‹ Œuvres de TissotChapitre 7 sur 160 · DES SENS · texte numérisé non relu

DES SENS

§ 254. Ce n'est que par l'entremise des sens que nous apercevons les corps élrangers. Le tact, le goût, l'odorat, la vue et l'ouïe nous apprennent de ces corp."; tout ce qu'il nous est important d'en connaître pour nos be-oins; les impressions qne nous en recelons produisent chez nous une 'Cns^^tion qui , suivant qu'elle est agréable ou désagréable , nous détermine à chercher a nous situsiraire à cette imprcision , ou à la lais>er agir. Quoique l'on ne duntie proprement le nom de tact qu'aux sens dont

(1) Les paragraphes qui précèdent celui-ci, et qui manqu ut dans celle édition, se rapporieni à la parlle anaiomique du Traité des nerfs que j'ai cru devoir retr^incher. {Note du rédacteur de l'Encydo-^ pi'diç des sciences médicales. )

la peau est l'organe , on a très-bien vu que tous les sens doivent se réduire au seul tiict , puisque dans tous il n'y a d'action que quand un corps étranger a louclié ou fait loucher par un corps intermédiaire les nerfs destinés à la sensation ; mais cet acte s'opéranl par des corps dont la façon d'agir est différente , les sens, pour recevoir ces diffcrcntes impressions, ont dû être ortîa'iiisés différemment; et la langue, destinée a juger du degré et de la qualité des saveurs, n'a pas été faite comme le fond de l'œil qui est destiné à juger de la force de la lumière ou de la variété des couleurs. — Dans les quatre premiers sens, les corps étrangers agissent par eux-mêmes ou par leurs émanations , sur les nerfs destinés à la sensation ; la peau ne sent que les corps qui la touchent ; la langue ne savoure que les corps que la salive dissout sur les papales nerveuses, ou qui y arrivent tout dessous; le nez ne distingue l'odeur des corps que quand leurs parties odorantes sont appliquées aux nerfs sentants de la mL'mbrane pituilaire ; et nous ne voyons rien si les rayons de la lumière n'arrivent pis à la rétine; mais dans l'ouïe les objets externes n'agissent qu'a l'aide d'une machine intermédiaire. Les corps d'oii pari la sensation ne parviennent ni en tout ni en partie à l'organe des sens, et ce n'est point eux que nous apercevons par l'ouïe, ce n'est qu'une de leurs façons d'être, un de leurs mouvements, et un mouvement qui nous est très-souvent imperceptible ptr la vue et par le tact; et ce mouvejnent, nous ne l'apercevons que quand il est communiqué à l'air, et que l'air le transmet jusqu'à nous; mais cet air même n'arrive point aux nerfs de l'ouïe ; il ne frappe que le tympan, et celui-ci , à l'aide des osselets , va communiquer le mouvement qu'il reçoit à l'eau du labyrinthe, dont l'action sur les nerfs qu'elle haigne leur imprime un mouvement analogue à celui de l'air qui avait transmis les vibrations du corps sonore (1).

§ 255. On doit surtout rapporter à ce même sens du tact pris généralement, ce que tous les nerfs du corps, dans quelque partie qu'ils soient, éprouvent quand

leurs extrémités, ou à nu, ou revêtues d'une très-mince enveloppe , sont touchées par quelques corps dont l'application ne leur est pas habituelle, et cette sensation varie beaucoup dans les différentes parties. Les nerfs développés dans la fibre musculaire en sont très-susceptibles ; développés dans les viscères, ils le sont moins et inégalement dans les différents viscères ; développés dans les os oii ils ne reçoivent habituellement d'autre impression que celle d'un fluide fort doux qui s'y meut fort lentement , s'ils viennent à être irrités par quelque cause, ils peuvent souffrir beaucoup. En général, ce tact interne ne se fait apercevoir presque que par la douleur, et cette dispensation est très- sage, puisque nous ne devons avoir le sentiment de nos fonctions que quand elles se dérangent, afin que l'avis de la douleur nous ouvre les yeux sur ce dérangement, et nous détermine a y remédier. On voit encore par là que c'est au sens du tact qu'il faut rapporter le sentiment de la soif et de la faim , qui sont le commencement d'un sentiment douloureux produit par une humeur légèrement âcre qui commence à irriter les nerfs de la gorge et ceux de l'eslomac. Ces sensations indiquent un besoin , et partout oii la nature a voulu qu'il existât un besoin, elle a attaché du plaisir à le satisfaire.

§ 25G. Tous les sens , qu^nd leur organe est bien constitué, ont de commun d'offrir dans cet organe des nerfs arrangés de la façon la plus propre à recevoir l'impression des objets de la classe qu'il est destiné à apercevoir : d'être afl'eclés différemment par les différents objets de cette classe, et de renilre au sensorium commune, à l'aide du mouvement que le fluide nerveux reçoit , une impression analogue à celle que l'objet a imprimée. Si les organes des sens viennent à se déranger, les impressions ne sont plus justes, et si nous jugions les objets d'après ces impressions, ils nous égareraient; ce sera l'objet d'un chapitre de la partie pratique de cet ouvrage.

§ 267. On a demandé si tous les nerfs étaient capables de toutes les sensations?

