‹ Œuvres de TissotChapitre 88 sur 160 · ARTICLE XKIII. — DE LA SAIGNEE ET DES AU- TRES ÉVACUATIONS SANGUINES · texte numérisé non relu

ARTICLE XKIII. — DE LA SAIGNEE ET DES AU- TRES ÉVACUATIONS SANGUINES

§ 14 1. La disposition à la pléthore est quelquefois telle que, malgré la plus grande sobriété et le plus grand choix d'aliments, il se forme encore trop de sang ; les vaisseaux restent trop pleins, el le pouls est souvent dur. Dans ce caslà , il ne f-iut pas balancer à faire une saignée au bras , et à la réitérer aussi souvent que les circonstances le feront juger nécessaire. J'ai examiné ailleurs les objections qu'on fait contre la saignée dans les maux de nerfs, je ne m'y arrêterai point à présent; mais je suis convaincu, par un grand nombre d'expériences , qu'elle est souvent très utile dans l'épilepsie , qu'il n'y a point de moyen qui en éloigne plus frér]uemment les accès, que souvent celte maladie est incurable si l'on ne swigne pas, que quelquefois la saignée seule la guérit , et que lors même qu'elle ne fait pas du bien par elle-même, elle est indispensable ])our faciliter l'effet des autres remèdes ; et si l'on se rappelle tout ce que j'ai dit sur l'état du cerveau pendant l'accès d'épàlepsie , on comprendra aisément iouÉ ses bons cfl'c-ts.

§ !42. Rhodius vit un jeune homme de huit ans pour qui Ton avait tenté inutilement tous les remèdes , et que la saignée , réitérée quelquefois dans un mois, guérit (I). Rivière parle aussi d'une jeune fille de douze ans, épileplique, qui avait des accès très-fréquents, et à qui aucun remède n'avait procuré du soulagement ; elle eut une pleurésie, pour laquelle on la saigna plusieurs fois, et depuis ce moment elle n'eut plus d'accès. Observation importante , et que j'ai vu confirmer par une absolument semblable, il y a douze ou treize ans. Une jeune personne qui n'était point épileplique, mais (|ui avait des convulsions terribles depuis plusieurs années, était entre les mains de deux autres médecins , et je ne l'avais vue que dans une seule attaque ; je lui avais conseillé des bains el du petit-lail, qu'on lui déconseilla , et qu'on remplaça par un vin composé de fer, de kina et de rhue, qui augmenta singulièrement des maux de tète cruels aux(|uels elle était extrêmement sujette, et que la nature soulageait par des saignements de nez frc-

(1) Obs. 24.

(2) De Opio, t, lii, p. 32.

(i) Observ., cent, i, obs. 64.

ET DE LEURS MALADIES

quents ; enfin , beaucoup de sang et de remèdes chauds occasionnèrent une pleurésie très-forte, dans laquelle je la conduisis, et que les saignées multipliées, les nitreux, les émollients, les jus d'herbes, guérirent. Depuis lors, elle n'a eu aucun ressentiment de convulsions ; et il est vraisemblable que si elle eût été épileptique, elle aurait élé également guérie de l'épilepsie.

§ 143. Non-seulement la saignée et les autres remèdes diminuent la quantité du sang , mais ils en changent la qualité: s'il est trop épais, trop riche, inflammatoire, la saignée , et c'est un de ses bons effets dans cette maladie , en diminuant la force des vaisseaux qui forment la densité du sang , le rend plus fluide et plus coul'int; la circulation se fait mieux, la distribution en estplusaisée. — Scverin dit avoir toujours soulagé l'épilepsie en ouvrant les artères ou les veines temporales, et il en cite plusieurs exemples: dans deux, on voit que des malades plus sobres auraient vraisemblablement été guéris ; mais ils renouvelèrent le mal en buvant beaucoup, ce qui rappela les accès ()). — Zacutus Lusitanus guérit une femme de vingt-quatre ans, qui a\ ait eu plusieurs très-forts accès d'épilepsie , par une saignée à chaque hms et des lavements (2). — Tucopliile Bonnet, auteur estimable de quelques collections utiles, appelé piir un jeune homme qu'une frayeur avait jeté dans un accès épileptique qui durait depuis trois heures, lui fit faire une saignée au bras. Le sang jaillit avec une très-grande force; l'accès cessa d'abord, et n'eut jamais de retour (3) ; et ce même Zacutus que je viens de citer rapporte dans l'observation jirécédente le cas d'un homme de vingt ans, fort, robuste, sanguin, sujet à de très-forts accas, contre lesquels tous les remèdes avaient échoué, qu'il guérit parfaitement en lui faisant faire tous les mois une saignée au pied , ce qui diminua la pléthore, dit-il, et rendit les vaisseaux transpirables. Il rapporte à cette occasion ce queGalien, dans son ouvrage sur la façon dcguérir par la saignée, avaitdéjà ordonné, de saigner les épileptiques au pied. — Le malade , dans le crâne duquel M.

