‹ Œuvres de TissotChapitre 80 sur 160 · ARTICIK XII. SYMPTÔMES AVANT · texte numérisé non relu

ARTICIK XII. SYMPTÔMES AVANT

COÛREURS.

§ là. Après avôîr décrit l'épilepsie, et déiaillé tout ce qui a rapport à ses causes, il me reste à parler, avant de passer au traitement, des symptômes qui annoncent l'accès, des maladies dont elle a été quelquefois suivie, de quelques-unes de ses variétés, et surtout de ses suites et de son pronostic. — Il y a des épileptiques cbez qui l'accès arrive inopinément, sans (ju'aucun symptôme préliminaire les en avertisse : ce sont les plus malheureux; il y en a d'autres, plus beureux , qui peuvent prévoir le mal, et qui, par là , ont l'avantage de prévenir quelques-uns des accidents, dont je parlerai plus bas, auxquels un accès imprévu expose. Ces symptômes varient suivant le siège de la cause et suivant les sujets. Quand la cause a son siège dans le cerveau, les symptômes qui précèdent racées ;innonc('nt l'embarras de cette partie. Arétée est l'auteur qui lésa décrits avec le plus d'exactitude, et tous les médecins doivent lire sa description , ou plutôt ce qui nous en reste. Je rapporterai principali-ment ce que j'ai vu. — L'enifourdissemeiit, l'assoupissement, les tourne-

mentsdetête(l), leg^onflement dés yeux, et surtout des paupières, le larmoiement, la faiblesse , le dégoût , quelquefois la tristesse , sont les symptômes que j'ai observés le plus fréquemment. Arétée parle des feux devant les yeux, et ils sont confirmés par plusieurs observateurs (2); des tintements d'oreille que j'ai aussi vus, d'un sentiment de mauvaise odeur, que je n'ai jamais vu chez les épileptiques, mais plusieurs fois chez les femmes hystériques ou les hommes hypochondres , d'une grande facilité à se mettre en colère, qui est eii effet assez fréquente dans celle maladie. J'ai vu une malade chez laquelle il était bien rare que le.si accès ne fussent annoncés à l'avance par une rougeur assez marquée au haut des narines et entre les deux sourcils; et une autre dont le mari a presque toujours prévu les accès vingt - quatre heures à l'avance , par un gonflement assez sensible des veines du front. Je connais un jeune homme, qui est guéri actuellement, mais qui , tout le temps de la maladie , a toujours pressenti les accès par des rêves effrayants , ou au moins par un sommeil fort agité. L'on a vu plus haut les accès présagés par des douleurs au sein, ils le sont quelquefois par des dérangements d'estomac. Pitcairn parle d'un malade cbez lequel ils étaient constamment précédés par de Irès-violenls maux de tête (3); et Tulpius, d'une femme qui les prévoyait certainement par un battement plus fréquent des artères temporales , et une rougeur du visage et des mains (4). Je traite une malade qu'un peu d'agitation, et surtout l'insomnie , quatre ou cinq jours à l'avance, ont souvent avertie d'une prochaine attaque.

§ 7G. Quand l'épilepsie est sympathique , l'on a vu que l'accès est toujours annoncé par ce sentiment de froid et de chatouillement qui monte de la partie qui est le siège du mal au cerveau , qui donne souvent le temps d'arrêter l'accès par une ligature. Indépendamment de ce sentiment , il y a quelques malades, bien peu cependant, chez lesquels il est aisé d'apercevoir des signes de

(1) Les vertiges, dit Galien, sont trèsvoisins de l'épilepsie et la précèdent soU; vent. Commentnr. in aplioris . ,iT , lib. iii. I

(2) Medichi. septeiit., ib., c. vi, p. 109. |

(3) Elementa medicin..-phijs. mathemat.^ lib. II, cap. V.

(4; Oi-ierv., 1. I, oKs. H p. 2B.

ET DU lEPl

mal-êti'e dans la partie qui est le siège du niHl quelque temps auparavant ; mais cela n'arrive guère que quand la cause du mal est dans les viscères : je n'ai point appris que cela ait été observé , et je ne l'ai point observé moi-même, quand elle a son siège dans les membres.

ABTIOLE XIIl. — DES MALADIES QUI PRÉCÈ- DENT l'ÉPILEPSIE ou qui lui SUCciÈDENT.

