‹ Œuvres de TissotChapitre 87 sur 160 · ARTICLE XXII. TRAITEMENT DE LA CAU;E · texte numérisé non relu

ARTICLE XXII. TRAITEMENT DE LA CAU;E

PRÉDISPOSANTE. LE rÉuIME.

§ 134. Après avoir parlé de toutes ces espècesd'épilepsie qui ne sont point yiroprement l'épilepsie essentielle, il me reste à parler de cette dernière, qui est la plus fréquente, et qui, ne reconnaiss.int aucune cause sympatliiiiue ni aucun vice sensib!e d'organitaiion dans la Icle, dépend uniquement de ladisposilioii épileptique du cerveau mise en action jiar quelqu'une des causes occasionnelles quelquel'ois sensibles et beaucoup |)li;s souvent impercepliblts dont j'ai pailé plus haut. Elle peut tuer aussi bien que les autres; mais quand on ouvre le crâne après la mort, on ne trouve qu'un ccc-

ET DE LECRS MALADIES

veau sain et bien constitué (1), comme je l'ai vu dans l'observation que j'ai rapportée plus haut, § 64, et connue M. Johnston l'observa aussi dans ce jeune homme qu'il ouvrit, § 51 , et qui n'avait d'autre vice que cet engorgement qui était né pendant l'accès.

§ 135. L'on voit que la cure a deux pariies : changer la disposition épileplique du cerveau, on détruire celte facilité qu'il a h se convulser, et prévenir toutes ks causes qui déterminent l'accès. Je commencerai par la dernière, d'autant plus volontiers que souvent elle suflit; si l'on jiarvient à éloigner pendant quelque temps les accès, les nerfs se fortifient et perdent cette malheureuse disposition.

M. Van Swielen a dit avec beaucoup de justesse que , comme les traces des idées qui ne sont point rappelées de temps en temps s'elTcicent entièrement, de même si les mouvemenlsépilepliqiiesne sont point renouvelés, l'apiilude à les renouveler se détruit. Si au contraire on n'éloigne pas toutes les causes qui peuvent déterminer les accès, on a beau employer les spécifiques les plus efficaces, ils sont inutiles, et tout le bien qu'ils pourraient faire est promptement détruit par le mal que font les causes irritantes. Ainsi l'action des remèdes est très-subordonnée au régime, et c'est une nouvelle raison pour le déterminer avant de parler des remèdes.

§ 1 30. Galien en sentait toute l'importance, et sa belle consulte pour un enfant épileptique (2) est presque tout entière consacrée à le prescrire. Il entre dans les plus grands détails ; son premier conseil est d'observer attentivement ce qui nuit à l'enfant etde l'éviter ; il interdit tous les aliments visqueux, flatueux, tous ceux qui peuvent déterminer le sang- à la tète, le vin , la moutarde, les [loissons sans écailles qui sont tous visqueux; il recommande pour boisson l'eau avec l'oxymel, et donne beaucoup de préceptes sur l'exercice. — Le grand but qu'on doit se proposer, c'est, 1" de prévenir l.i formation d'une trop grande quantité d'humeurs ; 2° d'empêcher qu'elles ne se portent à la tête, en prévenant leur trop grand mouvement et en facilitant la circulation dans les autres parties; 3° enfin d'éloigner tout ce qui peut irriter le genre nerveux.

(1) Boneli, Sepulchr., obs. 38, 59, p.

287, etc.

(2) Pro puero epHeptico consilium. Charter, t. X, p. 487.

