‹ Œuvres de TissotChapitre 95 sur 160 · LA RUE · texte numérisé non relu

LA RUE

§ 174. La rue est recommandée depuis très-long-Iemps. Alexandre de Traites la vante déjà ; il est vrai qu'il paraît que c'est plutôt pour faire revenir de l'accès parson odeiu- forte que pour guérir du mal.

Depuis lui, cependant, jusqu'à nous, l'eau distillée de rue est entrée dans la

(1) De aere, ac/tiis ei locis Francofurtensib.

plupart des potions anli-épllepliques, et il est certain qu'on doit espérer des effets sensibles d'un remède aussi actif; peutêtre même cette grande âcreté, qui enflamme les mains si on le manie longtemps, devrait faire préférer l'esprit sjiiritueux qui conserve toute la force du remède et n'en perd que la fétidité, et qui, dans plusieurs cas oîi il y aurait des indications dont j'ai parlé à l'article de l'assafœtida , serait extrêmement utile , mais auquel je ne crois rien de spécifique , n'ayant vu aucune observation qui me le persuadât, et ne l'ayant point essayée dans cette vue, parce qu'on ne peut point employer un si grand nombre de remèdes et que je n'aime à sortir de ceux dont j'ai bien constaté l'elficacité que pour en employer de nouveaux qui paraissent munis d'excellents certificats.

LE MERCURE, l'ANTIMOINE.

§ 175. Le cinabre n'est pas à beaucoup près aussi ifficace que la plupart des derniers remèdes, et tous les éloges qu'on lui a donnés n'augmentent point sa vertu ; il entre dans prcsiue toutes les formules presque innombrables (I) des remèdes anti-épilepliques, et je ne connais cependant point de cures qu'on puisse lui attribuer : aussi M. Tralles a bien démontré que c'est un de ces remèdes que l'on doit proscrire; mais il y a des cas dans lesquels le mercure, donné sous une forme capable d'action , est nécessaire dans l'épilepsie et produit de grands effets ; il est même le seul vrai remcele quand la maladie est l'elTet du virus vénérien, et M. Loclier rapporte une observation qui le prouve : « Dans le temps , » dit - il , que je faisais des épreuves du )) sublimé corrosif pour les maux véné- » riens , il se présenta un homme qui » avait la vérole et l'épilepsie, et qui por- » tait au crâne un toplius considérable; » je lui ordonnai hardiment le remède, » pendant l'usage duquel les accès ss re- » nouvelérent souvent ; mais dès que le » tophus fut ouvert , ils ne reparurent

(1) M. Triller a pris la peine d'en réunir dix-sept {Dispensatorium iiniversalej, aussi mal composées les unes que les autres, et qui ne sont que des ressnssemcnts de celles de Gutlelte On est affligé que ce savant médecin ait ainsi perdu un temps qu'il pouvait employer plus utilement.

» plus, le tophus se dissipa , la plaie se » cicatrisa, et il fut guéri des deux mala- » dies (t). » Le mercure est encore utile dans les cas oîi l'on a lieu de croire que le mal est produit par quelque engorgement, par une humeur dartreuse, ou par une âcreté non caractérisée de la lymphe ; et j'ai guéri un malade dans ce cas par l'usage du mercure doux et des purgatifs, sans aucun autre remède : je ne lui donnai du kiiia qu'après la guérison, pour le fortifier. C'était un jeune garçon de onze ans, qui avait souvent pendant six mois beaucoup de boutons sur tout le corps, avec des démangeaisons, et se portait fort bien; quand 1(S boutons disparaissaient, il était dégoûté, faible, languissant, ej avait des accès; mais ce n'est que dans des cas semblables, ou dans des cas verliiineuxque le mercure g lérit l'épilepsie, il n'est point anli-épileplique. Quand quelques médecins, dans les seizième et dix-scplième siècles, l'on! proposé, c'était sans indications précises, et, à ce (ju'il paraît , sans ex[)ériences , comme un remèile puissant, qu'il fallait par là mêtne essayer dans les cas désespérés ; et quand Willis assurait que la salivation mercurielle guérirait complètement l'épilepsie: c'était une assertion théorique démentie par l'expérience; il déclare lui-même ailleurs qu'elle est dangereuse dans les maladies convulsives. Desault (2), qui avait promis un traité de l'épilepsie, dans lequel il développerait une méthode fort courte et fort simple pour sa guérison, mais que malheureusement il n'avait jamais donné , s'était convaincu de son inutilité, par les observations; s'il avait cru que le mercure, qui était son remède favori , pût être le spécifique de cette maladie , il ne l'aurait sûrement pas décrié. Dolœus avait vu les convulsions et l'épilepsie être une suite de l'usage du mercure(3), et était bien éloigné de l'en croire le remèJe. Ce n'est que depuis quelques mois que M. Ilousset l'a proposé comme le remède le plus actif et le plus prompt qiion puisse imaginer dans la nature, pour la guérison radicale de l'épilepsie idiopathique. Si vous excep^ tez, ajoute M. Housset, les vices de conformation du cerveau ou les calculs qui quelquefois se forment dans ce viscère ,

