DES EAUX MINÉRALES TROIDES
§ 146. On peut les partager, comme les eaux thermales, en salines, suUureu-
(1) J'ai vu en 1777, une dame envoyée du nord de la France à Barèges, avec cet indiffôrentisme, à qui ces eaux réussirent si mal, qu'elle fut quatorze mois avant que de pouvoir reiourner chez elle : et j'ai vu en 1778, une dame, envoyée aussi légèrement à Conirexeville . à qui ces eaux occasionnèrent des pertes si fâcheuses, que, depuis ce moment, elle a perdu journellement ses forces, et est tombée dans une diarrliée que rien n'a pu même modérer, et qui l'a tuée sans acçidents violents.
ses, chalybées, et simplement spirilueuses ou imprégnées d'un principe aclif aérien sans aucun minéral (1) ; et il faut se rappeler qu'une partie de ce que j'ai dit des eaux thermales en général, sur leur cdmiposition , sur les effets du mélange, sur le mélange des classes, convient aussi auv eaux froides, dont très-peu appartiennent uniquement à ieur clas^e. Toutes sont plus ou moins gazeuses, et des trois premières classes, il y en a peu qui ne contiennent quelque principe salin ou terreux. Mais je dois remarquer que, parmi les thermales, les soufrées sont très-communes, les martiales très- rares, et qu'au contraire les soufrées sont très-rares parmi les froides, et les ferrées très communes. Dans la quatrième classe, on pourrait admetlre une différence analoijue à celle que j'ai admise daris la quatrième classe des eaux chaudes. Les unes ne sont que gazeuses; elles ressemblent à celles que l'on peut faire, ajoutant de l'air fixe avec soin à de l'eau commune ; mais avec cette différence qu'il y a entre les manipulations de la nature et celles de l'art ; et, quoi que l'on en ait dit, elle est trèsconsidérable : les autres contiennent une terre absorbante, ou une très-légère dose de sel alcalin, qui leur donne un peu plus d'activité.
Les salines, telles que celles d'Égra , qui contiennent un sel neu're, et qui sont peut-ëlre les premières de leur ordre ; les sulfureuses (telles qu'il y en a de très-bonnes à Piangins, à quelques lieues de Lausanne) , qui contieniienl aussi un sel amer, combiné avec un principe sulfureux, qui leur donne la plus forte odeur de soufre , et qui sont purgatives , conviendront dans les cas dans lesquels les remèdes de cette espèce seraient indiqués, mais en se souvenant toujours que les eaux salines sont préférables aux dissolutions de sel, comme les eaux chalybées aux teintures de fer. Les eaux chalybées, qui sont un puissant toniijue, et un remède souverain dans les maux de nerfs qui dépendent d'atonie, et dont l'action est si analogue à celle des buins
(I) Je n'exclus point les eaux nlumineuses, viirioliques, cuivreuses, etc. Je n'examine point si elles existent : ces recherches seraient l'objel d'un traité des eaux minérales. Ici je n'ai dû parler que de celles qui sont d'un usage général , que l'on emploie très-souvent dans les maux de nerfs.
chauds, deviennent très-irritanles dans un grand nombre de cas, et je les ai vues changer en épilepsie de simples mouvements convulsits. En général , elles ne conviennent presque jamais dans les maladies qui ont leur siège dans la tête , et celte vérité est trop ignorée. Si l'atonie n'attaque que les premières voies, on [)eut souvent les combiner avec succès avec les bains ticdes, qui empêchent qu'elles n'irritent. Celles qui, comme la Géronstère, contiennent un principe sulfureux volatil combiné au fer, ont une efficacité que l'on chercherait vainement dans d'autres remèdes.
Les eaux gazeuses, ou les acidulés simples, qui, malgré leur nom, sont presque toutes alcalines , sont un délayant, un édulcorant, un véritable anti- spasmodique. Leur effet est celui des bains de la quatrième espèce, et elles font le plus grand bien dans les maux de nerfs primitifs, qui ne tiennent qu'à àcreté, épaississement, manque de transpiration, ou sécrétions dérangées. Il y a cependant des cas dans lesquels la sensibilité est telle, que l'aclion du g.iz est très-forte. J'ai vu celles de Seitzer stimuler, et il a fallu en revenir à l'eau pure, ou à celle de Pi effer, qui est beaucoup moins gazeuse. Mais je sortirais de mon sujet si je m'étendais davantage sur les eaux minérales. Je n'ai dû rappeler ici que ce qu'il est important d'avoir présent avant que de se déterminer à les ordonner dans les maux de nerfs. On retrouver.i l'application de ces principes dans le traitement des maladies particulières.
DE l'aimant et de l'électricitÉ.
§ 1 47. J'ai déjà parlé de l'aimant et de l'électricilé en parlant des causes. Je n'ai presque rien de plus à dire du premier (lue ce que j'en ai dit alors. Je ne connais encore qu'une ob.servation qui atteste ses bons etïets d'une façon assez nette et assez sûre pour que j'ose la citer : elle est de M. Deharsu, célèbre chirurgien à Genève. Il était perclus des extrémités inférieures depuis cinq ans, et sujet à des froids de pieds, de jambes et de cuisses qui lui étaient fort incommodes, et il éprouvait le plus grand froid eu octobre 1775. Ce fut alors que, sur la réputation de ce nouveau remède, il appliqua sous ses pieds cinq pièces aimantées , et m ,lgré le rigoureux hiver de 1776 et 177G, non-seulement il n'a pas eu besoin une seule fois de chauffe - pieds , et il a
ET DE LEUaS MALAOIES.
toujours joui d'une chaleur suflisante ; mais il il rec uvié la lilierté du vt nlr('(I} , et n'a plus eu besoin d'aloès ; les douleurs de goutte se sont beaucoup mieux réglées qu'elles ne l'avaient été depuis vingt ans, et un principe Acre qui se déposait sur ses mains et sur ses avant - bras , avec beaucoup de prurit, a fort diminué et presque disparu. M. D. ajoute: Je viens d'obtenir un succès frappant sur la femme d'un ouvrier de la monnaie, nommé Cramer , atteinte depuis dix ans de crampes très-douloureuses à l'estomac (i).ïl parait évidemment qu'après l'application de l'ainuint, il y a eu moins de sjiasmes et plus de transpiration. Si de nouveaux faits démontrent enfin quelqu'une des vertus qu'on lui altr.bue, je serai empressé à en profiter.
§ 148. Quant à l'éleclricité , qui me parait un agent bien plus fort que l'aimant, j'ai déjà apprécié ses effets dans un autre ouvrage , et je vois que ces principes ont été adoptés par plusieurs médecins , dont la plupart ont paru avoir oublié que je les avais déjà publiés (;î). Je rappellerai ici ce morctau tout entier, tel que je le donnai en 1761 : j'y joindrai en notes un très-petit nombre di; nouveaux faits, qui confirment ce que je pensais alors; et c'est sur ces principes qu'il faut se décider, quand il s'agit de juger si l'on doit employer ce secours comme remède dans les maux de nerfs.
■ — En 1746 et 1747, plusieurs habiles physiciens, à la tète desquels on peut placer MM. Jalabert, Cruger, Craizenstein et Klein (4], pensèrent tous, sans
(!) Ce faii prouve qu'en faisant cesser le spasme des pieds, le remède fit cesser celui des intestins.
(2; Journal encyclopédique, juillet i^^G, p. 524. Dans le moment où l'on arrange ceci pour l'impression , je lis une nouvelle observation, Gazette de santé, 1779, n" 1, qui ne me paraît pas plus décisive que quelques autres, quoiqu'on soit porté à croire que l'aimant n'a pas été inutile.
(3) M. Hahn, De paralijsi sine nervornm et arteriarum lœsione , Hal., 1766, est le seul auteur qui ait cité mes remarques sur cet important objet : De electricitnte silebo , quia taboris olium mihifecit. Cet. Tissot, qui de line r.mteria disseruit in epist. ad Halleruni, § 11.
(/i) M. l'abbé Noilet dit, Mém. de l'Acad. , 1749, p. 28, qu'en février 1746 , il essaya d'appliquer l'électricité à un paralytique, mais que des circonstances
s'être communiqué leurs idées, que l'électricité serait un remède utile dans la paralysie, et l'observation que M. Jalabert publia était bien propre à accréditer cette idée. M. de Sauvages, son ami, fut un des premiers à l'adopti r, et il rendit compte de ses observations dans une dissertation soutenue par M. Deshaisfl).