Hunault trouva des osselets adhérents à

la dure-mère, n'était soulagé que par des saignées. De six jeunes épileptiques, Pechiin en guérit trois par ce seul remède (1) Bénédictus-Silvalicus guérit un hypociiondre de l'épilepsie en faisant appliquer tous les mois des sangsues aux hémorrho'i'des (2); et M. de Sauvages rapporte deux traits bien intéressants. Un jeune étranger, dit-il, était sujet à l'épilepsie, dont il avaitdesattaques plusieurs fois par semaine ; il employa inutilement peiuîant un an les secours ordinaires ; enfin , la valériane sauvage le soulagea ; mais, n'étant point encore guéri , il alla consulter un médecin célèbre, qui le guérit parfaitement par les saignées réitérées. Un autre épileptique fut saigné par ordre des médecins une fois toutes les semaines, et prit des demi-bains ; celte cure dissipa l'enflure qu'il avait aux jambes, et rendit les accès beaucoup plus rares et beaucoup plus faibles (3). Le second maçon dont j'ai parlé § J3 fut radicalement guéri par deux saignées, l'une au bras, l'autre au pied, et quelques nitreux. Enfin, j'ai fait si souvent des observations semblables ; j'ai vu si fréquemment le mal, soulagé dès les premières saignées, se guérir en les continuant, que je ne puis asstz recommander aux médecins d'être en garde contre cette opinion funeste et trop répandue qui interdit la saignée dans presque toutes les épilepsies.

§ 144. Je ne veux cependant point qu'on en fasse un remède général ; cliez un malade faible, cacochyme, qui paraît avoir peu de sang , qui l'a dissous , chez qui le mal est relfcl d'un acide dans les premières voies, ou d'une mobilité excessive, elle nuirait presque toujours; mais chez les enfants forts et robustes, chez les personnes bien portantes, à la fleur de l'âge; chez celles surtout qui éprouvent une supjiression soit menstruelle, soit hémorrboïdale , qui ont les vaisseaux pleins, la peau dure et sèche, le visage rouge , une pesanteur de tête habituelle, le pouls dur, la saignée est indispensablement nécessaire ; et ordinairement, en la réitérant, elle rappelle les évacuations supprimées, comme je viens de le voir depuis très-peu sur deux femmes , l'une très-jeune encore , l'autre âgée de trente -huit ans.

(1) iil. A. Severini, De efficaci meclicin., lib. 111, in-fol. Francf. , 1571, p. 42.

(2) Praxis admirab., lib. i, obs, 21.

(3; Mercw, compilât,, de epileps,, § 5,

(1) Observât., 1. ii, obs. 50, p. 288.

(2) Mercur. compilât., art. Epileps., § 40.

(3) Nosologia, çk5«. 4, t. i, p, 581.

332 »Es § 145. Les sangsues, appliquées soit au fondement , soit aux tempes , et les ventouses, méritent quelquefois la préférence sur les autres saignées. Il y a quelques années qu'un très habile chirurgien me consulta pour une femme forte, sanguine , qui avait beaucoup de tempérament , et qui éprouvait depuis quelque temps de violents accès d'épilepsie, occasionnés par le trop de sang qui se portait à la tête, et que les saignées n'avaient pas diminué. Des sangsucs, appliquées trois fois aux vaisseiux hcmorrhoïdaux , de quinze en quinze jours ; la vapeur de l'eau chaude sur une chaise percée, malin et soir, et pour tout remède , l'usage de la crème de tartre avec une boisson abondante , firent paraître les hémorrlioïdes , et dès-lors la malade fut radicalement guérie.

