QUI ONT LEUR SIEGE DAMS QUELQUE PARTIE INTERNE
§ 17. Le siège le plus fréquent des épilepsies sympathiques delà première classe , c'est l'estomac. Si l'on se rappelle que j'ai dit, ch. m, § IIG et 117, en
faisant l'histoire des nerfs, que l'estomac est un des viscères qui en a le plus , et qu'il les tire de la paire vague et de l'intercostale , qui ont de si grandes influences sur toute la machine , on comprendra aisément comment l'irritation de l'estomac produit l'épilepsie ; et si l'on réfléchit combien de causes peuvent l'irriter, on ne sera pas surpris que les épilepsies viennent si souvent de cette cause. Hippocrate avait déjà vu et indiqué que l'irritation de l'estomac pouvait produire celte maladie , qui était trèssouvent causée par une bile noire ( I ) ; et M. Boerhaave confirme son observation par celle d'une Juive , chez qui il observa une èpilepsie affreuse produite par celte même bile (2). Galien parle partout de cette influence de l'estomac sur le cerveau ; On voit naître, dit-il, des délires et des convulsions, quand le principe des nerfs est affecté par un vice de l'estomac (3 j. Il parle ailleurs d'un jeune homme qui avait de fortes convulsions , dont il fut délivré dès qu'il eut vomi une bile acre (4). Dans un autre endroit , il dit avoir vu des gens qui , par le vice de l'estomac , prenaient une attaque d'épilepsie s'ils ne digéraient pas bien (6). Et en rapportant en détail l'histoire du grammairien dont j'ai déjà parlé , que la méditation jetait dans l'épilepsie, et qui éprouvait le même accident s'il jeîinait trop long -temps, on voit évidemment que le siège de son mal était dans l'estomac. Cette observation mérite bien d'être rapportée tout entière : « Un » jeune grammairien éprouvait uneatta- » qued'épilepsie toutes les fois qu'il pen- » sait fortement , qu'il enseignait avec » contention, qu'il jeûnait un peu long- » temps ou qu'il se fâchait. Je soupçon- » nai , dit Galien , que l'ouverture supè- B rieure de l'estomac, qui est une partie M si sensible , était le siège du mal, et » que le cerveau et tous les nerfs étaient )) affectés par sympathie. Je lui ordonnai » donc d'employer tous les moyens qui » pouvaient lui procurer une bonne di- » gestion , et de prendre toutes les trois
(1) Epidémie, lib. vu, cap. xcvi. Focs,
p. 12,13. (1) Epidémie, lib. vi, cap. liv. Fcës,
(2) De causis et signis acutor. morb., p. 1201.
lib. I, c. V, p. 2. (2) Prœlect. de morb. nervor., p. 445.
(3) Ce locis affectis, lib. iif, cap. xi. (3) Comment, ad Aph. Hippocr., 1. vir, Charter, t. vu. aph. 10. Charter, t. ix, part, ir, p. 29G.
(4) Alexandri Tralliani Medici libri (A) Ibid., lib. v, aph. 1, p. 195. duodecim. Basilîe, 1550, lib. i, cap. XV, (5) De locis nffect., lib. i, c. vi. Cliarp. 62 et suiv. ter, t. vn, p. 495.
ET DE LEURS MALADIES
» heures nn peu de pain sec , s'il n'avait » pas soif, et, s'il avait soif, arrosé d'un 3) peu devin délayé (1) et légèrement }) astringent, qui ne porte point à la tète » et fortifie légèrement l'estomac. Le )) soulagement qu'il reçut en observant » cette façon de vivre me prouva que » ma conjecture sur la cause de son mal » était vraie (2). » Quand Galien se fut assuré de la cause du mal , il dirigea sa cure en conséquence ( je la rapporterai plus bas ), et il guérit parfaitement son malade.
§ 18. Depuis lui , plusieurs médecins ont donné d'autres observations d'épilepsies produites par la même cause. Yalleriola , médecin d'Avignon , dans le sixième siècle, cile l'exemple d'une femme chez qui un vice de l'estomac produisit l'épilepsie la plus violente (3^. On trouve dans les consultes de Fernel (4) l'état d'une femme de vingt - trois ans , dont l'épilepsie dépendait évidemment de l'estomac. Forestus rapporte une observation semblable (6). On trouve dans un des recueils de Théophile Bonnet celle d'un homme de trente ans, dont le mal avait le même siège (6) ; et Woodwart nous a conservé le cas d'un chirurgien sujet à l'épilepsie, qui, à la fin de chaque accès, souffrait de vives douleurs d'estomac et avait des vomissements de bile acre et écumeuse; si ces vomissements n'avaient pas lieu , il retombait dans un second accès aussi violent que le premier (7). — Il y a des sujets dont l'orifice supérieur de l'estomac est si sensible qu'une bien plus légère cause peut produire le même mal. M. Boerhaave enseignait à ses disciples que les eaux de Spa, si salutaires d'ailleurs dans cette maladie, bues en trop grande quantité à la foison bues trop froides , l'avaient fréquem-
(1) Kezpafxevou.
(2) De locis affect. , lib. V, cap. vi. Charter, t. vu, p. 493.
(3) Obscrv., liv. ni, obs. 7.
(4) Consil. 7. Oper. omit., p. 668. On trouve aussi vme épilepsie dont la cause était l'estomac , dans Zacutus Lusitanus, Prax. med. admir., lib. i , obs. xxi, et dans plusieurs autres observateurs; il serait trop long et inutile de les recueillir toutes.
(5) Lib. X, obs. 64.
(6) Medic'in. septentrion., lib. r, sect, XIV, cap. r, p. 105.
(7) Woodwart, Select, cases in pkijsik.,
ment occasionnée (l). J'ai vu moi-même plusieurs épileptiques dont le mal n'était jamais reproduit que quand il s'était formé dans l'estomac un amas de matières capable de l'irriter assez pour occasionner la convulsion; et j'ai vu, il y a quelques mois , un malade qui a un ulcère cancéreux à l'orifice supérieur de ce viscère , et qui avait éprouvé plusieurs accès d'épilcpsie toutes les fois que de mauvais conseils l'avaient engagé à prendre des remèdes irritants : une dose un peu forte de baume de Canada, qui n'est qu'une térébenthine, et quelques tasses d'infusion vulnéraire par-dessus lui en avaient procuré trois accès dans deux heures. Le mauvais effet de ce remède , dont on lui avait promis des merveilles , fut ce qui le décida à venir me consulter.
§ 19. On peut placer ici les accès occasionnés parles remèdes violents ou par les poisons, déjà connus par Hippocrate , et dont on voit fréquemment des exemples. C'est la crainte de cet effet qui avait engagé les anciens à prendre tant de précautions avant que de donner l'ellébore (2), On trouve dans Wepfer (3) des épilepsies affreuses, produites par la racine de la ciguë aquatique : de dix enfants qui en avaient mangé , huit furent attaqués d'épilepsie ; et les auteurs qui ont décrit les effets des poisons, en fournissent plusieurs exemples, pur lesquels on voit évidemment que l'épilepsie était l'elTet de l'irritation de l'estomac , puisque le cadavre ne montrait de vice que dans celte partie. — C'est encore à cette espèce d'épilepsie qu'appartiennent celles qui sont produites par des excès d'aliments indigestibles pour l'estomac qui les reçoit. Hildesheim en a vu une attaque occasionnée, chez une jeune fille , par un excès de fruits et de lait ('i) ; Sennert, un autre après l'usage des champignons , aliment toujours dangereux et qu'on devrait proscrire (6). Forestus parle d'un étudiant qui , après avoir mangé des anguilles, en eut plusieurs accès, jusqu'à ce qu'il les eut rendues (G) ;
(1) Prœlect. de morb. neïvor., p. 838.
(2) Voy. Schuize, Disput. de Hellcborismis vetenim. Halœ, 1717.
(3) Cicutœ aqnatica liislor. etnoxœ commentar., etc. Basilere, 1679, p. 6, c:c.
(4) Spicileg., p. 599.
(5) Praxis médic., lib. vi, p. 500.
(6) Obscrv., lib. x, obs. 57. Schol.
DES NERPS
et Dolœiis rapporte le Irislc cas d'un jeune homme qu'un excès de coin pôle de choux jela dans une épilepsie qui le tua promptemenl (1).
§ 2i». Les intestins peuvent aussi contenir la cause du mal , et c'est là oii je la trouve le plus souvent chez les enfants , depuis l'Age de cinq ans jusqu'à celui de dix ou douze. Elle peut s'y trouver à tout âije,ma:s c'est celui où elley estordin.'tireineni, parce que c'est celui d'un mauvais régime, surlout pour les enfants d'un bas ordre. On m'en amène souvent qui ont des accès plus ou moins fréquents, et plus ou moins, forts avec un visage j'aie, boulfi, des yeux cassés, de raballemeiit,dela tristesse, un très-gros ventre, quelquefois une légère atteinte de iioueure,et qui, sans chute , s;ins frayeur, sans avoir eu de maladie, sont tombés dans celte maladie à l'àije de cinq ou sl< ans; je ne crains point alors d'assurer que ies embarras d:i bas-veriire , surtout des inleslins et du mésentère, sont la cause du mal : je les traite en conséquence et ils guérissent presque tous. — Ces embarras nuisent de deux façons : premièrement, la nutriîion se faisant moins bien, le genre nerveux s'affaiblit , comme je l'ai expliqué ailleurs; en second lieu , la matière corrompue l'irritant , quand il a acquis cette disposition à la mobilité, les accès sont l'effet de cette irritation. — Tulpius rapporte le cas d'une femme attaquée d'une épilepsie cruelle par la fréquence, ]a force et la durée des accès, dont il attribue la première cause , et à ce qu'il paraît avec raison , à une longue constipation, suivie d'obstructions et de la formation d'humeurs putrides et irritanles dans la rate , le pancréas, le mésentère, les intestins , qui produisaient un sentijnent de douleur et de chaleur dans les côlés et dans les lombes ; à mesure qu'on en procurait l'évacuation , la maladie diminuait , et enfin elle finit entièrement (2). Pechlin assure même que l'irritation produite par les gonflements flalueux des intestins est suffisante pour produire l'épilepsie chez les enfants , et croit s'en être convaincu par trois cas , suivis de l'ouverture du cadavre , dans lequel il n'y avait de vice qu'une distension prodigieuse des intestins (-3).
