‹ Œuvres de TissotChapitre 70 sur 160 · DES BAINS · texte numérisé non relu

DES BAINS

§ 1 38. Parmi les remèdes les plus propres à diminuer l'irritation des nerfs , et à détruire plusieurs causes de leurs maladies, on doit placer les bains, ou d'eau simple, ou d'eau thermale , et les eaux minérales. — Les bains d'eau simple peuvents'employer froids, frais ou lièdes.

11 n'y a qu'un bien petit nombre de cas dans lesquels il convienne d'employer des bains chauds; et pour éviter toute confusion , je les déterminerai à peu près comme M. Maret dans son excellente dissertation. Le bain froid sera depuis 0 , qui est le degré oii la congélation commence, jusqu'à 12. Le frais, depuis

12 jusqu'à 25, et le tiède, depuis 25 jusqu'à 35 ; en remarquant cependant que.

de cette latitude de 25 à 35, les degrés de tiédeur diffèrent beaucoup pour différentes personnes : ce qui est tiède pour l'un , est froid pour un autre , et chaud pour un troisième; ainsi, en général , on peut déterminer pour chacun le terme de tiède au degré ou il éprouve une sensation agréable, oii il ne sent ni chaud ni froid (2).

§ 139. L'usage des bains tièdes dans les maux de nerfs a surtout élé recommandé par M. Hofraan, qui en a parfaitement bien apprécié les avantages. M. Maret fixe leurs effets, en disant : le bain tiède relâche autant que possible les solides ;

(1) Lorry, t. ii, p. 124.

(2) Les vues principales qu'on se propose en ordonnant les bains doivent cependant entrer en considération dans la détermination du degré de chaleur. Si l'on veut adoucir, délayer, désobstruer, en un mot, si l'on souhaite que l'eau pénètre aisément, il faut le bain un peu au-dessus du degré que je viens de prescrire ; parce qu'en acquérant plus de chaleur , l'eau devient beaucoup plus fluide et plus pénétrante ; chauffée de 25 à 45, elle acquiert six fois plus de facilité à couler. Si l'on craint le relâchement, plus que l'on ne désire la pénétration, il faut qu'elle reste un peu en dessous. Enfin, c'est ce degré, déterminé par une sensation douce de la peau, qui est Je plus convenable, quand c'est l'effet anti-spasmodique que l'on a en vue.

il alle'nue, éitulcore, et délaye. Presque tous les médecins ont réduit ces effets au relâchement , à l';iuginei)tation de la transpiration , et à radoucissement de l'âcreté qu'ils produisent des deux façons, en faisant transpirer, et en fiisant |)assL'r de l'eau dans le sang , par l'absoiplion, que des preuves évidentes démontrent , et que des raisonnements spécieux et ingénieux ne peuvent détruire (l). L'augmentation sensible de transpiraiion est aussi également démontrée par la diminution de poids, que l'on observe souvent après le bain , quand l'inspiration n'a ni compensé ni excédé la transpiration , par le ramollissement de la peau, par !a cessation des accidents qui dépendaient de la transpiration ari êlée. On voit le dégorgement sensible de la peau, par les humeurs crasses, grasses, que l'on trouve quelquefois dans le bain. Les exemples en sont fréquents , et je soigne actuellement un malade qui, dans un bain , rendit de l'huile par tous ses ])ores, en si grande quantité, qu'on en enleva plus de dix cuillerées de dessus la surface du bain. Ces effets généraux du hain tiède font comprendre combien de hons effets p;irticuliers il doit en résulter. En effet, ks slmiIs bains guérissent souvent des mauy que tous les autres remèdes ne font qu'augmenter. J'ai vu une dame, mère actuellement d'une nombreuse famille, et très-bien portante, qui, dès l'âge de douze ans, eut mal à la tête tous les jours; à quatorze ans, le mal augmenta , en ce que tous les quinze jours l'accès était plus fort; le lendemain il était extrême ; elle ne pouvait ni voir, ni entendre. Le troisième jour, il diminuait un peu, et il se formait au front une tumeur d'un jaune foncé, de la largeur d'un petit écu, mais beaucoup plus épaisse, qui se dissipait peu à peu, comme les meurtrissures. Les autres remèdes ne lui avaient procuré aucun soulagement; vingt-cinq bains tièdes la guérirent parfaitement (2). Mais un quatrième effet,

(1) Cette absorption est connue dès les temps des premiers médecins. Ceux qui voudraient s'instruire de ses preuves et de ses effets, peuvent lire Kaau, Perspirntio, etc.; J. Amman, Ce venisin corpore hnmano bibnlis; Cromwel Morlimer, De ingressu Imniorum in corpus humanum; Haller, Elem. phijs.

(2) Je trouve les effets du bain tiède assez bien indiqués dans une dissertation.

auquel on n'a pas donnéassezd'attention, et qui est celui dont je crois l'inlluence la plus marquée dans les maux de nerfs, c'est celui qui dépend du consensus de la peau avec presque tous les organes.

