‹ Œuvres de TissotChapitre 9 sur 160 · DU MOUVEMENT MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

DU MOUVEMENT MUSCULAIRE

§ 266. Tout muscle exerce son action en se raccourcissant, et l'on n'a point encore assigné les bornes de ce raccourcissement : les physiologistes qui avaient établi que le muscle ne pouvait se raccourcir que d'un tiers de sa longueur s'étaient évidemment trompés. Les expériences ont prouvé que les muscles creux pouvaient se resserrer au point d'oblitérer entièrement leurs cavités; le polype se raccourcit de onze douzièmes; et tous les médecins ont pu voir que , dans de violents spasmes , un muscle se réduit à une très-])etile partie de sa longueur.— L'epFetde la contraction du muscle dépend du degré de raccourcissement, de la forme du muscle de ses attaches, des parties sur lesquelles il agit, de celles qui l'entourent , de l'augmentation d'action qu'il produit dans la circulation;

ET DE LEO

-Juais tous ces objets , qui tiennent à la > ihysiologie , seraient déplacés ici , et je .. le m'occiiiicrai pas non \>h\s des dilïc- .; tents systèmes imagiiirs depuis deux cenls • ins pour expliquer cette action (l) : je ', ne bornerai à exposer la cause qui me j iiarait la seule vraie, et dans laquelle les « lerfs jouent un rôle très-essentiel. Pour Il la découvrir, il f.iut se rappeler les ex])é- .; "iences r;ipportées plus iiaut d'après . VIM. Hallcr et Zimmerniann : elles ont ■■ )rouvé que toute libre musculaire que ., .'on irrite se raccourcit et rapprocbe ses 3xlrémités : c'est cette propriété qu'on 1 ippelle ii ritabililê. Elle est inhérente à i tous les muscles , mais elle est plus forte t dans les uns que dans les autres : le cœur i est celui dans lequel elle est le plus puis- .f santé; elle est toujours plus faible dans i les uiuscles soumis à la volonlé , et plus .. forte dans ceux qui sont chargés des nioui vements involontaires , et tout muscle ( dans lequel elle existe encore n'attend ., qu'un stimulus pour se contracter. Elle I dure quelque temps après la mort (2) :

(1) Les Slalilicns refusent tout moyen > à l'âme pour mouvoir les muscles, et 6la- I blissonl qu'elle les meut inimédiaienieut i par sa volonlé sans le secours des nerfs t qui, comme les vaisseaux, n'ont, suivant ; eux, d'autre inllueiice que celle de mainj tenir les muscles dans l'étal de perfection . dans lequel ils doivent être pour pouvoir

exécuter les volontés de l'âme. Ce sys- ' tème est bien développé dans la dissertation intitulée : Fibru motrix aiiimaln. Prœside. E. Camerario. Tubing., 171G.

Un seul fait suffirait pour détruire entièrement tout ce système, c'est que la li- ' gature ou la section du nerf détruisent '• sur-le-cliamp la contraction volontaire du • muscle, quoiqu'il conserve toute son irt ritabilité, et qu'il se contracte aussi for- ■ tenient par l'application des stimulus ; étrangers qu'il le faisait auparavant. Les . nerfs sont donc le moyen par lequel l'âme i meut les muscles.

(2) Dans un petit ouvrage imprimé en 1694, In Guérison du cancer au sein, par Houppeville, on trouve un exemple bien frappant de l'irritabilité, dont on n'a point tiré parti. On avait amputé la mamelle droite qui était monstrueuse, et on emporta une partie large comme la main et épaisse comme un âcn blanc (le la chair du ynuscle pectoral : cette chair remuait de temps eu temps par un mouvement qui faisait retirer ses deux extrémités vers son centre; et quand on la piquait avec la pointe du bistouri, autant de fois elle

chez les animaux à sang: chaud, presque aussi long- temps que les muscles conservent leur chaleur; dans les animaux à satig^ froid , on la trouve encore plusieurs heures après qu'ils sont refroidis; et celte force inhérente aux muscles avait été très-bien vue par I\l. Simpson , qui avait dit positivement que c'est dans la structure des muscles qu'il faut chercher la cause de leur contraction, que les stimulus ne font que délerminer (1).

