‹ Œuvres de TissotChapitre 81 sur 160 · ARTICLE XIV. — SINGULARITES DANS MARCHE DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

ARTICLE XIV. — SINGULARITES DANS MARCHE DE LA MALADIE

LA

§ 79. Outre les variétés dans les accès que j'ai indiquées plus haut, il y en a eu d'assez singulières dausla marclie même de l'épilepsie ; il est utile d'en connaître au moins quelques-unes pour n'être pas étonné quand on en verra de semblables, et exposé quelquefois à se tromper sur le caractère de la maladie. On l'a vu revenir tous les mois régulièrement au jour de la lune, dont cela ne démonire point les chimériques influences. — • M. Boerhaave connaissait une femme chez qui l'accès revenait périodiquement deux fois chaque année d'une façon terrible, et dans l'cntre-deux elle se portait parfaitement bien (l). M. Slahl cite le cas d'un jeune homme de dix-huit ans qui avait eu dans sa première enfance quelques accès d'épilepsie dont il était absolument quitte ; ayant été réveillé brusq'.iement à trois heures du matin par son maître, il en eut sur-le-champ un accès; c'était le jour avant le dernier quartier de la lune; dès lois il en revint régulièrement tous les mois une attaque constamment à la même heure, et toujours à un jour ou deux près , à la même époque de la lunaison (2).Tulpius, chez une malade dont j'ai déjà parlé, observa que le mal revenait très-régulièrement cinq fois par jour, et que chaque accès durait quatre heures. Raiger vit un enfant de douze ans, qui, après bien d'autres maux, était paralytique du côlé gauche ; à ce triste état il en survint un plus triste encore , celui d'une épilepsie qui l'attaquait constamment à une certaine heure, et qui lui était absolument le sentiment et la connaissance, mais il ne convulsait que le côté paralytique; pendant tout l'accès le côté sain restait immobile. — J'ai vu une épilepsie revenir périodiquement de deux jours l'un , à une heure fixe, et ces exemples sont connus ; mais on doit les regarder comme des fièvres d'accès masquées en épilepsie, et non point comme de véritables épilepsies. — On lit dans le Sepulchrelum de Bonnet un cas rapporté par Caldera, d'une jeune fille qui prenait régulièrement à dix heures du matin, pendant quelque temps, un accès d'épilepsie (3) ; et un chirurgien anglais

(1) Demorb. nervor., p. 810.

(2) Theoria medica patholog. , pars li , sect. m, memb. 3, p. 683.

(3) Sepulçhr., t, ni, p. 171.

vit un homme, âgé de vingt-six ans, dont l'accès commençait par des convulsions dans les pieds, qui lui faisaient frapper des pieds contre terre, montaient insensiblement de la plante des pieds aux jambes, aux cuisses, au ventre , au dos et aux épaules; gagnaient la tête, lui ôtaient la connaissance ; alors il poussait des cris effroyables qu'on aurait pu entendre de fort loin , et la poitrine et le ventre étaient dans des convulsions extraordinaires. Ces accès revenaient périodiquement tous les deux jours, à la même heure à laquelle ceux de fièvre , qu'il avait conservés pendant six mois, avaient accoutumé de revenir; ure frayeur à son réveil avait aussi changé la fièvre en épilepsie (1). J'aurai occasion de rapporter plus bas , en parlant du musc, un autre exemple d'un changement semblable.

§ 80. Les accès attaquent souvent dans le sommeil ; il y en a deux raisons essentielles : l'une c'est l'attitude dans laquelle on dort, qui détermine plus de sang à la lête; l'autre c'est le gonflement des vaisseaux du cerveau pendant cet état, et je connais plusieurs épileptiques qui ont plus d'accès dans le sommeil qu'éveillés; j'ai vu une femme qui , pendant les diïhuit premiers mois, n'en avait eu qu'endormie, et qui ne l'aurait jamais su, sans les lâches du visage et le dommage de la langue ; il y a même des malades qui ne sont jamais attaqués que dans le sommeil : Muys en cite deux exemples (2), et M. de Haen un ; son observation est trop belle pour n'êlre pas rapportée en détail, mais je l'ai renvoyée à l'article où j'examinerai l'usage des anodins dans cette maladie dont il est temps d'examiner les effets.