§ 21. Quand les vers se joignent à la
(1) Etiajcl. méd., liv. i, c. ix, p. 127.
(2) Obs. med., lib. i, cap. xi.
5} Liv. II, obs. 20, p. 28?.
saburre , ils au£;mentent considérablement l'irritation , et rex[)érieuce journalière apprend qu'on doit les regarder comme une des causes les plus ordinaires de cette maladie parmi les jeunes gens ; elle se trouve même chez les adultes. Hartholin traita une femme épileptique, qui avait des accès trèsforts et mauvais visage, avec tout le corps boulli. IjCS anti-épilepliques ne lui faisaient aucun bien : il lui donna plusieurs fois des pilules mercurielles , qui lui firent rendre beaucoup de vers , et les accès cessèrent (i). M. Stahl fut consulté ])0ur un enfant de six ans, dont l'accès, qui revenait périodiquement tous les jours vers six heures du soir , commençait toujours par un sentiment douloureux dans le bas - ventre , et qui ne guérit que quarid l'usage des vermifuges lui eut fait rendre une grande quantité d'ascarides (2). !\L Il< isler rapporte l'exemple d'une jeune filîe attaquée fortement de l'épilepsie , et qui avait des vers ; elle avait pris inutilement un grand nombre de remèdes : il la guérit de l'épilepsie en la guérissant des vers parle mercure cru de Kina (3j. Pechlin cite un jeune homme de vingt-quatre ans et une fille de onze , attaqués l'un et l'autre d'une épilepsie produite par la même cause (4); et on lit dans une dissertation assez récente l'histoire d'une autre maladie de la même espèce produite par le ver solitaire , et guérie par l'huile d'amandes araères et celle de térébenthine (5). Mais les épilepsies vermineuses les plus fâcheuses sont celles dont parle Wepfer, qui étaient produites par le ver plat : l'une est celle d'une fille de trois ans , qui fut pendant plusieurs mois épileptique , avec des douleurs et des cris presque continuels , et qui fut guérie après avoir rendu spontanément trois aunes de ce ver ; l'autre, celle d'une fille qui, à l'âge de sept ans, commença à être cataleptique pendant trois ans , ensuite épileptique, avec des p iroxismes si fréquents qu'elle tomba dans une im-
(1) Cent. IV, obs. 7; et cent, vi, obs. 20. 11 rapporte l'histoire d'un jeune homme chez lequel il parait que celte maladie était entretenue par les ascarides.
(2) Theor. meilic, p. 1018.
(3) Compend. medicin. pract., cap. xiv, §55.
('i) Liv. II. obs. 99, p. 285.
(.5) De Melle, Deviiali, § 107. Leyde.
ET DE LECnS MALADIES.
bécillilé totale et mie perte de mémoire absolue , de façon qu'elle ne reconnaissait jias sa mère , mangeait ses excréments, etc. Elle rendit du ver solitaire, et les convulsions cessèrent : trois jours après , elle reconnut sa mère , et lui demanda d'où elle venait; peu à peu elle reprit toutes ses facultés et toute sa santé (l).
On voit dans l'histoire d'une épidémie vcrmineuse décrite par M. Van-den- Bosch le cas d'un enfant de six ans , que les vers jetèrent dans une fièvre lente qui le tua, et qui était accompagnée de fréquents accès d'épilepsie (2). — On a remarqué que les épileptiques à qui la racine de valériane fait le plus de bien sont ceux à qui elle fait rendre des vers, et il n'est point surprenant que, produisant le vertige, la folie, comme je l'ai vu plusieurs fois, la paralysie, la catalepsie, les convulsions , l'aveuglement , la surdité , la perte delà voix , ils produisent aussi l'épilepsie : j'en ai guéri plusieurs entants chez lesquels le principal effet des remèdes a clé l'expulsion de beaucoup de vers ; mais il faut cependant éviter de croire qu'ils en soient toujours la cause ; cette erreur a ses dangers , et j'ai soigné une femme attaquée de cette maladie, qui avait été fort augmentée jiar des remèdes violents qu'on lui avait donnés pour expulser des vers qu'elle n'eut jamais , et auxquels on attribuait une maladie qui avait son siège dans le cerveau même. ftl. Hannes, médecin de Vesel , rapporte l'observation intéressante d'un jeune homme qu'il traitait, et dont il crut pendant quelqi;e temps l'é- ]iilepsie vermineuse : il lui donna des remèdes contre les vers, qui lui en firent rendre beaucoup sans amendement ; enfin il jugea qu'ils n'avaient point de part à son mal, il n'y fit plus d'attention et le guérit. Il cite des observations semblables de MM. Sigwart et Bingert (3).
§ 22. Les autres organes renfermés dans le bas-venlre peuvent aussi être le siège de cette cruelle maladie. M. Fabricius, célèbre professeur à Helmstad , ciie l'exemple d'une femme sujette à de fréquents accès d'épilepsie, qui n'avaient
(1) Eph. cur. nat. dec, an. 2, et Sepiilchret., t. 1 , p. 504.
(2) Hisloria i:omihiU. epidem. vermiiiinor., in-g", 1709, p. 132.
(3) Mannes, Epistola de pitero epilept.
foliis cmraii(ioni>ji smiato. Vesalise, 1706.
d'autre cause que 200 calculs dans la vésicule du fiel ; et cet habile médecin ajoute qu'il est aisé de comprendre comment ils pouvaient produire cet effet (1). M. Jensius , médecin danois , rapporte un cas qui est bien analogue : « Le mn- » Inde , dit -il , a sans doute des pierres » dans la vésicule du fiel; il tombe de )) temps en temps dans des agitations » convulsives , ou le côté droit du tronc, » le pied et le bras droits sont secoués » ])lus de cent fois dans une heure , et » cela ne finit que lorsque le sommeil le » saisit , ce qui se fait attendre quelque- » fois plusieurs jours de suite (2). d
M. Cliomel avait aussi donné l'histoire des convulsions atroces qui dépendaient d'une cause semblable. Le côté droit était le plus affecté ; les douleurs dans les membres convulsés étaient excessives (ce qui n'est point un caractère d'épilepsie ), la vue était le seul sens que la malade perdît dans les violents accès, et tout l'accès se terminait par un évanouissement complet au sortir duquel la malade, (jui avait été conduite à cet état par de longs chagrins, ne conservait ordinairement aucune idée de ce qui s'était passé et de toutes ses soufiVances. C'est sans doute ce symptôme qui a déterminé l'auteur à regarder la mnladie comme épileptique : « On reconnut, dit-il, » que c'était une épilepsie que causait )> l âcreté de la bile arrêtée dans le foie.» Cet arrêt de la bile avait aussi occasionné une jaunisse qui fut guérie par une sueur abondante. Les convulsions internes étaient si violentes qu'elles occasionnaient souvent un vomissement, d'autres fois l'évacuation d'une grande abondance de sérosité sanguinolente, tantôt par le bout du sein droit, tantôt parle nombril. Le moindre chagrin lui causait des évanouissements épileptiques. Les lavements et les plus légers purgatifs lui donnaient des convulsions (3).
On voit déjà dans Hippocrate de violents spasmes qu'il attribue à l'irritation de la bile, et qui ne cessaient que quand
(1) Ph. Conr. Fuiricii propemticon ad dissert. J.-B. Hofmanni. Helmsladt, 1731, p. 6.
(2) Mercure Danois, août 1758, p. 99.
M. Jensius ajoule que le musc a toujours calmé ces convulsions ; elles diminuaient dès la première ou la seconde prise.
(3) Histoire de t'Acad. des sciences, 1752, art. 7, p. 49.
le malade en avait vomi (I) ; et M. Morgagninous a conservé l'hisloii'e d'un de ses malades, qui eut le premier accès d'épilepsie après des douleurs dans l'hypocliondre droit, qui se dissipèrent ensuite par des selles bilieuses ; les accès suivants, qui furent plus légers, étaient toujours précédés pur le sentiment d'une fumée qui moulait de celte partie, ou le malade sentait habituellement un gonflement que les aliments et surtout les boissons augmentaient aisément (2).
§ 23. L'irritation partaussi quelquefois de la rate. Hollier cite le cas d'un moine parisien chez qui ce viscère soufi'rit beaucoup dans une maladie aiguë; quoique le malade se rétablit, la rate ne fut pas entièrement remise , et elle devint le siège d'une humeur acre qui, se reproduisant de temps en temps, agaçait les nerfs qui, irritante leur tour le cerveau, jctuient le malade dans une attaque d'épilepsie (3). Une raie scirreuse et qui commençait à devenir livide, fut le seul vice qu'on trouva dans le cadavre d'un jeune prince allemand mort d'épilepsie (4); et l'on trouve, dans les observations de Tulpius, celle d'un jeune homme que des douleurs de rate jetèrent dans une épilepsie très-forte et dans un tel bouleversement d'idées qu'il se croyait un grand empereur ; l'accès partait toujours de la rate, et il suffisait décomprimer extérieurement cette parîie pour le faire naîtrej tout ce qui heurtait ses idées folles lui en donnait une sur-le-champ (5).
§ 24. Les reins et la vessie, siège de tant de maladies , sont souvent irrités au point de produire des accès d'épilepsie forts et violents. Th. Bartholin rapporte que B. Silvalicus avait vu en Autriche un prince à qui le calcul des reins et de la vessie occasionnait des attaques d'épilepsie, et qui était fils d'une mère à qui la même cause avait occasionné les mêmes accès (G); et M. Brendel a vu deux enfants, l'un de deux jours, l'autre de huit, qui périrent dans des attaques de convul-
(1) Epidem., lib. vu, cap. xcvi. Foës,
(2) De sedib. et causis mofbor., lib. i, ap. 9, § 7.
(3) Opéra omnia, ch. xvi. Sclioll , p.
(■'i) Sepulchr. amt., lib. i, sect. xif, obs. 42.
(5) Observât, medic, lib. i, ç. ix.