Nous avons vu les efl'cts de jdusieurs stimulus étrangers; mais le plus puissant de tous , celui qui stimule tous les muscles , c'est le fluide nerveux : tous les muscles sont garnis de nerfs qui s'y divisent en leurs dernières fibrilles , et ces fibrilles n'ont qu'il répandre leur fluide pour que sur-le champ le muscle se contracte , comme nous l'avons vu se contracter en le louchant avec le scal[iel ou l'esprit de viîriol; si l'action des nerfs se soutient, l'irritant étant continuellement appliqué, la contraction (|ui en est l'effet dure; si l'aclion des nerfs cesse, la contraction finit jusqu'il ce que cette action recommence. En liant le nerf, il n'y a plus de contraclion volontaire dans le muscle , puisque le stimulus des esprits animaux n'y peut i»lus arriver; mais l'irritabilité, ou la dis;)osition à se contracter, subsiste, i)uisf|ue l'appliciition d'un slinuilus étranger le fait contracter. Ces expériences , mille fois répétées , prouvent évidenmient que l'irritabilité est inhérente au muscle et indépendanle des nerfs-; mais que l'allliix des esprits animaux est un stimulus dont l'âme se sert pour le contracter à son gré , pendant que d'autres stimulus opèrent des mouvements indépendants d'elle. Le sang stimule le cœur, les aliments et les boissons stimulent les intestins , la bile stimule ses propres couloirs , la vésicule , les intestins , les vaisseaux sanguins , si elle est repompée; les excréments stimulent le rectum , le fœtus stimule l'utérus : et ces stimulus sont tels que les mouve-

remuait plus fortement, ce qui dura plus d'un quart d'heure. M. Albinus avait aussi vu qu'en irritant les différents muscles du col d'un coq d'Inde décapité, chaque muscle se contractait séparément.

Ces observations ne sont-elles pas dos démonsiraiions de la vérité de l'irritabilité antérieures à l'époque oii l'on fixe proprement sa découverte?

(1) Tentamina mcdica, p. 12,17, 102, lOS, 1)0.

ments opérés en même temps par les nerfs, dans les mêmes muscles, peuvent bien en altérer l'effet, mais non pas le déttuirc. On doit même dire, pour être exact , que la volonté n'a point d'empire sur les mouvements purement vitaux ; et quand l'âme le dérange , c'est, comme je l'ai expliqué plus haut , dans le trouble des passions, lorsqu'elle produit ces mouvements violents dont elle ne prévoit pas même l'effet , et qui altère toute la machine ; car, quoique Lancisi ait dit que l'on pouvait à volonté animer le mouvement du sang;(l), quoique M. Cheyne ait cité l'exemple du colonel Townsend, qui pouvait faire cesser ce mouvement ( ce qu'il n'opérait -vraisemblablement qu'en agissant sur les organes de la respiration , qui dépendent de la volonté, ou en s'occupant profondément de quelque idée triste qui peut conduire a la syncope, ou en se mettant dans l'attitude la plus tranquillisante et dans le plus grand repos), il est certain, je le répète, que l'âme ne régit point les mouvements vitaux ; et sans doute l'auteur de la nature n'a pas jugé a propos d'étendre jusque-là le pouvoir qu'il lui a donné sur la machine à laquelle il l'a prépo .ée. Le vrai âtiuiuliis du cœur , c'est le sang , et Wepfer l'avait déjà dit dans ses Recherches sur le siège de l'apoplexie.