— Le 9 avril 1748, M. l'abbé Noilet et M. Morand commencèrent des essais, à l'bôlel des Invalides, sur quatre paralytiques, et ils les continuèrent jusqu'au 1'"' juin avec beaucoup de régularité, sans obtenir aucun bon effet marqué :
niais ces observations, rendues publiques seulement plus de quatre ans après, ne servirent pas beaucoup à l'appréciation du mérite de l'éleclricité. Les premièresexpérieuces favorables avaient lait sa réputation , et il lui arriva ce qui arrive à tous les remèdes annoncés par quelque îuédecin de réputation, et soutenus de quelque cure éclatante : on s'enthousiasma, et depuis l'an 1747 jusqu'à 1756, une grande partie de l'Europe fonda la guérison de la paralysie sur l'électricité. On fit des expériences partout, mais avec des succès si différents, que la multitude des observations ne servait qu'a rendre la vertu du remède plus incertaine , et cette incertitude en dégoûta ; on l'abandonna presque entièrement.
Le seul moyen d'apprécier ce que l'on doit en attendre, c'est d'établir ses effets généraux d'après les observations, et de les comparer avec les indications qu'offrent les dittcrentes espèces de paralysie. Je renfermerai sous quelques articles ce qu'il y a d'essentiel à dire sur cet important objet. — 1° L'électricité rend le pouls beaucoup plus vite; et un grand nombre d'observations m'ont donné cette règle , c'est que l'électricité augmente la vitesse d'un septième: et quoique I\L Morand n'ei'il point éprouvé cet effet, et que M. Noilet croie que si on l'a observé , c'est sur les gens du peuple, effrayés par l'appareil de ces opérations (2) , il n'en est pas moins vrai que c'est un effet
étrangères au sujet interrompirent ces expériences. On verra plus bas qu'il ne les recommença que plus de deux ans après.
(1) J. Stepb. Desbais, Dissertatio de hemiplegin per electricitatem ctiranda , Monsp., 1749. On la trouve dans la collection de M. Haller.
(2) Mémoires de l'Académie, 11 i9, p. 39.
l)ËS NERFS
assez général ; mais il y a des sujets chez lesquels l'électricité opère peu, et il est naturel qu'elle n'accélère pas leur pouls.
— i" Elle augmente la chaleur et la pléthore apparente. — 3° Elle augmente constamment la transpiration (1) et quelquefois les selles et les urines. — 4o Elle produit des hémorrhagies et surtout celle des narines, telles que M. Wincler en éprouva lui-même , et j'en ai vu une assez grave. — 6» Il y a douleur dans l'endroit louché ; la peau est endommagée (2), les muscles sont mis en aciion malgré eux ; l'irritabilité du cœur, sorti du corps de l'animal, est animé plus puissamment que par l'esprit de vitriol. — C° Elle frappe d'une secousse cnnvulsive violente (3) ; elle est souvent suivie d'uue faiblesse de tête, de vertiges, d'un sommeil inquiet , troublé , coiivulsif, tel que je l'ai souvent éprouvé moi-même , et j'ai entendu beaucoup d'autres s'en plaindre.— 7° La lassitude et la faiblesse sont une suite inévitable du spasme et de la fièvre. — 8° La respiration conserve souvent une certaine gêne. — 9» Elle a produit une paralysie universelle des extrémités, doiitM.Opelraayer fut la victime.
— 10° Elle tue avec la promptitude de la foudre (4). — 11* Les cadavres, ouverts
(1) M. Nollet est un des premiers qui ait vérifié cet effet, d'abord sur des animaux, ensuite sur les hommes. Hist, de l'Acad. royale, 1748, p. 6, 7, 8 : ce qui seul ferait présumer fortement qu'elle rend le pouls plus vile.
(2) A Somme, en Italie, un homme fut louché par le tonnerre, qui lui fit une légère incision au front, par laquelle il se fit un écoulement de matière que rien n'a pu arrêter. Il mourut le vingt-unième jour. Gazette de Berne, mars 1775.
(3) Elle occasionne les accès d'épilepsie, elle augmente l'asthme convulsif.
Commenlar.de rébus in scient, iiatitral, etc. Kirckvolgh a vu les accès épileptiques devenir plus fréquents après l'électricité. Diar. med.-pract., p. 168; et un chasseur frappé du tonnerre, qui était resté loagtemps évanoui, ne pouvait pas être électrisé sans s'évanouir de nouveau.
(4) On a vu des exemples de paralysies guéries par un coup de tonnerre ; Diemerbroech, obs. 10. El on a vu aussi des paralysies produites par la même cause.
Sauri, Phtjs., t. iv, p. 85 et 109. J'ai vu un malade paralytique des extrémités inférieures , touché légèrement au front parle tonnerre, qui enflamma les rideaux de son lit, et incendia rapidement la
après une longue ëlectrisation, ont fait voir les vaisseaux du cerveau dilatés et gorgés de sang. — 12° L'électricité, appliquée aux animaux, a occasionné de violentes convulsions, des spasmes, des évacuations involontaires, des paralysies, de l'angoisse, l'écume à la bouche, la mort, avec un épanchement de sang dans la poitrine et dans le cerveau. Il paraît, par tous ces faits, que les principaux eflFets de l'électricité sont de donner la fièvre, d'occasionner des convulsions , de raréfier le sang, et de le porter au cerveau; quelquefois de produire ou d'augmenter la paralysie, et l'on doit faire la plus grande attention à ce que M. Thierry dit des effets de l'électricité ; je crois devoir rapporter ici un de ses articles les plus essentiels. J'ai ouvert trois cadavres de personnes électrisées : tous trois m'ont offert à peu près le même spectacle. Le dernier sujet avait été électrisé assez long- temps pour une hémiplégie, venue à la suite de quelques attaques d'apoplexie. La veille de sa mort, il se traîna jusqu'à moi, pour me prier de rétablir un peu sa tête ébranlée par les chocs terribles qu'il avait essuyés. Je le renvoyai au lendemain; et ce jour-là, on me dit qu'il était mort subitement. Je trouvai , à l'ouverture de la tête, le diamètre des vaisseaux de la dure et piemère si prodigieusement dilaté, que, dans quelques endroits, on eût pu y insinuer, sans efforts, une grosse plume de cygne. Sur le grand nombre de cadavres que j'ai ouverts , je n'ai jamais trouvé la dilatation et l'engorgement des vaisseaux de la tête portés à ce point (I).
§ 149. De ces faits on peut juger ce que l'on peut attendre et ce que l'on doit craindre de l'électricité. La fièvre et la pléthore sont souvent nuisibles dans la paralysie ; les convulsions le sont presque toujours , et si elles sont fortes, elles la produisent. On ne doit donc point employer l'électricité indistinctement dans toutes les paralysies, mais seulement dans celles qui ne dépendent point de la pléthore, et dans lesquelles on ne craindrait ni la fièvre, ni les effets des mou-
maison qu'il habitait, d'où son domestique eut à peine le temps de le sortir, n'en ressentir aucun effet ni bon ni mauvais. On a vu à Vienne l'électricité occasionner des apoplexies, des vertiges, des défaillances, un tétanos mortel. Kirckvolgh, Diarium medico-practicum, p. 168. (1) Médecine expérimentale, p. 246.
* ET DE LEDRS MALADIES
vements convulsifs, mais dans lesquelles, au conlraîrc, la fièvre pourrait être utile. Ainsi l'on voit pourquoi ses effets ont si fort varié, pourquoi elle a été louée par les uns, blâmée par les autres. Employée à propos, elle a été utile ; dans d'autres circonstances, elle anui. Sous la conduite d'un habile médecin , ce remède véritablement héroïque, et qu'il faut retenir en médecine, peut opérer de grands efl'ets, parce qu'il n'est employé qu'à propos : et voilà pourquoi il paraît avoir eu des succès à Vienne , dans l'hôpital Thc'résieii. mais on le vante mal à propos comme le spécifique des paralysies; et la sagacité de M. Camper lui avait déjà fait prévoir, en 1746, avant aucune expérience , que vraisemblablement les efl'ets de l'électricité étaient ennemis des nerfs, et qu'elle donnerait la fièvre (I).
On voit que l'électricité a été utile dans les paralysies des doreurs, et je n'en suis point surpris ; celte paralysie est une espèce d'engourdissement, occasionné par un poison stupéfiant, et les spasmes que l'électricité occasionne sont propres à détruire cet état ; elle réussira aussi vraisemblablement dans la paralysie qui succède aux coliques de plomb. Dans l'un et l'autre cas, il n'y a ni pléthore , ni fièvre, ni vice dans le cerveau : elle nuira dans un grand nombre d'autres.
Son plus grand usage sera dans les tempéraments lâches et peu irritables, qui ont besoin des stimulants les plus foris ; elle est vraisemblablement le plus fort de tous ; et comme tels sont souvent les tempéraments de ces enfants infortunés, qui naissent ou sourds, ou bornés dans leurs facultés, et pour lesquels ou n'a trouvé jusqu'à présent aucun secours, les secousses électriques pourraient - elles leur être de quelque utilité (2)? Ou ne
(1) De visu, 4. Leyde,1746. Thes. miscelt., n. 9.
