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la corvée une contribution additionnelle à la taille, soit pour protéger, dans l'opinion publique, la loi de 1763 rendue en faveur de la libre circulation des grains. En même temps encore, il instituait les premiers ateliers de charité; fondait à Limoges une école d’accouchement et une école vétérinaire; ajoutait, de ses propres deniers, un second prix à celui que décernait annuellement la Société d’agriculture de la même ville; et, comine président de cette Société, imprimait à ses travaux une direction qui produisait les améliorations les plus beu reuses dans l’économie rurale de toute la généralité. L’ensemble de ces mesures conquit rapidement à Turgot la contiance de ses administrés; et à l’aide de cette contiance, il opéra presque des prodiges. Revenu de l’opinion, justifiée par une trop longue expérience, que le bien qu'on prétendait lui faire servait toujours de prétexte pour aggraver les maux qu’il supportait réellement, le peuple des campagnes bénit le premier magistrat qui compatissait d'une manière véritable à ses souffrances, et se prêta avec docilité à l’ exécution de ses projets. Il ne dépendait pas de Turgot de soumettre les privilégiés à la taille, mais nuis soins , nuis efforts ne lui coûtèrent pour en répartir le fardeau équitablement entre ceux que la loi condamnait à le porter. Cent soixante lieues de routes nouvelles furent construites, les anciennes réparées et tenues dans un parfait état d’entretien, non plus par de pauvres paysans que l’amende et la prison forçaient à travailler sans salaire, mais par des entrepreneurs soldés sur les fonds des communes, auxquelles le Trésor tenait ensuite compte de leurs avances. Une autre charge accablante pour l’agriculture, une autre source d’odieuses vexations individuelles à cette époque, était le système de réquisitions adopté pour le transport des équipages militaires1. Turgot l’abolit, comme la corvée pour la construction des grandes roules, en faisant exécuter ce service à prix d’argent, au moyen d’entrepreneurs payés sur une imposition (jue ne supportaient pas les lieux de passage exclusivement,
’ Voyez Lettrei au contrôleur-général sur l'abolition de la corvée pour les transports militaires, tome II, p. 98 ctsuiv.
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mais la province tout entière. Parmi les tléaux qui désolaient les campagnes, il fallait encore compter la milice. Le service militaire, daus lequel Turgot voyait avec raison la plus lourde des charges qui pèsent sur le peuple, et qu’il croyait possible autrement que par l'emploi de la force, qui n’accuse dans le pouvoir que le mépris de la justice et de l'humanité, offrait alors, entre autres abus, celui qu’on n’y tolérait pas les engagements volontaires. L’administration avait imaginé d'interdire aux communes quelles se cotisassent pour fournir des remplaçants libres à ceux de leurs membres qui étaient atteints par le sort. Cette tyrannie gratuite avait pour effet, non de diminuer, mais d’accroître la répugnance pour le métier de soldat. L’époque du tirage amenait ainsi, chaque année, la désertion périodique d’une partie des jeunes gens dans chaque paroisse; et il s'ensuivait des rixes sanglantes, de village à village, pour garder ou ramener les fuyards. Turgot mit lin à ce désordre, en repoussant l’intervention des communes dans l’exécution de la loi, en l’appliquant lui-méme avec l’impartialité la plussévère, et surtout en obtenant du ministère de ne pas exécuter les articles des ordonnances contraires au remplacement
En 1770 et 1771 , la nature vint contrarier le cours des bienfaisantes opérations de ce grand administrateur. Le Limousin, pays montagneux , où l’état arriéré de l'agriculture concourait avec l'infertilité du sol pour réduire la masse du peuple à se nourrir de blé noir, de mais et de châtaignes, fut affligé de deux disettes successives. Alors se réveillèrent tous les vieux préjugés contre la libre circulation des grains. Les cours souveraines et les magistrats municipaux, dont l'ignorance en économie politique égalait celle de la multitude , tentèrent d’exlmmer, de la poussière de leurs greffes, une foule de dispositions à l'aide desquelles , au lieu de mieux assurer la subsistance publique , on ne produisait que l’effet contraire, en gênant l’action du commerce , en s’opposant à
1 Voyez Lettre au minitire tir la t/uerre sur la milice, Ionie II, p. ttfl; et, dans cette lettre, le cas rpie taisait Turent des tirades d’élm|uence débitées en l’honneur delà gloire militaire (p. 134).