‹ Œuvres de TissotChapitre 84 sur 160 · MS · texte numérisé non relu

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» de pivoine, nî autres semblables baga- » telles. La guérison d'une si grande ma- » ladie dépend d'un exact répirae de vi- » vre, avec l'abstinence des femmes, du » vin , de tous aliments chauds et vapo- » reux.... Il faut aussi quelquefois faire » sortir du pus qui est dans le mésentère, » le poumon , la partie cave du foie ou » l'utérus , et les paroxysmes ne cessent «jusqu'à ce qu'une telle humeur soit » dehors (1). »

ARTICLE XVIII. — TnAITEMENT DES EPILEP- SIKS SYMPATHIQUES, QUI ONT LEUR SIEGE DANS LES PARTIES liNTERNES.

§111. L'on a VU plus haut quels symptômes avaient fait juger à Galien que la cause de l'épilepsie du jeune grammairien était dans l'estomac; il dirigea sa cure en conséquence, et guérit le malade. Les remèdes qu'il employa ne furent que de l'aloès, qui purge el fortifie , et il fut si bien rétabli, que, pendant vingt ans, il jouit de la plus parfaite santé (2j. Zacutus Lusilanus , dont j'ai déjà indiqué l'observation sans la rapporter, ne guérit son malade qu'en l'évacuant. Les grouillements dans le ventre , les nausées , les crachats visqueux et ensuite les vertiges, qui précéd;iient toujours l'accès , lui prouvèrent que le mal avait son siège dans l'estomac. Il lui fit prendre tous les jours , pendant un assez long-temps , un vomitif fort doux, composé de quatre onces de décoction de tabac sec, dont il ne détermine point la quantité, et d'une once d'huile d'amandes douces , ce qui lui faisait vomir beaucoup d'une pituite visqueuse, et lui piocurail deux ou trois selles. L'on a aujourd'hui des moyens plus sûrs de faire vomir; mais cette observation prouve au moins la nécessité d'employer ce remède dans quelques cas d'épilepsie, et cette nécessité est confirmée par d'autres faits. Le même auteur, quelques observations au-dessous de celle que je viens de rapporter, cite celle d'un porte-faix, attaqué d'une épilepsie trèsviolenlc , qui commençait par des contorsions des mains, suivies d'un mouvement désordonné delà langue, un violent mal de tête, le visage pâle, l'imagination égarée, un mouvement de rotation dans la tète, un obscurcissement dans la vue;

(1) Lettre 329, t. u, p. C65,

(2) De loc. affecl , Hb. v, cap. vu.

Cliart., I. yii, p. 493,

ÎRFS

enfin il tombait rudement avec une perte entière de connaissance, des convulsions si violentes et la continuation du mouvement de rotation si fort dans la tête , qu'il l'aurait dit possédé du démon; le mal revenait trois ou quatre fuis par mois. Il essaya tous les remèdes pendant plusieurs années , tous furent inutiles ; enfin il fut guéri en prenant quatre fois une préparation de vin stibié, qui lui fit rendre une immense quantité de pituite et de bile (1). — Purari guérit un homme âgé de vingt-cinq ans, épileptique depuis un an, en lui donnant, en trois doses, six cuillerées d'huile de baleine, ce qui lui fit rendre une prodigieuse quantité da glaires et de bile jaune et verte , et le guérit (2).

§ 112. Les émétiques entremêlés avec les purgatifs, et dans l'entre -deux des huileux, réussirent très -bien au chirurgien épileptique, dont parle Woodwart.