L'irritation de la peau, l'état 8|iasmodi<|ue de ses nerfs se communiquent, commeon l'a vu plus haut, à presque tous les nerfs intérieurs. Le bain, en faisant cesser cet état , opère presque sur-le chanip une détente générale , et ainsi c'est proprement à faction sympathique du bain qu'il faut rapporter la plus grande partie de ses bons effets dans ce genre de maladie ; eu dissipant le spasme cutané , il dissipe celui des parties inicrnes.

Le froid de pied opère, par ce consensus, des maux très-prompls, que le bain, par le même principe, fait cesser sur-lechamp. Ce soulagement prompt, qu'il procure dans les coliques intestinales, bilieuses, néphrétiques, avant même que la cause en soit détruite, n'est point produit par la quantité de liquide absorbé; une plus grande quantité bue et prise en lavement, n'aurait point produit ces effets, mais un relâchement sympathique, qu'il occasionne en mettant la peau dans un état de bien-être. S'il calme trèspromptement dans l'état de délire, de manie, s'il fait passer, de la plus grande irritation, au sommeil le plus doux, dans quelques minutes, ce n'est ni au relâchement proprement dit de la fibre (cet effet n'est pas si prompt) , ni à la dilution, ni à l'âcreté diminuée, ni à la transpiration augmentée qu'il faut l'attribuer; c'est uniquement à la cessation de l'irritation nerveuse. Si des applications grasses ou émollientes sous la plante des pieds soulagent des coliques nerveuses,

d'ailleurs très-faible : « Balneum l" i-ed- » dit circulationem celcriorem; 2" minus » mobile mobilius reddii , et vasa ob- » slrucla rcserat; 3" relaxât, humectât » et emollit : ergo antispasmodicum, em- » menagogum, diureiicum, paregoricum; »4° sanguinem ad exteridra niagis invi- » tat ; 5' cutini a sordibus libérât : ergo » cosmeticum ; 6° Inimores diluit : ergo » liumores spissos resolvit, et eorum » acrimonirc medetur; 1° transpiratio- » nem promovet sudoremque provocat. »

Nusche , De iisu et abusii balnei domest. Argent. , 1750. On comprend que les bainstièdes doivent opérer les plusgrands effets quand les humeurs sont acres et les fibres fortes; et c'est souvent le cas des pays chauds de l'Europe.

ET DE t^VKS SiÀLAOIES.

des tout convuUives , c'est par ce même principe. Si, dans une fièvre lente, la séclieri'sse, la soif, la chaleur, le malaise diminuent, qu;ind on a été dix minutes dans le bain, c'est encore à ce même effet consensuel qu'il faut r.tpporter ces changements si prompts et si hmireiix.

Ëntin, c'est à ce même principe que l'on doit en grande [larlie la grande diiForence qu'il y a entre les eiïets calmants, raffraîchissanls, détendants du bain, et ceux de la boisson a(|ueuse; et je suis persuadé que les médecins éclairés et observaleurs, sentiront aisément la vérité de ce principe, qui m'a très souvent dirigé dans l'applicalion des bains tièdes, et qui m'a souvent décidé à des bains locaux , par le moyen des fomentations, des cataplasmes, ou des vapeurs, dont les effets, prévus d'après la distribution des nerfs , ont été très-souvent justifiés par l'événement. — Un des grands avantages des bains tièdes , c'est de mettre les malades à même de soutenir des remèdes que différentes circonstances peuvent exiger , mais que ('on ne pourrait point employer à cause des symptômes nerveux qu'ils occasionnent, et que l'usage des bains prévient. J'ai vu très-souvent des malades, à qui les remèdes les plus nécessai res, même les remèdes anti-spasmodiques , donnaient des angoisses, des nausées, des vomissements, de quelques délayants qu'on les accompagnât, et dont l'action devenait favorable et cessait d'irriter dès que j'ordonnais les bains. Les simples aliments, même les plus doux, sont quelquefois un violent irritant pour un estomac très-convulsible , et ce n'est qu'à l'aide des bains tièdes, qu'en diminuant cette convulsibilité , qu'on peut parvenir à digérer aisément ; quelquefois même la digestion ne se fait parfaitement que dans ic bain , et il faut y faire ses repas.

Si l'on se rappelle ce que j'ai dit ailleurs de la crudité et de la coction dans les maux de nerfs ; des causes de la crudité, des conditions de la coction, et des moyens de la procurer, on comprenJra que les bains tièdes sont un des mieux indiqués ; et d'après toutes ces observations , on ne sera point surpris s'ils ont été recommandés par de très-habiles médecins. Hippocrate les conseillait déjà dans les maux de nerfs (1) ; Aretée,

(1) Apli. 22, sect. V. » Aqua calida cutem nioilit, atténuât; dolores eximit,

Celse , Galien , Cœlius Aurelianus , Alexandre de ïralles qui les conseillait dans l'épilepsie, en faisaient un usage très-sage. Dans les siècles suivants, leur usage diététique tomba en désuétude, et les médecins parurent aussi les |)erdre de vue comme remède. Ce n'est proprement que dans le seizième siècle qu'on a conimencé à en faire un us;ige plus fréquent, et ce n'est que dans le siècle dernier qu'ils ont repris la confiance qu'ils méritent. M. Hotman en apprécia très-habilement les avantages et en démontra toute l'utilité. Il détermine leurs effets généraux, il indique les maladies dans lesquelles ils conviennent , et il établit très-bien que c'est surtout dans l'hypochondrie nerveuse, et dans tous les maut de nerfs, principalement s'ils dépendent d'une disposition spasmodique dans les viscères (1), disposition qui contribue beaucoup à produire et à entretenir les obstructions; on comprend comment et pourquoi les bains tièdes font tant de bien dars celles du bas-ventre (2J. Depuis M. Hofman , leur usage est devenu bien plus général , et on les a surtout beaucoup employés dans les vapeurs.