On a objecté que la ligature des vaisseaux qui vont au muscle empêchait aussi qu'on ne pût le contracter à volonté,elle rendaitparalyti(]ue, etqu'ainsi les artères paraissaient partager avec les nerfs le principe de l'action musculairej mais cette objection ne prouve rien , parce qu'elle porte sur une expérience mal présentée : la ligature rend sur-lechamp le muscle sourd aux efforts de la volonté , parce que le nerf est l'agent qui lui porte ses ordres; ainsi, quoiqu'il pût les exécuter, il ne le fait plus , parce que le messager ne parvient pas jusqu'à lui. La ligature de l'artère ne le rend paralytique qu'au bout d'un certain temps , quelquefois de plusieurs heures , et cela parce que l'afflux continuel du sang était nécessaire à l'entretien du muscle dans son état naturel et sain ; quand cetafflux manque, son organisation s'altère, il perd ses propriétés et devient incapuble de ses fonctions : l'action des nerfs arrive inutilement , il n'est plus organisé pour réagir, et il ne réagit plus ,

(1) De vena azygos.

pas même contre les stimulus étrangers. 1

Si quelquefois la ligature de l'artère a paralysé d'abord le muscle , c'est sans doute parce qu'en liant l'artère on avait lié quelque nerf.

§ 267. Une autre observation très-importante, surtout relativement aux maux de nerfs , qu'il faut faire sur l'irritabilité , c'est qu'outre ces différences en plus ou en moins dans différents organes, différence qu'on pourrait appeler de quantité, il y en a une autre qu'on pourrait appeler de qualité , qui consiste en ce que les mêmes stimulus n'ont point la même aptitude à irriter tous les organes. Chaque organe , je l'ai déjà remarqué , a pour ainsi dire son stimulus qui lui est adapté, qui le stimule plus puissamment et mieux qu'un autre; mais ce même stimulus , appliqué à d'autres organes , soit qu'il n'agisse que sur Tirritaliilité , soit qu'il agisse aussi , comme cela est trèsvraisemblable, sur la sensibilité, opérera de faux mouvements : ainsi, le sang, qui est le vrai stimulus du cœur, porté dans l'estomac , y produit des nausées et des défaillances. L'air n'affecte les poumons qu'agréablement et l'estomac en est angoissé ; ces aliments qui donnent du bienêtre à l'estoiuac sont insoutenables à la trachée-artère , et la bile, nécessaire au mouvement des intestins, jette le poumon dans la plus forte irritation. 11 paraît donc que la sensibilité et l'irritation ont non - seulement leurs degrés, mais aussi leur façon d'êlre,et que quelques variétés, d^ns l'une ou dans l'autre , ou dans ces deux propriétés , analogues à celle qui fait que les nerls voient au fond de l'œil et entendent dans le labyrinthe, font que les nerfs , qui sont agréablement titillés par un peu de pain dans l'estomac , en sont convulsés, s'il louche la membrane interne de la trachée - artère. M. Whyt, qui a très -bien vu cette différence , a bien senti aussi toute la nécessité d'y faire attention dans la considération des maux de nerfs (i); il finit par une réflexion très - heureuse. N'est - ce point à celte cause , dit-il , qu'il faut recourir pour expliquer pourquoi , dans certaines maladies , certaines parties sont affectées préférablement à d'antres, et pourquoi certains remèdes agissent sur certains organes plutôt que sur d'autres? S'il est per-

(1) Observations on the nature, etc. Of hystéries disorders, pages 112, 113, 120, 121, etc.

ET DE LEORS MALADIES

nis de placer ici une conjecture, j'aouteni qu'il est vraisemblable que l'apli- ' ude de certains orKancs à mieux ou à i noins bien dissoudre certains siinmlus 1 m à les altérer, doit contribuer à varier )eaucoup leur action, et que celte se-

• îondecausea beaucoup de pari à cet elïet. I § 2G8. Oïl demanilei-a ])eut-êlre en