Et MM. Yan Swiéten et de Haen ont guéri , par le même remède , deux malades dont les observations sont instructives : « J'ai vu, dit le premier, un jeune » homme épileptique , chez qui l'accès » était toujours précédé par un tremble- » ment de la lèvre inférieure (mouve- »> ment qui précède souvent le vomisse- » ment) ; il tombait bientôt , et s'il pou- » vait vomir pendant l'accès , il était « promptement fini. L'accès revenant » tous les mois , environ le temps de la » pleine lune, je lui donnais pendant six » mois un émétique doux , trois jours » avant celui de la pleine lune, et le soir » même un léger anodin, les autres jours H il prenait des remèdes fortifiants; et au » bout de ce terme il fut parfaitement » guéri (3). » — La seconde observation, rapportée par IVI. de Haen, est assez analogue : « Il est de la plus grande utilité, » dit cet habile médecin , d'observer atj) tentivement les symptômes qui précè- » dent l'accès, puisque l'expérience a ap- » pris que si l'on pouvait les prévenir, » on prévenait en même temps l'accès : » j'en citerai un exemple entre plusieurs » autres. Une épilepsie , qui depuis pluu sieurs années avait résisté à tout, se » caractérisa enfin par des nausées avant , » et de violents vomissements pendant » l'accès. Nous nous serions aisément dé-

(1) Obs. 28.

(2) Burnet , Thésaurus medicin. pract, t. 1, p. 4 )2.

(3) Aphorism. 1080, t. m, p. 439.

ET DE LEOl

>> lerminé , M. Van SAvieten et moi , à » donner l'émétique avant l'accès, et en- }) suile un anodin, si la grossesse de la » malade n'avait pas été un obstacle ; M considérant cependant ensuite que la » mère et le fœtus auraient moins à souf- » frir de ruclion du vomitif que d'un ac- » cès, nous le donnâmes, nous le réitéra- )) mes, et cela avec un tel succès, qu'elle n'& )) eu aucun accès pendant dix ans ; elle » sentait , il est vrai , de temps en temps )) les pressentiments d'un accès , mais ■» soixante gouttes d'un mélange de par- » ties égales d'esprit de sel ammoniac, de » teinture de castor, desuccin et d'assa- »1 fceiida l'arrêtaient d'abord : enfin , au » bout de dix ans, accablée par des cha- » grins cuisants , l'épilepsie revint et la )) tua (1). » J'ai vu un jeune garçon de huit ans, qui eut plusieurs accès d'épilepsie , auxquels on ne put assigner aucune cause sensible, et auquel on donna pendant cinq mois plusieurs remèdes anti-épileptiques , surtout beaucoup de kina , de racine de pivoine et de camphre, sans aucun succès. Quand on me l'amena, sa pâleur, sa maigreur, son peu d'appétit, une diarrhée assez fréquente, un poids presque continuel au creux de l'eslomac, me persuadèrent que ce viscère était le siéçe du mal ; je lui ordonnai de l'ipécacuanha qui le fit beaucoup vomir, et ensuite du kermès minéral pendant une quinzaine de jours, qui le fit vomir (jiielquefois , et dont l'usaire l'a guéri radicalement. Dans plusieurs autres cas, quoiqueje n'aie pas pu attribuer la giiérison uniquement à l'émétique, je suis convaincu que je n'aurais point guéri sans ce remède. Je suis même persuadé que c'est en le néaligeant trop que de grands médecins échouent, et c'est à son usage que la plupart des charlatans doivent le petit nombre de cures qu'ils ont opérées. Maisl ignoranceavec laquelleils l'emploient presque tous, indistinctement dans tous les cas, fait qu'ils aggravent le mal inliniment plus souvent qu'ils ne le guérissent, parce que le nombre des épilepsies dans lesquelles l'émétique nuit est infiniment plus grand que celui de celles auxquelles il convient On trouve là-dessus de plus grands détails à Tarlicle général de l'émétique dans les maux de nerfs.

J'ajouterai une remarque, fondée sur plusieuis observations; c'est qu'il n'est

(1) Ratio medendi, pars v, Ç. IV, § 1.