(2) J'ai vu avec grand plaisir dans les journaux, qu'on l'a essayée à Paris il y a deux ans (c'est dix-huit ans après mon ouvrage), et avec succès, sur un enfant paralytique et imbécille. « M. Mauduil, habile physicien et savant médecin de la Faculté de Paris, vient de guérir, dans l'espace d'environ huit jours, un enfant qui était en même temps paralytique de la moitié du corps et totalement imbé- Cille. » Journal politique des Deux- Ponts, 1778, n° 5. Depuis lors M. Mauduil a continué à faire des observations, qui auront vraisemblablement tous les cafaetètes
as*!
se repentira pas de l'essayer (l). J'ajouterai ici encore une observation. Un habile architecte de mes amis avait depuis plusieurs années une petite tumeur sur la nuque du cou , qui , dès qu'il était réchauffé dans le lit , le faisait souflFiir, et l'empêchait de dormir, et qui le gênait même dans le jour pour attacher son tour de col. Etant à Paris , il alla par curiosité chez M l'abbé Nollet, avec JW. Blondel , et reçut plusieurs secousses électriques. Deux heures après, il commença à couler de son ne/, une humeur claire, qui coula à fil, sans interruptiiiU , pendant vingt-quatre heures, et beaucoup moins abondrtninienl les jours suivants. 11 est incroyable quelle quantité d'humeur il rendit. La tumeur disparut et n'est jamais revenue. — Les effets de l'éleciricité sur la paralysie n'ont- ils pas du rapport à ceux de la colère ? Ce qu'il y a de certain , c'est que l'électricité a guéri la paralysie chez quelques personnes, et l'a produite chez d'autres. Il en est de même de la colère.
Yoilà ce que j'écrivais il y a dix huit ans, et comme je ne m'occupais alors que de la paralysie, je n'envisageai point les effets de l'électricité relativement aux autres maladies de nerfs , mais ce que j'ai dit de ses effets généraux sert également, et démontre qu'elle est encore moins utile dans les maladies convulsives. J'ai connu un homme fort délicat, et dont les nerfs étaient très-mobiles, qui éprouvait une espèce de convulsion générale, sensible pour les autres , quand on tirait une étincelle électrique un peu forte à quelques pas de lui , et l'on comprend que l'extrême sensibilité , la grande mobilité ne peuvent pas s'accommoder de l'électricité. Feu M. Linnaeus avait déjà averti qu'elle était inutile aux hystériques (2). Si elle doit opérer de bons effets, ce sera dans les maladies qui dépendent d'une atonie dans les solides, et d'une viscosité
nécessaires pour les rendre véritablement însiruclives.
(1) Pendant un violent orage, le 10 août 1718j deux jeunes gens sourds et muels, recouvrèrent tout-à-coup l'ouïe {Aiinah Vraslilav., tent. 5, ann. d718), et on trouve dans les Mémoires de Slokholm, qu'une fdle de sept ans, sourde et muette dès sa naissance, recouvra peu à peu, par l'usage de l'électricité, l'ouïe, et ensuite apprit à parler, t, xiv. Trnka, Histor. Gophoseos.
(2) OEuvres, t. i, p* î62.
DES NEKFS
lente des liquides. Jl est certain que l'électricité sliiiiuie les solides, et augmente considérablement lu li(|uidité; les expériences les plus simples mettent celle dernière propriété sous les yeu\ de tous les physiciens : elle lait à cet égard le même eftet que la chaleur, m:iis plus puissamment; elle doit, par là même, réussir dans les cas où il y a un dérangement de transpiration , sans échauffement et sans sécheresse, dans les rhumatismes chroniques, dans les maladies où il y aura quelque autre évacuation supprimée ; en un mol, principalement dans les malalies qui dépendent du relâchement lie la fibre (I), et de la viscosité des humeurs. Et comme ces deux causes peuvent produire des maladies convulsives, elle pourra alors devenir très-utile ; elle rétablira les forces; elle réparera la nutrition, elle ranimera les mouvemenls utiles, elle fera disp^iraître les faux ; ainsi elle guérira les paralysies et les convulsions. Aussi M. ïurton, que j'ai déjà eu occasion de citer, m'a assuré avoir vu M. Cullen guérir, par ce moyen, des paralysies dans l'hôpital d'Edimbourg , et M. Haen , des cliorea vili dans celui de Vienne ; et un autre observateur a vu à Edimbourg une fille de dix-neuf ans, que la .suppression de ses règles avait rendue hystérique, entièrement guérie par l'électricité, qui les rappela (2); et ce retour est une suite de ce que j'ai dit plus haut , que c'était un de ses effets, que de produire des hémorrhagies. Je vois aussi deux belles cures de paralysie par l'électricité dans le même hôpital, mais ni l'une ni l'autre n'étaient la suite d'une apoplexie : elles paraissaient dépendre du froid. Dans l'une, presque tous les sens avaient souffert (3). On trouve dans dif-
(1) In morbis ex fxbra taxa et viscoso sponlaneo.
(2) Smibert , De menstrnis relenlis.
t Yirgo 19 annos nala ex menstruis diu et lotis refcnlis crebro liysterica, casis omnibus aliis in nosodocliio Edinensi cite electricilale restituebalur : post 1res menses denuo supprimunlur ; union vice applicata electricitate anlequani cubiculo exire potueril resliluebantur.
(3) Carniichael, De paratysi, éd. 1794.
• Ex electricitate vires augenlur, parles atropbicœ venusiatem récupérant, venœ manifcsiius apparent, cuti color amissus redit, et in uno casu cutem pilis vidualam illos recuperare vidi, p. 33. » Ces grands effets sgnt rares.
férenls ouvrages, dans presque tous les journaux, dans les gazettes, dins les affiches mêmes, des ohscrv.itioris sur les effets de l'éleciricilé. Les unes annoncent ses miracles , les autres son inutilité, des troisièmes ses dangers. Il serait très-inutile de les recueillir, parce (juc la plupart n'offrent point les détails sur leurs causes et sur l'état du malade, qui seraient nécessaires pour nous faire juger avec quelque confiance quelles sont les conditions physiques dans lesquelles elle a été utile; et ce n'est point des observations nombreuses, mais des observations bien faites, que l'on peut attendre la confirmation des principes que je viens d'ét iblir. m. Sauvages, qui avait observé altentivement cette partie, était venu , fondé sur les expériences, à en faire plus de cas dans les maladies rhumatismales (fue dans les maladies nerveuses, et il avait très-bien vu qu'elle était un tonique, puisqu'el'e rendit sous ses yeux, en très-peu de temps, la santé, la force et la couleur à un chirurgien qui était depuis deux ans dans la leucophlegtuatie (1 ). M. Signultde la Fond avait commencé à faire des expériences qui paraissaient donner des espérances ; et, s'il eût pu les suivre , son exactitude et son habileté à observer leur auraient donne le plus grand degré de confiance, et auraient répandu beaucoup de jour sur cette matière.
Il me reste à parler de deux secours trop négligés dans les maux de nerfs, mais qui, l'un et l'autre, sont Irès-ellicaces : le premier est la musique, et le second les frictions.
ARTICLE lY. DE LA MUSIQUE.
§ 150. M. Robinson et M. Lorry ont bien senti que la musique devait être regardée comme un remède des maux de nerfs, et ils en ont fait le sujet d'un article de leurs ouvrages : mais cet article est si vide de faits chez M. Robinson , qu'il n'apprend presque rien (2j. M. Lorry a beaucoup mieux rempli le sien , et l'a rendu très-intéi essant (3). Je profite-
(1) Epistolœ Ilallern , n" 483, f. rir, p. 136. M. Sauvages ajoule : « Scio in dubium ea revocari a Parisiensibus et Noletuni ea expérimenta falsiiatis insimulare : verum boc sanctc afifirmo mulliplicibus testimoniis, etc.
(3) T. Il, p. m.
ET DE Leurs maladies.
Tui (les obscrvalions qu'il a" ajoulces à celles d'Albrecht , et de celles de M. de Jaucourt (1) ; et j'y en joindrai d'autri's qui ne se trouvent ni dans l'un ni dans l'autre ouvrage, et quelques-unes qui me sont propres.
