ARTICLE VI. — DES PRESERVATIFS DES MAUX DE NERFS
§ 154. On pourrait réduire à une seule règle tout cet article , en disant : pour prévenir les maux de nerfs, il faut éviter leurs causes ; et c'est bien en effet le seul moyen sûr; c'est celui que l'on doit employer toutes les fois qu'il dépend de nous; et si on ne le fait pas, c'est que trop souvent la passion égare, et ne laisse pas apercevoir le d;inger. Mais comme souvent l'on peut naître avec celte disposition ; que l'éducation mal entendue peut l'amener; que différentes passions
peuvent la faire éclore ; que nous ne pouvons pis toujours nous soustraire à ces causes; que d'autres fois elles viennent des moyens de guérison que l'on emploie contre d'autres maux, je crois devoir placer quelques remarques sur ces différentes circonstances. — Quand un enfant est né de père ou de mère dont les nerfs sont depuis long-temps très-dérangés, on peut craindr e, surtout si ce vice se trouve déjà dans la génération antérieure , on peut craindre , dis-je , que l'enfant ne s'en ressente; et cette crainte est fort augmentée s'il a la peau très-fine, les chairs molles , le genre nerveux fort sensible ; ce qu'on connaît par la légèreté de son sommeil, sa facilité à res sauter , de fréquents mouvements dans les muscles du visage, de fréquents cbangements dans les selles. Dans ces cas-là, j'ai conseillé, contre mon usage , de les laisser telter long-temps , de les baigner à froid plus que l'on ne fait ordinairement ; et , après les avoir sevrés, de les laisser encore très long-temps au lait de vache et aux végétaux farineux pour toute nourriture. — Quand les erreurs de la première éducation ont nui au genre nerveux , j'ose assurer, d'après les faits, que, depuis douze ans jusqu'à vingt, on peut espérer de pouvoir le corriger considérablement; et ici l'indication se tire en grande partie de la cause : ainsi, une des grandes difficultés consiste à découvrir cette cause. J'ai vu les plus grands effets du lait d'ânesse chez une fille de onze ans, qu'un abus singulier du café, dès l'âge de six, avait jetée dans une telle sensibilité, que presque toutes les sensations étant pénibles pour elle , elle était presque toujours dans la tristesse, et souvent dans le désespoir. Et une demoiselle de quinze ans, à qui on avait conseillé le vin d'Espagne à neuf ans, pour des maux d'estomac, et qui, en ayant contracté le goût , en avait fait abus, ce qui lui avait donné des vertiges, des tremblements, des coliques nerveuses , de fréquentes jaunisses , fut parfaitement guérie par les bains lièdes, le petit-lait , et ensuite un assez long usage des eaux de Spa , coupées avec du lait, qu'on lui avait conseillé avant moi, mais pures , et dont les premiers essais lui avaient occasionné des accidenis effrayants , parce que c'était trop tôt pour donner des toniques. — Le bain froid, l'exercice et la sobriété, remédient aux suites d'une éducation trop molle, dans des apparlemenis trop cliai.ids; et en gé-
néral le bain froid , l'exercice , des aliments très-doux , et une boisson purement aqueuse, sont les moyens qui conviennent le plus généralement dans tous les cas do cette espèce. — L'usage, encore subsistant dans quelques endroits, de nourrir les enfants jusqu'à deux ans et demi ou trois ans, diminue cerlainenient très souvent l'énergie des facultés. J'en ai vu des exemples sans avoir été appelé à donner des conseils , parce qu'on en demande peu pour cette maladie ; mais je conseillerais hardiment les bouillons avec les anti-scorbutiques, tels que le cresson, le bcccabunca, le cerfeuil, les écrevisses, et même ceux de vipère, qui, dangereux dans plusieurs cas de paralysie et de convulsions, quand la cause première en est dans la pléthore , sont un remède excellent dans les cas où il y a un manque d'action, un engourdissement dans toutes les fibres. On sent que ce serait un de ces cas où l'électricité serait utile. — A l'époque de la puberté , époque où les jeunes personnes tombent souvent dans des maux de nerfs , on les prévient par l'exercice, la sobriété, et une grande attention au choix des aliments , parce qu'alors l'estomac étant assez généralement faible et irritable, les plus petites erreurs occasionnent des maux considérables , et l'exercice prévient les engorgemenls.
Peu de remèdes dans les grossesses, le soin de ne point se livrer aux fantaisies, qui ne sont jamais pressantes quand on ne les écoule pas; l'attention , dans la couche, d'être tranquille , de ne point s'affaiblir par une diète trop sévère, et de ne point s'épuiser par des appartements trop chauds, qui ôtent le sommeil et l'appétit , et entretiennent dans des sueurs continuelles et excessives, sont les moyens de n'être point attaquées de maux de nerfs en relevant de couche. — J'ai déjà parlé ailleurs des secours que l'on devait employer après les violentes passions pour prévenir leurs mauvais effets. — Quand on est exposé inévitablement à l'action de quelque cause maladive qui agit sur nous, on doit examiner quels effets elle produit, et employer des moyens contrair*>s. Ces causes ne peuvent guère être que l'air, l'eau , ou les aliments ; et les maladies des nerïs ne sont pas celles qui résultent le plus souvent de ces causes ; cependant, elles en sont quelquefois la suite. J'ai cité plus haut une femme qui était sans force dans le lieu qu'elle habitait ordinairement, et qui devenait
très-leste dans un air plus vif. On sent que , dans ce cas , il faut employer les aliments, les remèdes et les boissons les plus propres à corriger les effets de ces airs lourds et épuis (l). Peut-être que les bains froids auraient prévenu les convulsions qu'éprouvait toujours, dans la basse Allemagne, la malade dont parle M.
Lorry ; et plusieurs officiers se sont préservés de fièvres d'accès, dans des garnisons malsaines , en prenant , par mon conseil, beaucoup plus d'exercice que partout ailleurs. — J'ai déjà dit quelles attentions il fallait apporter quand on était obligé d'employer, pour quelque maladie, des remèdes dont l'usage peut nuire au genre nerveux ; ainsi je finirai cet article , qui est le dernier de la pratique générale, pour passer à l'histoire et au traitement des maladies particulières.