• juoi consiste rirrilabililé du muscle? 1 On n'a point encore répomiu à cette

• juestion ; mais on a vu cependant qu'elle ( paraît tenir à la parlie gliitinciise du

ynusde, el (ju'elle varie suivant l'élat de : ce gluten. On voit aussi que , partout où i il y aura des libres musculaires, les nerfs . pourront y élendre leur aclion, el y pro- : duire des contractions. — Outre les I muscles proprement dits, on a démontré ; des fibres musculaires dans l'cslomac, les - intestins, la vessie, les uretères, les sros ; vaisseaux; les médecins qui admellaient ; l'irritabilité, sans s'être assurés par les ■ expériences oii elle résidait, l'avaien' pla- : eée partout oii ils croyaiei t en avoir besoin , et avaient peut-être trop étendu : son domaine ; ceti\ qui ne l'ont admise nue là oii l'expérience l'a démontrée, l'ont beaucoup plus resserrée : mais en général on doit remarquer, 1° que la fibre musculaire étant le plus t^rand afjent de la machine animale, doit naiiirdlenient être fort répamlue ; 2° que la couleur rouge sous laquelle elle nous frappe dans les grands muscles, et sous la(|uelle ; nous sommes si portés à la chercher, que quelquefois nous ne la croyons pas où elle est, parce qu'elle n'y a p is ce carac- > tère , ne lui est point essentielle; 3° . qu'elle peut exister sans que les expéi rience> puissent la'découvrir, puisqu'elle peut êlre assez petite pour échapper à ; nos yeux, et pour que ses etïels nous 1 échappent également ; 4° que, quoique f ces effets nous échappent , ils n'en ont pas moins des effets très-marqués dans 1 l'économie animale , et qu'ainsi nous ; avons droit d'admeltre des libres mnscui laires, non pas aussi généralement qu'on . l'a fait dans des organes où l'anatomie , i la raison et l'analogie nous persuadent

• qu'il ne peut point y en avoir, mais oui j bien dans plusieurs parties où l'anatomie ; et les expériences ne nous en font point . voir, mais où l'analogie nous permet . d'en soupçonner (1) , et où les phénomè-

(1) Est -il impossible que les fibres musculaires aient dans leurs dernières divisions une autre forme que celle que

nés de la santé, et surtout de la maladie, nous persuadent qu'il s'en trouve : j'avoue que je suis très-porté à en admettre dans tons les vaisseaux sanguins, jusqu'à leurs dernières raniificatioris (I); et c'est à celle aclion musculaire qu'il faut rapjiorler l'action des nerfs sur la circulation, action si forte, si fréquente et si bien démontrée , que j'en aurais fait une cinquième fonction des nerfs , si je ne la regardais pas comme TefTel de l'aclicn des nerfs sut les fibres musculaires des vaisseaux , façon de l'envisager qui fait que j'ai dû en parler ici.

L'action des nerfs sur le cœur , que l'on doit regarder comme le premier des vaisseaux , est excessivement marquée , quoi(|u'elle ne soit jamais volontaire ; cet organe est chez quelques personnes '2} l'organe sur lequel tous les mouvements de r.inic, qui ne sont opérés que par les nerf.i, ont le plus d'influence ; la circulation en est absolument dérangée , mais ce n'est pas seulement sur li- cœur, c'est sur les oreillettes, c'est sur les gros vaisseaux, qui sont si évidemment niusculeux, que les nerfs agissent; les fibres musculaires des gros vaisseaux paraissent d minuer à mesure que l'on s'éloigne du cœur, et deviennent bientôt invisibles : mais en existent elles moins? C'est, comme je l'ai déjà dit, ce que je ne suppose pas. i» Les fibres musculaires des gros vaisseaux n'ont point de bornes fixes; dans différents sujets on les suit

nous observons dans les derniers muscles que nous pouvons apercevoir? Est-il impossible que les irritants que nous pouvons leur appliquer soient assez forts pour détruire absolument leur texture? Si l'on veut penser à l'anatomie comparée, se représenter les dernières fibres musculaires d'un pelil insecte, se rappeler que le génie, la patience, l'adresse de M. Lyonet , ont découvert quatre mille et quarante-un muscles bien distincts dans une même chenille (Traité analomique de la chenille qui ronge le bois de smde, in-4'', 1762, p. 288 et 384), on ne sera pas surpris si je crois que le siège de la fibre musculaire doit être fort étendu.