(0) Sepulcli. anat., p. 288.
sionsen rendant de petits calculs; le cadavre de l'un en fit voir itlusicurs dans les reins, celui de l'autre un dans l'uretère droit (1). — I^'on trouve , dans les observations de La Motte , deux cas qui prouvent évidemment que celte maladie peut dépendre du calcul des reins : dans l'un, une jeune fille de dix à onze ans , avait de forts accès d'épilepsie pour lesquels on la purgea plusieurs fois , et on lui fit prendre quantité de lavements diversement composés. « Etant un jour » sur la chaise percée, dit le sage chirur- » gien de Valogne , pour en rendre un , » elle fut saisie en notre présence d'un » si violent accès , que nous étions tous » ensemble très-embarrassés à la conte- » nir, tant les convulsions étaient fortes, » renversant tout le corps en arrière, de » sorle qu'elle en formait une espèce de » cercle, faisant loucher sa tête à ses la- » Ions ; et, comme à la sortie de ces con- » vulsions , elle se remit sur sa chaise « )' nous lûmes surpris d'entendre tomber » dans le bassin quelque chose qui fai- » sait du bruit, ce qui nous donna oc- » casion d'examiner ce que ce pouvait «être; nous trouvâmes cinq pierres, » dont la plus pelile était comme un » jiois, et la seconde le double. Depuis » que la nature se fut déchargée de ces » corps étrangers, cette jeune demoiselle » a joui d'une santé parfaite (2)». La seconde ne fut pas si heureuse ; c'était une jeune fille' de douze ans qui fut attaquée subitement d'un accès épileptique très-violent , avec évacuation involontaire d'urine; les accès, d'abord courts et éloignés , devinrent plus longs , plus fréquents, et la tuèrent au bout de deui ans. La Motte l'ouvrit : « le cerveau et » tous les autres viscères étaient en très- » bon état, excepté le rein droit, dans le » bassinet duquel on trouva une pierre » triangulaire du poids de cinq gros, qui, » par l'irritation qu'elle causait à l'entrée » de l'uretère (3), était la seule cause as- » signable de la maladie. »
fll. Pereboom , célèbre médecin de Horn , a donné l'histoire d'une fille de
(1) De calculi nalalibua. Opusc, p. 59.
(2) La Moite, Traité complet de chirurgie, obs. 174, t. li, p. 419. Ce Violent accès avait été produit par le passage des pierres le long des uretères; la malade les rendit dès qu'elles furent dans la vessie .
(5) Ibid., obs. 175, p. m.
ET DE LEUKS MALADIES
trente ans, attaquée très-fréquemment de défaillances suivies de convulsions horribles, avec des douleurs dans le bas-ventre que rien ne soulagea pendant plusieurs années, et qui fut tolalement rétablit' bientôt après avoir rendu une quantité étonnante de matières calculeuses mêlées de plusieurs petites pierres angulaires (I), et je suis porté à attribuer à la même cause l'épilepsie d'un malade âgé de cinquante-cinq ans, qui me consulta il y a un an ; il avait rendu depuis plusieurs années beaucoup de gravier, et n'en rendait plus depuis quinze mois ; mais, depuis ce temps-là, il avait un peu de maux de reins, quelquefois des coliques assez vives, de l'engourdissement à la jambe gauclie dans les mauvais temps, et il avait essuyé sept accès d'épilepsie , maladie qui auparavant lui était absolument inconnue, et qu'on ne pouvait attribuer à aucun accident externe, à aucun excès, à aucun chagrin. Je ne lui conseillai que des bains tièdes et de l'eau de chaux ; quatre mois après, il me marqua qu'il se portait bien et qu'il n'avait plus eu d'accès ; depuis ce temps-là , je n'ai pas reçu de ses nouvelles.
L'on peut voir , dans le chapiire du tétanos , qu'une pierre dans la vessie produisait cette maladie dans quelque attitude du malade ; il ne faut pas une irritation plus forle pour produire l'épilepsie, et j'ai vu un jeune homme qu'un abcès dans cette partie jeta dans une légère léthargie qui dura deux jours, pendant lesquels il eut trois accès de véritable épilepsie ; l'une et l'autre maladie cessèrent quand l'abcès eut crevé.
§ 25. Mais les viscères qui renferment le plus souvent la cause de l'épilepsie, ce sont les organes de la génération , tant chez les hommes que chez les femmes.
L'on a remarqué, de tout temps, l'espèce de conformité qu'il y a entre l'épilepsie et l'acte des plaisirs de l'amour; il y a dans l'un et l'autre des convulsions dans l'accès et de l'abattement après; quelquesanciens ont même appelé le coït une courte épilepsie; plusieurs modernes ont adopte leur idée, à laquelle on ne peut pas se refuser ; et je devrais donner à cet article une étendue proportionnée à son importance, si je ne l'avais pas déjà Irai té fort au long dans un autre ouvrage (2} , dont
(1) Nova acta curios. nai., t. m, obs, 2, p. 20.
(2) L'Onanisme, sect. ii,p. 24; seçt, iv, p. 46, etc.; seçt. xi, p. 230, eiç.
je me bornerai presque à donner ici un extrait.
11 est prouvé par les faits les mieux attestés, 1° que les excès vénériens jettent dans l'épilepsie les personnes les plus robustes et qui n'en avaient jamais été atteintes ; l'observation que je rapporte, d'après mon ami M. Zimmermann, qui sait si bien observer , est décisive à cet égard (1) ; 2" que souvent l'acte vénérien est suivi immédiatement d'un accès épileptique; Galien(2), VanHeers(3j, Didier, M. Van Swiéten (4), en citent des exemples sur des hommes, et M. Hofman en fournit un d'une femme. M. de Sauvages nous a conservé celui d'un homme qui , dans cliaiiue acte , était saisi d'un accès d'épilepsie : ils étaient courts et passagers dans les commencements; mais, successivement, ils devinrent très-longs et très-alarmants (5) , et l'on a plusieurs observations de gens morts dans l'acte même (6). — J'ai été consulté par une femme qui , plusieurs années avant son mariage, avait été sujette à de ces petits accès , tels que ceux dont j'ai parié § 5 , page 271, si légers qu'on ne les soupçonnait pas même d'être une branche d'épilepsie; mais, quelques jours après son mariage , ils devinrent très-forts et très-violents. Le docteur Cole vit une femme qui, sans accidents, au moins il n'en cite aucun , fut attaquée de cette maladie pour la première fois trois jours après son mariage (7) ; et je vois actuellement un malade qui, s'étant épuisé, est depuis deux ans dans le cas d'éprouver , après chaque acte vénérien , un accès de convulsions atroces qui dure au moins quatre heures, et quelquefois sept, huit, neuf, avec délire, quelquefois perte totale de connaissance pendant une partie de l'accès. Les débauchés en ce genre tombent fréquemment dans cette maladie, surtout s'ils se livrent aussi à des excès en vin ou en liqueurs, auxquels la nécessité de réparer leurs forces , les con-
(1) Onanisme, p. 24.
(2) De locis affect., lib. v, cap. vi. C'est le grammairien dont j'ai déjà parlé.
(3) Obs. med., obs. 18.
(4) § 1075, t. III, p. 412.
(5) Class. 9, art. 31, n" 6, t. ii, in--!", p. 409.
(6) Haller, Elementa plujsiolog., lib.
xxvii, sect. m, § 12, t. vu, p. 567.
(7) Plùlosoph, (ransact,, u" 174> p. 1J5,
duit aisément. J'ai vu de ces inforliiiiés, qui avaient eiitièremenl détruit leur santé, accablés sous la faiblesse, les maux vénériens et l'épilepsie, m'offrir un spectacle d'autant plus digne de pitié , qu'il reste bien peu d'espérance de les soulager ; les forces détruites, les digestions ruinées, les nerfs entièrement irrités , le sang absolument 8'Atc, formant une complication difficile à vaincre parles meilleurs secours de l'art , qui , dans ces cas cruels, ne trouve aucune ressource dans la nature.
§ 2G. Une troisième vérité, aussi bien prouvée que les premières , c'est que si les excès vénériens jettent dans l'épilepsie, et si les actes en rappellent les accès ou les rendent sur-le champ mortels, une continence excessive peut aussi les produire. Le tempéramentases besoins, plus ou moins forts, chez les différents individus; il y en a pour qui les plaisirs de l'amour en sont un indispensable; s'ils en sont privés, ils peuvent tomber dans les maladies les plus fàcheuses^ct surfont dans les maux de nerfs ; le désir continuel les alTaiblit comme l'ont toutes les autres passions fortes, et l'humeur retenue et corrompue les irrite puissamment, ce qui produit l'épilepsie ; j'en ai recueilli plusieurs exemples dans l'ouvrage que j'ai déjà cité; il est inutile de les rappeler
§ 27. Outre ces espèces d'épilepsies qu'on pourrait appeler vénériennes, il y en a d'autres qui dépendent des mêmes organes, mais qui ont une cause bien différente; ce sont celles qui sont produites chez les femmes, par la grossesse, l'accouchement, ou les suites de couches.
La conception opère un changement prompt et marqué chez beaucoup de femmes ; j'en ai connu qui éprouvaient, dès le premier moment, une laçon d'être si différente , qu'elles ne pouvaient pas s'y méprendre pendant vingl-qualre heures ; et l'on trouve tous les observateurs remplis des phénomènes produits dans tout le corps par les changements arrivés dans l'utérus ; celui de la grossesse est un des plus considérables : aussi son influence sur l'économie animale est trèsmarquée, et parmi les difl'érents symptômes qu'elle occasionne , l'épilepsie est malheureusement trop fréquente. Fernel avait vu plusieurs femmes qui étaient sujettes à l'épilepsie toutes les fois qu'elles étaient enceintes, et qui en étaient absolument guériçs dès qu'elles avaient ac-
couché (1). Jackin a vu la même chose (2). Jacotius compte aussi l'épilepsie parmi les maladies qui sont une suite de la grossesse (3) ; et Sclienckius rapporte le cas d'une femme illustre et très-féconde : qui , dans toutes ses grossesses, était su- |. jetle à de violents accès d'épilepsie dans i les'juels il l'avait souvent soignée , mais j que la plus légère cause rappelait, et qui ; lui avait souvent procuré des fausses cou- ' ches, dans la plupart desquelles les enfants étaient morts (i).