TissoU

I MALADIES. 32t

pas toujours aisé de découvrir que le siège de l'épilepsie est dans l'estomac : ce n'est quelquefois qu'après un bien long examen et une suite exacte d'observations sur ce qui nuit, ou qui est utile, qu'on peut parvenir à s'en assurer, et ce n'est qu'alors qu'on peut se flatter de travailler avec quelques succès à sa guérison. — J'ai vu plusieurs épilepliques avoir un appétit prodigieux, jiresque vorace : chez les uns c'était l'effet d'une humeur acide qui irritait l'estomac, et la simple panacée leur faisait beaucoup de bien, elle modérait cet appétit, éloignait les accès, les rendait moins violents; chez d'autres , cette faim me paraissait tenir à une espèce d'âcreté dans les es[irits animaux, qu'on ne peut pas dire acide, puisque les absorbants ne la diminuent pas, mais que j'ai trouvée chez quelques fous , qui sont presque insatiables. Les aqueux, les huileux même, conviennent bien mieux dans celle espèce que les absorbants.

§ 1 1 3. Quand la cause du mal est dans les intestins, ou dans le mésentère, ce qu'on connaît aux signes qui caractérisent les embarras de ces parties et que j'ai rapportés, § -Id et 21, en parlant de cette cau'-e d'épilepsie, la vraie méthode c'est de réitérer les purgatifs: je purge tous les huit ou tous les quinze jours, tous les mois, ou |)lus rarement encore , suivant que les accès sont plus ou moins fréquents; je fais éviter en même temps, dans le régime, loutce qui peut augmenter les embarras et les obstructions, surtout le salé, les graisses et le lailage. Celte attention est de la plus grande importance ; et je fais prendre quelquefois dans les jours intermédiaires , car cela ne me paraît pas toujours nécessaire, quelques autres remèdes dont le choix est déterminé par les circonstances accompagnantes, quelquefois la magnésie blanche, d'autrefois des sels neutres, souvent des pilules avec des extraits savonneux et amers, des pilules gommeuses, le kermès minéral; d'autres fois, comme je l'ai déjà dit, rien du tout que les purgatifs qui suflisent souvent : ils soustraient la cause de l'irritation, et les nerfs, n'étant plus irrités, se foriifient. — Je me sers assez ordinairement de la poudre cornachine, qui réussit très bien dans ce cas j les sels neutres , le séné , le jalap, sont aussi Irè-utiles ; nuis la manne , la casse, les tamarins, ne sont que bien peu efficaces. — Il y a cinq ans qu'on m'amena une jeune fille d'onze ans , qui , depuis

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dis mois, avait eu six accès Irès-forts, que je ne pus altiibuer qu'à la saburre des premières voies : je la purgeai avec de la poudre cornachiiie, que je réitérai huit jours après et que je fis réitérer toutes les six semaines pendant un an, sans rien faire d'autre ; elle n'a eu dès lors aucun ressentiment du mal. Le même purgatif réitéré six fois, une fois tous les mois , a guéri radicalement, il y a deux ans, une jeune fille de neuf ans.

§ 1 14. C'est dans les épilepsies stomacliiques et dans celles-ci , que les eaux minérales chaudes réussissent quelquefois si bien , en fondant les glaires , en désobstruant, en évacuante! en purgeant.

Je me suis servi avec le plus grand succès de celles de Balaruc , mais à doses modérées, de façon qu'elles ne procurent que trois ou quatre selles par jour dans les commencements, et moins sur la fin. Données ainsi à petites doses, elles fortifient extrêmement l'estomac, les intestins , le mésentère et tous les organes sécréloires du bas-venire; mais que leurs succès dans cette espèce n'autorisent point à les employer dans d'autres , elles pourraient devenir funestes; on a vu des exemples de leur danger dans le chapitre des convulsions.

§ 115. Quand, outre les embarras, les ohslructions , la cacochylie , on trouve beaucoup d'atonie et de faiblesse, il faut nécessairement donner des fortifiants, ou entre les purgatifs, ou quand on les a abandonnés, et la limaille de fer est uu de ceux qui m'a le mieux réussi , mais à petites doses. Quand ce sont des adultes, les eaux martiales froides de Schwalbach , de Spa , de Pyrmont, etc., sont très -indiquées et réussissent très-bien.