§ 137. La sobriété', je le dis d'après une multitude d'observations , est le moyen le plus sûr de prévenir la formation d'une trop grande quantité d'humeurs, et la base de la guérison de cette maladie. Quand la disposition épileptique existe, elle est rappelée par tout ce qui distend les vaisseaux du cerveau, et ainsi une nourriture trop abondante est un poison. 11 est donc de la plus grande importance de réduire ses aliments à la moindre quantité possible pour vivre et se bien porter, et c'est surtout le soir qu'on doit se permettre très-peu d'aliments. L'on a vu plus haut que c'était ordinairement pendant la nuit que les altaf;ues étaient le plus fréquentes, et j'ai prouvé ailleurs que le sommeil augmentait la pléthore dans la tète; ainsi c'est en se couchant qu'on doit éviter de sesurcharger par des aliments. Mah outre la diminution sur la quantité, on doit faire beaucoup d'attention à la qualité, et ces attentions remiiliront en même temps une partie du la seconde et de la troisième indication, oii je ne serai pas obligé de les rappeler; je ne m'étendrai même pas beaucoup ici, puisque ce régime ressemble à celui que j'ai conseillé aux gens de lettres avec beaucoup de détail, dans la Dissertation sur leur santé. Je suppose, au reste, toujours une persoiine qui n'est qu'épileplique , et dont toutes les autres fonctions sont en bon état, sans entrer dans les différences de régime que des circonstances particulières ou la complication d'autres maladies peuvent exiger.

§ 138. Les viandes blanches, le poisson de rivière, les légumes, les farineux les plus digestibles, parmi lesquels je comprends le pain, les fruits bien amrs, doivent être la base de la nourriture des épileptiques ; on peut leur permettre quelquefois un peu de bœuf, du mouton tendre; mais en général on doit leur interdire toutes les viandes noires, qui font beaucoup de sang , et un sang acre , les œufs, les pâtisseries, les fritures, les choses grasses , les oies , les canards , la viande de cochon, toutes celles qui sont salées, fumées ou venées, les anguilles, la raie, la sèche, la merluche, les écrevisses , les truffes , lés artichauts , les asperges, le céleri et le persil.

§ 139. Je sais que ce régime paraîtra fortcontraireàcelui quel'on ordonne trop souvent; il y a beaucoup de médecins qui, quand ils veulent mettre au régime, prescrivent de ne manger que du potage au bouillon, du bouilli et du rôti, et per-

mettent , comme par grâce , un peu de lég;umes, mais défendent sévèrement toutes les crudités , et res.irdent les fruits comme un aliment nuisible dans toutes les maladies indistinctement. Je vois tous les jours des malades qui n'en ont point mangé depuis plusieurs années , mais je vois tous les jours ces mêmes malades reprendre de l'appétit, des forces, du bien-être, de l i gaîté, renaître, en un mot, dès qu'ils recommencent à en faire usage. J':ii été consulté depuis peu par une femme épileplique qui depuis quinze mois ne vivait que de viandes, d'œufs, de rag-oûts, de chocolat, et de remèdes chauds; je l'ai privée de reraèJes, j'ai totalement changé sou régime : je ne lui accorde que très-peu de viande, point de chocolat, mais des légumes et des fruiis à discrotion. Le premier efTet de ce changement a été de lui enlever des maux d'estomac qn'el le avait continuellemeut , et de lui donner un sommeil tranquille; son état s'est ensuite amendé de jour en jour, et aboutira, j'espère, à une guérison que la continuation du régime (|u'on lui avait imposé aurait rendue impossible.

§ 1 40. Far r/ipport aux boissons, l'eau pure Cit la seule qui leur convienne, toutes les autres, sont moins salutaires, plusieurs nuisibles. — Le vin irrite les nerfs et porte le sang à la tête, et je suis persuidé, par beaucoup d'observations , qu'excepté dans un très-petit nombre de cas, où le mal ne vient que de faiblesse et d'atonie, la privation du vin est indispensablement nécessaire. Van Heers, ce bon observateur, se plaignait déjà de ce que plusieurs jeunes gens étaient restés incurables p.irce (}u'ils ne voulaient pas s'en abstenir (1). M. Traites parle d'un liomme qui était beaucoup mieux dès qu'il n'en prenait point, et dont le mal redoublait dès qu'il en buvait (2), et il n'y a point de médecin qui n'ait vu la même chose.

Le thé et le café irritent aussi ; le chocolat simple nourrit trop , et s'il est vanillé ou ambré, il porte à la tête, sa seule odeur peut produire des accès. — I.e régime a plusieurs autres objets, miisdont j'aurai occasion de parler plus naturellement dans d'autres articles : ainsi, pour éviter les répétitions, je n'en dirai rien

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