L'on a vu, dans plusieurs recueils d'à- : i nccdoles , que l.i duchesse de Beaufort, J qui était enceinte, ayant eu un premier I accès d'épilepsie , dont elle revint , en 1 prit bientôt après, au moment oîi elle i écrivait à Henri IV, un second dans le- i quel elle mourut. L'on en trouve plu- ' sieurs exemples dans les auleurs qui ont écrit sur les accouchements; et on lit, i dans le Commerce Littéraire de Nuremberg (5), l'observation d'une femme qui, sans aucune cause apparente, eut le hui- > tième mois, dans peu d'heures, plusieurs altaques d'épilepsie très - fortes. — Je connais deux femmes, dont l'une en a eu dans trois grossesses un accès presque toutes les semaines, jusqu'à ce qu'elle eut senti l'enfant; la seconde en avait eu un presque tous les mois dans les deux premières grossesses ; en lui ordonnant des saignées fréquentes et des demibains tièdes dans la troisième , je les réduisis à deux ; à l'aide des mêmes secours, ils ont manqué dans la quatrième, et dans une cinquième , sans rien faire , elle n'en a eu aucun ressentiment. — L'utérus est-il autrement affecté dans la grossesse d'un garçon, que dans celle d'une fille? et si cela est , quelle en est la cause ? Je ne déciderai point de la vérité du fait, je ne le crois point vrai généralement ; mais il peut l'être dans plusieurs cas , et je connais un assez grand noiiibre de femmes qui , dès le premier mois, sont sûres si elle portent un gar-
(1) Patlioloij., llb. V, cap. m. Oper.
omit., in-fol., p. -'i08.
(2) L6on Jacliini. Commentar. in noiinm Ubnim Rliusis. Basileœ, 1574, c. xiv, p. 15-2.
(3) Rlagni Hippocratîs Coaca prœsrigia, cnm commeniw. ilollcrii et Jacotii, in-f. Lugd., 1570, lib. IV, sect. ii, apli. 24, p. 075.
(5) Commerc. lilter., aii. 1741, bebd.
■iO, p. 315.
çon OU une fille : elles se trouvent dans un ëtiit différent; et on lit dans La Motte une observation assez singulière , c'est celle d'une femme qui, de huit grossesses , cinq de tilles et trois de garçons , eut toujours plusieurs accès d'épilepsie dans celles de garçons, et aucun dans celles de filles (!). Je connais plusieurs femmes qui ont eu plusieurs grossesses et ont heureusement accouché à terme des filles, mais se sont toujours blessées des garçons; ce qui dépend apparemment, aussi bien que l'observation précédente, du plus grand volume de ceuxci au même terme; l'utérus est plus fortement irrité, parce que son extension est moins lenle. — Si la grossesse produit l'épilepsie, elle peut aussi, je ne dirai pas la guérir, je ne l'ai pas vu, mais la suspendre. Je vois une femme qui , sujette à des accès qui ne lui laissaient jamais plus de deux mois libres , n'en a eu qu'un très-léger pendant loule sa grossesse ; ils sont revenus avec au moins autant de fréquence après la couche; et j'en ai vu une autre 'qui n'en avait point eu pendant la même époque, mais ils sont revenus trois mois après , aussi forts et peut-être pKis fréquents. Il me semble qu'il est aisé de comprendre qu'une cause qui change assez fortement l'état du genre nerveux, chez une personne forle et robuste, pour la jeter dans celte maladie, peut très-bien changer assez sensiblement la condition des nerfs dérangés, pour suspendre l'effet de ce dérangement; mais comme la grossesse loin de fortifier les nerfs les affaiblit , l'on ne doit point espérer qu'elle en emporte la cause, à moins qu'elle ne dépendît d'un vice d'obstruction et d'engorgement dans l'utérus , auquel les filles opilées sont souvent sujettes, qui leur donne quelquefois des accès d'épilepsie, et que le mariage ou la grossesse dissipe. — Ayant été consulté, il y a trois ans, par un jeune homme, sur l'état d'une personne avec laquelle il était promis et qui, très-bien portante d'ailleurs, était sujette , à l'approche de ses règles toujours peu abondantes, k des coliques si violentes qu'elles la jetaient presque toujours dans des convulsions , et que trois fois elles lui avaient procuré une véritable attaque d'épilepsie ; j'osai lui proiueltre que bien loin que le mariage
(1) Cliirurg. complète, obs. 170, t. jj, p. 422.
aggravât cet état, il lui ferait vraisemblablement beaucoup de bien , et l'événement a justifié ma promesse : la première couche a fait disparaître les coliques et par là mcinc l'épilepsie.
§ 28. Si le changement que la grossesse produit dans la matrice est capable de produire l'épilepsie, il n'est pas étonnant que cette maladie soit le résultat fréquent de l'état violent dans lequel cet organe se trouve au moment de l'accouchement ; aussi les accès d'épilepsie sont très-fréquents , et quelquefois mortels à cette époque. L'on en trouve plusieurs exemples dans Mauriceau (1), dans La Motte (?) , et dans la plupart des autres accoucheurs. M. Pereboom, que j'ai déjà cité , en parlant de répilej)sie produite par le calcul, rapporte dans le même endroit l'observii lion de sa propre femme, qui fut attaquée, pendant les douleurs de l'enfanteuient, des convulsions les plus horribles, avec perle absolue des sens internes et externes, et une hémiplégie passagère à la fin de l'accès (3J ; elle accoucha d'un enfant mort et se rétablit fort bien. Je fus appelé, il y a plusieurs années, pour une feuime qui enavait eu, àcequ'on croyait, plus de vingt accès depuis trois heures ; elle en eut trois bien caractérisés en ma présence : une forte saignée décida l'accouchement et termina l'éiiilepsie. Une autre fut moins heureuse, le travail durait depuis vingt -quatre heures, elle avait eu souvent un délire et trois accès d'épilepsie pendant ce temps-là ; elle fut saisie au moment même du passage de l'enfant par un quatrième qui finit par une syncope mortelle.
§ 29. Après l'accouchement, plusieurs accidents peuvent encore jeter dans l'épilepsie, et cela n'est que trop ordinaire; les peurs , le chagrin , la colère produisent assez certainement cet effet. Mais au lieu que les épilepsies qui sont l'effet de la grossesse, et celles qui sont l'effet du travail , se dissipent ordinaire-
(1) Observations sur la grossesse et l' accouchement, t. Il, obs. 5. 56, 31 , 86, 90, 150, 194, etc. 11 esi vrai qu'il ne distingue pas assez exactement les cas où il y a eu véritable épilepsie, de ceux où il n'y a eu que de simples convulsions.
(2) Traité des accouchements, etc., liv. m, cl), xij, p. 507, etc.
(5) Nova acla curies, nat., t. m, p. 20. Celte observation est très-intéressante, mais trop longue pour çlre insérée içi.
ment, dés que ces circonstances ont passé, pour ne plus reparaître , celle qui naît dans le temps des suites de couche est souvent très-rebelle , quelquefois incurable.
§ 30. Les accès de suffocation hystérique , dont on a si long-temps placé la cause dans l'utérus , ressemblent quelquefois beaucoup aux attaques d'épilepsies , et on en avait fait une espèce d'épilepsie particulière qui appartient à cette classe (1) ; mais outre que ces accès n'ont point les caractères véritables de l'épilepsie, il s'en faut beaucoup que leur cause première soit toujours dans l'utérus : ainsi je n'en parlerai point ici.
§ 31. Le siège de l'épilepsie est quelquefois dans la poitrine , et comme cet organe est souvent un réservoir de matières purulentes, il n'est pas surprenant que , soit par l'irritation qu'elles occasionnent, soit par leur repompement et leur transport sur l'origine des nerfs, elles produisissent des convulsions; il l'est peut-être davantage , que leur siège ne soit plus souvent dans le poumon , ou que celte espèce ait échappé aux observateurs qui en parlent très-peu. — L'on ne trouve dans le Sepidchretum qu'un seul cas dans lequel l'observateur ait jugé que le mal dépendait d'un vice de la poitrine ; c'est celui d'un jeune homme qui eut quelques accès dans la maladie dont il mourut, et duquel on trouva le cerveau très -sain, et le poumon droit noir comme de l'encre. C'est de cette partie , ajoute l'auteur, qu'étaient nés le délire et les accès d'épiiepsie (2) ; mais en lisant attentivement l'observation, on n'en est pas aussi convaincu que lui. M. Van- Swiéten nous apprend qu'il a vu une attaque d'épiiepsie mortelle, produite par résorption du pus d'une vomique(3). M.
de Haen a donné ces belles observations, dont j'ai parlé ailleurs , par lesquelles il
(1) Barthol., De moor pathologiœ cerebfi delineatio practica, in-Ao. Amstelod., 1704. Il compte six espèces d'épilepsies, dont il fait autant de chapitres : l'^ Epilepsia propria; 2° febrilis; 3° pedissequa dolornm, purgationum, vtilnerum, et ulceriint; io pe''issequa rrplelionis et hemorragiœ ; 5« husteric; 6" liijpochondriaca ; mais ces deux dernières , il en convient luimême, sont la même maladie, et ne sont point l'épilepsie.
(2) Sepulchr. anat., lib. i, iSect. xir, obs. 34, t. I, p. 28G.
a prouvé que la suppuration du poumon procurait quelquefois des accès de spasmes et de paralysie (l). J'ai vu un homme, âgé de près de cinquante ans, qui vint mourir ici phlhisique. Les crachats se supprimèrent dès qu'il fut à l'auberge, et autant que je pus en juger, parce que la route qu'il avait faite rapidement avait occasionné une phlogose générale dans le poumon. Quand je le vis, deux heures après son arrivée , il avait une fièvre très- forte, une grande angoisse, et un mal de tête si violent qu'il portait un peu de trouble dans ses idées. Une saignée, des parfums d'eau chaude avec un peu de vinaigre, et la boisson abondante d'une infusion pectorale , dissipèrent la fièvre et le mal de tête, en rétablissant les crachats : ils se supprimèrent quatre jours après sans qu'il me fût possible d'en assigner la cause. Le malade rêva pendant près de vingt-quatre heures et eut trois accès convulsifs, que je ne vis point, mais que les assistants jugèrent épileptiques. Je pus rétablir une seconde fois les crachats, les accidents cessèrent; mais, au bout de quelques jours, la matière résorbée se jeta sur les intestins , et il périt d'une diarrhée. — Quelques années auparavant, une jeunefemme m'avait offert un spectacle à peu près semblable , elle était dans une étisie désespérée : on voulut essayer le lierre grimpant, qui est un astringent dont l'efTet fut de supprimer les crachats ; elle tomba dans des douleurs très - inouïes pendant quatre jours , puis dans une léthargie entremêlée de convulsions; elle mourut le neuvième, et rendit une grande quantité de pus par les narines.