M. Raulin les recommande et les emploie. M. Lorry a très-bien jugé leurs effets ; mais personne n'en a porté l'usage aussi loin que M. Pome, qui s'est frayé, dans leur emploi, une route qu'aucun de ses devanciers ne lui avait apprise.

Si MiVL Boerhaave , Cheyne et Whytt n'en parlent point , c'est premièrement parce que, comme je l'ai déjà dit, ils

rigores, convulsiones, dislensiones miligat, capilisque gravitatem solvit. »

(1) De balneorum ex aqua ditlciprœstmi' tissimo in affectibus internis usu. Celte excellenie dissertaiion ne peut être trop lue. On a d'autres boimes dissertations sur l'usage des bains en général ; cependant cette doctrine n'est point encoi-e traitée aussi complèlement qu'il serait .\ souhaiter qu'elle le fût. Un des meilleurs ouvrages est sans contredit celui de M. Martau, dont j'avais ouï parler avec de grands éloges; mais qu'il m'avait été impossible de me procurer, quand j'ai composé cet article. Depuis lors, M. Rast, mon ami , célèbre médecin de Lyon , et l'un des praticiens les plus éclairés que je connaisse, a eu la complaisance de me l'envoyer.

(2) Fabri de Hilden vit un M. Tallier guéri d'obstructions très- invétérées et irùs-opiniâtres, par les bains de Pfeffers, Opéra omriia, p, Ç51.

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n'ont envlsafE^é les maux de nerfs qu'en tant qu'ils dépendent du relâchement de la fibre : ils ont trop adopté l'idée de Pison, qui, attribuant tout aux sérosités surabondantes, établit trop généralement que les bains tièdes relâchent , affaiblissent , énervent , jettent même dans l'engourdissement (i). En second lieu, parce qu'ils ont vécu dans des pays oii l'on ne fait presque aucun usage des bains tièdes. En Hollande on les craint parce qu'ils augmentent le relâchement ; en Angleterre, on a cru presque généralement pendant très-long-temps qu'il n'y avait que les bains froids qui pussent être salutaires ; et quand M. Percival en a fait un assez grand usage, il y a quelques années, on les a presque regardés comme une chose nouvelle. Que l'on me permette quelques réflexions sur les causes qui ont déterminé M. Boerhaave et M. Whytt, et, d'après eux, plusieurs autres médecins distingués, à les proscrire trop généralement. 1" En établissant comme une règle que les bains lièdes relâchent, effet qu'ils produisent, il est vrai, sur la fibre animale, isolée ou morte, on a eu tort de la rendre générale, et de l'appliquer à toute la machine organisée et vivante, puisque cetteconclusion n'est point généralement vraie. Si l'on baigne beaucoup dans l'eau tiède une personne très-saine , chez qui les bains ne peuvent détruire aucune cause de maladie, il est certain qu'ils la relâcheront ; mais si une personne est tombée dans l'atonie , par une suite de quelque indisposition , dont les bains tièdes peuvent dissiper la cause , non-seulement le malade recouvrera plus de force, parce que toutes les fonctions se feront mieux, mais ses fibres acquerront plus de densité et d'élasticité, et il n'y a pas un médecin qui n'ait pu voir, dans plusieurs circonstances, les chairs reprendre de la fermeté au bout d'un certain nombre de bains tièdes. 2» Les causes de cette espèce peuvent se trouver dans tous les pays; ainsi il n'y en s point dans lesquels les bains tièdes ne puissent è re employés avec succès. 3" Des pays froids et humides, dans lesquels la transpiration se fait mal , doivent souvent offrir des cas dans lesquels la peau s'obstrue et entraîne beaucoup d'accidents, et surtout de maux de nerfs ; les bains tièdes , précédés de frictions , et rendus très-légère-

(1) Seçt, IV, çh. Il, p. 510,

ment aromatiques , sont alors de la plus grande utilité. 4" En lisant avec attention un grand nombre d'observations de maux de nerfs , faites en Angleterre , on ne peut pas s'empêcher de remarquer plus d'une fois que les anti-spasmodiques actifs, que les bains froids, que les toniques agissaient comme irritants, et que, selon toutes les apparences, les bains tièdes auraient beaucoup mieux réussi, et auraient rendu plus efficaces les antispasmodiques internes; aussi, je suis persuadé que ceux des médecins de cette nation, chez laquelle il y en a un si grand nombre de véritablement instruits , qui auront le courage , dont ils ont déjà l'exemple, de s'élever au-dessus de la prévention nationale, retireront, de l'usage des bains tièdes , des etfels aussi marqués qu'on peut en observer au midi de la France ; mais je crois que les occasions de les employer seront moins fréquentes. — Je ne m'étendrai pas davantage ici sur les effets des bains ; ce que j'en ai dit suffira pour faire comprendre ce que l'on doit en attendre dans les différentes maladies dans lesquelles j'en conseille l'usage; mais je dois donner ici la réponse à quelques questions que l'on peut faire sur la façon de les employer.

