‹ Œuvres de TissotChapitre 96 sur 160 · LA POUDRE DE GUTTETTE ET CELLE DU MARQUIS · texte numérisé non relu

LA POUDRE DE GUTTETTE ET CELLE DU MARQUIS

§ 178. La poudre de Guttette et la poudre du Marquis ont eu une célé-

(I) L'on a vu depuis un an ou deux, dans les papiers publics, l'annonce d'un spécilique qui doit avoir opéré plusieurs guérisons; je m'en suis procuré., et après l'avoir examiné allenli vemniil, je :i'al pu y reconnaîire que la limaille (le fer el les baies de laurier; on comprend aisément dans quels cas il doit cire utile, et dans quels cas il doit nuire. Je l'ai donné à deux malades, et l'cfTet n'en a pas été favorable.

brité qui oblige à en dire un mot, ne fût-ce que pour les en dépouiller. Celle de Guttette est composée de racines de pivoine nsàle, de gui de chêne, de crâne humain qui n'ait pas été enterré, d'ongle d'élan, de graine de basilic elde pivoine, de fleurs de bétoine et de tilleul, de poudre diambra, de sucre rosat, et de feuilles d'or ( I ). Celle du Marquis est composée de racines de pivoine mâle, de gui de chêne, de rapure d'ivoire, d'ongle d'élan, d'unicorne, d'ivoire brûlé, de j corail rouge et blanc, de perles préparée-!, de feuilles d'or (2). Si l'on daigne jeter un coup d'œil sur les drogues qui entrent dans ces compositions , on jugera d'abord qu'elles sont faibles, composées de remèdes dont les uns n'ont aucune vertu, les autres ne sont qu'absorbants, et que le gui de chêne, que j'ai apprécié ))lus haut, étant ce qu'il y a de plus efficace, on ne peut s'en promettre aucun elïet, si ce n'est peut-êire dans l'épilepsie des cnfanis, ou dans quelques autres cas dans lesquels l'irritation de l'estomac, occasionnée par les acides, peut être une des causes particulières de la maladie, et qu'ainsi, ces poudres, malgré tout ce qu'on en a dit, doivent être placées dans la classe des spécifiques inutiles qu'il suifit presque de nommer.

^179. Les principaux sont : les vers de terre pris à jeun au mois de juin, avant le lever du soleil, au moment du coït, le pied d'élan, le talon de lièvre, l'arrièrefaix d'un premier-né, le crâne humain non enterré, la raclure des vertèbres d'un homme mort de mort violente, le cerveau humain, le cerveau de corbeau, l'esprit de sang humain, l'os sésamoïde du crâne humain, l'unicorne fossile, les petits osselets de l'ouïe d'un veau, la bile fraîche d'un chien noir, la fiente de paon et de lion, l'épine du dos d'un lézard rongé dans un tas de fourmis, les cœurs et foies de taupes, de grenouilles vertes et d'autres jjetits animaux (3), et un grand nombre d'autres, tous aussi inutiles, aussi dégoûtants, aussi insensés, et (|ui, sans

(1) Pharmacopée universelle d? Lémerij, t. I, p. 354. l'.lle a été réfor-née dans différentes pharmacopées, mais elle n'y a pas beaucoup gagné , excepté à Edimbourg, où l'on a ajouté la racine de valériane.

(2) Pliarmacopée universelle de Lcmerij, I. I, p. 336.

(3j Juncker, Conspectus mediciiue , tabid. 55, § 7, p. 4G0.

EX DE LEUI

vertus et sans forces, indignes d'être appelés remèdes, servent à prouver dans quelles petitesses peuvent donner les hommes quand ils se laissent guider par les systèmes, les prqugés et la superslilion.

§ 180. L'on pourrait placer ici un remède dont je n'ai point dû parler dans la première classe des remèdes spécifiques , c'est riiuile animale de Dipjiélius, qui n'est qu'une huile de corne de cerf dépouillée de son sel acre par des lotions aqueuses, et plusieurs fois distillée, ce qui en l'ait une huile assez douce, que l'auteur (1), Juncker, Kranier, Scliarschaiid, M. Werlhof même ont recommandée dans l'épiiepsie d'après leurs propres observations, qui ne peut pas nuire, mais qui ne paraît cependant point douée d'une grande etîicacilé, et qui d'ailleurs a été souvent trouvée totalement inutile; je ne vois pas de mal à l'employer dans quelque cas, moyennant qu'on ne l'emploie que par essai, et sans lui confier une cure qu'elle ne peut pas opérer (2).

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