démontre , peut-être même est-il encore moins gras (3). Ainsi, on peut hardiment employer l'un pour l'autre ; mais comme on fait toujours un peu de tort au nourrisson , et que les poulains sont plus précienx que les ânons , on ne doit recourir à celui de jument que quand on ne peut pas avoir de celui d'ânesse ; si on le préfère dans tout autre cas, il peut en résulter un peu de singularité et de

(1) Je ne puis trop recommander la lecture de l'excellente dissertation de M. îiofman,, De mirabili lactis aaiitini in fimiendo usti.

(2) Lac equinum asinino ad omnîa est persimile, liv. vi;, ch. ii, p. 809.

(3) M. Spielman a trouvé qu'il avait cinq fois plus de parties caséeuses; mais sî ce n'est pas une faute d'impression, je soupçonne que cela est dû à quelque circonstance particulière.

bruit , mais pas plus d'utilité pour le malade.

§ 135. Plus gras, peut être plus doux, plus nourrissant que l'un et l'autre, le lait de femme, que l'on n'emploie que dans les étysies désespérées , oii il ne fait rien, serait sans doute un très-grand calmant dans les maux de nerfs qui exigent les autres laits ; mais on a pensé bien sagement et bien humainement en n'en privant pas le plus précieux des nourrissons; et comme je suis persuadé que celui d'une bonne ânesse bien nourrie équivaut à celui de femme dans toutes les circonstances , excepté peutêtre dans les épuisemen!s considérables, je crois qu il n'y a qu'un très-petit nombre de Cas dans lesquels on doive recourir à ce dernier.

§ i:j6. L'usage du lait dans les maux de nerfs demande-t-il quelques préparatifs.'Quand le lait est bien indiqué, il ne faut aucune préparation ; quand il ne l'est pas , les préparations ne peuvent guère le rend e utile. Si l'on craint les acides , on ordonne avec succès un peu de magnésie avant chaque prise de lait. L'un des plus sûrs moyens de le faire passer, c'est de boire un peu plus d'eau, de l'eau de Seltzer, ou quelque autre boisson douce et délayante.

EU PKTIT-LAIÏ.

§ 137. Le petit-lait, qui est la sérosité du lait, chargée de tout son sel, ou plutôt de son sucre , et dépouillée de ses parties butireuses et ca.séeuses , envisagé comme adoucissant , l'est moins que les laits puisqu'il est dépouillé des parties qui émoussent et enveloppent l'âcrelé ; mais il est encore le plus doux des délayants, et le plus doux et l'un des plus puissants apéritifs. S'il s'aigrit plus aisément que les laits, il est aisé d'y parer par quelque absorbant. — Dans les cas oÎ! il y a une extrême sensibilité dans les nerfs des premières voies, surtout si elle est le fruit des remèdes violents, des poisons, des boissons acres, il est certain que c'est au lait d ànesse qu'il fautrecourir ; qu:ind la cause de l'irritation est une bile visqueuse, amassée dans le duodt^num , quand le foie paraît engorgé , quand la bile croupit dans la vésicule , quand les maux de nerfs sont accompagnés de beaucoup de chaleur, d'un peu de fièvre , d'urines fort colorées , d'un grand dégoût, on doit préférer le petitlait. Je ne crains pas de dire que c'est

ET DE LET7RS MALADIES

un des plus grands remèdes qu'il y ait dans la nature (1). En rétablissant le cours de la bile, en facilitant les selles , en faisant mieux couler les urines, et surtout en rétablissant la transpiration , le petit-lait prévient la formation des âcretés qui sont la suite de ces évacuations dérangées ; et, de cette façon, c'est un des plus ptiissants adoucissants. Une femme qui était devenue frénétique par

(1) On prépare souvent très-mal le petit-lait, et c'est par cette raison qu'il passe mal, et ne produit point l'effet que l'on en aiiend. De toutes les préparations, la meilleure est celle qui se fait avec la présure ou caillet; c'est le quatrième estomac du veau, trempé dans le lait aigre qu'il renferme, salé et séché. Celle préparation est fort supérieure à celle qui se fait avec la crème de tartre ou les autres acides. Quand le petit-lait est bien fait, il est, non point limpide comme de l'eau, mais verclâtre et transparent, et alors il n'a point besoin d'être clarifié. Celte opération, que beaucoup de médecins prescrivent, le dépouille d'une partie de son efficacité. Pour s'assurer que le pelit-lait réussira, il faut commencer par l'écrémer exadement, et pour cela il faut qu'il ait reposé au moins douze heures dans un vase assez large. La plus grande difficulté consiste à trouver le degré de chaleur que doit avoir le lait pour se cailler le plus complèlement possible : tous les acides et les caillets végétaux exigent un degré de chaleur plus considérable que la présure ou les autres caillets tirés du genre animal. Le pelit-lait est ulile dans toules les saisons : celle où il a le plus d'efficacité, c'est au printemps et au commencement de l'élé, depuis le moment où les vaches commencent à manger l'herbe nouvelle jusqu'au commencement des chaleurs. Le pelit-lait doit être bu chaud, il passe beaucoup mieux : il s'associe très-bien avec les végétaux. Défendre les fruits en prenant le pelit-lait, c'est avoir des idées bien peu justes de leurs propriétés : ce sont des remèdes Irès-analogues, qui ont des effets communs, qui sont indiqués dans les mêmes cas; et je ne sais par quelle fatalité on ordonne souvent un régime qui contrarie absolument les vertus du remède. Ce manque d'harmonie dans les différentes parties d'une cure est un des principaux obstacles à leurs bons effets, et il manque à la médecine un petit ouvrage dans lequel on démontrât la nécessité de celte harmonie, et l'on donnât les principes sur lesquels il faut l'établir dans les dififérents genres de traitements.

la frayeur qu'elle eut en voyant sa servante se jeter dans un puits , fut parfaitement guérie par le seul usage du petitlait , pris à grosses doses , pendant trois mois (1).

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