§ 11 G. Si le mal est d'abord compliqué d'une grande mobilité du genre nerveux, ou si les purgatifs réitérés et les remèdes apéritifs paraissaient la produire, on y remédierait par l'usage des anti-spasmodiques , dont je parlerai plus Las, mais qui, s'ils ne sont pas iirécédés par les purj^alils, sont au moins inutiles, souvent nuisibles. — Dans cette espèce produite ou entretenue par le relâchement, les simples délayants, les adoucissants, les bains tièdes aggravent le mal et jettent les malades dans la cacochimie, quelquefois dans la bouffissure.

§ 1 17. Une bile acre, qui irrite le duodénum et les premier-i intestins, est souvent la cause de l'épilepsie, et il est important de bien distinguer celle espèce ; quand elle est connue , le simple usage

habituel de la Crème de tartre , celui du petit-lait, un régime acescent, l'emporte très-souvent; si elle est accompagnée, comme cela arrive fréquemment, d'une sécheresse générale, les bains tièdes deviennent de la plus grande utilité, aussi bien que les boissons délayantes, prises en assez grande quantité. J'ai vu plusieurs malades que j'ai guéris par la seule crème de tartre , et M. Sidenier, médecin de Poligny , m'a écrit qu'elle avait remis deux épilepliques pour qui il m'avait consulté et à qui je l'avais conseillée : je ne retrouve pas le mémoire à consulter , et je ne m'en rappelle point assez nettement les circonstances pour les détailler, non plus que celles de l'état d'un gentilhomme tirolois, atteint de la même maladie , à qui je conseillai le même remède, qui, à ce que m'a marqué son médecin, célèbre praticien dans cette province, a eu le même succès. Le dernier malade à qui je l'ai conseillée avait des rapports nidoreux presque continuellement et des urines toujours rouges et biùlantes; ce fut ce qui me décida à employerla crèmede tarlre;jeluien prescrivis un quart d'once, à jeun, de deux jours l'un, et le jour intermédiaire de l'esprit de vitriôl dans de l'eau fraîche. Pendant les trois premiers mois de cet usage , les accès, qui revenaient deux fois par semaine , ne sont revenus que deux fois dans ces trois mois. Je n'ai pas ouï reparler du malade depuis sept ou huit semaines.

§ 118. Quand les vers sont la cause du mal , comme on a vu plus haut que cela peut arriver, outre les purgatifs , il faut employer les vermifuges , et je me trouve très- bien de la seule grenelte , à laquelle j'ai quelquefois allié la racine de valériane , qui est elle-même un bon vermifuge , et qui fit rendre des vers à la plupart des épilepliques à qui M.

Marchant l'ordonna avec tant de succès.

Quand la grenelle ( semen contra ) échoue, on a recours à d'autres spécifiques. L'on a vu plus haut que M. Heister guérit une cpilepsie vermineuse avec le kina et le mercure cru. J'en ai guéri uneavec la poudre cornachine et lemer-?

cure doux , et c'est souvent le cas d'ordonnerh'seaux chaudes soufrées, moyennant que les circonstances n'y mettent point d'obstacles. Celles de Balaruc sont aussi très-efiicaces, et j'ai m^me vu souvent que les eaux martiales froides faisaient rendre des vers, ce qui les indique dans ce cas. J'ai aussi ordonné avec suc-

£ï DE LEtRâ MALADIES.

cès l'eau de chaux pour des convulsions que je jugeai vermineuses, mais qui n'étaient pas l'épilepsie.