ARTICLE XV. DES EFFETS DE l'KPILEPSIE.

§81. Arétée en a déjà indiqué les principaux avec sa justesse ordinaire; l'engourdissement de l'esprit et des sens, le tintement et la pesanteur de l'ouïe, l'épaississement de la langue, l'altération des facultés , enfin l'imbécillité , la frénésie même (3).— On peut les diviser en

(1) Essais et observations de médecine d'Édimbourg, t. vr, art. 49, p. 138.

(2) Praxis chirurgica rational., dec. v, obs. 5, p. 299.

(3) De causis diiUtirnor, morbor.f lib. i, cap. IV.

moraux et en physiques : les premiers sont des changements qui arrivent dans lies facultés à mesure que leur organe souft're ; les seconds sont ceux qui arrivent dans les différentes parties du corps. — Les effets moraux sont ordinairement tin affaiblissement général dans les facultés; le feu de l'imagination est la première qui souffre, la mémoire diminue, la conception est moins prompte , enfin l'intelligence même s'affaiblit, et il n'est pas rare de voir des épileptiques qui tombent peu à peu dans une inibécillité presque totale, quand les accès sont torts et fréquents. Hl. Boerliaave a vu un officier réduit par l'épilepsie à l'état d'un petit enfant , et en avoir toute la pusillanimité (I); et si l'on fait attention à Pétat violent dans lequel est le cerveau pendant l'accès , on ne sera pas surpris que leur répétition l'altère , et qtie les fecultés, dont l'exercice dépend de son organisation , s'allèrent aussi. Un seul accès d'apoplexie prive souvent de toutes les autres facultés pour tout le reste de la vie : un accès d'épilepsie est quelquefois un état plus violent pour le cerveau qu'une apoplexie ; il peut opérer les mêtoes efTels, et c'est ce qui arrive.

§ 82. On a vu plus haut l'observation rapportée par La Motte , d'un enfant à qui un seul accès ôta la mémoire ; je n'ai Vu aucun épileplique, quand les accès ne sont pas absolument éloignés , qui ne se plaignît que la sienne s'affaiblissait, et il y en a un grand nombre qui, après l'accès, restent dans un état d'étourdissement et un léger délire qui dure souvent quelques heures. Fabius Columna, savant Napolitain, et qui s'était guéri luimême de l'épilepsie, passa plusieurs des dernières années de sa vie (il est vrai qu'il parvint à une vieillesse avancée) dans une si grande perte de mémoire, qu'il ne connaissait plus les lettres. Les accès qu^il avait eus étant jeune avaientils laissé de la faiblesse dans son cerveau, ou reprit-il sur la fin de sa vie de nouveaux accès , comme l'a soupçonné depuis peu l'auteur italien des Yies de quelques grands hommes?

§ 83. M. Baader a vu un homme , âgé de plus de cinquante ans, à qui le premier accès d'épilepsie qui l'attaqua sans aucune cause apparente, fit non seulement perdre totalement la mémoire, mais 1« laissa entièrement fou ; il vécut quel-

(1) De morbk n€mrum,y, 8U,

ERFS

ques mois dans cet état , et mourut hydropique. On trouva beaucoup d'hydatides à la surface interne de la dure-mère, beaucoup de glandes engorgées dans les sinus, une lymphe visqueuse épanchée sur la pie -mère, et les vaisseaux du plexus - choroïde gorgés d'une sérosité jaune (1).