§ 77. L'épilepsie est le plus souvent une maladie primitive et non point la suite d'aucune autre ; d'autres fois elle est précédée par d'autres, et elle les remplace quand elles finissent. G. Horstius rapporte l'observation d'un enfant de douze ans , presqu'imbécille et ne parlant que très-mal, qui fut attaqué d'une paralysie qui dégénéra ensuite en épilepsie; ce fut le moment où il fut consulté, et il rétablit parfaitement toutes les facultés et la santé de l'enfant (1). — L'on voit, dans les Mémoires des Curieux de la nature, l'observation d'une femme qui, ayant eu une violente frayeur, perdit tout-à-coup la vue , sans autre accident; mais vingt-quatre heures après, elle tomba dans un accès d'épilepsie qui dura deux jours, et se dissipa avec l'aveuglement (2). M. Stahl rapporte l'observation d'une jeune fille de neuf ans qui , depuis cinq ans, était sujette à des accès d'épilepsie très - fréquents , qui avaient succédé à un gonflement du cou, qu'on avait dissipé par des remèdes extérieurs (3); et j'ai vu aujourd'hui, 1""' septembre 1769 , un jeune garçon de quinze ans, très-sujet aux convulsions la première année de sa vie , bien portant depuis lors , qui , ayant été effrayé il y a douze jours par le bruit qu'un chat fit dans la chambre oii il couchait peu de jours après la mort de son grand-père, fut attaqué , le matin , deux jours après, d'une perte subite de voix , sans perte d'aucun sens, mais un délire complet et fort agité, une physionomie égarée, des yeux hagards et un gonflement livide très -considérable entre les deux sourcils; cet accès dura une heure, et est revenu hier de la même façon ; le jeune

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homme est restë faible , pâle , iotimidé ; et il me paraît bien démontré que , si on ne le guérit pas , ces accès ne tarderont pas à devenir épileptiques. — Wepfer vit deux épileptiques dont le mal avait commencé par la catalepsie (1); chez d'autres, de longs maux de tête, quelquefois des convulsions se terminent en épilepsie, et ces premiers maux disparaissent; mais je n'ai jamais vu l'hystérie ou les vapeurs dégénérer en cette maladie ; je suis même convaincu que cela est très-rare , et Andrée, médecin an*glais, qui établit que cela est très-fré" quent, s'est assurément trompé (2). Ce qui peut l'avoir induit en erreur, c'est que quelquefois les accès complets d'épilepsie sont précédés , long-temps à l'avance, par des accès imparfaits dont les premiers ne paraissent qu'une attaque de vapeurs; ils sont assez éloignés, peu à peu ils se rapprochent et deviennent plus forts ; on craint qu'ils ne dégénèrent en apoplexie, mais au bout de quelque temps ils sont véritables accès d'épilepsie. Il me paraît important d'être prévenu de cette observation que j'ai réitérée plusieurs fois ; elle peut servir à prévenir le mal , en réglant sa cure en conséquence. Si, dans l'idée que ces premiers accès ne sont- que des v-apeurs, on les néglige ou les traite comme on traite ordinairement les vapeurs, le mal fait des progrès rapides et peut devenir épilepsie incurable.

§ 78. Si l'épilepsie est quelquefois la suite d'autres maladies , il arrive aussi qu'elle les devance et disparaît quand d'autres arrivent. Hippocrate a déjà averti que l'épilepsie se guérissait quelquefois par une douleur de cuisse, l'aveuglement, une tumeur au sein ou aux testicules (3), et l'on comprend aisément comment cela peut avoir lieu quand cette maladie est occasionnée par une humeur âcre , qui irritait le cerveau , et cesse de l irriter en se déposant ailleurs. Wincler parle d'un homme scorbutique qui eut pendant quelque temps des accès d'épilepsie, qui cessèrent quand l'humeur qui les produisait changea de direction (et rendit le malade aveugle (4). Fabrice de Hilden avait déjà rapporté deux change-

(1) Observ. medîc, lib. quatuor, lib.

prior, m-i", Ulmœ, 1G28, lib. ii, obs. 41.

(2) Cent, m, dec. v et vi, obs. 28, p. 65.

(3) Tkeoria medica, patholog., seçt, Ji, merab, 4, p. J017.

(1) De morb. capH., obs. 125, 126, p. 575. 578.

(2) On hystéries fits, p. 27.