(1) N'est-ce pas la même idée de M. Haller, 1. x, sect. viii, i> 51, lom. iv, p. 507 , quand il dit : Nervorum potestatem, etc.?

(2) Je dis chez quelques personnes, parce qu'il yen a chez lesquelles ces mouvenieuls paraissent agir principalement sur le diaphragme et peu sur le cœur.

plus OU moins long-temps chez les uns que chez les autres; si elles se perdent pour nos yeux , ce n'est que parce qu'elles sont moins grosses et moins rouges , mais on ne voit aucune borne où la nature des vaisseaux paraisse changer ; et comme leurs fonctions sont les mêmes partout , il est à présumer que leur composition est la même et qu'elle ne nous échappe que par sa petitesse, ou plutôt quelques parties sensibles, dans les çros vaisseaux , par la couleur , cessent de l'être par la décoloration. On a vu des muscles considérables dont l'existence était bien constatée par leur action , peu d'heures avant la mori, n'être point connaissables dans le cadavre, mais se confondre, par la décoloration et l'altération de leur forme, parmi le tissu cellulaire; il est donc très-possible qu'il existe des fibres musculaires invisibles pour nous en tout temi)S. 2" L'action des nerfs sur d'autres vaisseaux que les plus considérables, est une vérité dcmontiéc par les faits, admise par tous les physiologistes. M. Haller en avait fait le sujet d'une très-belle dissertation (l), dans laquelle il l'établit par les faits, et il l'expliquait par la constriction des cordons qui forment les jjlexus nerveux qui entourent les troncs de plusieurs artères considérables (2), et auxquels il attribuait l'action

(1) De nervonmi in arterins hnpprio, respondenic Beckclniann. Gœiling, 1774, et Opuscul., l. 1, p. 515, dans laquelle il ne fait que développer ce qu'il avait dil de ce système, deux ans auparavant, dans SCS notes sur les préleçons de M. Boerliaave, t. jii, p. 6IG, t. iv, p. 449. C'est Willis qui l'avait proposé le premier; Vieussens l'avait adopté, p. 19" ; et M. Duverney, dont les écrits ont été composés cinquante ans avant ceux de M. Haller, mais publiés long-temps après, le réfute par de irès-fortes raisons, et donne en môme temps d'excellentes réflexions sur les réseaux nerveux autour des artères.

OEuvres anatom. , t. i, p. 83. Valsalva, non content de l'anneau nerveux que Willis avait aussi établi autour du nerf optique, y avait supposé un anneau musculaire, que M. Rlorgagni n'a pas pu voir; mais il trouve cependant qu'il serait plus aisé de comprendre la contraction d'un anneau musculaire, quecelle d'un anneau nervin. Epi.st. 18, § 1, et IG, § 25.

{1) La méniiigiennc , la temporale, la carotide interne, la thyroïde, la sous-clavière , la cœliuque, la môsentérique , la iné^oçolique, h splénique, la rénale, etc.

d'un lacs , qui , en se serrant, serre le corps qu'il entoure (l), et ce système ingénieux et plausible était déjà adopté par presque tous les physiologistes , quand l'auteur lui-môme, convaincu, par de nouvelles observations , que cette constiiclion des cordons nerveux n'avait jamais lieu (i), se hâta de le détruire ; mais les faits qu'il expliquait subsistent ; leur dépendance des nerfs reste démontrée (3) ; on peut les expliquer très-bien en laissant une action musculaire aux vaisseaux , et il est peut-être plus dans les voies de la nature de se servir de ce moyen commun , démontré simple , qui lui sert à cet usage dans une partie de ces mêmes vaisseaux, que de supposer un autre moyen d'action des nerfs sur les parties non musculaires des membranes des petits vaisseaux : s'il est démontré que l'action des nerfs s'étend sur les petits vaisseaux , comme sur les plus grands, il est à présumer que c'est par le même moyen, à l'aide des fibres muscu-

(1) « In nervorum minutioribus sectionibus non poluimus non videre multis locis eorum funiculos arterias amplecti, mediasque continere; et cum plusculis locis hujusmodi nerveas ansas videremus, facile certe erat suspicalu adstrictos ipsos médias aricrias posse coercere, aut laxare laxatos. » Ib., § 2 et 5.