§ 146. La saignée de la jugulaire peut être quelquefois nécessaire , et llagcndorn parle d'un jeune homme qui piit un premier accès d'épilepsie pour avoir eu tout le visage enduit de poix chaude. Cet accès passa. Eiant revenu au bout de quelques mois, il céda encore à des remèdes anti-épileptiques ; mais une troisième attaque étant plus rebelle et les autres remèdes inutiles, il ordonna la saignée de la jugulaire, qui enleva totalement le mal (1 j.

ARTICLE XXIV. — MOYENS d'eMpÈcIIER QUE LE SANG NE SE PORTE A LA TETE.

§ 147. Non-seulement il faut prévenir la formation de trop de sang, mais il faut encore empêcher qu'il ne se porte à la tête ; et les causes principales qui l'y déterminent étant ou son trop grand mouvement, ou la circulation gênée dans quelque autre partie, soit par des sécrétions dérangées, soit par l'inaction qui ralentit la circulation dans les extrémités, soit par le spasme , l'un des grands objets de la cure de l'épilepsie, c'est d'éloigner ces causes. — - Le même régime que j'ai prescrit pour empêcher la formation d'une trop grande quantité de sapg est en même temps le moyen le plus propre à empêcher son trop grand mouvement, et à prévenir par là même qu'il ne se porte trop à la tête, effet nécessaire de sou mouvement augmenté, et effet jiresque toujours funeste. J'ai obiervé avec

grand soin plusieurs épileptiques ; j'ai constamment vu que l'augmentation de fréquence dans le pouls précédait toujours les accès. Quelquefois celte fré- (juence, souvent accompagnée de dureté, durait plusieurs jours ; ils avaient alors ou des accès, ou au moins plusieurs commencements d'accès. Tout ce qui pouvait abattre et amollir le pouls leur rendait le bien-être et éloignait les accès ; et j'ai vu leur guérison s'avancera mesure que le pouls perdait ce caraclère fiévreux et dur, auquel on ne donne point assc?^ d'attention dans celte maladie et da,na plusieurs autres maladies de langueur.

§ 148, Tous les rafraîchissants, la crème de tartre, le nitrc , le vinaigre, le petit-lait, la tisane de racine de gram,mont , sont propres à remplir cette indication, et je m'eii suis servi souvent avec le plus grand succès, malgré ce funeste pri'jugé qui prohibe presiiue tout ce qui n'est pas chaud, et malgré ro])inion (|ui, donnant dans un e\cès contraire , mais bien moins fâcheux, n'admet que les simplesdélayanls les iilus insipides. Le pétillait est , parmi les remèdes que je viens d'indiquer, celui q li mérite la préférence : il calme, il désobstrue, il rompt le spasme, il entretient la liberté du ventre, il facilite la transpiration ; en un mot, il remplit presque toutes les indications. — Quelquefois il est indis|)ensablement nécessaire de purger, et de purger même plusieurs fois; on sait que c'est un des njoyens les plus propres à détourner le sang de la tète. Souvent mêuie les purgatifs actifs sont nécessaires. Érasie et Massaria avaient attribué le peu de succès, dans la guérison de l'épilepsie, à ce qu'on ne purgeait pas asstz souvent.

Rivière purgeait fréquemment ; et l'on peut appliquer dans plusieurs cas à cette maladie ce que j'ai dit des purgatifs dans les maux de nerfs en général. L'on a déjà vu plus haut les bons effets des purgatifs dansles cas oîi les embarras du bas-ventre paraissent être le siège de la maladie. La méthode du'docteur Kinneir, pour guérir les enfants épileptiques, était de les purger tous les jours avec une infusion de rhubarbe, et de leur donner dans le même temps une poudie absorbante n\ec\t sal Joi'ts , si fort recommandé par Baglivi dans les affections hystériques , et une infusion de valériane sauvage (i). M.

Mangolt rapporte l'observation d'un en-

(I) Medicinseptent., De epiteps,, c. Xix,

(1) A New essay on tite Serves, p. J79.

ET DE LEURS MAtADIES.

fôhtpour qui l'on avait consulté les plus habiles médecins et employé inutilement les remèdes anli-épileptiqucs les plus vantés, qui fut enfin guéri par la seule teinture de rhubarbe (I). Rénéaulme, médecin de Blois, a vu , au commencement du dernier siècle, deux cas semblables ; celui d'une jeune fille de sept ans qui avait jusqu'àsixaccès presque tous les jours, et qu'il guérit en lui donnant six grainsde son stomachique, qui paraît avoir été l'ex Irait d'aloès, qui la purgea beaucoup par le bas et détruisit la maladie. Chaque accès commençait par une douleur d'esloraac. L'autre est celle d'un homme de vingt ans , dont le mal commençait de même, et que le même remède guérit (2).