§ 140. Pour les bains très froids , on n'est peut-être pas dans le cas de faire beaucoup d'attention au choix de l'eau ; moyennant qu'elle soit froide, il n'est pas nécessaire qu'elle soit douce, pénétrante, savonneuse; mais quand on désii e qu'elle pénètre et qu'elle agisse sur les liquides, comme c'est presque toujours le cas dans les biiins lièdes, on ne peut pas l'avoir trop pénétrante, trop douce, trop savonneuse , et telle est celle du lac Léman. Quand on n'en a pas de telle à sa portée, on doit la charger d'herbes savonneuses ou de fleurs légèrement incisives , telles que celles de sureau.

§14 1. Pour tous les bains , l'heure la plus convenable, c'est le matin, à jeun, quand les vaisseaux sont désemplis , et qu'il n'y a rien dans l'estomac; puisque, en effet, si l'on désire que l'eau pénètre, elle pénètre mieux alors qu'en tout autre temps, parce que l'absorption se fait plus aisément, qu'elle peut être plus considérable , et que l'effet sera plus marqué sur des vaisseaux détendus que sur des vaisseaux tendus. — Si l'on veut qu'elle fortifie en contractant les vaisseaux , cette contraction est bien plus forte quand leur plénitude n'y résiste pas, et elle n'est point dangereuse.—

ET DE LEURS MALADIES

Si l'on désire l'effet anti-spasmodique par l'action sur la peau , il est bien plus considérable quand les vaisseaux sont déjà au point de leur plus grand relâchement, et quand il n'y a point, dans l'estomac , d'aliments qui pourraient faire une contre-irritalion. — D'après ces principes , c'est toujours à jeun que je fais prendre les bains frais ; ils sont bien plus efficaces. Pour les froids, pris à une autre heure , ils pourraient occasionner des accidents dangereux ; mais quant aux tièdes , dans lesquels il faut quelquefois rester très-long-temps, et qui, parla même pourraient éprouver les personnes délicates, il n'est pas absolument nécessaire de les prendre à jeun. — Quand on ne prend point d'uulie remède que les bains, et que le malade est faible, on peut le faire entrer dans le bain deux heures après déjeûner. Quand le malade prend le petit-lait, le lait d'ânesse, ou quelque autre remède de cette espèce , il peut entrer dans le bain deux heures après les avoir finis.

Quelle doit être la durée de chaque bain? Il n'est pas possible de donnera cet égard une règle qui convienne à tous les malades et à tous les cas. On voit des médecins qui les ordonnent pour trois quarts d'heure, pour une heure tout au plus ; et M. Raulin parle d'une femme à qui il avait ordonné, pour des vapeurs, des bains d'une heure, et qui les prit de deux, comme ayant l'ail une grande faute, dont elle fut punie par la fièvre, la toux, l'épuisement. Ce ne fui qu'en revenant au terme prescrit, qu'ils lui firent du bien, et la guérirent entièrement de ses vapeurs (1). Mais j'avoue que cet efl'et me parait fort extraordinaire, et je soupçonne qu'à l'erreur dans la durée, il s'en joignait une plus importante dans le degré de chaleur, puisque les symptômes que la malade éprouvait étaient précisément ceux que produisent les bains trop chauds ; et que si les bains trop longs incommodent, c'est en donnant mal au cœur et de la disposition à difaillir.

D'ailleurs, l'expérience de tous les jours démontre que l'on soutient parfaitement des bains beaucoup plus longs. M. Pome en a fait prendre pendant long-temps de six , de huit, de dix, de douze, de dixhuit et même de vingt-deux heures (2); et Fabrice de Hilden avait déjà donné

l'histoire d'un fait bien propre à autoriser les longs bains tièdes, et à en démontrer l'avantage. Il avait vu qu'à Pfellers il y avait des gens qui restaient toujours dans le bain, et finissaient leur cure sans en sortir (l). Et deux témoins dignes de foi m'ont assuré que l'on avait vu la même chose aux bains de Leuch en Valais, qui sont bien plus actifs que ceux de Pl'effers. Je ne conseille point cette méthode; mais j'ai cependant cru utile de présentée ces faits, parce qu'il ne serait pas impossible que, dans quelques cas, elle eût ses avantages. A l'ordinaire, je ne fais pas prendre les bains tièdes, quand je les ordonne pour les maux de nerfs, plus de deux ou trois heures, parce que, excepté dans les cas où il y a une raideur marquée dans quelque partie , une chaleur, une sécheresse et une irritation prodigieuse, je crois avoir remarqué qu'au bout de deux ou trois heures le liain a fait autant d'eflTet qu'il peut en produire; et un grand nombre de malades m'ont constamment assuré qu'ils étaient mieux quand ils n'y restaient pas plus de deux heureset demie, que quandils y restaient plus long-temps. L'absorption se fait le plus abondamment dans la première demi-heure du bain : le Itnimen de la peau est aussi assez prompt ; il n'y a que l'amollissement qui augmente à proportion du temps ; et ainsi , quand on ne désire pas cet amollissement , il est inutile de le prolonger. J'ai été consulté par quelques malades que des bains trop longs avaient jetés dans un relâchement trop considérable, d'où était résulté une disposition à l'anasarque , et , chez une femme à la fleur de l àge, un vt-ritable anasarque universel, avec une faiblesse eslrème.