(2) Dissertation sur les parties irritables et sensibles.

(5) • Quœ ab animi affeclibus in corporibus succedunt mulationes in molu sanguinis, in secretionibus, non patiunlur nos dubitare de nervorum in arterias imperio, » Ib., § 7. Ne pourrait-on point penser que ces plexus nerveux, qui entourent les artères dont M. Camper luimême avoue qu'il ignore l'usage, ne sont pas faits pour elles; mais que la nature se sert des artères pour donner un point d'appui aux plexus nécessaires à d'autres usages, et qu'ils se forment autour des artères , parce qu'ils s'y forment dans moins d'espace et avec moins de gêne?

M. Molinelli a vu que le nerf privé de l'appui de l'artère grossit considérablement, que le lissu cellulaire s'étend, qu'il écarte les fibres nerveuses (Supplément à la chirurgie d'Heister, t. i, p. Il3j, ce qui doit nécessairement produire du dérangement dans ses fonctions. La nature, pour élayer fout à la fois tous les rameaux d'un plexus, a-l-ell'^ pris le parti de les appuyer sur une artère? M. Duverney assigne d'autres raisons qui paraissent fort plausibles.

ET DE LEURS MAL&DIES

laires. Je regarde donc comme vrai que les nerfs peuvent agir sur les petits vais- Iseaiix sanguins, à l'aide dea fibres musculaires , et que réciproquement le sang 'Contenu dans les vaisseaux peut agir sur les nerfs : voilà sans doute pourquoi M. Haller, qui s'est occupé avec tant de succès de l'iiisloire des vaisseaux, a toujours vu que les membranes des artères avaient beaucoup de nerfs à proportion 'de leur volume (1) , et ce double principe me servira , dans la partie pratique !<le cet ouvrage , à e:spliquer plusieurs ifrfils qui sans cela seraient peu explicables. Mais il faut bien faire attention que ces cliangcments que les nerfs opèrent sur la circulation sont de deux espèces, ou universels, ou particuliers :

quand tout le corps tremble, ou entre en convulsion par la frayeur, quand la vitesse du pouls est doublée dans la colère, alors le cerveau tout entier est intéressé, l'action de tous les neris est déployée; iuais, dans beaucoup de circonstances, la généralité des nerfs ne parait point souffi'ir , l'action du cerveau n'est point changée ; il n'y a que qu;'l |ues rameaux de nerfs qui aient agi sur quelques branches artérielles , et agi à l'aide de leurs fibres musculaires. On doit donc accorder à tous les vaisseaux l'irritabilité et la sensibilité, cl il faut en même temps faire attention à une vérité que l'on n'aurait pas prévue, mais que les expériences ont démontrée : c'est que les stimulus qui agissent le plus sur l'irritabilité ne sont pas ceux qui agissent le plus sur la sensibilité , ou que l'action des stimulus n'est point la même pour les muscles et pour les nerfs ; il paraît, au contraire, que les causes qui irritent le moins l'irritabilité sont celles qui irritent le plus la sensibilité. L'air réveille bien mieux l'action du cœur que les acides les plus foris ; l'électricité , qui stimule puissamment les muscles , ne produit point une douleur proportionnée. Il y a des stimulus , telsi|ut; l'illébore , qui donnent des convulsions, tmdis que (i'iiutres , beaucouji plus Acres, e! dont l'appliclion est beaucoup plus douloureuse , n'en produisent point. L'.s femnifs hystériques peuvent éprouver les plus violentes convulsions sans .lucune douleur, et les muscles de l'animal mis à nu se contrac-

(1) Nervi cerie in niombranas arteriarum plusculi pro panisexiguitate abeunt.

