‹ Œuvres de TissotChapitre 86 sur 160 · ARTICLE XX. — TRAITEMENT DES ÉPILEPSIES IDIOPATIIIQUES · texte numérisé non relu

ARTICLE XX. — TRAITEMENT DES ÉPILEPSIES IDIOPATIIIQUES

§ 129. Une autre classe d'épilepsies sont celles qui ont leur siège dans la tête. Dans les unes, c'est le crâne qui est affecté, dans les autres, les membranes qui enveloppent le cerveau ; dans de troisièmes , le cerveau même. J'ai rapporté des exemples de toutes ces espèces , et l'on a vu que, si quelquefois le mal était apparent extérieurement, plus souvent il ne l'était point, et qu'il était très-difïicile de le découvrir. Dans tous les cas où il y a quelque vice extérieur qu'on peut avec vraisemblance regarder comme cause du mal , il ne faut pas balancer à ouvrir les téguments suffisamment et ;i opérer sur l'os même par tous les moyens nécessaires. Si l'os seul est affecté, on est presque sûr du succès ; si les parties, internes sont aussi attaquées , on a biin moins d'espérance , et l'on a vu dans l'observation de Clossy, rapportée § 60 ,

que, le vice de l'os se trouvant compliqué avec une abcédation des membranes , le malade périt. Il pourrait cependant arriver qu'un vice des membranes correspondant à la partie viciée de l'os, ou qu'un épancbement de cause interne, qui se trouverait dans le même endroit , serait à portée d'être emporté par l'ouverture de l'os , ce qui guérirait le malade : ainsi le trépan, dans ces cas -là, serait toujours utile; et c'est une opération assez peu dangereuse, quand elle est faite dans un bon air, par un bon chirui'gien, sur un sujet qui n'a point le sang gâté , pour qu'on doive se déterminer à la faire toutes les fois que, même sans vice apparent, les symptômes, observés attentivement, font présumer que la cause du mal est dans un endroit où l'on peut parvenir par ce moyen, dont plusieurs observations justifient l'usage dans celle maladie.

§ 130. Si l'on relit celle de Zeccbius que j'ai rapportée plus haut , § 39 , on comprendra aisément que les symptômes du mal conduisaient à essayer le trépan, qui aurait vraisemblablement guéri le malade de l'épilepsie et lui aurait sauvé la vie. Spigélius nous apprend qu'un jeune homme de dix-neuf ans, fort sujet il l'épilepsie ,• en fut guéri quand Fabrice d'Aquapendenle lui eut fait le trépan, à la suite d'une chute; et Marcel Donat rapporte le cas d'un jeune Français qui, étant altaquéd'épilepsie et allant en Italie pour y consulter les plus célèbres médecins, fut attaqué en route par des assassins, et entre autres plaies en reçut une au front qui emporta une grande partie de l'os; la plaie fut long -temps ouverte , elle se guérit cependant, et en même temps le malade fut guéri de la maladie à laquelle il allait chercher du soulagement (1). — On (iira peut-être que dans ces deux premiers cas la révolution occasionnée par la chute a plus contribué à la guérison que le trépan ; mais on ne pourra pas faire la même objection à Tob-ervation suivante, dans laquelle on voit, non pas une guérison complète, mais un soulagement sensible opéré par le trépan , employé dans la vue de guérir l'épilepsie ; elle est de La Motte, auteur véridiqueet exact ; je rapporterai ses propres termes : « Au mois d'octobre 1705, un particulier, » affligé d'accès d'épilepsie très-violents

(I) EpUtoî(f ad gitnmçrmwn.

{1} Yoy. Yan Swieten, § 1081, t. iv, p. 444.