(1) Celte vérité, découverte par M. Cotunni, célèbre médecin de NapleS; il y a quatorze ou quinze ans, a été de nouveau développée el éclaircie, jusques à l'évidence , dans une excellente dissertation de M. Meckel, fils de celui que j'ai cité

si souvent dans le cours de cet ouvrage, et qui est mort en 1774. La dissertation de monsieur son fils annonce un homme qui à vingt-un ans est très -grand anatomisle. Piiil. Fred. Mèckel, De labijrintlii auris contentis. Argentor., 1777.

EX DE LEURS MALADIES

M. Boerhaave le niait , et M. Raaw son ami le soutenait (1); mais cette différence ij ne peut venir sans doute que de ce qu'ils ne s'entendaient pas. Quand on s'entend, jj il paraît que la réponse ne peut être j qu'uniforme. — M. Raaw n'a pas pu |, vouloir dire, comme on l'a fort bien re- ^ marqué , que les particules odorantes ,j portées sur le poumon nous fissent flaij rer l'odeur des fleurs, et il est bien évi- ^ dent que le tact ne démêle pas la saveur i j des aliments appliqués sur la main; niais ^ si l'on demande : La structure de tous los nerfs est-elle la même , et les chanf^ements qui font que les uns touchent, les i. autres voient, des troisièmes entendent, n'ont-ils lieu que dans leur expansion , dans l'organe, de façon que si le neif ,j optique était développé comme l'acous- , tique l'est dans le limaçon, il pût enten- ! dre? la réponse ne paraît presque pas .j douteuse, 'fout ce que nous connaissons des nerfs nous annonce que leur slruclj ture est la même; le tact leur est comu mun à tous; il n'y a presque aucun nerf de la tête, si l'on en excepte la première j et la seconde paire, qui ne fournisse jj des nerfs pour les muscles et pour la peau de la tête; la ciii(|uièiiie paire en lj fournit pour le poût, pour l'odorat, pour ;j le lad, pour le mousement musculaire. Il paraît donc que les mêmes nerfs sont propres à toutes les fonctions nerveuses. Les rnmeaux du nerf de la cinquième j paire qui vont au nez, y sont arrangés ,jj autrenient dans la membrane pituitaire qu'ils ne le sont à la langue; dans le j premier organe ils sentent, dans le second ils goûtent ; mais il est bien vraisemblable que celui de ces rameaux qui jj "Va au nez, s'il était allé à la langue , y aurait disting-ué les sels comme il distinj gue actuelleuient les huiles essentielles, ou que porté à l'œil il aurait vu; ainsi l'on peut dire avec vraisemblance que tous les nerfs seraient propres à toutes ^ les sensations, si leurs extrémités étaient portées aux organes de ces sensations , et épanouies convenablement à ces organes. Il n'y a qu'à lire la névroiogie de ) M. Raaw , pour s'assurer qu'il n'a pas voulu dire autre chose (2j. On voit que

,j (1) Boerhaave, Prœlect. ad instit., § ,j 1571, t. IV, p. 442.

ne (^) • Omnes hi nervi ratione substantiae j, înternœ non difTerunt, et qui sensu! famulantur iidem inservire possunt : ita ut différons elfeclus, qui a nervis editur, differentise potius organorum quibus in-

les nerfs du cerveau , du cervelet et de la moelle épinière peuvent tous servir au tact et au mouvement musculaire. Ce n'est peut-être qu'un peu plus ou moins de dépouillement qui les rend plus ou moins propres à telle ou à telle sensation plus qu'à une autre; et l'on remarque évidemment, comme l'a déjà vu M. Hal- 1er , que la même cause capable d'agir sur deux sens , quand elle a un certain degré de force, n'agit que sur un quand elle est plus faible; c'est ainsi que les rayons du soleil sont sentis par le nerf optique et par les nerfs de la peau, auxquels ils font éprouver le sentiment de la chaleur ; ceux de la lune ne sont aperçus que par l'œil. Ce n'est qu'à cette même différence de dépouillement que l'on doit sans doute attribuer l'extrême différence qu'il y a entre le degré, et même entre re>pèce de la sensibilité du tact dans différentes parties qui en sont également l'organe, et enire lesquelles on ne peut sans doute supposer aucune différence que dans leurs extrémités ; difTérence qui fait: 1" non - seulement qu'ils ne sont ni plus ni moins affectés, mais encore r|u'ils sont différemment affectés par les mêmes corps; 2" que les uns sont affectés par certains corps et non par les aulres; 3° que les mêmes nerfs chez la même personne sont affectés , dans certaines circonstances, par des impre-'Sions qui ne les affectent pas dans d'autres. — Un caractère commun des nerfs de tous les sens, c'est d'éprouver de la douleur, quand les impressions sont trop fortes: une lumière trop vive fait mal à l'œil , et il cherche à l'éviter ; excessive, elle détruit le nerf, ou au moins sa sensibilité on devient aveugle; certains bruits aigus font une douleur vive à beaucoup de gens; un certain degré de chaleur est doux , plus fort il brûle ; il en est de même des saveurs , des odeurs mêmes. Il est donc trèsvraisemblable , comme je l'ai déjà dit , que l'organisation est la même dans tous les nerfs , et que leur différence d'aptitude à tel ou a tel usage ne dépend que de leur façon d'être dans l'organe.

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