§ 151. La musique est vraisemblablement le premier des arts agréables, parce «ju'ii avait un modèle parfait dans le chant des oiseaux, que l'homme avait le moyen d'imitation tout prêt , et qu'il est peut-être né chanteur. Par là même, ses progrès durent sans doute être rapides ; et dans ces premiers temps, où tout était nouveau pour lui , où il observait tout . avec intérêt et avec attention, oii les sjslèmes, les opinions, les préjugés n'empêchaient pas de bien voir , on ne dut pas tarder h remarquer totis les effets que la musique opérait : on dut les voir dans toute leur étendue. On s'aperçut bientôt de tout son pouvoir sur l'économie animale; et, en voyant qu'elle agissait sensiblement sur la façon de penser et sur les passions , on s'en servit pour les régir; et l'on jugea avec raison que, puisque les passions avaient de l'influence sur le corps, la musique en aurait aussi ; et , si l'on s'étonne de lire ■ ((u'on ordonna la musique à Ulisse pour le guérir d'une plaie faite par la morsure d'un sanglier, c'est qu'on ne fait pas attention que rien ne nuit à la guérison des plaies autant que les passions tristes de l'âme, et que chez un homme vif, affairé, ambitieux , être alité par un accident, est un vrai chagrin, qui donne de l'ennui, de l'humeur, de l'impatience, de l'insomnie , et par là retai de sa guélison ; la musique guérit en ramenant le calme et la sérénité. D'ailleurs, la musique même , sans détruire la cause de la douleur, en ôte le sentiment; prévient par là l'irritation que la douleur produit, et contribue encore , par ce second moyen, à la guérison de la plaie. Enfin, comme il est certain qu'une situation agréable de l'âme augmente la transpira- I lion , la musique peut encore avoir été utile dans tes plaies à ce dernier titre. On les voit tous les jours s'envenimer par la peine , et s'aigrir par la douleur. J'ai vu moi-même une femme assez âgée, avoir un ulcère sur la hanche, que rien 1 n'avait pu faire fermer pendant deux ans qu'elle avait eu de l'inquiétude sur un
(1) Encijcloipédie , art. Musique, l. xn, p. 899.
Tissot^
flis qui était hors dit pays, et dont e'!e n'avait point de nouvelles, et qui se guérit assez promptement, quand ce fils désiré fut revenu dans une situation agréable. C'est sans doute comme un palliatif de la douleur, et en facilitant la transpiration , que la musique a pu être utile dans quelques douleurs de sciatique et de goutte, et qu'en suite de ces premières observations, elle a été recommandée dans ces maladies par des médecins. Il y en a des exemples dans plusieurs anciens écrivains. On voit dans un historien, qu'Albert, duc de Bavière, fils de Frédéric , calma les douleurs cruelles de la goutte , par une musique douce et soutenue; etC. Gessnercite l'observation d'un Italien souftVant de la sciatique depuis un an, qu'une musique dansante anima à la danse, et qui, ayant dansé tous les jours pendant une semaine, se trouva parfaitement guéri (I).
Dans le premier cas, on voit l'efl'et de la simple musique : dans le second, elle paraît n'avoir agi qu'au moyen de l;i danse, et c'est l'exercice qui a fait du bien. Mais quel est l'homme soullVant d'une sciatique qui se mît à danser, si la musiqt\e ne ranimait pas, et ne commençait pas à soulager ses douleurs. J'ai vu un exemple frappant de son action générale chez un jeune homme qui, ayant eu la rougeole très-forte , à Monipellier en 1746, dans l'été, n'avait repris ni ses forces, ni son bien-être au bout de trois mois; mais qui, sans maladie, restait dans un état de langueur; il alla à la messe de l'ouverture des étals : il y avait ce jour-là une musique superbe, qui lui fit un singulier plaisir : il sortit beaucoup plus à son aise et beaucoup plus fort, et, dès ce moment , il se remit complètement. Ces effets paraissent ceux de la simple musique dansante, dont un autre effet est celui de diminuer la fatigue. M. Lorry remarque très-bien que l'exercice, aidé du rhy llime, peut être continué beaucoup plus long-temps. Il cite l'exemple de jeunes personnes , que le plus petit exercice fatigue, et qui , dans un bal, passent la nuit à danser continuellement: et il ajoute que M. le maréchal de Saxe avait remarqué que, si l'on bat la caisse en marche , les troupes sont beaucoup moins fatiguées. Les chasseurs éprouvent tous les jours que la chasse, avec une
(1) Ruuiler, Cent, observ., 98. Albrecht, ib,
BES NÏRFS
meute (jui donne beaucoup de voix, les fatigue infiniment moins que quand ils chassent en silence. Cependant les plus grands efTets de la musique sont sur les passions , et sur les maladies véritableinent nerveuses ; et on a , à juste titre, divisé cette musique en incitative et en calmante, Ses effets moraux étaient déjà connus à la même époque que ses effets physiques; et dans le temps qu'on guérissait la plaie d'Ulysse par la musique, lui et Aganiemnon avaient placé auprès de leurs épouses, des musiciens, Phccmius et Démodoce, qui étaient chargés d'entretenir leur chasteté en leur jouant sur le mode dorique (>}. Si le succès de Dé-
(1) Les anciens avaient quatre principaux modes : le Eorien, destiné aux chants graves et religieux ; le Phrygien, qui portait à la fureur; le Lydien, propre aux complaintes; et VEolien, qui inspirait l'amour et le plaisir. Toute la doctrine de la musique des anciens est Irès-obscure, et en général on est très-porté à en juger assez défavorablement, et à révoquer en doute, ou à rabaisser considérablement ce qu'on rapporte de ses eCfets. On se fonde principalement sur ce qu'ils n'avaient point l'art des différentes parties; sur ce que leurs instruments étaient moins parfaits, moins nombreux; sur ce qu'il ne s'est rien conservé de leur musique. Je ne suis point dans le cas de pouvoir dire, sur cette question, tout ce qu'il doit sans doute y avoir à dire; mais on me permettra quelques remarques, qui serviront à prouver que je n'ai pas cru rapporter des faits totalement fabuleux.
lo Si l'on fait attention que la poésie, la sculpture r la peinture, la gravure et l'archiîeclure, ont été portées par les anciens à un point auquel les modernes ne paraissent pas encore avoir atteint, on îera plus disposé à croire que la musique, art du même genre, doit aussi avoir été portée très loin, et peut-être même plus loin, comme je l'ai déjà dit.
2» Quoiqu'ils n'eussent point l'art de faire harmonie avec des chants différents, et qu'ils se bornassent à faire jouer la même mélodie sur un autre -ton , il me semble que l'impression que fait la musique est due bien plus à la mélodie qu'à l'harmonie : et si cela est, comme il est certain que la composition fait perdre un peu de l'effet du chant principal, n'est il pas vraisemblable que l'harmonie, qui consistera dans la réunion du même chant, joué sur différents tons, à l'octave, à la quinte, par exemple, les uns des autres, en étonnant moins, en flattant
modoce n'est pas à l'avantage de la musique, le fait prouve au moins la confiance; et celte confiance ne pouvait être fondée que sur quelques observations, qui se reproduiraient peut-être, si l'on était aussi attentif à observer aujourd'hui , qu'on paraissait l'être alors : et plus de huit cents ans après ces deux musiciens, on croyait encore à celte influence de la musique sur les mœurs, puisque Tiraothée fut jugé publiquemect à Lacédémone, pour avoir fait à la guitare des changements, qui, en rendant ses effets plus attendrissants et plus volu})tueux, pouvait corrompre les mœurs ; il fut obligé d'arracher en public les cordes
même moins l'oreille, conservera mieux tout l'effet que doit produire le chant simple? M. Rousseau, qui a fait plus que personne sa musique pour ses paroles, et qui a voulu qu'elle eiît le même esprit, la même expression , a composé plusieurs symphonies dont toutes les parties ne sont presque que la même mélodie sur différents tons : il a jugé peut-être que des mélodies différentes affaibliraient ou couvriraient cette expression; son opéra est cependant un de ceux qu'on peut entendre le plus souvent.
Quant au nombre et à la perfection des instruments des anciens, il est vrai que nous avons quelques instruments qu'ils n'avaient pas, et qu'on a perfectionné quelques-uns de ceux qu'ils avaient, mais les instruments que nous avons de plus qu'eux, sont- ils ceux qui ont le plus d'expression , et un peu plus d'étendue rend-elle un instrument plus propre à mouvoir les passions? Il faut imiter leurs tons, et elles ne sont jamais au chevalet.
S'il ne nous est rien parvenu de la musique ancienne, cela prouve simplement ce que l'on sait déjà; c'est que les beaux arts périrent dans les siècles de barbarie, encore plus que les sciences. Les couvents furent un asile pour celles-ci , et ils méprisaient les beaux arts. D'ailleurs, il a péri tant d'ouvrages de sciences, tant de poètes, il s'est conservé si peu d'exem* plaires des meilleurs, qu'il n'est pas sur-» prenant que des ouvrages de musique, infiniment plus rares, qui n'étaient lisibles que pour peu de gens, et vraisemblablement, au bout de quelques années, pour personne, aient totalement disparu.
Il y a peut-être de nos jours en Europe, quatre à cinq mille exemplaires de quelques mauvaises tragédies, et trois ou quatre cents du Devin du village, ou du meilleur opéra de M. Grétry. J'ajouterai encore, que si l'on se rappelle le goût ex-.