§ 84. Ces dérangements sont encore plus faciles dans l'enfance ; et parmi les fous, il y en a plusieurs qui le sont par une suite d'accès d'épilepsie, dans les premiers mois de leur vie. — « J'ai vu » dans les hôpitaux, dit M. Yan Swiéten, X plusieurs infortunés , qui étaient fous » des leur première enfance, et tous ceux » dont j'ai pu savoir exactement l'his- » toire par leurs parents , avaient eu au- » paravant des accès d'épilepsie (2). » Quand on est habitué à observer les enfants, et qu'on s'est exercé à juger de leurs facultés par leur physionomie, ou peut prévoir, dès les premières semaines de leur vie, si les accès de convulsions n'ont point vicié leur organisation. L'ensemble de leurs traits , leurs yeux surtout , la grosseur des veines temporales , leurs gestes, leur façon de téter, ont des caractères différents de ceux de l'enfant bien organisé. Il n'est pas possible de décrire nettement ces différences, mais elles n'en sont pas moins sensibles, et j'ai déjà eu plusieurs fois le chagrin de voir vérifier, par l'événement, le fâcheux pronostic que j'avais fait pour quelques enfants, dont j'avais remarqué la lésion des facultés avant le temps de leur développement.

§ 85. L'on m'a amené, il y a deux ans, en 17G7, un enfant âgé de onze ans, qui était né faible, mais qui s'était fortifié en nourrice, et qui, il y a dix- huit mois, avait toute la force, la connaissance et l'intelligence qu'on peut avoir à cet âge ; quand je l'ai vu, sa mémoire, son intelligence, son langage, étaient ceux d'un enfant de deux ans qui ne serait pas fort avancé ; il ne peut même pas fixer son attention. Cet état cruel est la suite d'un coup de pistolet qu'un homme ivre tira à ses oreilles, à l'âge de dix -huit mois. « Dès cet instant il eut des mouvements » convulsifs , qui devinrent successive- M ment plus forts, il oublia les mots qu'il » savait, prit un air égaré et une vivacité

(1) Baader, Observât, medic. incisionibus cndavenm Ulustmtœ, obs. 48, p. 233.

(2) Yan Swiélçn, § IW, P. 425.

ET DE LECAS MALADIES

» qui le faisait courir sans cesse , sans "but, sans dessein. Les roouveinenls » convulsifs étaient de deux sortes : il en » avait de très- légers dans la têle et les » bras, qui ne s'apercevaient qu'à peine: » en en comptait quelquefois dix ou dou- )) ze de suite , et il n'en restait aucune » impression ; les autres étaient plus » marqués, l'enfant en avait vingt, tren- )) le, jusqu'à quarante par jour; il les y> sentait vCnir, s'arrêtait, levait la main )> et regardait fixement dedans : si le mou- >» veraent convulsif ne venait pas d'abord, » l'enfant frappait du pied et se mettait » à courir. Les mouvements étaient plus « ou moins forts ; dans les plus légers, » qui faisaient le plus grand nombre, il ■» ne faisait que ployer le corps et baisser » un moment la têle; dans les plus forts, » il tombait par terre, et de ceux-ci, il u en avait dix ou douze par jour, dans le w nombre desquels on en comptait deux M ou trois oii Tenfant restait par terre » une minute ou deux, avec des convul- » sions dans tout le corps, et en faisant M de grands cris. Dès que cet accident » était fini , l'enfant devenait excessive- M ment pâle , et s'assoupissait pour quel- » ques moraents(l). Cet état dura jusqu'à » l'âge de trois ans, et, pendant tout ce » temps-là, l'enfant dormait peu, était » dans une agitation continuelle, poussait » souvent des cris et mangeait beauu coup. » La façon dont il guérit, quoiqu'étrangère à cet article, est assez intéressante pour mériter d'être rapportée.

« A l'âge de trois ans, en tombant, il mit » le derrière nu dans un brasier et se )> brûla considérablement. Il est à présu- « mer qu'il eut beaucoup de jieur et de M douleur, ce qui fit une révolution chez » lui, car dès ce moment les convulsions

cessèrent totalement.»