ARTICLE V. — DES ÉPILEPSIES SYMPATHIQUES QUI ONT LEUR SlÉ&E DANS LES PARTIES EXTERIEURES.
§ 32. Voilà beaucoup d'observations sur les différentes épilepsies sympathiques produites par les vices des viscères : je vais parcourir celles qui dépendent de la lésion de quelques parties extérieures, et, pour suivre l'ordre anatomiqiie, j'indiquerai d'abord celle dont parle Fernel, qui avait son siège au sommet de la tête; c'est de là qtie partait le mal , et on le renouvelait en pressant cette partie (2). Dovinet rapporte l'exem-
(1) liatio medendi, pars 3, cap. ii.
(2) Ibid. Et de abdit. ^morbor, caus., lib. II.
ET DE LECRS MALADIES
pie d'un homme chez qui l'accès élait toujours présagé par un chalouillenicut de la lèvre supérieuie ; il sentait cette espèce île sensation monter le long des nerfs, et quand elle parvenait au cerveau, il tombait épileptique (1). J.-C. Brunner en vit une qui commençait par la nuque , et qu'il guérit en brûlant du moxa sur cette partie (2). Et l'on peut ranger dans celte classe l'observation de Hilden , qui vit une jeune fille de dix ans, dans l'oreille de laquelle il entra un petit globe de verre, de la grosseur d'un petit pois, qu'on chercha inutilement à en retirer. Les efforts n'aboutirent qu'à irriter davantage; elle éprouva d'abord des douleurs d'oreilles, de tête, des engourdissements du même côté. Ces accidents diminuèrent peu à peu, les douleurs d'oreilles passèrent entièrement , et celte cessation de douleurs fut cause qu'on ne pensa pas même à attribuer à cette cause l'épilepsie qui survint au bout de quelque temps , et pour laquelle on employa inutilement une quantité de remèdes. Enfin, Fabri ayant été consulté et instruit de l'introduction du globe de verre et de tous les symptômes qui avaient paru depuis ce temps-là , n'hésita pas à attribuer l'épilepsie à la même cause; il [îarvint à extraire ce corps, et l'épilepsie fut bientôt guérie (3).
§ 33. Donat voyait une religieuse qui éprouvait une légère douleur au sein ; si elle augmentait, la malade sentait comme monter une espèce de vapeur qui, quand elle parvenait au cerveau, la jetait dans l'épilepsie. Quelquefois cette partie s'ulcérait et donnait une espèce d'ichorité ; aussilong-temps qu'elle coulait la malade était fort bien (4) et n'avait aucun accès.
§ 34. Hollier rapporie plusieurs cas d'épilepsie qui partaient des extrémités supérieures. Chez un jeune homme, le mal commencHil par l'arliculidion de l'épaule, tout le bra s était saisi par un fort tremblement, les mâchoires se serraient, et l'accès survenait. Chez un autre, âgé de quinze ans , l'engourdissemeut de la main droite était le i)remier symptôme; les trois premiers doigts se conti actaient fortement; le bras se tordait, le corps se ployait, et il tombait sans sentiment. Il
(1) Schenckius, p. 118.
(2) Wepfer, De cicut. aquat., p. 67.
^3) Cent. 1 obs. 4.
(4) Hist. mirabil., lib. ii, cap. iv. \oy. 8cb«n«k., ibid.
parle dans le même endroit d'un autre dont le mal commençait par le petit doigt de la main gauche; la main entrait en convulsion, le mal montait; le malade tombait d'abord dans une forte palpitation, et ensuite dans l'accès. Enfin il rapporte une quatrième observation d'ua Ecossais dont le mal commençait par un tremblement du bras droit ; le mal se portait à la mamelle, et de là à la têtefl). L'on trouve dans les observateurs un grand nombre d'exemples semblables (2) qu'il serait superflu d'accumulerici ; mais j'ai sous les yeux un mémoire à consulter pour un malade attaqué depuis l'âge de vingt-deux ans, et qui en a actuellement plus de quarante, dans lequel je vois un fait semblable, qui a cependant quelque chose d'assez singulier pour m'engager à le citer dans les termes mêmes du mémoire : « Mon mal a toujours été constam- » ment attaché à la main droite , par oii » l'accès a toujours commencé. Au com- » mencement, j'étais presque sans con- » naissance aussitôt que je sentais le mal . M J'ai eu ensuite le secret de l'arrêter M souvent par le moyen d'un tourniquet » attaché à mon bras droit , et que j'ai >i toujours le temps de serrer avant d'être » sans connaissance. Une autre incom- » modité, c'est que je sens dans la jour- » née, et régulièrement le soir, au mo- » ment de m'endorrair, un mal de nerfs » toujours attaché à la main droito, dont » je suis soulagé par des lavements.»
§ 35. Les extrémités inférieures sont aussi très-souvent le siège de la cause de l'épilepsie. Galien en cite deux exemples chez deux jeunes gens. Le mal commençait par la jambe et montait comme un vent froid le long des cuisses, du dos, de la nuque, jusques à la tête; et dès qu'il y ébnt parvenu, ils tombaient dans l'accès (3). Alexandre de Tralles traita un lecteur chez qui le mal commençait par le dessus du pied, et montait aussi comme un vent froid jusques à la tête (4). L'on a guéri un épileptique en ouvrant une tumeur qui s'était formée à la cuisse, et en emportant la partie de l'os qui s'était cariée (5j , et j'ai été consulté, il y a quel-
(1) Demovb, intern., cap, xvi, Sclio}.> p. i05.
(2) Voyez Schenck. , ibid.; Plater,, obs. 24.
(3) De tocis affcct., lib. u, cap. xi. Cliar lur, t. VII, p. 444.
(4) Lib. 1, cap. XV, p. 73.
(5) Van Swieien, p. 419.
DES KERFS
ques années, par un cordonnier robuste, sage, âgé de trente et quelques années, qui, depuis trois ans, avait deux ou trois fois par mois de fortes attaques d'épilepsie, qui commençaient toujours par la partie intérieure de la cuisse. Celle partie éprouvait d'abord deux ou trois rudes secousses : bientôt le mal montait avec une rapidité étonnante, et il tombait dans l'accès. Cette observation rappelle celle des naturalistes, qui ont remarqué que le chardonneret était quelquefois sujet à l'épilepsie quand il se logeait un petit ver dans une de ses cuisses (i). L'on trouve dans Schenck , que j'ai déjà si souvent cité, le cas d'un homme dont le mal commençait par le dessus du pied; il montait jusqu'à l'estomac, et dans cet instant l'accès se déclarait (2). 11 parvint à eu arrêter la marche en se courbant fortement en avant. Purari , médecin génevois du siècle dernier, nous a conservé, dans son édition du Trésor pratique de Burnet , une observation qui mérilait en effet d'êlre connue : « Un artisan, dil-il, ayant 1) eu un ulcère à la jambe, qu'on traita » mal et qu'on ferma trop vite, tomba » dans l'épilepsie , qui commençait tou- » jours par le sentiment d'un vent froid )) qui partait de la cicatrice. S'il pouvait » faire une forte ligature au-dessus du » genou à temps, il arrêtait par là l'accès ; » mais dès que ce sentiment avait passé » le genou, l'accès était déclaré (3). » On a vu un autre malade dont l'accès commençait aussi par ce sentiment de froid à une jambe , qui, se portant à la tête , occasionnait des accès que Salmulh prévint, en lui conseillant une ligature qui ne manqua jamais de jiroduire son çffet (4). M. Rolin parle aussi d'un homme d'environ trente ans « à qui il survenait » fréquemment des mouvements convul- 5) sifs avec froid à la plante des pieds; ils « suivaient tout le corps jusques au go- » sier, oîi ils se fixaient en y faisant une » compression suffocante ; il en perdait » totalement la parole, et portait à tout instant la main à la partie supérieure w de la poitrine, pour indiquer l'endroit
(1) Haller, PInjsiol., lib. x, sect. vii, §16.
(2) Van Swielen, p. 119.
(5) Thesaiir. medicin. praclic, in-12.
Genevse, 1676, t. n, p. 463.
(4) Piiilip. Salmutb, Obsçrv., cent, j, fb«. 90.
» où il souffrait (1).» Celle espèce est si fréquente, qu'il y a peu de médecins, je pense, qui n'aient eu occasion d'en voir. — Bonnet rapporte, dans son Sepulchretum, une observation qui a du rapport, mais qui est cependant un peu dift'éi ente, et pour la marche, et pour l'effet, 'puisque le mal n'était pas dans les commencements une véritable épilepsie : il vit à Neufcbàtel, en 1656, un homme de cinquante ans à qui il survenait de temps en temps un gonflement subit dans l'aine gauche comme un bubonocèle , d'oii il partait un sentiment de fourmillement qui se portait lentement jusques à la ])[ante du pied ; dès qu'il y était parvenu, il remontait rapidement au cerveau et occasionnait de fortes convulsions du côté gauche, qui interessaient un peu la langue ce qui le faisait balbutier, mais n'attaquait point le cerveau. Il se refusa au caustique que Bonnet voulait qu'il appliquât sur l'aine, et aux cautères qu'il voulait faire ouvrir dans l'intérieur de la cuisse et à la jambe, et, de tous les conseils qu'il lui donna, il ne suivit que celui de faire une forte ligature au-dessus et au-dessous du genou dès qu'il sentait le commencement de l'accès, ce qui réussit toujours à l'écarter. Mais, un soir, la ligature n'ayant pas été faite à temps, l'accès fut si violent qu'il le tua [i). J'ai vu un malade dont l'accès commençait toujours parla partie moyenne antérieure de la cuisse. Mais, parmi toutes les observations de celte classe, il y en a peu qui méritent autant d'attention que celle que rapporte le docteur Short , de la société royale de Londres, dans les Essais d'Édimbourg (3j ; on la retrouvera ici tout entière avec plaisir.
« Au mois de juillet de l'année 1720 , « une femme, âgée d'environ trente-huit «ans, vint me consulter : elle était atta- » quée depuis douze ans d'épilepsie, dont )) les accès pendant ce lemps-là n'étaient )) revenus qu'une fois par mois; ils revew naient pour lors quatre ou cinq fois par » jour, et duraient chacjue fois une heure » ou une heure et demie ; ce qui la ren- )) dait Iriste, stupide et incapable d'avoir » l'œil sur son ménage et de prendre
(1) Traité des affections vaporeuses du sexe, p. 43.