(1) Observ. praclicœ, p. 41.

(2) Maux vénériens, p. -197.

(3) Encyclopedia medic, cap. xv, p,

ÉT DE LEURS MALADIES.'

OU enfin les extravasattons qui succèdent à des coups donnes à la têle,je demande quelle es lia cause e's'idenie ou cachée que le mercure ne pourra pas comballre avec succcs{ I J?M. Housset appuie celle proposilion d'une observation qu'il fit sur un jeune iiommequi, dès l'âge de douze ans, avait éprouvé de forts accès de migraine qui paraissaient parlirdc la parlieantérieure et intericuredu coronal, et qui à l'âge de diî-sepl ans se changèrent en accès d'épilepsie, qui commençaient, comme ceux de la migraine , par des étourdissements pendant lesquels il voyait comme des bluettes et des chandelles. Les accès étaient violents, le malade perdait à l'instant la connaissance. Il en eut huit plus considérables que les autres , depuis la fin de janvier 1756 jusqu'au mois de juillet 1768. Les saignées, les évacuants, les anti-épilepliques , parmi lesquels était la valériane, le guérirent pour un an. Au bout de ce temps, les accès revinrent; M. Housset se détermina à employer le mercure; il saigna le malade, le fit baigner, le purgea, et ensuite lui donna des frictions qui le firent saliver pendant trois mois et demi. Depuis lors il n'a plus eu d'accident, et est mort d'une autre maladie trois ans après. Cette observation est intcressanle, mais prouve-t-elle que le mercure soit le spécifique de l'épilepsie idiopalliique ? Je suis fort éloigné de le penser; aucun médecin ne le croira; tous jugeront que s'il a fait du bien, c'est comme apéritif, en détruisant un principe d'engorgement qui existait vraisemblablement à la partie antérieure et inférieure du cerveau. Il y a beaucoup d'épiiepsies dans lesquelles cette méthode nuirait, et ceux qui ont vu combien les frictions mercurielles irritent le genre nerveux, comme je l'ai dit aill(;urs(2),ne pensent pas qu'elles soient le spécifique des maux de nerfs ; quand elles les guérissent, c'est en détruisant la cause qui les irritait, causes parmi lesquelles on peut compter le virus vénérien. Homobon Piso guérit par la salivation un homme que ce virus avait

(1) Dissertations sur les parties sensibles du corps Immiiin, etc., p. '72, 1769.