Q uoique l'heure la plus convenable pour les bains soit le matin, on peut cependant aussi se baigner une seconde fois le soir, assez tard pour que la digestion du dîner soit finie. Il y a plus d'avantage même à réitérer ainsi le bain, qu'à le prolonger très long-temps le matin : on obtientparlà une double absorption, quoique la seconde soit moins abundanti' , et un double léiiimeii de la peau, cet etfet heuri'ux auquel se rapporte une pariie des avantages du bain. — (Jii peut prendre les bains tièdes dans tous les temps de l'année; les plus grands froids ne sont

(2) P. U4, 118, 131, 132, etc.

(1) Epistola ad Croguerum, pag. 65 9, 660, 1561.

point un obstacle : quelquefuis môme les personnes lOi't <lt'liciilos, sur qui le grand froid agit coiiiine unirriiant, ont plus besoin ilub;iin liède à C('lte époque qu'à toiile autre. 11 n'j' a aucune néctrssiié de se coiiclier après le bam : ce n'est que les circonst.inces du mibide ou de l.i maladie qui peuvent l'exiger. Mais je passe acluellenient aux bains frais.

§ Ii2. Les expériences de M. Marct lui ont appris que la bandelette de peau, longue de six pouces, dont il se servait pour ses expériences, s'allongeait de deux lignes, on la tenant pendant une heure dans l'eau au douzième degré , et l'on peut être sûr, qu'à dix -huit degrés cet effet serait plus cunsidérable encore. Cepeudint il ne faudrait pas en conclure que le bain, à douze, et même à dix-huit, rt'làche; et il faut bien distinguer entre les elfels sur la peau morte et sur la ])eau sensible. A seize , dix-sept , dixhuit degrés même, le bain produit constamment un «-entiment de fioid; la raréfaction des huuieiirs diminue, et tous les solides de l'animal se resserrent : il n'y a personne qui, en se baignant à ce degré de chaleur, ne puisse en faire l'épreuve. Il pâlira, ses bagues se trouveront plus larges qu'elles n'ctaient ; il se rechaussera avec plus de facilité qu'il ne s'était déchaussé : en un mot, tout lui démontre qu'il a diminué de volume.

Le bain frais jusqu'à dix -huit degrés n'agit donc pas comme relâchant, si l'on n'y reste pas long-temps; car, si l'on reste plus de sept ou huit minutes, on se fait à ce degré de fraîcheur : elle ne produit plus d elTet sur la peau, et cette diminution de volume cesse; et même, si l'on se baigne dans une baignoire oii il y ait peu d'eau, on la fait bientôt monter de quelques degrés, et les effets du bain deviennent quel iuelois relâchants, puisque réellement ils commencent à l'être quand l'eau est à vingt ou vingt et un degrés, chaleur à laquelle l'eau du lac parvient quelquefois quand le thermomètre au nord est à vingt cinq ou vingtsix. Aussi j'ai vu plusieurs malades se plaindre que ces bains , qui, quelques jours auparavant , leur donnaient de la force et leur faisaient du bien , ne leur en faisaient plus et les affaibliss lient. On peut donc établir que le bain , depuis douze jusqu'à di^-huit, moyennant que l'on n'y soit (jue quelques minutes (ij.

fl) A 12, 15, Vi degrcs, cl même à 15,

resserre les solides vivants (i). — L'effet de ce bain ne sera donc piis précisément celui du bain li' de : l'iibsorplion est bien moins consitUrable ; le lénimen de la peau , qui tient à la détente que la tiédeur produit, n'aura plus lieu; les solides trop tendus ne seront plus relâchés, tant s'en faut; et toutes les lois qu'il y a réellement trop de tension , ils nuiront : ils nuiront même sans trop de tens;on, quand le genre nerveux est excessivement mobile : on éprouve alors , avec les bains frais , ce (|u'on éprouve souvent avec les plus légers toniques; ils agissent comme irrilanls, et c'est cet accident qui m'obligea , dans un cas oii ils me paraissaient évidemment indiques, à commencer par des bains tiédis au degré nécessaire pour que celte irritation n'eût pas lien ; et diminuant chaque jour, et de la durée du bain, et du degré de chaleur, le malade parvint , au bout de quelques jours , à les supporter a douze. Depuis lors, j'ai eu de fréquentes occasions d'einployer celte méthode, et toujours avec succès. Et tout ce que je viens de dire doit faire comprendre, que l'on ne doit pas plus employer les bains frais, dans l'état de crudité des maladies de nerfs, et en général dans les maladies chroniques, à moins qu'elles ne dépendent d'atonie , que dans les maladies aiguës ; puisque c'est comme tonique que l'on doit les envisager, et que c'est d'après cette idée qu'il faut les apprécier. Mais c'est un tonique qui a des avantages que les autres n'ont point ; il ne fatigue aucun organe ; il n'échauffe point, il ne constipe point, il n'ôte point le sommeil , en un mot , il n'a aucun des inconvénients de plusieurs autres irritants, et il a des avantages qui lui sont particuliers. Ainsi, on peut hardiment le regarder comme le premier des toniques dans les maux de nerfs ; et si la maladie estde natureà exiger unecoction, quand cette coction est faite, et que l'on peut employer hardiment les spécitiques , le bain froid produit un excellent effet , et à celte époque il fait le plus grand bien dans l'épilepsie même. Une fréquence