ET DE LEURS
qu'il avait ajoutées, et il fut chassé de la ville (1).
cessif des Grecs pour tous les beaux arts, si l'on fait attenlioa à quel point ils avaient porté la finesse de la critique en ce genre, si l'on remarque qu'ils paraissaient singulièrement organisés pour les cultiver, on comprendra qu'ils ont dû porter la musique très-loin ; et ceux qui ont entendu opérer des effets étonnants avec un simple sifflet, comprendront comment, sans beaucoup d'instruments, ou sans des instruments fort composés, on peut faire beaucoup de choses en ce genre. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils avaient des règles sûres pour adapter la musique aux circonstances, et nous ne les avons pas. A travers l'obscurité qui règne encore sur l'histoire des flûtes droites et gauches, on voit cependant que la musique qui s'exécutait sur l'une, avait des caractères absolument différents de celle qui s'exécutait sur l'autre , et le directeur d'un spectacle pouvait ordonner de la musique pour un événement sacré, gai, triste, et était sûr d'être obéi. Aujourd'hui il y a de la musique pour toutes ces circonstances, mais les règles n'en existent que pour le goût des compositeurs, ainsi, à cet égard, nous paraissons avoir perdu. Et en général on peut dire ce que j'ai déjà dit, c'est que des nations chez lesquelles ont éclos tant de chefs-d'œuvre des beaux arts, modèles éternels de la postérité, ont dû naturellement porter la musique à un grand point de perfection, et cette musique a dû, à mérite égal, opérer de plus grands effets, j'en conviens, parce qu'ils avaient plus de réceptivité : ils la sentaient mieux ; ils devaient en être plus affectés. Chez les nations les plus policées de l'Europe, la majeure partie des habitants est peu sensible aux plaisirs des beaux arts ; les chefs-d'œuvre des Apelles, des Phidias, des Timolhée, ne sont rien pour eux. il n'y avait peutêtre pas un Athénien qui ne sût distinguer une couleur fausse et un faux ton , et en général les pays chauds paraissent donner la plus grande perfection à nos organes pour la musique ; le Languedoc est la province de France la plus féconde en musiciens; on en trouve un plus grand nombre dans le royaume de Naples que dans le reste de l'Italie, et un très-bon observateur a remarqué que les nègres avaient dans leurs danses une précision que l'on ne trouve point chez les Européens.
(Voyage à la Martinique, par M. deChanvalon, p. 66.)
(1) On rapporte un fait à peu près sem- MabU Sdiman Iti Franç«i$ l^f lui
MAIADIES. 259
Quand Achille s'emportait , CÉtiron jouait de la guitare pour l'apaiser , et Cliriias se servait de cet instrument pour se calmer lui-même, quand il sentait qu'il allait s'irriter, ou pour se calmer, quand il s'était fâché. Le chancelier Th. Morus se servit de la musique pour adoucir l'humeur de sa femme. — Mais l'exemple le plus détaillé, le plus avéré, et presque aussi ancien que le siège de Troye, d'une maladie nerveuse, guérie par la musique, c'est celui de la mélancolie , tantôt triste , tantôt violente , de Saiil, si bien calmée par la harpe de David. Asclépiade avait regardé ce bel art comme le remède essentiel des phrénésies, et de toutes les maladies de l'esprit; et Aretée l'a recommandé contre une espèce de mélancolie religiieuse. — Si la musique pouvait entretenir les vertus , calmer les passions, guérir les maux moraux et physiques , il n'est pas étonnant qu'elle pût aussi animer trop les passions ; et l'exemple le plus frappant que l'antiquité nous fournisse, est celui d'Alexandre , que Timothée pouvait jeter dans la fureur, et qu'il calmait sur-lechamp en changeant de mode. L'histoire moderne fournit l'exemple d'Éric-le-Bon, roi de Danemarck, qu'un musicien jeta avec toute sa cour dans une profonde tristesse, ensuite dans la joie la plus vive, et enfin dans une agitation si emportée, que le roi qui , prévenu de l'effet qu'attendait le musicien, avait fait ôter toutes les armes , enfonça une porte pour en avoir, et tua quatre personnes (ij. Plus récemment encore, Goudimel, ce fameux musicien du seizième siècle, jouant aux noces du duc de Joyeuse , anima si fort un des assistants , qu'il voulait absolument se battre avec quelqu'un : mais alors on commença à chanter un air dans le mode sous-Phrygien , qui le rendit tranquille comme auparavant (2j. Amu-
avait fait présent d'une bande de musiciens : il les reçut d'abord avec plaisir et s'en amusa beaucoup; mais, s'étant aperçu qu'ils faisaient une trop forte impression sur le peuple, qui paraissait prendre une passion pour cet art; craignant que les esprits ne s'amollissent, il fit briser les instruments et renvoya les musiciens. Prœtorius , de musica vocali, Albr., p. 78.
(1) Albrecht, p. 95. Lilio Giraldi dit avoir vu quelque chose de semblable chez Léon X.
(2) payle, art, Goudimel. M, Rous^çau,
rat IV , qui venait de massacrer ses frères, fut si fort adouci par un habile joueur de psallérioii, l'un des condamnés, que, non seulement il en oblinl la vie et celle de ses amis, mais qu'il arracha même des larmes à ce barbare empereur (l).
Sans examiner jusqu'à quel point ces bisloires , et plusieurs autres qu'il est inutile de rapporter , sont exactes , on peut remarquer que les hommes les plus éclairés et les plus sages de l'antiquité, ont donné beaucoup à la puissance de la musique. Pylhagore , Platon , Cicéron , Lucien, Phitarque, Pline, en faisaient le plus grand cas , et lui attribuaient la plus grande influence sur les mœurs ; et Polybe altribue la férocité des Cynétliiens à ce qu'ils étaient les seuls peuples de l'Arcadie qui ne connussent pas la musique {2). — Mais quoique tous ces laits prouvent les impressions de la musique sur l'homme (3), on en a de plus modernes et (jui décident plus complètement son effet médicinal. — D'abord, il est ce. taiu que l'on voit souvent , dans la partie méridionale du royaume de Kaples, guérir une espèce d'bypocliondrie particulière à ce pays- là, qui attaque surtout dans les saisons chaudes , et qui se reproduit quelquefois plusieursannées
qui rapporte ces faits, ajoute en parlant du dernier : . Gela est dit avec autant de confiance que si Goudimcl eût pu savoir exactement en quoi consistaient le mode Phrygien et le mode Hypophrygien.
(1) Haller, Èlern. pliys., t. v. p. 304.
(2) Albrecht, p. 75.
{"j) FA\c agit aussi sur quelques animaux : on en voit tous les jours qu'elle parait atîecler, les uns agréablement, les autres désagréablement. 11 y a des chiens qui paraissent donner quelque attention à la musique; d'autres soulfrent et hurlent dans les concerts les plus agréables , et un ami de M. Mead vit un chien, qu'un ion qui lui élail désagréable, répété souvent, jeta dans une agitation, un malaise el des convulsions qui ne cessèrent que par la mort. V. Enajclop., art. Musique, t. X, p. 904.
Vigneule-Marville eut la curiosité d'observer rcffct de la musique sur différents animaux. Il parait qu'il était bien faible sur quelques-uns, et totalement nul sur d'autres. Mélanges d'histoire et de littérature, t. 11, p. 82. Il rapporte, dans le môme endroit, que la plus belle musique attristait singulièrement Juste Lipse; mais j'ai dit ailleurs combien Juste Lipse était malade.
NJîRFS
de suite à la même époque. On a attribué très long-temps cette maladie à la morsure de la tarentule; mais il est bien démontré aujourd'hui que la tarentule n'y a aucune part. Un Suédois, iVl. Koeler, est le premier qui l'ai prouvé; et M. Serao l'a confirmé avec plus de détail (I) : mais il suffit que le peuple soit frappé de cette opinion, et que les tarentules soient fréf|uentes dans ce pays, pour que, dès que quelqu'un est atteint de cette maladie, ou le croie mordu par cet animal; et, si l'on se rappelle ce que j'ai dit plus haut de la force iinitative dnns les maux de nerfs, on comprendra aisément comment cette maladie peut prendre la même forme chez tous les individus. Ce qu'il y a aussi de commun chez tous, c'est que la musique les guérit : un violon essaie plusieurs airs dansants en leur présence, jusqu'à ce qu'il en ait trouvé un qui fasse impression ; alors le mal.ide s'anime peu à peu, il se met à danser, danse quelquefois pendant plusieurs heures de suite ; et cet exercice , répété plus ou moins souvent, ne manque jamais de le guérir, soit dans une première attaque, soit dans les suivantes, si elles se répètent. C'est peut-êtie l'idée que cette maladie était l'effet de la morsure d'une tarentule, qui conduisit à essayer la musique, que Galien a déjà recommandée contre la morsure des vipères et des scorpions de la Fouille : et dans ce siècle, M. de Sault, ce sage médecin de Bordeaux , l'a employé avec succès contre la morsure des chiens enragés , dans laquelle il voyait bien que les nerfs jouaient le plus grand rôle (2). Un médecin guérit une femme devenue folle par l'inconstance de son amant, on introduisant dans su chambre, sans qu'elle les vît , <les musiciens qui lui jouaient , trois fois par jour, des airs bien appropriés à son état. Un organiste, qui était dans un délire violent, fut calmé par un concert que quelques amis exécutèrent chez lui (3j; et M. Albrecht, que
(1) Haller, Elem. pliys., liv. xv, L. 3, § 14. t. V, p. 305.