(2) .l'ai déjà cilé plus liaul l'observation d'un nommé Dolœus, et on en trouve plusieurs aulresqui confirment les mêmes craintes. Ilofman, De insecuris remediis, §21, parle du mercure comme pouvant produire l'épilepsie chez les personnes faibles.

jeté dans l'épilepsie (l) , et M. Scardona rapporte l'histoire d'une veuve qui à l'âge de trente ans fut atlaqui'e d'une épilepsie dont les accès revenaient presque tous les jours deux ou trois fois. Les remèdes ordinaires, loin de la soulager, rendaient les accès si violents, qu'on craignit pour sa vie, sans que ce danger la déterminât à avouer son état. Une violente ardeuf d'urine la décela, et M. Scardona l'ayant pressée, elle avoua que le mal avait commencé par une gonorrhée , qui avait été suivie de chancres dans la bouche, et de l'é|iilepsie , dont la salivation la guérit parfaitement (2). Dans l'observation rapportée par M. Housset, et qui ne paraissait pas dépendre du virus vénérien , il faut compter l'eftet de la saignée et des bains, qui firent peut-être autant de biea que le mercure.

§ 17G. L'on doit placer après le mercure les préparations antinioniales , et surtout le soufre doré et le kermès minéral, qui lui est préférable. Je m'en suis servi très-souvent avec succès d:ms l'épilepsie, mais surtout pour les enfants audessous de l'âge de dix ans : il détruit les matières glaireuses, il désobstrue, il ouvre tous les couloirs , et enfin il fortifie réellement les nerfs, ce qui remplit toutes les indications qui se présentent le plus ordinairement dans plusieurs cas.

L'union du mercure et de l'antimoine est quelquefois utile dans les maux de la même espèce, et le docteur Kinneir rapporte une bien belle cure opérée par l'usage du mercure doux et du soufre doré réunis suivant la méthode du docteur Plumuier ; c'est celle d'un jeune homme de dix -huit ans qui avait souvent trois ou quatre accès par jour, et chaque accès d'une heure. Les évacuants, les vésicatoires, les nervins, le kina même et la valériane , employés pendant neuf mois, n'avaient produit qu'un bien léger amendement. Le remède de Pluramer le guérit dans un mois (3).

ARTICLE XXVIll. SPÉciriQUES INUTILES.

§ 177. Une grande quantité d'aiitres plantes qu'on appelle nervines, et leurs conserves ou leurs eaux distillées, entrent

(1) De reçjimine magnor. auxil.,c.lM,

(2) Aphorismi de cognosc. et curand.

morb,, lib. i, cap, viii, p. 103.

(3] Kinneir, A neiv essay on thenerves, p. 178.

aussi dans la liste des reniisdes anli-épileptiques : telles sont les eaux de fleurs d'orange, de mélisse, de tilleul, de romarin, et une foule d'autres, mais qui méritent à peine le nom de remèdes dans ce cas, et ne sont utiles qu'à servir de véhicule à des remèdes qui ont plus d'edicacité. — De tout ce que je viens de dire , on peut conclure que de tous les remèdes anli - épileptiques vantés comme spécifiques très-sûrs par de bons auteurs, l"la valériane, les feuilles li'oranger, le musc, le camphre, sont les seuls auxquels on puisse donner ce litre, et (|ue sans aucun doute la valériane est celui des quatre qui le mérite le mieux; 2" que le gui et la racine de pivoine, si fort vantés, leur sont fort inférieurs ; que la racine de pivoine surtout n'a presque aucune ellioacité , et (|ue c'est perdre le temps inuli-» lement que de l'ordonner aux épileptiques; Z° que le kina, le l'er((), les eaux minérales, peuvent être très -utiles dans de certaines circonstances, et peuvent guérir radicalement le mal en emportant la cause; 4° que l'on pourrait bannir le castor, et que l'assa-fœtida , les autres gommes, la rue, sont, tout comme le kina, le fer, les eaux minérales, plus indiqués parlescirconstancesdu mal quepar le mal même : je ne voudrais cependant pas refuser quelque chose de spécifique à l'assa fœtida ; 5" que quand je dis que tels remèdes sont spécifiques dans celte maladie, j'entends seulement par là que ce sont les remèdes connus les plus propres à changer la disposition épileplique du cerveau, quand elle n'est compli iuée avec aucune circonstance de la santé qui puisse faire craindre leur effet; ils sont bien éloignés, non-seulement de guérir, mais même d'être utiles dans tous les cas d'épilepsie.

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