§ 149. Quand le sang est déterminé à la tê(e par le dérangement des sécrétions, il faut nécessairement y remédier. La constipation produit souvent cet effet, et l'on doit la prévenir. Le régime que j'ai indiqué, la crème de tartre, le petitlait, et surtout les lavements, réussissent dans ce cas. Il ne faut point craindre d'employer fréquemment ce dernier remède, et de s'en faire par là un assujettissement ; ils cesseront d'être nécessaires quand ils cesseront d'être utiles; au moins, je l'ai vu assez constamment. — Mais la sécrétion à laquelle il faut presque toujours fuite le plus d'attention, c'est à la transpiration : j'ai déjà dit (|ue, dans les maux de nerfs , la Iranspiriition était souvent très-irréguiière , que la peau était presque toujours dans un état spasmodique, et qu'il fail lit y remédier. Le remède le plus sûr pour cela, c'est les baii>6 tièdes d'eau simple , pris tous les jours à jeun, et plus ou moins longs; le degré de chakur doit être du 25 au 2C du thermomètre de M. Réaumur. Il est difficile de croire, sans l'avoir éprouvé, le bon effet de ce remède , recommandé dans tous les temps , mais toujours ou trop peu ordonné, ou ordonné pour trop peu de temps ; on les ordonne pour une neuvaine ou une quinzaine ; c'eit être bien peu instruit de la nature des maux et de celle des remèdes , c'est bien peu se rendre compte de ce qu'on ordonne : c'est par centaine qu'on doit les prescrire dans les cas graves , et quelquefois sans

(1) De epilepsiœ nonmdlis speciebus.

(2) Ex ctirnlionibus observaliones auctore Paulo Renealmo. Parisiis, 1006, obs, 47, 48.

terme limité. J'ai vu une malade qui vint me consulter pour des maux de nerfs très-opiniâtres, qui étaient une suite de couche, qui portaient principalement sur la poitrine , et qui duraient depuis plusieurs années, dont elle avait passé une grande partie à Paris, oii M. de La Motte, qui l'avait conduite avec beaucoup d'habileté , et qui lui avait fait beaucoup de bien, lui avait déjà fait prendre douze cent cinquante bains; ce nombre ne m'empêcha point de lui conseiller de les recommencer. Le dégoût qu'elle en avait conçu lui a empêché de les prendre aussi fréquemment que je le souhaitais, et elle doit sa guérison au lait d'ànesse , qu'elle a pris dix-huit mois, et dont je la lis vivre pendant plusieurs semaines, sans autres aliments que des fruits crus, surfout des pêches, des melons, quelques légumes, du pain, et rarenient un peu de poisson. M;iisil n'en est pas moins réel que tous les bains qu'elle prenait lui faisaient toujours un bien marqué, et que sa guérison aurait été plus prompte si elle en avait pris davantage. Quand on a de bonnes eaux, je fais employerl'eau simple; quand on a des eaux d'ires , on doit y ajouter un peu (le savon , un peu de lait si l'oii veut, quelques fleurs ou quelques herbes émollientes.

§ 150. De légères frictions sur tout le corps, surtout aux jambes et aux cuisses, augmentent beaucoup le bon effet du bain en facilitant la transpiration et en rompant mieux le spasme ; mais elles doivent être très-douces: fortes, elles animeraient le mouvement du sing, et le porteraient à la tète. Rien ne dissipe le froid des extrémités comme le bain, et, en rompani le spasme , il opère aussi très-souvent la guérison des obstructions et des suppressions. — Mais quand ce froid habituel des extrémités est plutôt l'effet de la lenteur de la circulation, occasionnée par la faiblesse des fibres et la disposition aijueuse du sang, que de la plénitude des vaisseaux ou du spasme, le bain ne vaudrait rien , et, pour le dissiper, on doit ordonner du mouveuient, des frictions sèches avec de la flanelle, et des semelles de poix de Bourgogne étendue sur de la peau, qu'on porte habituellement sous la pl inlc des pieds. On doit s'interdire les chauffe-pieds pleins de braise, dont la vapeur, toujours plus ou moins narcotique, nuit sensiblement aux personnes sujettes aux maux de nerfs; et heureusement ce pernicieux usage diminue tous les jours, et on les abandonne

presque entièrement aux petites boutiquières et aux revendeuses, qui passent leur vie assises au coin des rues : ce feu leur est nécessaire , et , dans des boutiques ouvertes ou en plein air, il est bien moins nuisible que dans des chambres, où il incommode tout le monde.