(2) Sepulchr. anal., lib. i , sect. xii. Append., I. i, p. 291.
(5) Essais et observations de médecin;, t. IV, art. 27, p. 523.
ET DE LEUt
u soin de sa famille. Telles étaient les « circonstances où se trouvait réduit son » mari, qui, par affection pour elle, avait « pris et suivi les avis de tous ceux qu'il w avait pu consulter. — On avait essayé 3) I ouïes les espèces d'évacuations, on avait » employé tous les remèdes tirés de la » classe des anti-épilepliques, des cépha- «liques et plusieurs autres, le tout inu- « tilement. La malade empira de plus en » plus ; ses accès commençaient toujours » par la jambe, aux environs de la partie » intérieure des muscles jumeaux , et 1) dans l'instant la tête se trouvait prise, w et la malade se laissait tomber ; la bou- »1 che paraissait alors couverte d'écume, » et la malade faisait des contorsions ter- }> riblcs des lèvres, du cou et des extré- » mités. — Dans le temps que je l'inter- » rogeais, il lui survint un accès qui la 5) renversa par terre. Je lui examinai la » jambe et je n'y aperçus aucun gonflea ment , ni dureté, ni relâchement, ni s rougeur qui rendît l'endroit ci -dessus « désigné si différent de celui de l'autre » jambe. Je soupçonnai cependant que la » cause de sa maladie devait se trouver }> à cet endroit, puisque c'était toujours « par lui que commençait l'accès. C'est pourquoi je lui enfonçai tout de suite » un scalpel environ deux pouces , et. je « sentis un petit corps dur, que je séparai w des muscles, et que je tirai ensuite avec " des pinces : c'était une substance dure » et cartilagineuse, ou un ganglion de la » grosseur d'un très- gros pois, qui était j> situé sur un nerf que je coupai. La ma- » lade revint sur-le-champ de son accès, » se mit à crier qu'elle se porlaitbien, et » n'a jamais eu depuis aucune attaque. » Elle reprit bientôt ses premières for- )) ces, tant de l'esprit que du corps. »
Je finirai cet article par deux autres observations qui ont aussi leur mérite : elles sont insérées dans le Dictionnaire universel de médecine. Dnejeune dame, dit l'auteur, était sujette à de fréquents accès d'une maladie convulsive et extraordinaire, contre lesquels tous les remèdes avaient été inutiles. Elle s'adressa enfin à un célèbre médecin d'Oxfort, qui lui dit que ces accès étaient causés par !a dislocation d'un os sesarnoïde de la première phalange du gros orteil, et que l'amputation de ce doigt l'en délivrerait infailliblement (1). La malade suivit son
(1) Ce médecin devina apparemment la cause de la maladie d'après les sym-
Tissot.
avis : on lui coupa le gros orteil, et elle recouvra parfaitement sa santé ()). L'observation suivante est celle d'un fermier auprès de qui M. James fut appelé , en 1737. Il avait passé le jour et la nuit sur son lit, sans oser remuer, parce qu'il était sûr d'avoir des mouvements convulsifs aussitôt qu'il remuait le pied. Quelques jours auparavant, en traversant un chemin mauvais et dur, il avait lait un faux pas, et s'était fait mal au gros orteil g iuche. Au bout de quelques jours il eut des mouvements convulsifs qui revenaient toutes les fois qu'il remuait, ce qu'il ne pouvait faire sans ressentir des douleurs violentes. Ces accès approchaient beaucoup de ceux de l'épilepsie, excepté qu'il ne rendait pas de l'écume par la bouche , et que les convulsions commençaient par le pied malade , se communiquaient ensuite à la jambe , et lui causaient une sensation très-douloureuse dans la lète, suivie de convulsions par tout le corps, maladie à laquelle il n'avait jamais été sujet. Les remèdes lurent inutiles : il mourut au bout d'une semaine, sans avoir voulu me laisser voir son orteil avec autant de soin qne je l'au^ rais souhaité (2).
ARTICLE VI. — REFLEXIONS SUR LES ÉplLEP' SIES SYMPATHIQUES.
§ 36. Je ne m'étendrai pas plus longtemps sur les épilepsies sympathiques ; l'on trouvera peut-être même déjà cet
ptômes que M. James ignorait, n'ayant jamais vu ni la malade, ni le médecin; mais le fait n'en est pas moins certain.
(1) La Moite avait déjà conseillé, en 1698, l'amputalion du pelit doigt de la main gauche à un malade, cJiez qui l'accès commençait toujours par une douleur très-vive dans cette partie, qui se portait au cerveau avec tant de rapidité, qu'on n'avait point le temps de faire une ligature; mais le malade ne voulut point y consentir, et La Motte le perdit de vue. Chirurgie compL, obs. 177, t. ii, p. 4-27. Et, avant La Motte, Olaus Borrichius avait regardé l'ampulation du pouce carié du pied comme le seul moyen do guérir une épilepsie qui commençait toujours par un mouvement inquiétant dans cette partie, qui montait et se portait àla tète , mais qu'on pouvait arrêter par une forte ligature avant qu'il eût passé le genou. Sepfilchr., t. i.
(2j Diction, univ. de médec, t. i, art. Albadora, p. 564.
290 DES article trop long; et l'on jugera que j'ai réuni un trop grand nombre d'observations ; mais si l'on veut bien faire attention, et cette remarque servira pour la plupart des chapitres de cet ouvrage, que l'on n'apprend à bien connaître une maladie qu'en observant toutes ses variétés ; qu'il est important de bien connaître celle-ci, et que rien n'avancerait autant la médecine que de trouver réunies dans lin ordre convenable toutes les bonnes observations connues sur une maladie, on sera porté à me pardonner ces longueurs, qui m'ont coûté un travail auquel la seule persuasion d'être utile pouvait m'engager. Je dois passer actuellement aux épilepsies qui ont leur siège dans le cerveau , et à celles dont la cause réside dans les parties qui l'enveloppent : je commencerai par celles-ci, mais je dirai un mot auparavant de l'idéedequelques médecins qui ont nié les épilepsies sympathiques.
^ 37. Ch. Pison , médecin de Pont-à- Mousson, au commencement du siècle dernier , est le premier qui ait pensé qu'elles n'avaient pas leur siège dans les parties où elles paraissent l'avoir, comme le pied, la jambe, la main, etc., mais que toules étaient originaires du cerveau, et que si le mal commençait par ces parties, c'était parce qu'elles se ressentaient plus facilement et plus tôt que les autres de l'affectiou du cerveau (1). Willis embrassa le même système (2). De Moor, plus de quatre-vingts ans après, adopta la même idée , et l'établit comme un système à lui, sans nommer Pison ; il posa pour principe que toutes ces épilepsies qu'on croyait dépendre de l'irritation d'un organe qui se communiquait au cerveau , dépendaient uniquement de celle du cerveau communiquée à cet organe avant que les autres s'en ressentissent, et qu'ainsi toute épilepsie était idiopalhique (3) ; et M. de Sauvages même ne paraît pas éloigné de ce système (4). Mais il ne faut qu'examiner impartialement les observations que j'ai rapportées pour se convaincre de sa futilité, et s'assurer que c'est très-souvent une irritation externe qui produit l'épilepsie. Celle que M. Short guérit en enlevant le petit corps dur qui irritait le
(1) Demorbis a colluv. serosa, sect. u, 'pars 2, cap. vu, p. 140.
(1) De morbis convulsiv.
(")) Morbus caducus omnis mihi est idio' patliiciia. Patholog. cereb., c. xiu, p. 425.
('4) Aosolog. méthod. duss. 4, n. 19, t. I, in-4°, p. 580.
nerf tibial postérieur, celle que le médecin d'OxI'ort guérit en amputant le gros orteil , celle que M. James observa après la luxation de ce même orteil, la plupart des autres dont j'ai parlé dans le même endroit, qui, comme on l'a vu, ou comme on le verra plus bas, ont été guéries par l'application d'un cautère sur l'endroit d'oîi partait le mal, ou éloignées par une ligature, n'avaient-elles pas évidemment leur siège dans celte partie? Il n'est pas même possible d'en douter, et si Pison a formé le système que je combats, on voit évidemment que c'est parce qu'il n'avait pas fait attention à ces guérisous par le caulère, ou à ces observations dans lesquelles l'altération de la partie est évidente. Il ne paraît avoir eu cette idée que d'après les observations dHollier dans lesquelles on ne trouve en effet ni guérison par les applications, ni marque sensible d'altération dans la partie. «Puis- » que HoUier, dit-il, ne marque point » qu'il y eût aucune altération dans ces » parties, pourquoi croire que c'est d'elles » que venait l'irritation? Wétaient-elles » pas plutôt les premières à recevoir » celles qui naissaient dans le cerveau ? » Raison très - faible , puisqu'une humeur très-acre peut exister dans une partie sans y produire aucun changement qui tombe sous les sens, et qu'on n'en peut souvent découvrir aucun dans les cerveaux les plus épileptiques. Cependant il est très-plausible que l'idée de Pison est vraie quelquefois, et que, dans quelques cas , si les accès commencent par une partie, ce n'est pas parce qu'elle est le siège de l'irritation, mais parce que les nerfs qui s'y distribuent sont irrités avant les autres : tel était, par exemple, à ce que je crois , le cas d'un jeune homme dont il est parlé § 6, qui, avec des marques d'un cerveau mal organisé, avait eu dès son enfance des mouvements convulsifs d'un bras, qui dégénérèrent en épilepsie terrible, et qui n'étaient sans doute point produits par un vice qui n'attaqua d'abord que l'origine des nerfs brachiaux, et qui ensuite gagna tout le cerveau ; mais ces cas sont rares et ne prouvent point la non-existence des épilepsies sympathiques, dont Wepfer, qui a si bien connu les maux de nerfs, a jugé qu'on ne pouvait pas nier la vérité : Il est évident, dit -il, qu'il y a des épilepsies sans aucun vice dans le cen>eau;et il en donne deux preuves : l'une, c'est qu'une piqûre de nerf, une morsure d'animaux, du lait aigri dans l'estomac , des poisons,
ET DE LEU
desvers, la produisent chez les personnes qui ont le cerveatx le mieux constitué ; la seconde, c'est qu'on la guérit souvent par des applications sur la partie malade, sans aucun remède propre à agir sur le cerveau. J'ai vu, ajoule-t-il, un jeune paysan guéri d'une épilepsie très-violente par l'application d'un vésicatoire sur tout le dessus du pied, qui était la partie où le mal commençait (I) et M. Boerhaave a bien vu cette différence que j'ai assignée plus haut. 0 L'accès commence , dit - il , » souvent par un mouvement qui se porte » depuis les extrémités au cerveau; si la » cause réside dans celte extrémité, la li- » gature arrête l'accès, mais elle est inu- » tile si ce mouvement est l'effet d'une )> cause qui agit sur le cerveau même (2)». Je passe maintenant aux épilepsies qui ont leur siège dans les enveloppes de ce viscère.