l'eflet ne change pas, quoique l'on y soît long-temps. J'ai vu un malade, après irois quarts d'heure, à 13 et demi,- seusibleineui contraclè.

(I) Il suffit que la raréfaction des humeurs diminue, pour que les solides se coiitracleui par leur propre élasticité.

ET DE LEGRj MALADIES.

habituelle thi pouls sans dureté, un sentiment de ciialeur h la peau, de fréquents gonflements d'esloniac , les insomnies, les feux fréquents au visage , sont les symptômes qui indiquent, presque toujours avec certitude, que le bain frais produira les meilleurs elfets. 11 est trèsiciiportant de le prendre à jeun , et on peut le prendre en toute saison et aussi long - temps que l'on veut : mais il est bien certain que c'est dans les grandes clialeurs de l'élc qu'ils sont le mieux indiqués, parce que rien n'en diminue autant les fâcheux effets , dont j'ai parlé d'ailleurs, et qui sont si sensibles dans tant de maux de nerfs.

§ 143. L'effet des bains froids est uniquement tonique, et très -tonique : il exige, plus encore que le bain frais, une grande attention à ne pas l'employer trop tôt, — M. Maret a vu que la bandeletle de peau se raccourcit d'une ligne dans une heure au degré i : et il est aisé de juger par là combien l'effet Ionique de ce degré, sur le vivant, est supérieur. Un de mes amis, médecin très - éclairé , feu M. Chfitelanat, a vu les bains d'Ingni, source très-froide, entre flloudon et Payerne , occasionner une constriclion si violente des muscles abdominaux, qu'il en résulta une chute du rectum de plus de huit pouces. Un fait comme celui-li prouve ce que l'on peut en espérer, et l'espérience démontre, qu'ils opèrent les cures les plus surprenantes, dans les cas d'alonie , oii lout autre remède a été inutile.

§ 144. Les cas où les maux de nerfs pourraient exiger des bains extrêmement chauds sont si rares que je ne crois point devoir en parler ici : ce que j'ai à en dire sera mieux placé à l'article de la paralysie (I). Je remarquerai seulement

(1) Dans ces cas-là, les bains les plus chauds qui soient, connus en liiirope sont, à ce que je crois, ceux de Borshot, et ceux de Dax. J'ai vu à Uorsiiel, avec deux tliermomèires très-exacts, qu'au moment même où l'on plonge !e thermomètre dans le petit puits, qui est soul'rè, il monte à 56, et au bout d'une minute, à 61 , du lliermomèire qui marque l'eau bouillante à 80. M. Forster en a trouvé dans l'ile de Tina qui vont à 191 de Farentieit : c'est plus de 70 au thermomètre que j'employais. Dans le grand puits, qui n'est pas soufré, il moule à 48, et à sa S(jurce, qui n'est éloignée que de huit pas, il monte à 52. La source qtu' est à la pro-

ici que leur effet est une transpiration excessive, et une fréquence très-grande du pouls. On peut donc compter que l'action sera très-grande, même dans les plus petits vaisseaux, et que la dmiinution , dans la niasse des humeurs , sera très - considérable. M. le Monier, en se baignant pendant demi-heure au 34' degré, perdait depuis onze jusqu'à quatorze onces, el dans un bain plus chaud, il per.dit vingt onces et deux gros en huit minutes.

DES EAUX THERAIALES.

§ 145. Ce que j'ai dit des degrés de chaleur de l'eau cotnmune est vrai des différentes eaux thermales, dont le degré de chaleur varie généralement entre 28 et 4i (jj. — Les eaux thermales se ran-

menade , et coule du roc, n'est pas si chaude; le thermomètre no monte qu'à 43 : elle n'est pas soufrée, mais assez saline pour que l'on puisse s'en promettre de grands effets. Dax n'est que de l'eau très-pure, mais Irès-cliaude. M. Secondât de Montesquieu a trouvé la chaleur, à la surface du bassin, de 48, et à la source, de 5G. le vois dans l'excellent ouvrage de M. Leroi , que celles de Vinai, au pied du mont Viso, le l'ont monter à 52 ; mais un homme éclairé, qui y avait été, m'assure qu'elles ne passent pas 48.