(3) Epid. II, sect. v, Foës, p. 1046.

ments d'épilepsie en avetiglement; il est vrai que c'était moins l'ouvrage de la nature que celui d'un remède violent , employé par un empirique , pour la guérison de l'épilepsie, et je connais un jeune homme chez qui celte maladie a alterné pendant dix-huit mois avec la surdité. Un cas bien plus rare encore , c'est celui dont Tulpius fut le témoin. "La 3) fille, dit-il, d'un conseiller d'Amster- 3) dam était tourmentée par l'épilepsie , )> et fous les remèdes lui étaient inutiles ; }> mais la nature fit un eflbrt en sa fa- » veur, en déterminant la cause du mal 3) sur les muscles de la gorge : dès qu'il 3) s'y fut formé un dépôt, l'épilepsie dis- » parut; mais la malade n'avalait que » difficilement et perdit entièrement la » parole pendant six mois ; au bout de ce 3> terme, elle la recouvra et fut parfaite- » ment guérie (1). » 11 rapporte dans le même endroit l'exemple de deux enfants qui ne purent être guéris que quand la nature produisit deux ulcères à la peau de la tête, ce qui n'e.st pas rare ; et celui d'un orfèvre, qui fut délivré de cette maladie par une éruption de croûtes écailleuses aux pieds, qui tombaient fréquemment , et il se faisait alors un suintement abondant d'une humeur acre , ce qui le guérit radicalement. — Trincavelli avait déjà rapporté l'observation d'un homme de cinquante ans qui, après avoir été malade d'épilepsie pendant vingt-cinq ans, en guérit, en tombant dans une fièvre et une gale semblable à la lèpre, qu'il eut la plus grande peine à dissiper (2). L'on trouve dans les Mémoires des Curieux de la nature un autre exemple d'une épilepsie, guérie spontanément par un ulcère qui se forma aux pieds (3); et le même ouvrage rapporte une autre crise plus rare , c'est la formation de trois petites tumeurs au pli du coude gauche ; dès qu'elles furent formées, l'épilepsie cessa (4). M. Hofman 'parle aussi d'une épilepsie guérie par l'éruption de la gale. — J'ai vu une jeune fille de dixsept ans qui se porte à merveille aussi long- temps qu'elle porte une gale, qui parut, la première fois, après quinze jours d'usage de valériane ; elle dura six semaines, pendant lesquelles elle suspendit le remède et n'eut point d'accès ,

(1) Observât, medie., lib. i, obs. 8.

(2) Consil., lib. i, cens. 29,

(5) Dec. III, an. 2, obs. 24, p, 38.

(4) Ifjid., i, an. 3, oJ)s, 90, p. m.

qui revenaient dis ou douze fois par mois; dès que l'éruption et la démangeaison eurent finis , les accès reparurent : elle reprit de la valériane, la gale revint, les accès cessèrent. J'observai cette alternative trois fois : je lui conseillai un cautère à la jambe gauche, qui était celle oîi l'éruption et la démangeaison étaient les plus fortes, et des fortifiants internes ; je l'ai perdue de vue , mais j'espère qu'elle est rétablie. Ch.

Pison avait vu cette maladie dégénérer en tétanos, et a déjà averti que souvent elle dégénérait en apoplexie (l) ; mais ce changement me paraît devoir être plutôt appelé une augmentation de la maladie:

c'est son dernier degré , celui par lequel elle finit ordinairement. — La fièvre quarte guérit-elle l'épilepsie? Hippocraie a dit : « que ceux qui avaient la )) fièvre quarte étaient rarement attaqués )) de convulsions , et que , s'ils en étaient » attaqués avant la fièvre , elle les en » délivrerait (2). » Rivière est allé plus loin , il a dit positivement : « Si la fièvre « quarte attaque un épileptique et dure » long-temps, elle le guérit (3). » Mais je ne connais et je n'ai fait aucune observation qui vérifie ces heureux pronostics , et pour juger ce qu'on doit en penser, il faut faire attention à ce que j'ai dit des caractères et des effets des fièvres d'accès dans le chapitre où j'en ai traité. Ballonius a fait une observation sur la façon dont se termina une épilepsie, qu'il ne faut pas omettre. Un chevalier était fréquemment attaqué de violents accès d'épilepsie que rien n'avait pu guérir, mais la nature fit pour le malade ce que l'art n'avait pas pu faire; elle le rendit frénétique pendant quelque temps, peu à peu la frénésie se dissipa, l'épilepsie se guérit en même temps, et il se porta parfaitement bien (4). Une fièvre épidémique très-grave guérit un enfant de dix ans qui était épileptique depuis trois ans, dont les accès revenaient souvent plusieurs fois par jour, et qu'aucun remède n'avait pu soulager (5).

(1) De morbis a colluv. seros., sect. ii, pars. II, cap. vu, p. 124.

(2) Aphor., lib. v, aph. 70.

(3) Prax. medic, lib. i, c. vu, p. 177.

(4) Consil. medic, lib. i, cens. 33, t. Il, p. 114.

(5) A, C. N., dec. in", an. 7 et 8, p. 298.

ET DE LEURS MALADIES

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