‹ Œuvres de VauvenarguesChapitre 211 sur 264 · Le fruit du travail est le plus doux des plaisirs · texte numérisé non relu

Le fruit du travail est le plus doux des plaisirs

■ 201. Où tout est dépendant, il y a un maître : l'air ap-

i [Bien— V.]

- [Obscur. — V.] — La pensée est, je crois: Pour ne pas nous mépriser nous-mimes de n'avoir pas le courage (Vy aspirer; la gloire, par exemple. — G.

'• Var. : « Le dégoût est un témoignage d'indigestion et de faiblesse. »

* [Très-beau. — V.] — C'est k Pascal que Vauvenargues répond. — G.

partient à l'homme, et l'homme à l'an*; et rien n'est à soi, ni à part '.

202. O soleil î ô pompe des cieux ! qu'êtes-vous? Nous avons surpris le secret et l'ordre de vos mouvements. Dans la main de l'Être des êtres', instruments aveugles et ressorts peut-être insensibles, le monde, sur qui vous régnez, mériterait-il nos hommages? Les révolutions des empires, la diverse face des temps, les nations qui ont dominé, et les hommes qui ont fait la destinée de ces nations mômes, les principales opinions et les coutumes qui ont partagé la créance des peuples dans la religion, les arts, la morale et les sciences, tout cela, que peut-il paraître? Un atome presque invisible', qu'on appelle l'homme, qui rampe sur la face de la terre, et qui ne dure qu'un jour, embrasse en quelque sorte d'un coup d'œil le spectacle de l'univers dans tous les âges^.

203. Quand on a beaucoup de lumières, on admire peu ; lorsque l'on en manque, de même. L'admiration marque le terme de nos connaissances, et prouve moins, souvent.

' Cette Maxime paraît obscure. Il semble que Vauvenarguos a voulu prouver l'existence de Dieu par la dt''pendance mutuelle des différentes parties de l'univers, dont aucune ne peuts'isoler des autres, ni subsister par elle-niôme. On n'entend pas ce que veut dire l'air appartient à l'homme, et Vhomme a l'air. L'homme ne peut se passer d'air; mais l'air existerait fort bien sans l'homme. Appartient veut-il dire participe de la natute, etc. ? Alors l'idée d'appartenir n'a plus de liaison sensible avec l'idée de dépendance exprimée dans la première phrase. Il y a, je crois, abus de mots. — S. — Voltaire trouve cette pensée /brf helle , et l'on a peine à comprendre que Suard la trouve obscure. Vauvenargues n'a nullement songé à prouver l'existence de Dieu ; il a voulu exprimer cette idée, sur laquelle il revient souvent, qu'il n'y a d'indépendance absolue ni pour les personnes, ni pour les choses, et que, toutes étant mutuellement dépendantes, chacune a son maître. Sans doute, Vair existerait fort bien sans l'homme, si Dieu l'avait voulu; mais, comme il est permis de supposer que l'air a été fait;>o?// l'homme, on peut dire que l'air appartient à l'homme, aussi bien que l'homme appartient à l'air, sans lequel il ne pourrait vivre. Il n'y a pas là le moindre abus de mots. — G.

- Var. : < Dans la main d'un roi invisible, esclaves soumis, » et re'is;orts, etc.

^ Var. « In homme, du creux d'un rocher, et comme un atdme presque invisible, » embrasse, etc.

* Ici, Vauvenargues se rencontre avec Pascal, pour établir la supériorité de l'homme sur la nafuro. — (Voir Pa<;rril, — I"" jinriir'. art. IV, pensée 6.) — G.

la perfection des choses , que l'imperfection de notre esprit ' .

*20!\. Ce n'est pas un grand avantage d'avoir l'esprit vif, si on ne l'a juste : la perfection d'une pendule n'est pas d'aller vite, mais d'être réglée.

205. Parler imprudemment et parler hardiment, est presque toujours la même chose; mais on peut parler sans prudence, et parler juste ; et il ne faut pas croire qu'un homme a l'esprit faux, parce que la hardiesse de son caractère ou la vivacité de son humeur lui auront arraché, malgré lui-même, quelque vérité périlleuse.

206. Il y a plus de sérieux que de folie dans l'esprit des hommes. Peu sont nés plaisants ; la plupart le deviennent par imitation , froids copistes de la vivacité et de la gaîté *.

207. Ceux qui se moquent des goûts sérieux aiment sérieusement les bagatelles •'.

208. Différent génie, différent goût : ce n'est pas toujours par jalousie que réciproquement on se rabaisse.

209. On juge des productions de l'esprit comme des ou-" vrages mécaniques. Lorsque l'on achète une bague, on dit : celle-là est trop grande, l'autre est trop petite; jusqu'à ce qu'on en rencontre une pour son doigt. Mais il n'en reste pas chez le joaillier, car celle qui m'est trop petite va fort bien à un autre.

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