‹ Œuvres de TissotChapitre 98 sur 160 · ARTICLE XXX. — USAGE DES ACIDES · texte numérisé non relu

ARTICLE XXX. — USAGE DES ACIDES

§ 190. Galien, comme on l'a vu, avait déjà recommandé l'oxymel; il dit même avoir guéri plus d'un épileptique par le seul usage de ce remède (2), qui est un acide végétal , et son conseil , adopté par les médecins qui ont écrit depuis lui, avait mis sur la voie d'employer les acides minéraux quand ils furent connus. — L'on doit à Paracelse le premier usage de l'esprit de vitriol dans l'épilepsie , et depuis lui il trouva plusieurs partisans. Angélus Sala l'accrédita beaucoup, et un médecin polonais , nommé Cnofell , paraît un de ceux qui en ont fait le plus d'usage. Quoique les noms qu'ils lui donnaient et les moyens de préparation ne fussent pas précisément ceux que les chimistes modernes emploient, il est également vrai qu'ils vantaient beaucoup dans cette maladie l'acide de vitriol, et qu'ils disaient en avoir vu de grands effets. Panarolus l'a vu opérer de belles cures. — La pathologie , qui régna tout le siècle dernier, et attribuait tous les maux à l'acide , fit presque perdre de vue cet utile remède, pour lui substituer des poudres inutiles ou nuisibles; si on l'employait encore quelquefois , on l'affaiblissait en lui associant ces insipides terreux. Une doctrine plus saine a rappelé l'usage des acides, et j'ai vu trop souvent leurs bons effets dans les maux de nerfs, pour ne pas en recommander fortement l'usage. J'ai rapporté ailleurs une observation qui prouve leur utilité, et Rivière nous en avait déjà conservé une autre. Une servante épileptique, dit-il, fut guérie par l'usage de l'oxycrat, dont elle buvait un verre tous les malins à jeun , et avant l'accès elle buvait du vi-

(1) Observ, medic, lib. iv, c. iv. Sennerl. De épileps., quaîst. 15, blâme aussi avec raison celte horrible boisson.

(2) ConsiL pro puero epUeptic, cap, ly, Cbart., t. X, p. 42.

naigre pur. Après sa guérisou , elle eut (les douleurs de rliumalisme , que des bains d'eaux lliermalcs guérirent (l). — Les acides végétaux j)euvent faire du bien , premièrement danslecas oii le mal vient ou de l'épaississenient ou de l'âcrcté de la bile. Ona vu plus haut, et on verra encore, dans la suite de ce chapitre, les bons effets de la crème de lartre ; se • condement , en favorisant la transpiration et les urines ; en troisième lieu , en prévenant ces retours de fièvre, qui souvent rappellent les accès. Mais, outre ces avantages, les acides minéraux en ont un autre bien considénible et de la plus grande importance , c'est de diminuer la sensibilité des nerfs en les durcissant : c'est de cette façon , et en abattant une petite fièvre à laquelle on ne fait pas assez d'attention , que j'ai souvent vu l'esprit de soufre, qui est le même que celui de vitriol, guérir des maux de nerfs invétérés , contre lesquels on avait employé tous les toniques et les anti- hystériques possibles. Je m'en sers souvent, en même temps que de la racine de valériane, pour empêcher qu'elle n'échauffe ; et je traite actuellement un jeune homme de dis - neuf ans , à qui la combinaison de ces deux remèdes paraît faire le plus grand bien : il prend trois prises de valériane avant midi , et trente gouttes d'esprit de vitriol deux heures avant son souper. Un M. De.oult, médecin de la Charité, h Yersailles, il y a cinquante ans, le recommanda comme spécifique dans cette maladie , et rapporte l'histoire de trois épileptiques dont il attribue la guérison àson usage(2). M. de Hal- 1er rapporte aussi plusieurs cas des succès de l'huile de vitriol dans la mobilité excessive des nerfs (3) , et a bien vu que c'était en les endurcissant qu'il opérait si favorablement.

Page 1