Ibid., 9.

Tissot.

tent et palpilent, sans qu'il en ait le sentiment, pendant que souvent le cancer, le calcul , les autres causes les plus douloureuses n'occasionnent aucun mouvement ; enfin on voit quelquefois les muscles paralysés souffrir de grandes douleurs (l); et, en réfléchissant sur cette matière , on sentira aisément que , si les mêines causes qui stimulent les nerfs avaient déterminé le mouvement dans les muscles, presque toutes nos sensations auraient été continuellement accompagnées de mouvements qui n'auraient pas dépendu de nous, qui curaient été un obstacle aux mouvements volontaires, qui auraient troublé toute notre vie ; et réciproquement , si ce qui peut irriter les muscles avait irrité les nerfs, les mou viments vitaux et ceux des uiouvemenls naturels qui dépendent de l'irritation lies humeurs sur certains muscles, ces mouvements dont j'ai parlé plus haut, les mouvements du cœur, celui des intestins, de l'anus, de la vésicule, de la vessie , des canaux excrétoires des glandes, auraient été accompagnés d'un sentiment de douleur continuel qui aurait rendu notre vie amère , et qui aurait même troublé toutes ces fonctions, parce que, partout oii il y a irritation nerveuse, il se fait un afflux d'humeurs, ou il se produit un spasme , et que l'une ou l'autre de ces causes , quelque opposées qu'elles soient, troublent les fonctions de l'organe sur lequel elles agissent ; enfin, quand ce sentiment n'aurait pas été une douleur, qu'il n'aurait été qu'une sensation , il eut été également fâcheux , puisqu'une sensation continuelle aurait eu plusieurs inconvénients : 1° elle nous aurait bientôt épuisé, en nous étant tout repos ; 2° elle nous aurait rendus incapables d'apercevoir nettement les sensations étrangères qui nous sont si nécessaires, puisqu'elles nous instruisent de l'action des corps étrangers sur nous ; 3" nous n'aurions pas eu une seule sensation, mais plusieurs, ce qui nous aurait jetés dans un état .ie trouble continuel; 4" nos faculiés i ensa;:lc>, qui ne se développent parfaitement que quand nous

(1) Ilaller, Elément phtjs.. liv. ii, sect. II, § 10, l. IV, p. 460. Tous CCS fails, et une mullilucio d'autres analogues, prouvent évidemment la distinction réelle entre l'irritabilité et la sensibilité ; il n'v a que la prévention la plus opiniâtre qui puisse persister à vouloir les confondre.

n'éprouvons presqu'aucune sensation, ne se seraient jamais bien développées; nous aurions été des êtres bornés à apercevoir nous-mêmes, d'une façon confuse, le jeu de nos organes. On voit par là l'erreur, et elle a été assez générale, de tous les physiologistes qui ont cru que si nous n'apercevions pas le mouvement de notre cœur , c'est parce que l'habitude faisait que nous n'y donnions plus d'attention. La vraie raison, c'est que nous n'avons jamais dû le sentir, et que si nous avions dû le sentir, nous ne serions pas ce que nous sommes. Quand nous l'apercevons, c'est qu'il y a autre chose que le mouvement ordinaire , ou plutôt c'est que ce mouvement , augmenté ou dérangé, produit des effets qui entraînent une sensation , et cet effet rentre dans le plan de la puissance créatrice, quia voulu que les sensations pénibles produites par le dérangement des fonctions fixassent notre attention sur ce dérangement , et nous portassent à en chercher les causes pour pouvoir y remédier.