§ 86. Tous les enfants à qui l'épilepsie fait perdre les facultés , ne sont pas aussi malheureux, et il y en a plusieurs qui les recouvrent; l'observation suivante en est un exemple, et je ne crains point de la rapporter tout entière. On m'amena, le 14 mai 1767, d'une ville voisine, un enfant de six ans qui depuis six moisavait^eu quatre accès d'épilepsie ; il y avait quinze jours qu'il avait eu le dernier, qui avait duré trois heures , et

(1) Ces derniers .Tccès étaient évidemment des accès d'épilepsie complets; les autres étaient des accès d'épilepsie imparfaits.

après lequel il était survenu de la fièvre, pour laquelle on lui avait tiré six onces de sang. Celle saignée calma la fièvre; mais l'accès lui avait laissé une perte totale de connaissance et de mémoire; it ne reconnaissait pas même son père et sa mère , et il mangeait beaucoup ; son air cacochyme, la couleur de ses yeux, la dilatation de la prunelle, son gros ventre , me firent soupçonner des vers , ou au' moins beaucoup de cacochylie dans les premières voies. Je lui ordonnai du lartre émélique dans de l'eau, pour en prendre de petites doses Je temps en lemps(l), La première lui fit vomir dix fois de la bile; les suivantes ne le firent point vomir et ne le purgèrent point , mais il rendit quatorze très - gros vers. La connaissance revint après l'effet de la première prise, mais la mémoire ne revenait pas bien : j'ordonnai de grands vésicatoires aux jambes , elle revint au bout de quelques jours. Depuis lors je n'en ai pas ouï parler.

§ 87. Les désordres physiques peuvent se ranger sous deux classes : ceux qui sont l'effet de la force avec laquelle le sang est poussé vers le cerveau, et la difficulté avec laquelle il en revient, comme en général de la difficulté qu'il a à passer dans le genre veineux ; et ceux qui dépendent des violents mouvements convulsifs en tant qu'ils peuvent opérer des effets mécaniques très-forts. Si l'on se rappelle ce que j'ai dit plus haut, § 2 et 3, en décrivant l'accès, et ensuite § 51 , en jiarlant de l'ouverture des cadavres, on comprendra aisémentque dans tous lesaccès, de quelque cause qu'ils viennent, les vaisseaux externes et internes de la tête sont engorgés par beaucoup de sang, que l'effet le moins fâcheux qui puisse en résulter est un affaiblissement diins c:s vaisseaux et une diminution dans leur action ; cela arrive constammeut à toutes les fibres animales qui sont souvent tendues; par là même, peu à peu ces vaisseaux doivent rester plus dilatés, et l'on peut s'en convaincre surlcs externes II est constant que quand les accès d'épilepsie sont fréquents, ils grossissent les traits, changent la physionomie, et défigurent les plus jolis visages, comme Arélée

(1) P. Tartar. emelici, gr. xxx ; sirup. capiil. vener., unciam j; aquœ fontan., uncias vj ; f. pol. pour en prendre un grande cuillerée à café quatre fois par jour, de trois en trois heures.

l'avait (It'jà très -bien vu ; les paupières inférieures surtout restent d'abord (jonflées et ensuite pendantes, le nez et les lèvres grossissent, les veinrs frontales et temporales restent plus apparentes : c'est un gonflement semblable des vaisseaux internes qui produit les altérations morales dont j'ai parle dans le paragrajihe précédent. L'élaboration et la distribution des esprits animaux se faisant moins bien, les fonctions tombent peu à peu dans une espèce de longueur ; et les épileptiques sont sujets aus vertiges : M. Boerhaavc avait connu un épileptiqne qui vivait comme dans un tremblement de terre continuel, rien ne lui paraissait stable (1). Ils ont moins d'activité, moins de force, et les esprits animaux acquérant trop de mobilité, ils sont susceptibles de toutes les émotions, irascibles, difficiles à vivre Souvent ils tombent dnns la cacochymie : j'ai vu une femme que des accès répétés très-souvent pendant dit mois avaient jetée dans une .-masarque générale. Quelquefois ils tombent dans l'hydropisie ascite ; les enfants ont ordinairement mauvais visage et paraissent c.'icliectiques. Tous ces accidents sont une suite bien naturelle de l'influence des esprits animaux sur toutes les fonctions.