(1) On comprend que je ne parle plus ici d(>s sources de Borshet, de Dax et de Yinai , mais de la généralité des autres eaux. Le bassin tempéré (dit neufj formé à Bains par une source savonneuse, ne fait pas monier le thermomètre au-delà de 29. La source la plus chaude le porte à 40, qui est le degré de la source du Crucifix, à Plombières, et ce degré est, je crois, celui que l'on trouve le plus souvent dans les eaux thermales. Le bassin le plus tempéi'é de Luxcuil ; qu'on appelle des Bénédictins , ne porte le thermomètre qu'à 50. On trouve à Bains une source très-savonneuse, chaude à un degré trèsrare, c'est celui de 19 degrés, et je ne me rappelle que l'eau sulfureuse de Nyer en Uoussillon , dont parle M. Carrère , à qui l'on doit un bon ouvrage sur les eaux de cette province, qui ait ce degré. Je dois ces observations, el plusieurs autres sur Bains et Luxeuil, que je n'aurais pas eu le temps de faire moi-même avec l'exactitude nécessaire, à M. de T., officier français, bon physicien et bon observateur, qui eut la complaisance de les faire pour me les communiquer. J'ai vu

gent sons un certain nombre de cLisses, et les clfets des différentes eaux de chaque classe ne varient que du plus au moins ; de façon que les vertus spécifiques que l'on attribue aux unes, dans certaines maladies , préférablement à toute autre, sont presque toujours des vertus supposées pour les accréditer, plutôt que des vertus réelles; et, en général, l'essentiel pour ordonner les eaux, c'est de savoir à quelle classe elles appartiennent, et si elles sont fortes ou faibles dans leur classe. Dès qu'une fois on pourra avoir cette classification et ces échelles, il ne s'agira, pour se déterminer entre celles qui sont de même force (et il y en a plusieurs), que de consulter les circonstances du malade, et la façon dont on est aux eaux. L'air, le logement, la nourriture, la facilité des promenades, les commodités des bains, les douches, les étuves sont des circonstances de la plus grande importance ; et il y a des sources précieuses qui sont gâtées, parce que l'on y est mal à tous ces égards. — Les quatre classes sont : les salines, telles que celles de Balaruc, de Vichy, de Bourbonne, de Visbaden, d'Ems ; les soufrées, telles que celles des trois Aix, de Balh, de Barèges ; les martiales, telles que celles de Caris - Baden en Bohême , et de Leuch en Valais, ce sont les plus rares ; enfin, les simples, que l'on pourrait diviser en absolument simples, telles que celles de Pfeffers, de Slangen-Baden, de Bains, la source appelée d'alun à Aix en Savoie, et celles qui renferment ou une légère dose de lerre alcaline, ou de terre savonneuse, ou même de sel alcali, telles que celles de Plombières, peut-êire de Luxeuil , de Lucques , de Pise , elc. Il faut remarquer que, dans celles des trois premières classes, il y en a beaucoup qui participent des autres classes, et que, dans la première, le principe salin varie. Les eaux de Balaruc ne contiennent presque que du sel de mer; celles de Bourbonne, bien moins salées, le sont par un amer d'une autre espèce, et coniiennent un léger principe sulfureux, qui fait que leur action est bien moins bornée aux premières voies que celles de Balamc.

Celles de Visbaden , qui me paraissent celles de cette classe dont on peut espércr les effets les plus considérables, con-

ù la source à Balaruc, le ibermomèlre monter très-rapidement à 41, et ensuite presque à 43,

tiennent âussl un sel amer, mais bien plus pénétrant que les aulres ; celles de Vichy sont plus alcalines, et celles d'Ems contiennent un sel neutre, si doux et si pénétrant, qu'elles ne sont point purgatives, mais trcs désobslruantes.

Les eaux sulfureuses varient aussi, par la quantité du principe soufré qu'elles coniiennent, et par leurs différentes combinaisons avec les sels(l). — Les eaux martiales contiennent aussi plus ou moins de quelque autre principe. — Il y a une observation à faire sur les eaux thermales comme sur les acidulés : c'est qu'indépendamment des principes minéraux qui peuvent s'y trouver, il y a une grande différence dans l'eau même qui a servi de dissolvant; et en savourant long - temps les eaux après qu'elles sont refroidies ou éventées, on aperçoit sensiblement cette différence, qui est très-importante. — En se rappelant tout ce que l'on connaît des effets des eaux thermales, de leurs différentes espèces, et ce que j'ai dit jusqu'à présent des maux de nei fset de leurs causes, on comprendra aisément que celles des trois premières classes peuvent convenir pour remédier à dilTérentes causes des maux de nerfs ; mais que , dans les cas oîi il y a une grande àcreté, où la mobilité tient à l'état dusensorium, aux esprits animaux, à la sensibilité extrême de quelque organe, comme de l'eslomac ou des intestins , dans les cas où les nerfs ont été affectés par quelque cause morale, il n'y a que celles de la dernière classe qui puissent convenir. L'action des premières est celle des sels délayés daiis l'eau: celle des secondes peut se rapprocher de celle des amers animés de quelque vul.itil ; celle des Iroisièuiesesl celle des martiaux, ctla qualrièmecelledesbainstièdes. Ainsi on voit il'aboi d dans quels cas elles peuvent convenir, en se souvenant cependant (|ue les préparations de la nature donnent aux mélanges qu'elle fait une énergie que les mélanges de l'art ne peuvent jamais atteindre , et que, quoique

(1) J'ai été moi-même aux trois Aix.