(2) M. de Sauli recommandait aussi la musique dans l'étisie.
(3) Encijclop., ib., p. 906. On lit, dans le même endroit, que les Américains se servent de la musique dans presque toutes les maladies, pour dissiper la crainte et ranimer le courage et les forces du malade. <i J'ai ouï dire à une personne de qualité, qu'étant subitement frappée
ET DE LEURS MAtADlES.
j'ai si souvent cité, guérit un honinie extrêmement liypochondre, et extrêmement faliçué des remèdes, qui dans un accès très fort , lui demandait instamment un remède prompt et efficace, en lui chantant une chanson , sans doute très-plaisante, qui l'égaya si fort, qu'il sortit du lit en faisatil des éclats de rire, et il se trouva parfaitement guéri (1). Mais les faits les plus détaillés sont ceux qui sont consignés dans les Mémoires de l'Académie des sciences, et que je crois devoir rapporter en entier ; ce sont les cas particuliers, et non pas les préceptes généraux qui décident à essayer, et ceux-ci sont bien propres à produire cet effet.
n Un musicien illustre, grand compo- » sileur, fut attaqué d'une fièvre, qui, « ayant toujours augmenté, devint con- » tinue avec des redoublements. Enfin , » le septième jour, il tomba dans un dé- » lire très-violent, et presque sans au- » cun intervalle, accompagné de cris, » de larmes, de terreurs, et d'une in- » somnie perpétuelle. Le troisième jour » de son délire, un de ces instincts na- » turels , que l'on dit qui font chercher }> aux animaux malades les herbes qui M leur sont propres , lui fit demander à w entendre un petit concert dans sa ») chambre. Son médecin n'y consentit » qu'avec beaucoup de peine. On lui » chanta les cantates de M. Bernier. Dès » les premiers accords qu'il entendit , » son visage prit un air serein ; ses yeux » furent tranquilles, les convulsions ces- » sèrent absolument ; il versa des larmes » de plaisir, et eut alors pour la musique » une sensibilité qu'il n'avait jamais eue, » et qu'il n'a plus eue étant guéri. Il fut » sansfièvredurant tout le concert; et, dès » que l'on eut fini, il retomba dans son » premier état. — On ne manqua pas de » conlinner l'usage d'un remède , dont ,« le succ'^s avait été si imprévu et si lieu- » reux : la fièvre et le délire étaient lou- »' jours suspendus pendant les concerts, » et la musique était devenue si néces- » saire au malade , que la nuit il faisait
d'une maladie violente, au lieu de recourir aux médecins, elle fit venir des Violons, qui lui douniiront si bonne aubade, que les viscères étant émus, et les luinieurs venant à se fondre, elle recouvra en peu d'heures une santé parfaite. « Vigneul-Marville , Mélanges, etc., t. i, p. 196, (t) § .",14.
)) chanter et même danserune parcntequi )< le veillaitquelquefois, et qui, étant fort » affligée, avait bien de la peine à avoir )) pour lui ces sortes de co:n|ilaisnnces. "Une nuit , entre autres, qu'il n'avait w auprès de lui que sa garde, qui ne sa- » vait qu'un misérable vaudeville, il fut » obligé de s'en contenter, et en ressen- » lit quelque effet. Enfin , dix jours de 1) musique le guérirent entièrement, sans » autres secours que celui d'une saignée » du pied , qui fut la seconde qu'on lui » fit, et qui fut suivie d'une grande éva- )) cuation. M. Dodart rapporte cette his- » toire qu'il avait bien vérifiée. Il ne pré- K tendait pas qu'elle piit servir d'exem- )) pie ni de règle ; mais il est assez cu- » rieux de voir comment , chez un hom- » me dont la musique était , pour ainsi )) dire, devenue l'âme, par une longue » et continuelle habitude , des concerts » avaient rendu peu à peu aux esprits leur » cours naturel. Il n'y a pas d'apparence » qu'un peintre pût être guéri de même » par des tableaux; la peinture n'a pas » le même pouvoir que la musique sur » le mouvement des esprits, et nul autre » art ne la doit égaler sur ce point (1).»
Le second fait est peut-être encore plus frappant, parce que le malade était plus mal. « Un maître à danser d'Alais » s'étant, pendant le carnaval de 1708, » d'autant plus fatigué aux exercices de » sa profession qu'ils sont plus agréables, » en tomba malade dès le commencement » du carême. Il fut attaqué d'une fièvre » violente, et le quatrième ou cinquième » jour il tomba dans une léthargie dont )> il fut long-temps à revenir. Il n'en re- » vint que pour entrer dans un délire fu- » rieux et muet, oii il faisait des efforts » conlinue's pour sauter hors de son lit ; » il menaçait de la tête et du visage ceux » qui l'en empêchaient, et même tous )> ceux qui étaient présents , et refusait » obstinément, et toujours sans parler, » tous les remèdes qu'on lui présentait. » M. de Mandajor le vit en cet état : il )) lui tom'oa dans l'esprit que peut-être ); la musique pourrait remettre un peu » celte imagination si déréglée, et il en w fit la proposition au médecin, qui ne » désapprouva pas la pensée; mais il crai- » gnit avec justice le ridicule de l'exé- » cution , qui aurait été encore infini- » ment plus grand, si le malade fût mort
(l) Hist. de l'Acad. royale des sciences, 1701, p. 8.
» dans l'opération d'un pareil remède.
» Un ami du maître à danser, que rien j) n'assujélissait à tant de ménagements, 3) et qui savait jouer du violon, prit ce- 5j lui du malade, lui en joua les airs qui » lui étaient les plus familiers. On le crut ■» plus fou que celui qu'on gardait dans » son lit, et on commençait à le charger « d'injures; mais presque aussitôt le ma- » lade se leva sur son séant comme un 3) homme agréablement surpris ; ses bras » voulaient figurer les mouvements des « airs ; mais, parce qu'on les lui rele- >) nait avec force, il ne pouvait maïquer 3) que de la tète le plaisir qu'il ressentait. ^> Peu à peu cependant, ceux-mêmes qui » lui tenaient les bras, éprouvant l'effet 3) du violon, se relâchèrent de la violence M dont ils les tenaient, et cédèrent aux » mouvements qu'il voulait se donner à 3) mesure qu'ils reconnurent qu'il n'était 3) plus furieux. Enfin, au bout d'un quart- 3) d'heure, le malade s'assoupit profon- 3) dément et eut pendant ce sommeil une 3) crise qui le tira d'affaire (J). » M. de Sauvages a vu un jeune homme qui, dans chaque redoublement d'une fièvre intermittente, avait un mal de tête de la plus grande violence, que le bruit d'une caisse de tambour à côté de son lit soulageait singulièrement (2).
Enfin , plus récemment encore, M.
Pomme a employé le violon avec succès pour calmer une jeune personne qui avait des accès hystériques de la plus grande force (3); et je puis joindre ici deux faits qui, s'ils ne prouvent pas l'utilité de la musique comme remède, prouvent au moins son influence sur les nerfs, et assurent par là même que, bien dirigée, elle peut leur être utile. Un jeune homme fut atlaqué, sans cause apparente, d'un premier accès d'épilepsie ; sur la fin de l'accès il entend de la musique; huit semaines après il en entend de nouveau, et elle lui donna un second accès. Dès-lors, si de huit en huit semaines il
(1) Académie des sciences, 1708, p.
172, an. 6.
(2) T. ir, p. 231, Tamitismus.
(3) Traité des vapeurs, t. i, p. 16. i La puissante harmonie du violon acheva de rétablir les fonctions du cerveau , de l'œil, de l'oreille, etc. » Celte jeune personne était dans le cas dont j'ai parlé ailleurs. Pendant l'accès, ses facultés étaient singulièrement augmentées , et
elle fei^ait (^çs vers çharmants.
entend delà musique, 11 est certainement attaqué. Dans l'entre-deux elle ne Ini fait rien (1). — Le second fait est tiré d'un mémoire à consulter que je reçus de Ham en Westphalie, il y a dix ans, pour un enfant de sept ans, qui,- depuis environ deux ans, sans accident marqué, avait si fort souffert dans sa faculté de parler, qu'il ne pouvait pas même prononcer une syllabe sans les plus grands efforts, et qui, aimantbeaucoup la musique, passait souvent des heures au clavecin. Dans certains temps, il n'y avait que certains tons qui lui fissent plaisir ; mais on voyait que tous les autres lui étaient si fâcheux, qu'ils lui donnaient des convulsions dans les muscles du visage, des yeux , de la mâchoire , et quelquefois même dans les muscles plus éloignés.