§ 1 1 9. Quand une maladie de la vésicule du fiel , du foie , de la rate , est la cause de l'épilepsie, ce n'est qu'en guérissant la maladie - cause qu'on peut espérer de guérir la maladie-elïet. Mais je suppose ici le traitement de ces maladies connu, il n'est pas mon objet. Je dirai seulement que si on le perd de vue pour s'occuper de l'épilepsie et or.ionner des anli - épileptiques , il est rare qu'on ne nuise pasj ils ne conviennent point aux maladies principales, et quand elles sont terminées , ils sont souvent superflus , parce que les accès finissent avec la maladie qui les a entretenus.

§ 1 20. Ce que je viens de dire des maladies du foie et de la rate s'applique également à l'épilepsie produite jiar un vice dans les reins, et l'on a déjà vu plus haut l'observation d'un malade, que je crois guéri de cette dernière maladie par les bains et l'eau de chaux que je lui conseillai pour une disposition calculeuse.

§ 121. J'ai rangé sons trois classes les épilepsies produites par les organes de la génération : 1° celles qui dépendent d'un excès de tempérament et d'une grande continence ; 2" celles qui sont la suite d'excès vénériens et d'un épuisement général ; 3° celles qui dépendent de la grossesse, des couches, etc. Je me suis assez étendu sur les deux premiers dans l'Onanisme pour être dispensé de m'y arrêter à présent ; je rappellerai seulement ici une observation que je tiens d'un âncien médecin des ai mées impériales , c'est que dans la guerre d'Italie , en 1734 et 1735 , les soldats allemands , jeunes et sages, transportés dans un pays où le climat , les aliments et les vins les échauffaient , y étaient fréquemment atteints de cette espèce d'épilepsie , à laquelle on doit opposer le régime le plus simple et le moins irritant : il faut vi^re de légumes , de fruits , de lait , ne boire que de l'eau, prendre des bains tièdes, et se faire saigner si l'on est sanguin ; mais le mariage est le seul spécifique. — Quand la maladie dépend de l'épuisement vénérien, comme il esttrès-souvent l'effet d'un épuisement porté à son comble, elle est assez ordinairement incurable, et accompagne le malade jusqu'au tombeau. Le régime fortifiant, le kina, le fer, la racine de valériane , en sont le vrai remède; les bains froids , moyen»

nant que le malade conserve encore quelques forces, sont aussi très-efficaces. Il y a cependant un cas dans lequel il faut commencer la cure par des bains tièdes : c'est quand on trouve un dessèchement général, une peau chagrinée , une soif continuelle , une fréquence habituelle dans le pouls. Les toniques dans cet état , si on les emploie d'abord et seuls, augmentent le mal et hâtent la fin du malade. J'ai guéri un jeune homme qui était dansée cas, parles bains tièdes, le lait pour toute nourriture, et de petites doses de fer et de valériane.

§ 122. J'ai déjà dit que j'avais guéri une femme, sujette à l'épilepsie dans ses grossesses , par les saignées et les bains : ces deux remèdes, surtout la saignée, un régime très-doux, une grande attention à avoir le ventre très-libre, sont les moyens les plus efficaces pour prévenir l'épilepsie qui dépend de cet état; celle qui est une suite de couches exige des attentions qui dépendent des circonstances , et qui ne sont point susceptibles d'être détaillées ici. — Quand elle est la suite de la sup|)ression des lochies , il n'est pas rare qu'elle tue dans les premiers jours de la maladie; quand elle vient plus lard, qu'elle est la suite d'un chagrin , d'une frayeur, d'une colère , elle est ordinairement très - opimâtre , surtout si les règles ne se rétablissent pas régulièrement. — Quand les règles sont bien établies et qu'elle subsiste également, il faut la traiter comme l'épilepsie essentielle, dont je parlerai plus bas. — Celle qui précède l'éruption des règles et est la suite de la violente douleur est rare, quoique les convulsions soient fréquentes à celte époque. J'ai donné le traitement qui leur convient dans l'article qui en traite, et celui qui convient à l'épilepsie est le même : elle est le dernier degré des convulsions. C'est cette espèce que M. Pome appelle épilepsic hystérique (l), et qu'il traile par sa méthode , qui est en effet véritablement indiquée dans plusieurs cas de ce genre, mais pas dans tous; et je trouve dans les classes des maladies de M. de Sauvages une observation qui doit être rappelée ici. Une jeune fille, dont le métier était de laver le linge, éprouvait, toutes les fois qu'elle avait ses règles , des cardialgies et des accès d'épilepsie, et ces acci-