Quand l'accès est fort ou long, il peut occasionner des ruptures de vaisseaux sanguins, une véritableapoplexie, comme on l'a déjà dit : moins longs et moins violents , ils produisent quelquefois des épitncliemenls séreux dont j'ai déjà parlé plus haut, et auxquels j'ai attribué quelques-uns des effets qu'on observe quelquefois apiès les accès. M. Hilter, dans une belle observation qu'il a donnée fort en détail, parle d'un accès qu'éprouva sa malade, jeune fille de treize ans, plus fort que les autres, qui la laissa sans voix, sourde, aveugle de Tceil droit, et légèrement paralytique du côté gauche; cette paralysie se dissipa peu à peu par des frictions avec des linges chauds. La cécité et la surdité durèrent trente -deux jours et furent guéries par un autre accès ; l'aphonie dura neuf mois, et fut dissipée par une fièvre calarrhale (2). Je vois assez souvent des enfants de la campagne paralytiques, ou d'un bras, ou d'une jambe , ou de tous les deux , et j'ai presque

(I) Demorb. nervor., p. 811.

('2) Nova acta curios. nul., t. ii/, obs. 80, p. 502.

toujours lieu de croire, après l'examen le plus attentif, que ces paralysies sont l'effet d'une attaque d'épilepsie.

§ 88. Ce n'est pas seulement dans le cerveau que les épanchements ont lieu : ils se font dans d'autres parties avec la même force. Le docteur Short a vu un accès si terrible , que le ventricule gauche creva, et tout le sang s'épancha dans le péricarde et dans la poitrine (1). J'ai été consulté, au mois d'avril 1764 , par un habile chirurgien d'une ville voisine, pour un enfant à la mamelle qui , après un accès d'épilepsie, l'unique qu'il ait eu , se trouva avoir perdu la vue : en l'examinant on trouva une cataracte trèsépaisse sur les deux yeux ; et au mois de juin 17CG , on m'a amené un enfant de sept ans qui, étant aussi à la mamelle, a\ait eu un accès d'épilepsie pendant la nuit, qui détermina une si grande quantité de sang à la tête, que plusieurs vaisseaux du visage crevèrent et laissèrent couler le sang de toutes parts: le dépôt sur les yeux fut tel que l'enfant resta aveugle pendant six semaines. Les convulsions occasionnées par le poison chez les animaux produisent souvent une apoplexie par épanchement de sang (2). La même extravasation peut s'étendre quelquefois par fout le corps, quand le spasme des muscles est si général et si fort qu'il y intercepte la circulation et oblige les vaisseaux à se vider dans la tunique cellulaire. M. lioerhaave fut témoin d'un spectacle bien singulier dans ce genre, et il eut bien de la peine à persuader aux parents qu'il était naturel. Un cnlant mourut dans un violent paroxysme; tout son corps devint aussi noir que celui d'un nègre, excepté dans une partie du bas-ventre sur laquelle la main avait été fortement appliquée par une convulsion, et où elle avait empêché l'extravasalion de s'étendre, ce qui lui avait conservé sa blancheur naturelle (3).

§ 89. Il arrive souvent, dans le paroxysme, des hémorrhagies considérab'cs, sans que l'accès en paraisse diminuer; et Bohn, l'un des plus grands médecins du commencement de ce siècle, a vu un épileptique chez qui chaque accès d'épilep» sie procurait un accès d'hémoptysie abondante (4). L'action du spasme chez les

(1) Médical observât, and, inquir., t. ii, p. 110.

(2) Wepfer, De cicut. aquat., p. 248.

(3) Van Swiéten. t. m, p. 427, § 1077, (■4) De hceinopttjsi, | 23. -

EX SE LEORS MALADIES

ëpileptiques y produit , mais fort rarement, cet effet assez singulier (1 ) , remarqué dans d'autres cas, de donner une couleur verte à la bile. Tous ces phénomènes observés font juger qu'il y en a beaucoup d'autres de même genre qui ne l'onl point été encore, mais qui n'en sont pas moins réels : et il suffit de savoir qu'il se fait des épanchements, et que les sécrétions sont troublées, pour comprendre qu'il doit aussi se faire des épanchements dans les. organes intérieurs, et que ces épanchements peuvent devenir le germe de maladies de langueur différentes de l'épilepsie, dont on ne découvre jamais la première cause. L'on doit même placer ici une remarque bien judicieuse de M.