ET DE LÈDRS MALADIES

» et très - fréquents , me consulta sur ce M qu'il aurait à fiiire pour s'en garantir, » étant bien résolu de tout tenter pour » avoir du soulagement, après n'avoir >) rien négligé jusqu'alors de tous 1rs re- 5) mèdes qui lui avaient été prescrits et » administrés sans aucun succès. Je » m'informai si les accès n'étaient point » précédés de quelques douleurs particu- » lières en quelque partie du corps, et s'il j) ne prévoyait point l'accès par quelques » marques ou accidents. Il me dit qu'il » n'y avait que sa tête qu'il trouvait oc- 3> cupée avec une espèce de lournoie- » ment si prompt, qu'illombait à l'instant » avec perle de connaissance. Le tout » bien examiné, je ne trou\ ai autre chose )) à lui proposer, sinon l'application du » trépan, à laquelle il n'eut aucune peine » à se résoudre. Je l'y disposai par des la- )) vemenls, la saignée et des purgations, I) et le jour pris, je fis l'incision cruciale » au milieu du pariétal gauche (1 ) ; j'en- )) levai la portion de l'os qui était d'une » épaisseur surprenante , sans diploé , ni » presque de différence en tout l'os, » lequel, outre son épaisseur, était beau- "coup plus dur qu'il ne l'est ordinaire - V ment. Pendant tout le temps que le » crâne fut ouvert, le malade, qui n'é- » tait pas huit jours avant ce temps - là » sans souDFrir quelque accès épileptique, » n'en ressentit aucun; mais quand l'os » fut rempli, les accès revinrent de nou- )) veau comme auparavant, si ce n'est qu'il )) a maintenant le temps de se relirer en M quelque endroit secret et commode » pour laisser passer l'accès sans risque, » s'apercevant par de certaines marques » de ce qui va lui arriver, sans compter )) que les accès ne récidivent pas à beau- » coup près si fréquemment ([u'ils faij) saient auparavant (2). » Celle observation est très-importante, en ce qu'elle paraît prouver évidemment : 1° que le cerveau se trouvait trop comprimé par le crâne dans cerlains moments , et qu'alors cette compression produisait l'épilepsie ; 2° que la légère diminution de cette compression, produite par le changement que le trépan occasionna à l'os , a suffi pour produire dans le mal deux changements avantageux : l'un de rendre les accès

(1) Il fut apparemment décidé à choisir cette partie , parce que le malade la désigna comme le point d'où parlait le mal.

(2) Traité complet de chirurgie, obs.

172, t. II, p. 409.

moins fréquents, l'autre de les rendre moins prompts, et de laisser par là même assez de temps au malade pour se retirer ; et il est très-vraisemblable que si l'on eût appliqué encore deux ou trois couronnes, le mal aurait été emporlé.

§131. Un effet des trépans multipliés, observé sur le comte Philippe de INassau Weichem, confirme cette idée. 11 était tombé de cheval , et les symptômes démontraient évidemment qu'il y avait un épanchement, mais rien n'en faisait connaître l'endroit, et ce ne fut qu'au vingtseptième trépan qu'on le découvrit. Le malade guérit iiarfailemcnt , vécut plusieurs années sans aucune lésion dans ses facultés, et pouvait même boire beaucoup plus de vin qu'auparavant sans tomber dans l'ivresse (I). Celte observation, attestée par un billet du malade au mois d'août 1664, est remar(|uable par la multiplicité des trépans et importante pour mon sujet, par l'effet qui en résulta. On a vu plus hriut que tout ce qui déterminait une plus grande quantité de sang au cerveau renouvelait les accès , et le vin produit singulièrement cet effet ; les trér pans multipliés prévinrent chez le comte l'etîet le plus constant de la pléthore vineuse, l'ivresse, et l'on peut, ce me semble , conclure avec bien de la certitude que s'il avait été sujet à l'épilepsie, les causes qui auraient pu en déterminer les accès avant le trépan ne l'auraient peutêtre point fait après, ou l'auraient fait beaucoup moins ; et , convaincu que plusieurs attaques d'éfiilepsie n'ont d'autres causes que celte compression du cerveau par le crâne, je le suis également que toutes les fois qu'on a lieu de soupçonner cette cause (et on doit la soupçonner quand les accès sont constamment produits par tout ce qui porte le saug à la tête) , on ferait sagement d'essayer le trépan lorsque la maladie élude l'effort des autres remèdes et est assez grave, et que le malade est assez courageux pour s'y soumettre, .le ne doute pas qu'on n'en retirât ]iresque toujours des avantages considérables. Arétée l'avait déjà recommandé (2) ; mais il en a été de ce conseil comme de tanl d'autres bons conseils des anciens qui sont absolument négligés et qui restent comme inconnus au plus grand nombre des médecins , jusqu'à ce

(1) Stalpartii Van der Wiel, Observ., cent. I, obs. 8, p. 36.