(1) Traité des affections vaporeuses, 1. 1, p. 125.

dents conlînuaientencorê quelque temps après même que les règles avaient paru. Les bains de jambes lièdes, les bouillons adoucissants, les calmants, les demibains tièdes surtout, aggravaient le mal : un grain d'exlrait de jusquiame prévint les cardialgies et l'épilepsie dans le temps , mais les règles ne parurent pas. La malade ayant appris à son médecin , M. Coulas , que ses règles avaient souvent paru au moment oii elle entrait à jambes nues dans la rivière, il lui fit appliquer pendant cette époque des fomen talions d'eau froide sur tout le ventre et sur le pubis : cela réussissant bien, il la fit même plonger dans des demi - bains froids , qui procurèrent une abondante menstruation sans accidents (1).

§ 123. Quand l'épilepsie ne paraît dépendre que de la révolution de la puberté, elle demande plus de ménagement que de remèdes; on doit surtout éviter avec le plus grand soin tous ceux qui sont violents. Ce temps de développement est à la santé de toute la vie ce que le jour de la crise est à une maladie aiguë; la nature est en action dans ces moments-là, et veut être regardée ou tout au plus aidée, jamais traitée violemment. La machine est alors excessivement susceptible d'impressions : si on la tracasse par des irritants , elle fait des écarts affreux , et le mal est souvent fixé pour la vie. Je fais observer un régime exact , qui ne surcharge ni n'irrite l'estomac ; je prive du salé, des pâtisseries, des graisses, du vin ; je modère beaucoup l'usage des acides; je ne permets qu'une application très - modérée, quand ce sont des jeunes gens qui reçoiventdel'éducalion; j'interdis aux jeunes filles tous Us ouvriiges qui font tenir la tête baissée et qui fixent les yeux; je conseille à tous l'air de la campagne et une vie active ; et si je donne des remèdes, ce n'est presque jamais que des fortifiants , tels que de la limaille de fer ou quelques extraits amers, mais toujours à très-petites doses , à moins que quelques circonstances particulières n'en exigent d'autres. Souvent il vaudrait peut - être mieux n'en point faire , mais il est bien rare de trouver des parents qui aient assez de fermeté pour rester tranquilles spectateurs de cette maladie. J'ai été consulté, il y a peu de jours, par un jeune homme,

(1) Nosolog, méthod,, çlass. 9, t. n,

né de parents très-sains, très -bien por-tant lui-même et très-sage, qui est dans sa qualorzième année, et qui, ayant mené depuis neuf mois une vie plus sédentaire et plus studieuse que celle à laquelle il était accoutumé , sans que cela parîit cependant altérer le moins du monde sa bonne santé , a été attaqué, il y a trois mois ■*, d'un accident qui parut être un léger accès d'épilepsie, et en était un en efï'et. « A huit heures du matin , après » déjeûner, il travaillait, et lout-à-coup, » sans aucun indice préparatoire , il » tomba assez rudement par terre, avec >i des mouvements convulsifs très-sensi- » bles dans toutes les parties de son » corps , mais sans cris ni gestes de dou- » leur : il y avait seulement un peu de » roulements d'yeux, et il rendit un peu » d'eau écumeusepar la bouche. L'accès >» dura environ quatre à cinq minutes ; il « resta un quart - d'heure à reprendre » connaissance, après quoi il eut de vio- » lents maux de cœur et rendit , à l'aide » d'un peu d'eau tiède , beaucoup d'ali- » ments mêlés d'un peu de glaires et de » bile. » On atlribua le mal à une indigestion ; on le purgea , on lui prescrivit un régime : il a été dix semaines trèsbien portant. A celle époque, à la même heure , il y a six jours , mais avant déjeuner, il a repris de la même façon un accès en tout semblable au premier, mais en tout plus faible. C'est après ce second accès qu'on m'a consulté, et je ne lui ai donné que les directions que je viens d'indiquer, et que j'ai vues trop souvent réussir pour que je sois inquiet sur le parfait rétablissement de ce jeune homme.