Clossy : c'est que non-seulement le spasme produit un épanchement, mais qu'en faisant perdre aux vaisseaux leur élasticité, il diminue la force de résorption, laisse croupir les humeur.s, et peut produire la gangrène (1) , que Lnncisi a vue en effet se former à une main d'abord, après quelques accès d'épilepsie, et faire des progrès si rapi(]es„qu'il fallut nécessairement amputer le bras (3).

§ 90. Je ne dois pas omettre un autre effet, sur lequel M. Boerhaave a beaucoup insisté, que j'ai vu, mais que je n'ai pas trouvé constamment chez ceux chez qui les abcès étaient cependant assez fréquents, c'est un pouls grand et plein qu'il atiribue à la dilatation des artères. Les artères , dit-il, se dilatent au-dessus des muscles, parce que la forte contraction du muscle empêchant le sang d'y entrer, celle résistance force le Ironc de l'artère à se dilater; et si cela se répèle souvent, la dilatation symétrique du syslètèrae artériel se dérange , les artères acquièrent une disposition anévrisuiatique dans quelques endroits, et leur contraction devenant par là plus faible , il peut en résulter plusieurs dérangements singuliers (4). Cette remarque de M. Doerluiave rappelle une observation qu'il n'ignorait pas sans doute ; c'est celle d'une maladie terrible de nerfs décrite par le docteur .1. - B. Giraldi , dans une lettre au docteur Sbaracca, qui produisit un

(1) M. Boerhaave l'a vu fréquemment, p. 816.

(2) Observations taken from tlie dissections, p. 79.

(7>) De molli co.rdis et anevrismatibus, propos. 53,- p. 291 .

(4) De morhis nervor., p. 812.

anévrisme au bas -ventre (l). L'on voit aussi, dans l'ouvrage de M. Lancisi, que l'épileptique à qui un accès procura une gangrène à la main , mourut deux ans après d'un anévrisme ou d'une dilatation très-considérable de la veine-cave, de l'oreillette droite et du ventricule du même côté. Cette maladie n'était- elle point, comme celle du malade du docteur Giraldi, une suite de l'épilepsie? Cet effet ne serait pas difficile à comprendre.

§ 91. Outre tous ces désordres, il yen a encore d'un autre genre : ce sont ceux qui sont la suite des mouvements violents que les muscles impriment aux os, et c'est à ce genre qu'appartiennent les morsures de la langue, les brisements de dents dont j'ai parlé plus haut , et les luxations, qui ne sont malheureusement point si rares. J'ai vu un enfant de six semaines à qui un premier accès de convulsion luxa et dérangea absolument le poignet, qui resta vraisemblablement paralysé, car, au boufde quatre jours, il était dans le marasme; une seconde convulsion l'emporta le cinquième. De violentes convulsions , occasionnées à l'âge de trois ans par l'éruption des grosses dents , laissèrent M. le duc du Maine boileus (2).

Les fractures des os sont un autre accident de la même espèce, et dont les Mémoires des Curieux de la nature fournissent un exemple bien effrayant : c'est celui d'un enfant qui fut attaqué de l'épilepsie à l'Age de trois ans ; les accès devinrent toujours plus forts, et à l'âge de sept ans ils devinrent tels que l'accès de la convulsion cassa l'os de l'épaule , celui de la cuisse à son col , et le tibia dans son milieu (3).

§ 92. L'on pourrait mellre pour quatrième ordre des suites que l'épilepsie occasionne, les accidents qui sont produits par la chute contre des corps durs, ou dans des endroits dangereux. 11 arrive fréquemment que ces infortunés tombent sur leur tête, sur leur visage, et, s'ils sont seuls, se contusionnent, se déchirent , se font même des plaies assez considérables; quelquefois aussi ils tombent dans le feu , qu'un dit cependant qu'ils craignent aussi bien que l'eau, et qu'on

(1) Mangeti, Dibliolheca analom., t. i, pag. 7.

(2,^ Souvenirs de madame de Caylus , p.

(3) Lieutaud, Anatomia, t. ji, p. 851.

Page 1