I.E PETIT SOTI.IEK
qui II! rrnd à ri'tdiaraïul. Je viens de le tirer de leurs mains. .Mais les voilà qui te poursuivent. Regarde.
11 étendit le liras ver» la Cité. I.e= perquisitions en effet paraissaient y continuer. Les rumeurs se rapprochaient. La tour de la maison du Lieutenant, située vis-à-vis la Grève, était jileini* de hruit et de clarti's, et l’on voyait des soldats courir sur le ipiai opimsé, avtv des torches et C(>s cris : - L'éfeyiitienne ! où est ré};ypti(“nne? .Mort! mort!
— Tu vois hien qu'ils te |ioursnivent, (*t que je ne te mens pas. .Moi, je t’aime. — .N'ouvre pas la honche, ne me parle plutôt pas, si c’est |Minr me dire que tu me hais. Je suis dés-idt' à ne plus entendre cela. ■ Je viens de te sauver. — Laisse-moi d'alwinl achever. — Je puis le sauver tout à fait. J'ai tout préjiaré. C’est à toi de vouloir, (àinmie lu voudras, je pourrai.
n s'interrompit violemment. — Non, ce n’est pas cela qu’il faut dire.
Kt courant, et la faisant courir, car il ne la lâchait pas, il marcha droit an gila'l, l't le lui montrant du doi"t : - Choisis entre nous dc-iix, dit-il froidement.
Klle s'arracha de si's mains et lomlta au pied du f,ôhel en embrassant cet appui funèbre. Puis elle tourna sa belle tète à demi, et refjarua le prêtre par-d(‘ssus son épaule. Oti eut dit une sainttt Viergi* au pieu de la croix. Le prètn* était deiiu-uré sans mouvement, le doifït toujours levé vers le •rihet, conservant son };este, comme une statue.
Knfin l'éffyptienne lui dit : — Il me fait encore moins horreur que vous.
.Mors il laissa retomber lentement son bras, <■! rejjarda le |iavé avec un profond accablement. — Si ces pierres |iouvaient parler, murmura-t-il, oui, elles diraient que voilà un homme bien malheureux.
Il reprit. La jeune fille, aj^enouillée devant l<> gibet et noyix’ dans sa longue chevelure le laissait parler sans l'interrompre. Il avait maintenant un accent plaintif et doux (|ui contrastait douloumisement avec l’àprelé hautaine (!<■ ses traits.
— Moi, je vous aime. Oh! cela est pourtant bien vrai. Il ne sort donc rien au dehors de ce feu qui me brûle li* coeur ! Hidas! jeune fille, nuit et jour, oui, nuit et jour, cela ne mérite-t-il aucum* pitié? C’est un amour de la nuit et du jour, vous dis-je, c’est une torture. — tlb! je souffre trop,
vu NOTIIE-DAME DE PAItlS.
ma paiivrt' ciifanl ! — C'est une chost* dif;nc de compassion, je \oiis assure. Vous voyez que je vous parle doucement. Je voudrais l)ien que vous n'eussiez [dus cette horreur de moi. — Knfin. un homme qui aime une femme, ce n'est [las sa faute! — Oh! mon Dieu! — Comment! vous ne me [tardonuerez donc jamais? Vous me haïrez toujours ! C'i'sl donc (iiii ! C'est là ce ([ui me rend mauvais, voyez-vous, et horrihle à moi-mème! — Vous ne me refjardez seidement pas! Vous [)cusez à autre cliose peut-être taudis (jiie je vous [tarie dehoul et frémissant sur la limite de notre éternité à tous deux! — Surtout ne me [tariez pas de l'ttflicier! — (Juoi! je me jetterais à vtts };enoux, qiuti ! je baiserais, non v(ts [tieds, vous ne voudriez [tas, mais la terre qui est sous vos [tieds, (|uoi ! je sangloterais c(tmme un enfant, j'arracherais de ma [siitrine, n<tn des [tarctles, mais mon emur et mes entrailles, [tour vous dire que je vous aime, tout serait inutile, t<tut! — Kt cependant vou* n'avez rien dans l'àine ([ue de tendre et de clément, vous êtes rayonnante de la plus belle douceur, vous êtes tout entière suave, Itonne, miséricordieuse et charmante. Hélas! vous ti'avez de méchanceté (|ue [tour iiKti seul! Oli! ([uelle fatalité!