§151. Quand c'est la fatigue de la digestion qui détermine le sang à la têle, les stomachiques y remédient ; et quand cette détermination est uniquement l'effet de la mobilité , c'est en guérissant cette dernière qu'on doit y remédier.

§ 152. En proscrivant tout ce qui anime trop le mouvement du sang , on proscrit le trop d'exercice, les exercices violents, ceux qui portent singulièrement le sang à la tête , l'application , la méditation, tous les ouvrages qui font baisser la tête et qui fixent les yeux, l'ardeur du soleil et les appartements chauds , dont on a déjà vu les dangers; les compagnies nombreuses , les repas , les veilles, les lieux élevés oii la tête tourne, et surtout l'action de tourner, qui, non-seulement détermine les humeurs à la tête, et peut par là même rappeler les accès, mais peut même produire des maux très-fâcheux.

J'ai été consulté, il y a quelques années, par un mousquetaire, que ce mouvement de rotation , poussé apparemment trop loin un jour en badinant, a jeté dans des maladies de la tête très graves , et dont il n'a peut-être jamais été guéri. Ces attentions paraîtront minutieuses à ceux qui n'ont encore vu que peu ou point de malades, et surtout à ceux qui en ont vu beaucoup sans les observer; en observant mieux, ils en sentiront l'importance.

§ 153. Mais ce que j'ai dit sur le danger des exercices violents ne doit point persuader q-e je blâme l'exercice, et qu'il soit dangereux; bien loin de là, rexercice , moyennant qu'il ne soit pas de nature à enflammer le sang et à le porter à la tête, est sans contredit l'un des moyens les plus prompts, les plus sûrs, les moins dangereux, de fortifier le genre nerveux et d'en détruire la convulsibililé. Galien, et après lui bien d'autres médecins, ont regardé l'exercice comme le principal remède de ré|)ilepsie. Il est vrai qu'il donnai t les plus grands soins à tout ce qui y avait rapport : il commençait le malin par faire promener l'enfant au sortir du lit; il réitérait cet exercice avant le dîner, et ensuite à d'autres heures ; mais il ne voulait jamais que l'enfant prît un exercice vio-

lent sans avoir commencë par de plus doux ; et non-seulement il ne le laissait point le maître de prendre de l'exercice à son gré, mais il voulait qu'on ne confiât le soin de le diriger à cet égard qu'à un homme très entendu (Ij.

M. Boerhaave a établi comme une vérité incontestable, et l'expérience le démontre tous les jours, qu'une grande frugalité et un grand exercice guérissaient celte maladie , que la gourmandise et l'inaction rendent incurable ; mais, je le répète, cet exercice qui guérit, quand le corps est en bon état et qu'on mène une vie sobre, irrite au lieu de fortifier, et produit les accès au lieu de les détruire, quand les vaiseaux sont trop pleins de sang , que le malade est échauffé et que le corps est dans un état de sécheresse , tant il est vrai que dans aucune maladie il n'y a aucune règle générale, et qu'on ne peut dire d'aucun article de la façon de vivre , du régime et des remèdes, cela convient dans cette maladie; la spécification des cas et des circonstances est toujours nécessaire, sans quoi l'on abuse des choses les plus utiles.

§ 154. C'est surtout les passions qu'il est important de régir avec le plus grand soin ; tout ce qui pourrait les nieltre en jeu nuirail: à coup sûr, et l'on a déjà vu qu'elles étaient une des causes les plus fréquentes de l'épilepsie , et qu'elles en renouvellent fréquemment les accès.