ARTICLE VII. DES EPILEPSIES IDIOPATHIQUES.
§ 38. L'on pourrait parler ici de ces épilepsies qui sont la suite des plaies, des meurtrissures et des fractures de la tête; mais outre que l'épilepsie est un des accidents qui arrivent le plus rarement dans ces cas-là, comme La Motte l'a déjà remarqué, j'ai dit tout ce que j'ai à dire là dessus en parlant des nerfs dans les cas chirurgicaux : ainsi il n'est question ici que de celles qui résultent de quelque vice spontané de l'intérieur du crâne et du cerveau même.
La première cause d'épilepsie qui se présente , c'est l'intropression des os du crâne , qui compriment alors le cerveau et déterminent les accès. Boretius vit un enfant de dix semaines, qu'un pli grossier de son béguin, fortement serré par une mère imprudente, jeta dans des accès qui cessèrent dès qu'il en eut fait éloigner la cause (3) ; et il cite l'observation d'un jeune homme que les mauvais traitements d'un précepteur avaient rendu épileptique, et dont il trouva que la cause du mal était une intropression du crâne, produite apparemment par les coups de bâton qu'il avait reçus sur la
(1) De cicut. oquat., p. 97. îyj. Morgagni prouve aussi qu'on ne peut pas refuser d'admettre cette espèce d'épilepsie. De sedib. et caus. morb., lib j, epit. ix, §8.
(2) De morbis nervomm, p. 844.
(5) Boretius , De epilepsia ex dépites- BÎone cranii, Begiom.» 4725, § 7.
tête dans son enfance (1). — L'on peut placer ici une observation de M. Pouteau , célèbre chirurgien de Lyon , que je rapporterai en entier :
« Un jeune homme de trente ans, )) ayant reçu un coup au sommet de la « tête, la plaie ne put être cicatrisée que « dans un an. Aussitôt que la cicatrice » fut parfaite, le malade fut attaqué d'ac- » cès d'épilepsie, qui devenaient toujours » plus fréquents. Ayant resté un an dans » cet état , il vint me consulter ; je rou- » vris la cicatrice par le moyen d'une » pierre à cautère. Depuis ce jour- là, les « accès ne reparurent plus ; il y eut une » légère exfolialion , et je conseillai au » malade d'entretenir cette plaie ouverte » par le moyen d'un pois. Le chirurgien » à qui j'avais confié le pansement de ce « malade , ayant essayé de laisser fermer » la cicatrice , l'épilepsie reparut ; elle » disparut de nouveau par la seconde ap- » plication du caustique (2). »
§ 39. Gn trouve dans les consultes de Zecchius, médecin de Sixte-Quint, le cas d'un homme qui souffrit long-temps d'une douleur de tète, suivie d'une noire mélancolie, et enfin de l'épilepsie quelque temps avant sa mort , dans le crâne duquel on trouva une carie assez considérable de la table intérieure de la partie supérieure de l'occipital , dans l'endroit même qui avait été le siège de la douleur (3) ; et l'intropression d'une portion de cette même table interne d'un des os pariétaux chez un enfant , fut la seule cause qu'on put assigner à l'épilepsie dont il mourut (4).
§ 40. Feruel trouva dans le cerveau d'un philosophe , mort épileptique avec de longues douleurs au sommet de la tête, une humeur putride épanchée entre la dure-mère et le crâne dans cette même partie (5) ; et Rumler ouvrit le cadavre d'un jeune homme qui avait été épileptique , et mourut après un long assoupissement, dans le cerveau duquel il trouva la dure-mère rongée par des ulcères qui avaient infecté le cerveau, dont toutes les sinuosités étaient pleines de sang(C).
(1) Ibid., § 19. Çolleçt. pract., Haller, tom. I.
(2) Mélanges de cliirurgie, par M. Cl.
Pouleau. Lyon, ITSQ, p. 85.
(3) Voyez Sepulçhr., )ib. i, SQCt. xu, obs. 3, t. I, p. 373. '
(4) Ibid., obs. 33, p. 285.
(5) Ibid., obs. 18, p. 2§Q.
(6) ïbid., ebs. 4, p. m.
§41. Outre les vices des os du crâne, il se forme quelquefois dans les membranes (les concrétions osseuses qui, par leur in ilatioii sur le cerveau, produisent cette cruelle maladie. Un homme, dont le mal avait commencé par une perte totale de connaissance qui entraîna une chute de cheval, conserva de grands maux de tête, et mourut épileptique six ans après. Il avait, dans la partie antérieure du sinus frontal , un os assez considérable et Irèspointu , qui enflamma et corrompit les membranes (I). La Motte rapporte une observation très-intéressante d'une autre épilepsie qui dépendait de la même cause. Un jeune homme de neuf ans fut attaqué d'un accès des plus violents qui dura dixhuit ou vingt heures , ne cessa que par la saignée et l'émétique, et lui laissa une perte presque entière de mémoire, qui ne revint que lentement, et de véritables accès d'épilepsie , dont les retours étaient fort éloignés dans les commencements, mais devinrent de plus en plus fréquents à mesure qu'il avançait en âge, et arrivaient toujours la nuit. Il rendait involontairement ses urines pendant l'accès, et elles se supprimaient pendant le jour, ce qui lui était fort incommode. Il mourut, au bout de vingt ans , d'une autre maladie qui se joignit a celle-ci , et je trouvai, dit ce chirurgien, en ouvrant la lête, qu'à l'angle interne de la dure-mère, à l'endroit oii elle se replie pour former la faux, il y avait plusieurs petits os qui y étaient comme plantés ou enracinés, desquels il sortait une portion qui semblait y être mise exprès, pourempêcher que la pie-mère n'approchât de la faux , avec une quantité d'autres petites lamines osseuses que je jugeai être la cause du mal (2).
(d) Sepidchr., obs. 27. Le même collecteur rapporte ailleurs (Medicin. septentrion., lib. 1, t. I, p. 115) une autre observalion d'Antoine de Pozzis, qui trouva, au milieu du cerveau d'un officier épileptique, un os assez considérable, qui avait presque la figure d'une étoile.
(2) Traité complet de chirurgie, tom. ii, p. 597, obs. 171. Cette même observation se trouve dans les Mémoires de l'Académie royale, année 1711, avec quelques détails de plus. On y voit, entre autres, que quand il eut repris la mémoire , il eut la passion de l'étude, mais que toute application lui donnait un violent mal de tête et des accès; qu'il devint trèsmélancolique, et qu'il mourut étique.
§ 42. En 1734, M. Hunaud communiqua à l'académie l'histoire d'un homme âgé de trente-cinq à quarante ans , sujet depuis bien des années à des accès épilepliques , dans le cadavre duquel il trouva plusieurs os pointus attachés au côté du sinus longitudinal, et qui irritaient la pie-mère et le cerveau. M.
Boerhaave avait ouvert, avec M. Rau, le cadavre d'un épileptique, dans lequel il trouva aussi la faux hérissée de pointes osseuses , qui occasionnaient un accès d'épilepsie toutes les fois que le sang se portait à la tête (1) ; et j'ai citéplushaut, § 3, l'observation d'un homme qui, après avoir été épileptique, devint hydropliobe, et dont la dure-mère élait garnie de sept excroissances squirrho-calculeuses , causes de la maladie et de la mort (2). Un corps étranger introduit dans le cerveau produit les mêmes maux que ces concrétions qui s'y forment. M. Didier vit à Montpellier un soldat qui avait un accès d'épilepsie toutes les fois qu'il se couchait à la renverse, et dont le mal dépendait d'une balle qui, étant restée dans la partie intérieure du crâne, comprimait le cerveau quand il élait dans celte attitude (3).
§ 43. Une humeur plus ou moins épaisse , épanchée entre les méninges et le cerveau, est aussi quelquefois la cause de l'épilepsie. M. Drelincourt trouva chez un vieux soldat ivrogne , sujet depuis long-temps à celte maladie, avec des pesanteurs de tête, un engourdissement des sens, souvent des accès de folie passagers, tous les sinus remplis d'une gelée jaune et épaisse, également épanchée sous la dure-mère, sur tout le cerveaujdon telle remplissait toutes les sinuosités, et avait l'épaisseur d'un doigt (4). M. Poupart trouva aussi sous la dure-mère d'un jeune homme de dix-sept ans, qui avait eu pendant long-temps des accès qui revenaient plusieurs fois par semaine , et qui élait fort stupide, avec le visage plombé, une grande quantité d'une gelée dure, si intimement attachée à la
(1) Praxis medica, t. v, p. 56.
(2) Jotirn. de mcd., t. xiv, p. 519.
M. Meckel a aussi vu de violentes convulsions produites par un os très-aigu, long d'un pouce, attaché à la partie inférieure de la dure-mère. Recherches sur les causes de la folie, obs. 14.
(5) Didier, Patholog., p. 51G.
(4) Sepulehr., lib. i, sect. xii, addition, obs. 8, t. I, p. 296.
ET DE LEURS MALADIEâ.
dure-mère, qu'on avait peine à l'en séparer (1); et Ger. Biaise, disséquant le cerveau d'une femme épileptique, trouva tous les sinus engorgés d'une matière gélatineuse si épaisse, qu'elle avait la consistance des polypes (2).
