‹ Œuvres de TissotChapitre 90 sur 160 · LE GUI · texte numérisé non relu

LE GUI

§ 162 bis. Le gui de chêne, ou tout autre gui, car ils ont tous les mêmes qualités 0), est célèbre depuis longtemps (2) dans la cure de celte maladie, et sa principale vertu réside principalement dans l'écorce et dans les feuilles , que la plupart des apothicaires rejettent pour ne donner que le bois. Le docteur John Colbacht, qui en a fait le sujet d'un petit ouvrage, dans lequel il rapporte quelques exemples de ses succès , le croyait même aussi spécifique dans cette maladie que le kina dans la fièvre, mais avec bien peu de raison. Mâché long temps, il a une légère amertume aromatique qui se rapproche un peu du goût du noyau de pêche, et persuade aisément qu'il est cependant supérieur à la racine de pivoine, comme il l'est en effet. Quelques observations prouvent même qu'il n'est pas absolument sans efficacité , quoique M. Lewis, dans son excellent ouvrage sur

(1) Ilill, On nerves, p. 55.

(2) Les druides attribuaient déjà au gui les plus grandes verius; ce sont eux qui ont fait sa réputation et qui ont donné à celui de chêne celte préférence, qui n'a d'autre fondement que leur respect pour cet arb.-e sacré; la récolte du gui était une de leurs cérémonies religieuses, dont Pline le naturaliste nous a conservé les détails. {Historiamundi, lib. xvi, c. xcv, t. 11, p. 42.)

la matière médicale , paraisse n'en faire aucun cas (I). — M. Boyle cite l'observation d'une femme , d'un rang distingué, qui, étant attaquée d'une épilepsiè presque héréditaire , pour laquelle elle avait essayé presque inutilement tous les remèdes, fut enfin guérie parfaitement par l'usage seul du gui de chêne , dont elle prenait une drachme tous les matins dans un peu d'eau de cerises noires ou de bierre (2). Andrée dit en avoir vu. une fois des effets sensibles ; mais dans tous les autres cas, il ne fit rien (3). M. Boerhaave dit qu'il a souvent réussi dans la mobilité et dans les convulsions (4), et M, Cartheuser, qui a examiné avec beaucoup de soin la plupart des remèdes, avoue que pendant long-temps il avait cru le gui un remède inutile ; mais qu'encouragé par la dissertation du docteur Colbacht, il l'avait employé, et ne pouvait que s'en louer dans l'épilepsie et les autres maladies convulsives (5). Un empirique d'Erfurt a distribué pendant quelques années un spécifique pour l'épilepsie, qui en a guéri quelques-unes, et qui n'était que du gui (6). M. Jacobi, médecin de Mayence , et M. Loeseke , médecin de Berlin, s'en sont aussi servis avec succès (7). M. Van Swieten lui-même paraît lui croire beaucoup d'eflicacité ; et M. de Haen le met dans la même classe que la valériane et la pivoine, et paraît attribuer les mêmes vertus à ces trois plantes (8). Mais, malgré toutes ces autorités, parmi lesquelles il y en a de respectables , en les examinant bien attentivement , il ne m'a pas paru mériter assez de confiance pour que je l'aie employé souvent : il contient un mucilage avec quelque chose de tonique. Les remèdes de cette espèce sont quelquefois utiles dans la mobilité ; et ce que j'ai observé des effets du gui me persuade qu'il n'est ni tout à-fait inutile, ni fort efficace. J'ai donné quelquefois une décoction de gui pai"-dessus la valériane,

(1) An expérimental history of the mater, medica, p. 574.

(2) De utilitate natural, philosoph., pars 2, sect. v, c. vu.

(5) Epilept. cases, p. 261.

(4) De morbis nervorum, p. 81.

(5) Fundament. mater medicœ, sect, xVj c. XXVII, t. Il, p. 528, 2= édil.

(6) Hanne, De puero epileptico , p. 39. ■* (7) Vogel, Materiœ medicœ, secund.

cdit., p. 279.

(8) Ratio medendi, pars 5, c. jv, § î.

«t j'ai cru voir qu'elle en augmentait les bons eflels. Ainsi , je ne le proscrirai point comme la pivoine; mais, en le conservant comme remède, il faut bien se garder de le regarder comme spécifique, et de le croire capable de guérir une maladie un peu grave.

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