‹ Œuvres de VauvenarguesChapitre 163 sur 264 · TITUS, ou h Activité · texte numérisé non relu

TITUS, ou h Activité

Titus se lève seul et sans feu pendant l'hiver ; et, quand ses domestiques entrent dans sa chambre, ils trouvent déjà sur sa table un tas de lettres, qu'il a écrites aux flambeaux, et qui attendent la poste '. Il commence à la fois plusieurs ouvrages qu'il achève avec une rapidité inconcevable, et que son génie impatient ne lui permet pas de polir. Quelque chose qu'il entreprenne, il lui est impossible de la retarder; une affaire qu'il remettrait l'inquiéterait jusqu'au moment qu'il pourrait la reprendre. Occupé de soins si sérieux, on le rencontre pourtant dans le monde comme les hommes les plus désœuvrés ; il ne se renferme pas dans une seule société, il en cultive en même temps plusieurs' ; il entretient des relations sans nombre au dedans et au dehors du royaume. 11 a voyagé, il a écrit, il a été à la cour et à la guerre ; il a excellé en plusieurs métiers ; il connaît tous les hommes et tous les livres; il a aimé tous les plaisirs, mais sans jamais négliger ses affaires. Les heures qu'il est dans le monde, il les emploie à former des intrigues et à cultiver ses amis ^ ; il ne comprend pas que les hommes puissent parler pour parler , ou agir seulement pour agir, et l'on voit que son âme souffre quand la nécessité et la politesse le retiennent inutilement^. S'il recherche quelque

* Add. : [ « Né avide d'action, il se couche tard, et dort peu ; sa tête, échauf- " fée par le travail, agite son sommeil des inquiétudes qui l'occupent pendant « le jour. » ]

2 Var. : « Incapable de se fixer à quelque art, à quelque affaire, ou à quelque )• plaisir que ce puisse être, il cultive en môme temps plusieurs sociétés et « plusieurs études; son esprit ardent et insatiable ne lui laisse point de rc- « pos. » — Add. : [ « Tout l'attire, rien ne l'arrête, et sa vaste imagination fait « errer ses vœux et ses soins sur tous les objets qui intéressent les hommes. » ]

^ Add. • <( La conversation môme n'est pas un délassement pour lui : il ne « parle-point, il négocie, il flatte, il cabale. »

* Var. : « Quand la tyrannie des bienséances le retient avec des hommes i< inutiles, dont il n'a rien à tirer, ses pensées s'égarent ailleurs, ses yeux

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plaisir, il n'y emploie pas moins de manège que dans les alîaires les plus sérieuses ; et cet usage qu'il fait de son esprit l'occupe plus vivement que le plaisir même qu'il poursuit. Sain et malade, il conserve la même activité ; il va solliciter pour un procès le jour qu'il a pris médecine ; une autre fois, il fait des vers avec la fièvre ; et, quand on le prie de se ménager, de s'arrêter : Hé I dit-il, le puis-je un moment ? vous voyez les affaires qui m'accablent! quoique, au vrai, il n'en ait aucune qui ne soit tout à fait volontaire. Epuisé par une maladie dangereuse, il se fait habiller pour mettre ses papiers en ordre ; il se souvient des paroles de Vespasien, et, comme cet empereur, veut mourir debout'.

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