§ 155. En faisant l'énumération des causes qui, en irritant les nerfs par leur âcreté , produisent l'épilepsie , j'ai marqué tout ce (|u'on doit éviter dans cette maladie, et il serait inutile de le répéter ici : je dirai seulement que, tout récemment, je vietis de voir un jeune homme, à qui on a donné du suc de poireaux dans du lait, pour tuer des vers imaginaires, et qui, le lendemain matin, a eu un accès plus fort que ceux qu'il

ait eus auparavant. Mais je dois parler des odeurs. — Tous les épilepliques doivent les fuir avec beaucoup de soin ; toute odeur forte, quelle qu'elle soit, irrite, et cette irritation nuit; plusieurs épilepliques ne peuvent pas soutenir celle de l'ambre, du musc, de la vanille, et il y en a d'autres qui leur font un mauvais effet, moins marqué, sans être moins dangereux. Il n'y a que quelques années qu'on a vu périr une jeune de-

(1) Cousit, pro puero epileptiç, Chart., t. X, p. 487.

ET DE LEDBS MALADIES

moiselle en Allemagne , avec tous les symptômes d'un poison narcotique, pour avoir couché dans une cliamlire où il y avait un bassin de violettes qui trempaient , et qui l'avaient remplie d'une odeur très- forte (1). Le même accident manqua d'arriver à Londres en 1764, par l'effet de différentes fleurs, à deux jeunes personnes ; mais l'une, éveillée apparemment par l'angoisse, sentit son mal, vit celui de l'autre, et entassez de force pour ouvrir la porte et la fenêtre , et jeter les fleurs (2). Sans parler d'une foule d'autres observations sur les dangers des odeurs , qu'on peut voir réunies dans la savante dissertation de M. Triller, que je viens de citer, et qui toutes prouvent combien elles sont nuisibles aux nerfs , l'on a vu celle des renoncules de jardin produire l'épilepsie même (3). — On a vu plus haut qu'un jeune homme tombait toutes les fois qu'il voyait quelf[ue chose de couleur rouge; d'autres sont aussi affectés par d'autres objets singuliers, qui irritent leurs nerfs plus (|u'on ne devrait s'y attendre ; il leur importe de les éviter.

§ 156. Quand on a prescrit tous les moyens propres à prévenir l'accès, c'est avoir fait la plus grande partie de l'ouvrage , et il y a bien des épileptiques à qui cette cure suffit. Je n'en ai point f^iit d'autres à la première femme dont j'ai parlé § 74, ni dans bien d'autres cas; et M. Tralles en rapporte deux exemples très - intéressants : l'un est celui d'un jeune homme sanguin, sujet aux saignements de nez, studieux, qu'une colère, suivie de beaucoup d'exercice dans un jour chaud , jeta dans une épilepsie accompagnée des mouvements les plus violents, qu'il guérit radicalement et sans aucun spécifique, par la saignée, les purgatifs anti - jililogisliques , les lavements, le nilre , la tisane d'orge, les bains de pieds ; l'autre celui d'une femme sédentaire, qui mangeait beaucoup, buvait beaucoup de bière , et qui lut prise d'une épilepsie dont la première attaque parut devoir être mortelle, qui se reproduisit ensuite fréqueii raenl , et qui parut di'pendre d'un sing visqueux qui engorgeait les vaisse.iux de la tête ; il la

(1) Triller, De morle subha ex nimis violon, oilore. Opuscul., l. i, p. 240.

(2) Ibid.

(5) Act. cur. liât., dec. ui, an. 9 et 10, obs, 92, p. 170.

guérit : 1° par une saignée dans le premier accès, pour empêcher qu'il ne dégénérât en apoplexie , et on la réitéra quelquefois dans la suite; 2° par beaucoup de purgatifs, de nilreux, de savonneux, qui entretinrent une diarrhée pend.int plusieurs semaines; par une grande sobriété et une diète très - austère , sans aucun spécifique qui , dans ce cas et le précédent, aurait certainement été nuisible. Ce ne fut qu'après plusieurs mois qu'il conseilla les eaux de Spa pour rétablir les forces (i). Mais on n'est pas toujours aussi heureux ; il y a des malades dont le cerveau a acquis une disposition épileptique si forte, qu'il ne suffit pas d'éviter avec soin tout ce qui peut l'irriter, il faut agir sur lui-même, et les moyens qu'on emploie pour cela sont ce qu'on appelle les anli-épileptiques , ou les spécifiques , dont il est temps d'examiner les effets.

ARTICLE XXV. LES SPECIFIQUES EN GÉiNÉ-

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