§ 124. Quand, dans le sexe, cette époque est accompagnée d'un principe marqué d'opilalions , l'on doit employer le traitement qu'exige celte dernière maladie, en se souvenant toujours que l'on ne doit se permettre aucun remède violent, qui , augmentant la convulsibilité des nerfs, aggraverait le mal, et nonseulement augmenterait l'épilepsie, mais fixerait les opilations et en rendrait la cure beaucoup plus difficile. Le tempérament du malade décide sur le clioix des remèdes, et en renvoyant à ce qu'on trouve sur cet article dans le chapitre des causes des mnux de nerfs, je n'ajouterai ici qu'une seule observation , c'est que l'une des femmes les plus cruellement attaquées des maux de nerfs que je connaisse , est une femrjie née forte et robuste, mais qui eut des opilations opi'

ET DE LEDRS MALADIES

niàtres , pour lesquelles un apothicaire charlatan lui ordonna un remède trèsviolent, dont elle ignore la composilion ; elle sait seulement qu'il y entrait de l.i baleine brûlée , qui n'est qu'une cendre alcaline. Elle eut de violentes convulsions pendant l'opération du remède , et ce moment fut l'tpoque du dérangeinenl de sa santé ; depuis lors elle n'a pas eu un iiist iiit de bien, et le désordre de ses nerfs m'a fourni les faits les plus bizarres: j'en ai rapporté plusieurs dans d'autres chapitres de cet ouvrage. M. de Poueix , dont j'ai rapporté l'observation § 54 , guérit la jeune personne que la suppression de ses rèjjles avait rendue épileptique , par deux saignées et un usage abondant du tartre martial solublc , qui les rappela (1).

§ 1 25. J'ai déjîi dit qu'il est bien rare que l'épilepsie soit une suite de l'hystérie, comme quelques médecins le croient ; si cela arrive, ce symptôme n'exige d'autre traitement que celui qu'on oppose à la niiiladie principale dont il est l'elfet.

§ 126. Quand on est sûr que le vice de la poitrine est la cause de 1 épilepsie, c'est à la guérison de ce vice (|u'il faut donner tous ses soins; et en général, dans ce cas comme dans la plupart des précédents et des suivants, il. ne faut point s'occuper d'abord de l'épilepsie ; on doit la regarder comme accident, niais un accident qui exige cependant quelques atletilions : !a première, c'est que puisqu'il prouve que les nerfs sont très-susceptibles de convulsions, il faut éviter ce qui pourrait augmenter cette malheureuse disposition; la seconde, c'est qu'il faut surtout être en garde, d^ns le régime et dans les remèdes, contre tout ce qui peut trop porter les humeurs ii la tête; la troisième enfin, c'est que comme une triste expérience a appris que, quoique l'épilepsie fût d'abord accidentelle et un symptôme d'autres maux, cependant, lors même que la cause a été enlevée , souvent la disposition épileplique reste : on doit être attentif , après avoir détruit la cause , à observer si la disposition l'est aussi ; si l'on a quelque lieu d'en douter, on doit toujours le cr.iindre quai.d les nerfs paraissent être fort mobiles , il faut employer les secours les mieux indiqués, pour prévenir, s'il est possible, les nouvcoux accès.

(1) Journal de médecine, t. xxx, p. 444.

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