Il me paraît que, de tous ces faits, on est fondé à conclure que les impressions de la musique sur le genre nerveux sont trop marquées, pour qu'on puisse douter qu'elle ne doive pas avoir une grande influence sur la santé, et contribuer puissamment à opérer des guérisons, surtout dans les maladies nerveuses ; et il serait à souhaiter q u'on l'employât plus souvent dans l'hypochondrie , et dans les différentes espèces de démence : on pourrait sans doute s'en promettre d'infiniment meilleurs effets que des remèdes désagréables et fatigants que l'on emploie si opiniâtrement. Ce remède s'applique sans violence , se répète aussi souvent que l'on veut, se continue aussi longtemps qu'il paraît être nécessaire , et ne peut jamais avoir aucun inconvénient. Il est si fâcheux pour les médecins de ne pouvoir point très-souvent épargner aux malades des remèdes dcgoi!itants et fatigans, qu'il devra leur être bien doux d'en employer quelquefois d'agréables ; et celui-ci aurait l'avantage de suspendre au moins le sentiment du mal, lorsqu'il ne pourrait pas en dissiper la cause. M. BerdoU, le fils, médecin de Montbelliard, qui, au vraie génie observateur, joint des connaissances très-étendues et des observationstrès-nombreuses et très-bien vues, m'a dit avoir remarqué de trèsbons effets de la musicjue dans cette tristesse, accompagnée d'une espèce de petite fièvre nerveuse que quelques enfans éprouvent dans le temps du dessèchement de la petite vérole, et qu'il attribue à
(5) Rruger, De lecjc mluroc, § 22, tiré de Sçharsçhmidt,
ET DE LEURS MALADIES
l'impression du miasme sur le genre nerveux.
DES TRICTIONS.
§ 152. Un aulre remède, moins agréable sans doute que la musique, mais qui ne donne non plus aucun dégoût au malade, qui ne fatigue point son estomac, qui n'use point ses forces, qui n'exige aucune dépense, et qui est d'une trèsgraude efficacité, ce sont les frictions, qui sont encore un de ces remèdes dont les anciens faisaient bien plus d'usage et tiraient bien plus de parti que nous, et sur lesquelles on n'a rien dit d'essentiel, que ce qu'en avait déjà dit Celse. Tombées presque entièrementen désuétudecomme remède, peu de médecins les conseillaient, mais quelques charlatans les employaient comme une panacée. P. Borelli en cite un en France, et Viilis un aulre en Angleterre, qui s'en servaient avec succès dans plusieurs cas. C'est aux médecins anglais du siècle dernier que l'on a obligation de les avoir rappelées, à peu près en même temps que les bains froids (i).
Je ne dois point m'occuper ici de tous les bons effets des frictions dans différentes maladies : je me bornerai à indiquer leurs effets généraux, et je ne les envisagerai en détail que relativement aux maux de nerfs. Hippocrate avait déjà apprécié les effets de^ frictions. Elles peuvent résoudre, dit- il, contracter, incarner, diminuer, suivant leur degré de force (2), et Aristote voulait qu'on s'en servît pour rendre le corps perspirable. Asclépiades en faisait un grand usage ; mais Celse n'a pas craint de dire qu'il n'avait cependant rien fait dont le fond de la doctrine ne se trouvât dans Hip-
(1) Fuller est, si je ne me trompe, le premier qui en ait fait le sujet d'un chapitre particulier {Of cliasing ; medicin gymnastica, in-S». Lond., 1704, p. 210). M. Lincli en a fait aussi un arlicle à part : Guide to heattli , pavl. iii , ch. v, in-S". Lond., 1754. Mais l'auteur qui en a traité le plus en détail , c'est M. Adolph, professeur à Leipsick, dans une très-bonne dissertation qui se trouve dans le recueil de toutes celles dont il est l'auteur, et qui sont toutes bonnes. Adolph, Dissert, pliys. med., in-4°. Leips., 1747, p. 429.
(2) De medic. ojfic, 1. ii, Cliart., t. n. Dans un aulre endroit, De articulis, il les emploie pour redonner de la force aux parties affaiblies.
pocratç. Comme Asclépiades n'a rien écrit, Celse est le premier qui ait détaillé leurs effets avec la plus grande justesse (1) : mais on peut dire de lui ce qu'il disait d'Asclépiades, et cela est encore vrai de Galien, qui a parlé des effets des frictions dans plusieurs endroits de ses ouvrages (2), et qui paraissait en faire grand cas. Et en effet, on ne peut riea ajouter aux principes généraux d'Hippocrate ; mais on peut les envisager sous des points de vue un peu différents.
1" Les frictions peuvent être considérées comme n'agissant quesur la peau, et leurs eftets sont les mêmes où on les ajiplique. 2° On peut les envisager en tant qu'elles agissent sur les viscères du bas-ventre. 3' On doit apprécier leurs effets sur la transpiration, indépendamment de leur action sur la peau. 4° Il faut examiner leur efficacité relativement à la force ou à la faiblesse de la fibre et à l'augmentation ou la diminution de la nutrition.
6» Leurs effets sur le genre nerveux méritent une attention particulière. G» Leurs effets, quand elles sont jointes à quelques applications, doivent aussi être envisagés séparément. Je détaillerai ces effets les uns après les autres.
1° Il n'y a personne qui n'ait frotté .ses mains pour les réchauffer ; et ce fait commun, bien examiné, suffirait pour apprécier tout ce que l'on peut attendre des frictions. On voit encore à l'œil leur effet dans les saignées : si le sang coule mal on frotte le bras, et le jet reparaît. Il est donc certain que les frictions accélèrent le mouvement du sang ; d'abord dans les veines qui sont plus superficielles, ensuite dans les artères si on les fait plus fortes ou si on les prolonge; et cette friction peut être portée au point d'enflammer la peau, de précipiter la circulation et de donner une fièvre ardente. L'effet de la friction est donc de mettre en mouvement les humeurs croupissantes et épanchées. On s'en sert souvent pour dissiper des tumeurs, pour les atténuer, pour désobstruer les vaisseaux, pour détruire les effets qui étaient une suite de celte o' struction, pour ranimer l'action des vaisseaux, et pour rétablir la circulation dans ceux oîi elle est trop languissante ; et ces effets ne se bornent point à la par-
(1) De medicin., 1. n, ch. lxxiv.
(2) De snviiate tueitd., 1. v, cli. iii. De tneih. medend., iiv. iv, cli. xvi; liv. vi, ch. VII, etc.
tie sur laquelle elle agit, mais ils influent sur Icule la machine. Aussi Celse el depuis lui Zecclutis, se sont servis des frictions sur les hriis, les cuisses, les jambes pour ranimer l'iiction de l'estomac.
2° Ces mêmes effets, qu'elle produit sur lestcgiimentset sur lesniusclesexlérieurs, elle les ])roduit sur toutes les parties auxquelles son action peu s'étendre; et comme les viscères du bas-ventre ne sont coiiveris que pardes parties molles, il est certain que les frictions opèrent sur eux d'une façon très-sensible, en dissipant les engorgements, en atténuant les humeurs croupissantes, en les faisantcouler, en ranimant l'action de l'estomac, des intestins et de tous les viscères, en déplaçant les vents : aussi il n'y a point de remède qui opère aussi utilement que la friction dans toutes les maladies chroniques du bas-ventre , qui dépendent de manque d'action, d'épaississement , d'engorgement.
De ces deux premiers efi'ets sur les partics extérieures et sur les viscères du basventre, on peut déduire tous lessuivanls.
3° Elle augmente singulièrement la transpiration, el est sans doute le plus efficace de tous les diaphoréliques.
Ainsi on comprend combien elle doit être utile dans un grand nombre de maladies; et, en se rappelant que j'ai prouvé plus haut qu'un grand nombre de niiiux de nerfs dépendaient d'une trans|)iralion mal faite qui laissait les humeurs Acres, elque, quand les nerfs sont très affectés, par quelque cause qu'ils le soient, la transpiration se fuit mal, on jugera combien les frictions sont utiles dans les maladies nerveuses. Les vapeurs, l'hypochondrie ont souvent cédé au régime et aux frictions ; et ces deux secours réunis ont une efficacité dont on n'a pas tiré assez de parti. Une réflexion fort simple suffira pour mieux apprécier tout ce qu'où doit en attendre; c'est qu'elles produisent les mêmes effets que l'exercice : elles peuvent en tenir lieu, produire une grande partie de ses bons effets, et réparer les maux qu'occasionne l'inaction.