§ 209. Avant que de quitter cette matière , je dois ajouter que, quoique l'irritabilité soit une propriété du muscle, indépendante du nerf, puisqu'il la conserve après que le nerf est coupé, et que, quoique le nerf ne soit, par rapport au muscle, que le vecteur du stimulus qui doit le faire contracter, il est cependant vraisemblable que le nerf entre dans la composition d'un muscle complètement organisé ; qu'habituellement il y exerce une petite action par l'etHux continu, mais imperceptible, du fluide nerveux, dû à son mouvement progressif ; que cette action est nécessaire à l'état de perfection du muscle; qu'aussi long-temps qu il en jouit, il est plus propre à toutes ses fonctions; que son irritabilité même en est en meilleur état ; et nous voyons en effet dans les parties paralysées, qu'indépendamment de l inuptitude au mouvement, ce muscle souffre de la perte de ses nerfs comme nous avons vu qu'il souffrait de la perte de ses vaisseaux, mais beaucoup i)lus tard : l'abord du sang, celui des esprits animaux ne sont point le muscle, ne sont point son irritabilité, mais sont nécessaires, du plus au moins, s son bon étal qui ne peut pas se détruire sans que ses fonctions en souffrent; l'un lui apporte la substance qui doit le nourrir et le réparer ; les autres aident cette nutrition et celte réparation Ce n'est point la sève qui forme l'irritabilité de h< seusitive; mais si elle manque, l'or-

ganisation s'altère et l'irritabilité se perd.

On voit, par tout ce que je viens de dire, combien la sensibilité et l'irritabilité diffèrent, combien il est important de né pas les confondre, et combien on doit être en garde contre l'erreur, encore trop commune, de les prendre souvent l'une pour l'autre ; pour la prévenir, je vais rappeler sommairement leurs différences : 1" les nerfs ne sont point irrita- Lies, aucun stimulus ne les force à se raccourcir ; 2" le muscle conserve toute son irritabilité quand on a coupé le nerf qui s'y distribue; 3» la sensibilité est un changement qu'éprouve l'ame en suite d'un changement dans le corps, qui lui est transmis par les nerfs; l'irritabilité est ua raccourcissement du muscle que l'ame ne sent pas. Qui est-ce en effet qui a jamais éprouvé une sensation en santé par la contraction de ses muscles, et dans les animaux quand on a coupé le nerf?

On peut mettre enjeu l'irritabilité musculaire par tous les stimulus les plus acres, sans que l'ame le sente : elle a lieu dans les animaux qui n'ont point de cerveau. 4° La sensibilité finit avec la vie, quelquefois avant; l'irritabilité dure après la mort, peut subsister dans le muscle séparé du corps, et ne cesse totalement que quand l'organisation est altérée; on peut même croire que si les dérangements qui surviennent dans cette organisation étaient fort simples, et de nature à pouvoir être rétablis après un long terme, par quelques secours simples, l'irritabilité et la vie pourraient se rétablir très-long-temps après avoir cessé. Si, dans quelques animalcules, la privation de l'humidité nécessaire à l'irritabilité n'occasionne aucune altération essentielle, cette humidité, rendue au bout d'un très-long terme, rendra la vie, parce qu'il n'est arrivé de changement que la sécheresse; mais, dans les grands animaux, il survient beaucoup d'altérations totalement irréparables au bout d'un certain temps, et l'irritabilité ne se rétablit pas, parce que son organe est détruit : c'est la durée de l'irritabilité qui fait la ténacité de la vie. 5° Les stimulus de ces propriétés sont absolument différents ; 6° elles ne sont point dans la même proportion. Le cœur, qui est le plus irritable des muscles, n'a qu'une sensibilité très- médiocre — N'est-ce pas un principe semblable à l'irritabilité qui fait que certaines plantes périssent dès que le cours de la sève se trouve suspendu pendant un temps très-court, et que d'au-

BT DE LEU

très conservent une aptitude à être revivifiécs par la simple huniectalion, lors même qu'elles paraissent absolument sèches?

Je passe actuellement à la troisième fonction des nerfs, celle d'aider à la nutrition.

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