On a l'observation d'un enfant mort rachitique, asthmatique et épileptique, chez qui l'épilepsie pouvait bien naturellement être imputée à une pierre, ou concrétion calculeuse, qu'on trouva dans la partie postérieure de la tête , entre la dure-mère et la pie-mère , et qui avait peut-être pris son premier germe lors d'une chute que l'enfant avait faite à l'âge de dix ans, et qui avait été l'origine de tous ses maux (3). — Cette observation me rjppelle celle d'une jeune fille qui , jusqu'à l'âge de huit ans , avait été très-bien faite et d'un très-aimable caractère; à cet âge , elle eut une frayeur ; sa santé s'altéra, son caractère devint d'abord tracassier, ensuite méchant; sa taille se contrefit, et , à l'âge de seize ans, elle était était tout-à-fait déligurée ; à celui de neuf, elle eut une défaillance; quelques semaines après , un véritable accès d'épilepsie ; quelques mois ensuite, un autre; puis, successivement ils devinrent très-fréquents. Il paraît que la frayeur altéra l'organisation du cerveau; le caractère en fut changé. La nutrition, à laquelle les nerfs sont si nécessaires, fut dérangée, et la jeune fille devint rachitique ; enfin, elle tomba dans une véritable épilepsie , dans laquelle elle a traîné plus de vingt ans une vie très-misérable.
§ 44. La cause de l'épilepsie réside aussi souvent dans le cerveau, ou , pour parler plus exactement , l'on a souvent trouvé, dans le cerveau même des épileptiques, la seule lésion sensible à laquelle on peut attribuer la maladie, quoiqu'il ne soit pas démontré qu'elle en fiit toujours la cause, comme je le prouverai ensuite. L'une des lésions observées le plus fréquemment dans les cerveaux des épileptiques , c'est une grande quantité de sérosité plus ou moins âcre , plus ou moins liquide, plus ou moins limpide, qui inondait les sinus, et paraissait même, dans quelques cas, abreuver toute la substance du cerveau. Bonnet disséqua une femme qui, à la suite d'une colique.
(1) Mémoires de l'Acad., 170.5.
(2) Sepulchr., ibid., obs. 24, p. 283.
(5) Sepulchr., ibid., obs. 9, p. 376.
était devenue paralytique et ensuite épileptique, dont la substance même du cerveau, les ventricules et la moelle épinière étaient remplis d'eau (l); it Rivière, ayant disséqué le cadavre d'un enfant de sept ans, qui avait été sujet à des maux de tête et à des accès d'épilepsie qui le tuèrent, ne trouva d'autre vice que de l'eau dans le cerveau et les ventricules (2). Gavassetti en trouva beaucoup dans le cerveau du cardinal Commandoni, qui, après avoir eu soixante accès dans les vingt-quatre heures, mourut de faiblesse (3).
§ 45. Outre l'eau épanchée dans les ventricules, on a trouvé quelquefois des bydatides dans les vaisseaux du plexiischoroide. Le docteur Rhœtus en cite deux exemples : l'un est celui d'une femme de soixante ans, qui était depuis longtemps sujette à l'épilepsie, et qui mourut dans un accès. En ouvrant le crâne, on trouva une grande quantité de lymphe extravasée entre la dure-mère et le cerveau et dans les ventricules antérieurs ; le plexus-choroïde était garni d'une multitude de petites vessies pleines d'une eau claire ; l'autre , aussi d'une vieille femme, qui avait également des sérosités épanchées sous la pie-mère et dans les ventricules, mais dont le plexus-choroïde était encore plus altéré : il avait la forme d'une grappe, et la couleur des bydatides était celle des perles (4). — Valsalva disséqua un épileptique âgé de soixante ans, qu'un accès de celte maladie emporta pendant le cours d'une fièvre. Outre l'eau qu'on trouva entre la dure-mère et la piemère et dans les sinus , les glandes du plcvus-choroïde en étaient gorgées (à); c'est-à-dire qu'il était aussi hydatique, vice dont on trouve encore d'autres exemples , mais toujours combinés avec cet épanchement général dans tout le cerveau, qu'on voit dans les trois cas que je viens de citer.
(1) Ibid. Obs. 12, p. 277. Voyez aussi les obs. 7, 8, 10, 13, 15, 17. Dans cette dernière, il cite l'observation de Fernel, qui trouva dans le cerveau une liqueur irôs-puante.
(2) Observât-, cent. i,obs. 37. Oper.
medic. univers., in-folio. Genevte, 1737, p. 473.
(3) Morgagni, De sedib. et caiisis. Ep. 9,
(4) Philosoph. trans., n. 399, p. 315.
' (5) Morgagni, ibid., § 2.
294' oiËS
§ 46. Non-seuleiuent le cerveau est quelquefois inondé d'eau ou d'une humeur gélatineuse , mais sa propre substance devient quelquefois gelée. M. Morgagni vit une femme sujette depuis deux ans à l'épilepsie, dont l'intérieur du crâne, les méninges, le cerveau, étaient extrêmement sains, à cela près que le tiers antérieur de l'Lémisphère gauche du cerveau était beaucoup plus afTaissé que le côté opposé. Cet affaissement venait de son extrême mollesse dans celte partie, mollesse très-sensible déjà dans la substance corticale , mais surtout dans la médullaire , qui n'était qu'une gelée (l). Le même observatenr ayant ouvert le cadavre d'un homme sujet à la même maladie , qui enfin l'emporta , ne trouva d'autre vice dans le cerveau , si l'on eu excepte une légère dilatation de l'artère basilaire, de nulle importance, qu'un amollissement total des couches des nerfs optiques, qui ressemblaient à une espèce de gelée noire à demi corrompue (2); et il rappelle une observation analogue de M. Marchetis , qui avait aussi vu un ramollissement considérable dans une parlie du cerveau d'un épileptique.
§ 47. La même maladie dépend fréquemment des causes les plus opposées, et Ton a souvent trouvé dans le cerveau des épileptiques des tumeurs dures , et même des squirrhes. Platérus parle d'un jeune homme dont le mal cominença par un mal de têle qui ne l'abandonna plus, une insomnie opiniâtre , une faiblesse dans les facultés, enfin de fréquents accès convulsifs, et qui mourut étique, dans le cerveau duquel il trouva, vers sa partie antérieure , une tumeur plus grosse qu'un œuf de poule , qui avait la forme d'une pomme de pin, et dont la substance ressemblait à du blanc d' œuf durci, mais était beaucoup plus grosse (3). Fanton dit que les ouvertures des cadavres ont souvent fait voir, dans le cerveau même, des causes d'épilepsie qu'on croyait trouver dans les méninges ; et il cite un homme d'un âge mûr, qui, ayant été épileptique pendant plusieurs années, avec une forte douleur autour du crâne, mourut apoplectique à la suite de quelques forts accès. Le crâne était fortement attaché à la dure-mère , qui était trèssaine, aussi bien que les autres inembra-
(1) Ibid. § 16.
(2) Morgagni, ibid., §18.
(5) Folio. Plaieri, Observât, Basii 1680, lib, j, p, 103,
nés et tout le cerveau, excepté le corpS calleux, 011 l'on trouva une tumeur dure, plus grosse qu'une noix (1). M. Morgagni nous a conservé une observation de M. Walthiéri , qui parle d'un homme dont le mal commença par une douleur de la partie antérieure de la tête, avec de la pesanteur, ensuite perle d'odorat, et des accès d'épilepsie qui le fatiguèrent beaucoup pendant deux ans, au bout desquels il mourut, et dans le cerveau duquel on trouva la partie antérieure du cerveau calleuse et très-adhérente à la durc-mère (2) ; et M. Morgagni rapporte une observation de M. A. Kaauw Boerhaave, qui, en disséquant le cerveau d'un soldat de marine, sujet depuis long-tempà à l'épilepsie, dont un accès plus fort que les autres le tua , trouva que non-seulement, en général, la substance corticale était endurcie, mais que, dans plusieurs endroits, elle était squirrheuse , et dans d'autres calleuse.
§ 48. On peut joindre aux observations précédentes, comme leur étant analogue, celle que rapporte Rhodius dans ses observations (3). L'on ne doit point êlre surpris, dit-il, que celte maladie soit quelquefois incurable , si l'on fait attention aux causes qui la produisent. Un malade, qui s'était rendu à Padoue , attiré par la réputation de J. Prévôt, s'en retourna sans avoir été soulagé ; et, étant mort peu de temps après son retour dans sa patrie, on trouva dans un des sinus du cerveau une tumeur charnue qui occasionnait la maladie en comprimant le cerveau, qui avait rendu tous les remèdes inutiles. P. Borelli trouva aussi les ventricules pleins d'une matière semblable à celle de la graisse (4), et cette cause n'était pas moins incurable que la précédente.
§ 49. Les abcès produisent quelquefois aussi l'épilepsie. Bauhin en trouva un dans le lobe droit du cerveau d'un jeune homme qui était en même temps mélancolique et paralytique (6) ; et Olaus Bo-
(1) Job. Fantoni, Animadvers. in Opusc, Paccliioni , animadvers. 22. Fanloni , Opitscida mcdica, in-4'>. Genevse, 1758, p. 37. Pacchioni lui-même avait trouvé une partie de la substance corticale squirrheuse dans un cardinal épileptique.
(2) Morgagni, ibid., § 24 et 25.
(3) Cent. 1, obs. o5. Sepulchr., p. 283.
(4) Borelli, cent, ii, obs. 78.
(5) Voy. Sepulchr., seçt. xv, obs. 18, p. 571.
ET DE LEURS MALADIES
ricliius en cite un autre exemple : c'est celui d'un jeune homme sujet à une petite toux sèche avec des maux de dents, chez qui les accès étaient horribles , dont les yeux devenaient un peu saillants et rouges , et qui avait des maux de tète avec une disposition à l'assoupissement.
Il mourut de langueur , et l'on trouva dans le milieu du lobe droit du cerveau un abcès plus grand qu'un œuf de poule, plein d'un pus blanc, mais très-fétide (l).
§ 50. M. Clossy, à qui l'on doit un petit ouvrage utile sur les ouvertures des cadavres, rapporte une observation intéressante. Un homme de trente ans avait, dit-il , des accès d'épilepsie qui revenaient plusieurs lois pijr jour depuis trois ans ; en examinant sa tête , il découvrit une tumeur sur la partie pariétale gauche , qui y était resiée depuis un coup qu'il y avait reçu , et qui était réjioque du commencement des accès (2j. Ayant ouvert les téguments , il trouva que c'était une tumeur osseuse, à laquelle on appliqua le trépan. L'os était spongieux, plein de pus, et fortement attaché à la dure-mère. Le malade mourut peu de jours après, léthargique ; et, l'ayant ouvert, on trouva la dure-mère garnie intérieurement de plusieurs petits abcès (5), et l'on retrouve de semblables observations dans plusieurs observateurs; mais il serait inutile d'en recueillir un plus grand nombre.