Les eaux d'Aix-Ia-Cliapelle sont irès-soufrées , et en même temps chargées d'un sel amnr. Celles d'Aix en Savoie m'ont paru aussi soufrées, mais très-peu salines; ie degré de chaleur est à peu près le même, (ji-lles d'Aix en Provence sont moins chaudes, peu soufrées, et point salines au goût. Celles de Barèges ne sont presque que Soufrées, mais très-pénétrantes.

£1 DE LEURS MALADIES

l'on dise de l'imitation des eaux, elle est toujours Irès-iniparfuile. La quantité de sel (le mer que contient la dose d'eau de Balaruc qu'il faut boire pour se purger, dissoute dans l'eau ordinaire, ne ferait vraisemblablement qu'altérer, ; et pour toutes les eaux en général, on est élonné de l'action que leur donne la petite quantité de principes dont elles sont chargées, et dont la combinaison, telle que la nature la préfiare, produit des mixtes réellement différents de ceux que la chimie ordinaire en pourrait faire. C'est cette activité qui leur donnetantd'eflicacité, et qui rend leur abus si fâcheux. On a vu plus haut quels horribles accidents nerveux les eaux de Balaruc, mal ordonnées, avaient produits, et l'on verra, dans différents chapitres de cet ouvrage, les maux produits par les eaux minérales les plus fortes et les plus vantées. Mais ces mêmes eaux, bien employées, produisent aussi les plus heureux effets, et je me suis servi avec le plus grand succès de celles de Balaruc, même dans des cas de maux de nerfs fâcheux et opiniâtres, dont la première cause était dans les viscères du bas-ventre. M. Leroi a très -bien apprécié leur usage (1) dans ce cas- là, et ce qu'il en dit doit être connu de tous les médecins.

Les eaux de la quatrième classe, celles que j'ai appelées simples , conviennent toutes les lois que les bains tièdes conviennent; mais leurs effets sont beaucoup plus considérables, parce que leur eau est

(1 ) « Le smaladies vaporeuses spasmodiques ne tiennent pas toujours uniquement à une mauvaise disposition du système nerveux : elles sont quelquefois sympathiques et dépendent d'un étal maladil de l'estomac et du canal intestinal. Dans ce cas, les eaux de Balaruc, prises intérieurement à de petites doses, et long-temps continuées, ont souvent produit de très-bons effets. Bien plus, lorsque les paroxismes périodiques d'une épilepsie récente m'ont paru être déterminés par des matières bilieuses, acres, accumulées dans les premières voies, et surtout dans l'estomac, j'ai quelquefois réussi à guérir cette maladie, en purgeant le maladî trois jours consécutifs avec les eaux de Balaruc, et en réitérant, de deux mois en deux mois, cette purgation , pendant un an ou un an et demi , et en éloignant ensuite, peu à peu ei par degrés, la période de cetie purgation. • Mémoire sur tes eaux de Balaruc. Mélanges de physique et de médecine, p. 84.

beaucoup plus douce et beaucoup plus pénétrante; peut-être simplement à cause dt; l'absolue pureté de l'eau, peut-être par (juelque principe trop ténu pour tomber sous nos sens. Deux faits populaires, mais bien constatés, qu'elles lavent le linge mieux qu'aucune autre eau, et que les linges se sèchent beaucoup plus promptement que s'ils eussent été lavés dans d'autres eaux, suffisent pour prouver leur pénétration et la facilité avec laquelle elles se distribuent ; dernière qualité, qui fait que l'on peut les boire avec tant de succès, pendant que les mêmes doses d'eau commune chauffée détruiraient rapidement l'estomac.

Celles que j'ai appelées savonneuses ont, outre ces avantages, celui de détruire plus puissamment les principes d'acide, de viscosité, de légers engorgements, qui se trouvent si souvent combinés avec les maux de nerfs; mais il est vrai que ces qualités mêmes les rendent quelquefois trop actives pour les malades à qui il ne faut absolument que les simples adoucissants, et j'ai vu le malade à qui je dois les observntionsquej'aicitéesplus haut, sensiblement irrité par les eaux de Plombières, être obligé d'aller à celles de Bains, qui seraient inefficaces dans plusieurs cas dans lesquels les premières réussissent supérieurement. Mais il serait inutile de m'étendre sur ces objets : on voit combien il est important de connaître exactement les vertus des eaux, et combien il est dangereux de les envisager comme un remède indifférent, où l'on envoie tièslégèrement, et dont on laisse presque le choix au malade, sans que le grand nombre d'exemples fâcheux ramène à des précautions dont l'oubli est si funeste (1).

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