(2) De curatione morbor, chronîcor. , cap. IV, p. 121.

que quelque moderne s'en fasse honneur et les lemelte en vécue.

§ 132. Quand le vite allaqiie les parties mêmes du cerveHu, que les membranes sont ossifiées, qu'il renlerine un abcès, des liydatides, qu'il est ramolli, squirrheux, c;illcux, cbarnu, comme on a vu plus baut que cela arrivait quelquefois, le mal est absolument incurable, et il ne reste d'autre remède à essayer que de jirévenir, par le régime et par quelques secours simples, la fréquence des accès; mais cet objet sera le sujet d'un des articles suivants, auquel je renvoie. Peut-être que chacune de ces causes a quelque symptôme dill'érent de ceux que les autres ]>ro(luisent ; nous les ignorons jusqu'à présent, et ces observations ne seront, j'espère, jamais assez fréquentes pour qu'on puisse jiarvrnir à les distinguer ; mais, sans les distinguer, il y a plusieurs symptômes qui peuvent conduire un médecin attentif et observateur à décider qu'il y a un vice essentiel dans le cerveau, et dans ce cas, comme dans tous ceux qui sont incurables, on doit bien se garder de donner des remèdes curalifs ; en voulant guérir ceux qui ne peuvent l'être, ou cliange trop souvent un mal tolérable en un état affreux, et le meilleur médecin est celui qui sait se résoudre à ne rien faire qu'éloigner toutes les causes qui paraissent aigrir le mal.

article xxi. — traitemeis't des épilepsies qui dépendent de la plethore ou de l'acretÉ.

§ 133. Une troisième classe d'épilepsies, qu'on pourrait appeler humorales, est de celles qui, sans aucun vice dans les solides, sont produites par la quantité des humeurs, ou par leur àcreté; j'en ai détaillé les dillVrerites espèces plus haut. La première et la principale, c'est l'épilepsie plélhoriiiue ; on la guérit en guérissant la ph'lliore. J'ai drji dit que ce serait le sujet d'un îles paragraphes suivants. Les autres dé|)en(lent, ou de l'âcrcté des humeurs, ou d'une évacuation naturelle ilérangée, ou d'une évacuation maladive supprimée tout -à - coup. Dès qu'on est parvenu à découvrir la cause, on connaît ce qu'il faul faire, et vouloir entrer d:ins les détails de celui qui convient à chaque espèce, ce serait s'engiiger à donner un traité de pratique. Ainsi le traitement a deux parties, comme je l'ai déjà dit des épilepsies sympathiques :

éloigner la cause, el ensuite, si l'on craint

NERFS

que les nerfs n'aient contracté la disposition cpileptique, donner des spécifiques dont je parlerai plus bas.

Les espèces les plus opiniâtres de celle classe sont celles qui dépendent de la répercussion dune maladie cutanée, ou d'une évacuation maladive supprimée. Il est très-dif&cile et très-rare de pouvoir la rappeler, et souvent, en se déposant sur le cerveau, elle y produit des désor^ dres incurables. Je fus appelé, il y a. plusieurs années, dans une ville étrangère, pour un malade qui avait été conduit, dès le commencement de son m;il, par trois médecins des plus éclairés, et que tous leurs soins ne purent pas empêcher de mourir cruellement. Il avait assez ordinairement au front une très-légère dartre à laquelle il n'aurait dû fiire aucune attention , et dont il s'inquiétait trop ; il y appliqua la liqueur de salurne de Goulard, qui fit disparaître le mal, et le jeta dans des maux de tête atroces, accompagnés quelquefois d'un peu de délire , d'autres fois de légers mouvements convulsifs. Au bout de quelques mois, la violence du mal le fit tomber dans une espèce de stupeur mêlée de moments d'iniiuiétudes, et après sa mort on trouva tout en très-bon état dans le cadavre, excepté le cerveau qui élait en partie durci et gonflé. L'on avait bien cherché dès les commencements à rappeler la dartre, ou avait bien fait des écoulements artificiels, on ouvrit même un séton en ma présence ; tout avait été inutile, et cela n'arrive malheureusement que trop souvent, surtout si l'on s'endort sur les commencements du mal, et si on laisse former les premiers germes du dérangement de l'organisation, qui fait alors des progrès rapides.

Page 1