4' LesfrictionsrappellenI la nutrition, ou en contribuant à rétablir les digestions par leur action sur les viscères du basventre ou en facilitant l'application des parties nutritives d;ins les parties particulières. Ou le voit tous les jours dans l'atrofihie dont je parlerai ailh urs. Elles forlident aussi les fibres en ausmenlant la nulrilion ; mais si une partie est trop nourrie, si l'on preml en général trop
d'embonpoint parce que les fibres sont lâches, les humeurs visqueuses et abondantes, la transpiralion insuffisante, on comprend que les mêmes frictions dont on s'était servi pour aider la nutrition, remédieront à l'embonpoint. Ainsi, suivant les circonstances dans lesquelles on les emploie, elles produisent tous les effets qu'Hippocrate leur a assignés; et ces effets sont encore extrêmement variés, suivant les parties sur lesquelles on les applique, et suivant le degré de force qu'on leur donne; mais ces détails seraient déplacés ici. Je dois seulement faire remarquer que c'est en fortifiant les fibres que les frictions sont si utiles dans lerachitis, et c'est en brisant la viscosité des humeurs et en facilitant la transpiration qu'elles font du bien dans le rhumatisme chronique.
50 Mais Taclion des frictions est plus particulièrement marquée sur les nerfs que sur aucune autre partie. Et d'abord on voit aisément que, puisqu'elle influe sur toute la machine, elle doit influer sur les nerfs ; mais indépendamment de cette action générale elle agit sur les nerfs de deux façons, toutes les deux trèsefficaces dans un très-grand nombre de maux de nerfs. Les frictions sur la peau, lors même ([u'elles sont très-légères et n'ont qu'une faible action sur les vaisseaux, en ont une très-sensible sur tout le genre nerveux , par une suite de ce consensus de la peau dont j'ai parlé ailleurs. C'est j)arcemoyen que les frictions du nerf frontal, au-dessus dunerfsourcilier, rendirent la vue à la malade de Valsalva, et que ces mêmes frictions, ou sèches ou animées, font souvent du bien dans plusieurs dérangements de la vue.
C'est par ce même principe qu'elles calment les douleurs ; c'est en dissipant cette inquiétude nerveuse qui empêche le sommeil et entrelient les insomnies, qu'elles calment, qu'elles endorment et peuvent vaincre les plus grandes agitations. Asclépiades s'en servait souvent pour apaiser les maniaques, et Alphonse de Sanla-Cruce les employa avec succès dans le même cas. J'ai vu des coliques nerveuses très-forles ne céder qu'à des frictions très-douces, mais Irès-long-Iemps continuées, des jambes et des pieds. Dans tous ces cas, l'effet se porte des extrémités des nerfs à leurs troncs. La seconde façon dont les frictions sont utiles dans les maux de nerfs, c'est quand on 1rs a]ipliquc sur les troncs pour opérer sur les cxlrcmilés.
ET DE LEURS MALADIES
Dans les ûiigraines, on frotte le tronc Au nerf frontal à sa sortie, et on soulage la douleur. Dans les douleurs de dents, on frotte'le tronc du nerf de la septième paire, qui va former la patte d'oie, et quelquefois on adoucit singulièrement la souftVance. En frottant 1 épine du dos, d'où il part tant de nerfs , on remédie aux crampes des bras , à leur engourdissement, à leur paralysie, à l'oppression qui lient au spasme des muscles de la poitrine , aux palpitations et aux défaillances nerveuses, au gonflement et aux douleurs de l'estomac et des intestins, à plusieurs désordres de l'utérus, aux mêines accidents dans les extrémités inférieures que dans les supérieures. — Dans ces gonflements hystériques de i'estomac et des intestins , qui donnent tant de malaises et qui intéressent quelquefois loute la machine , en frottant un peu l'épine du dos, on fait Irès-promptement passer les malades du plus grand malaise au plus grand bien-être. On apaise même par ce moyen les spasmes cruels de la maladie noire. J'ai vu h différentes reprises, chez un malade qui avait l'une des maladies convulsives les plus violentes et les plus rares, (]ue la friction des nerfs, à leur origine, faisait cesser les convulsions dans les muscles auxquels ils se distribuaient ; et , dans quatre accès, je faisais finir la convulsion à volonté , en frottant l'épine du dos à la hauteur oîi je rapportais les origines des nerfs. Cela était si marqué, que, dans le premier accès, l'étonnement du malade fut tel qu'il arrêta les convulsions pendant un quartd'heurc, et soulagea même sensiblement les convulsions du visage, de la langue, des mâchoires, en frottant le haut de lu nuque, le derrière et le dessous des oreilles, le bas des tempes. En un mol, il est certain qu'en frottant les nerfs à leur origine, on fait souvent cesser ks désordres qu'ils occasionnent dans les parties auxquelles ils se distribuent (1). — 6° Je n'ai parlé jusqu'à présent que des frictions qui se font avec une flanelle ; ce sont celles qui sont les plus ordinaires ; et celles qui se fout avec une aulre ttofle, une brosse, un linge un peu gros-
(I) Quoiqu'on soil fort éloigné de frol- Ipr imniùdiatoinent les origines des nerfs (ie In moelle épinjcM'C, cependant, en lisant ce que j'ai dit de toutes les origines fie ces nerfs et do leur distribution, il est aisé de comprendre l'cflet des frictions.
sier , n'en diffèrent presque point. Mais si l'on fait les frictions avec des émollients, des spiritueux , des toniques , on comprend alors qu'à une partie des effets des frictions on joint ceux des drogues que l'on emploie , et il est aisé de juger en même temps quel est le degré de force de la friclion le plus analogue à l'effet de la drogue que l'on emploie. Mais tous ces détails n'appartiennent point à cet ouvrage. Je finirai par quelques remarques générales qu'il est utile d'avoir présentes quand on donne des frictions. — 1° On ne doit pas les employer quand il y a pléthore : elles animent trop le sang et pourraient être nuisibles. — 2° On ne doit pas les em])loyer sur l'estomac et le ventre quand il y a amas dans les premières voies, de la chaleur, de la pu- Iridité, ou quand la vessie est pleine. — 3» Les frictions habituelles réussissent toujours mieux le matin, à jeun : c'est le moment oii les vaisseaux sont le plus désemplis, et la vitesse du pouls la moins grande. Pour frotter les viscères du basventre, il faut se coucher sur le dos, et avoir les genoux un peu soulevés, afin que par là les muscles du bas-ventre soient absolument détendus , sans quoi la friction ne ferait pas autant d'effet. — 4° Les frictions sont plus utiles aux personnes faibles, lâches, à celles qui vivent d'aliments visqueux, qu'à celles qui sont fortes , fermes , qui ont un régime plus léger et plus digestible ; les femmes, les enfants faibles, les vieillards cacochymes, sont ceux qui en ont le plus besoin. Elles sont plus nécessaires quand on vit dans l'inaction que quand on fait de l'exercice. L'automne, l'hiver, le printemps, les temps pluvieux, nébuleux, les rendent plus nécessaires que l'été, ouïes saisons chaudes et sèches. Elles sont plus nécessaires dans les pays froids et humides que tians ceux ijui sont secs.
Dans les lieux marécageux et malsains, les frictions peuvent prévenir les effets de l'insalubrité de l'air.
ARTICLE V. — DES SECOURS QUE l'o.N DOIT EMPLOYEIl DANS LES METASTASES.
§ 1 53. Si l'on se rappelle ce que j'ai dit plus haut des métastases, on jugera que, quand elles sont utiles, elles ne demandent , de la part du médecin , d'autre soin qu'une très-grande attention à ne rien faire qui puisse les contrarier ; mais quand elles sont lâcheuses , la première attention doit être de chercher quelle est
leur cause ; et, comme dans les maux de nerfs on trouvera presque toujours quu c'est ou passion, ou spasme, ou faiblesse, mais surtout spasme dans la partie d'oii se f.iit la métastase , on jugera aisément que c'est à faire cesser les spasmes que l'on doit s'attacher ; et l'on comprendra en même temps combien on a fait de mal et combien on en fait encore tous les jours, en recourant sans indication réflécliie h 1,1 saignée, aux émétiques , aux purgatifs, aux vésicatoires. Quand il n'y a point de pléthore, la saignée augmente le spasme ; les émétiques , les purgatifs, le procurent quand il ne dépend pas d'embarras qu'ils puissent emporter. — Les volatils l'augmentent quand il ne dépend pas d'atonie et d'appauvrissement ; et l'on a vu que les vésicatoires produisaient très-souvent le même effet.
La grande indication dans les métastases dangereuses, quand elles donnent le temps de faire des remèdes, c'est donc de faire cesser les spasmes en général , de les diminuer, surtout dans la partie que l'humeur ahandonne ; de soutenir les forces si elles paraissent en avoir besoin, et surtout celles de l'organe menacé ; mais par les cordiaux les plus doux, par les nourrissants les plus digestibles et par l'exercice , plutôt que par aucun remède trop violent. L'opium, en agissant comme un anti-spasmodique général, et en déterminant , comme cordial et comme sudorififjue, les humeurs des organes intérieurs à la peau , a produit les plus grands effets. L'opium seul soulageait la personne dont j'ai parlé ailleurs, et qui éprouvait des allernalives de toux et de dysurie. Quand la toux était extrême, je lui donnais un peu d'opium ; elle diminuait considérablement par une sueur abondante, et la malade avait du relâche pendant vingt-quatre heures.