11 cacha son visage dans ses mains. La jeune fille l'entendit [tleurer. C'était la [tremière fois, .\insi debout et secmié par les sanglots, il était plus misérable et [tins suppliant (|u'à genoux. Il pleura ainsi un certain temps.
— .MInns! pttursuivit-il ces premières larmes passées, je ne trouve pas de [taroles. J'avais pourtant bien songé à ce ([lie je vous dirais. Maintenant je tremble et je frissitnne, je défaille à l'instant décisif, je sens quelque clutse de suprême ([iii nous enveloppe, et je balbutie. Oh! je vais tomber sur le [lavé si vous ne prenez pas pitié de moi, pitié de vous. Ne nous condamnez [las tous deux. Si vous saviez combien ji* vous aime ! (|uel cœur c’est que mon cœur ! Oh ! quelle désertion de toute vertu I quel abaudon désespi'-ré de moi-même! Docteur, je bafoue la science; gentilhomme, je déchire mon nom ; [irêtre, je fais du missi-l un oreiller de luxure, je crache au visage de mon Dieu! tout cela pour toi, eiichanteri'sse! [lourêtre plus digne de ton (>nfer! et tu ne veux pas du damné! Oh! que je te dise tout! plus encore, ([iielque chosi' de [dus horrible, oh! plus horrible!...
Kn prononçant ces dernières [laroles. son air devint tout à fait (‘garé. Il Se tut un iiislaut, l't reprit comme se parlant
l.E l'ETlT Sül UEn.
à lui-nu'iiic, fl (l ime voix forte : — Caïn, ((n'as-lii fait de ton frire'.'
ll’y (“lit encore un silence, et il poursuivit : — Ce que j’eu ai fait, Seiffueur? Je l'ai recueilli, je l’ai (dev(“, je l’ai nourri, je l'ai aimé, je l’ai idolâtré, et je l’ai tué! Oui, Sei;;neur, voici qu'on vient de lui ('crasi'r la télé devant moi sur la pierre de votre maison, et c’est à cause de moi, à cause de cette femme, à cause d’elle
Son œil était lia;;ard. Sa voix allait s’éteij,uiant, il répéta encore plusieurs fois, macliinalement, avec d’assez longs intervalles, comme une cloche qui prolonge sa dernière
vibration : — A cause d’elle.... — A cause d’elle Puis sa
langue n’articula plus aucun son perceptible, ses lèvres remuaient toujours cependant. Tout à coup il s’affaissa sur lui-mème comme (jueujue chose qui s’écroule, et demeura à terre sans mouvement, la tète dans les genoux.
Un frôlement de la jeune fille qui retirait son pied de dessous lui le fit revenir. Il passa lentenii'iit sa main sur ses joues creiisi's, et regarda quelques instants avec stiqK'ur ses doigts qui étaient mouillés. — Ouoi! murnmra-t-il, j’ai pleuré I
Et se tournant subitement vers l’égyptienne avec une angoisse inexprimable :
— Ih'las! vous m’avez regardé froidement pleurer! Enfant, sais-tu que ces larmes sont des laves’? Est-il donc bien vrai’? de riioinme qu’on hait rien ne touche. Tu me verrais mourir, tu rirais, üh ! moi je ne veux pas te voir mourir ! Un mot ! un seul mot de pardon ! Ne me dis pas que tu m'aimes, dismoi seulement que tu veux bien, cela suffira, je te sauverai. Sinon.... Oh! l’heure passe, je t’en supplie par tout ce qui est sacré, n’attends pas que je sois redevenu de pierre coniiiK' ce gib(‘l t|ui te réclame aussi! Songe ipie je liens nos deux destinées dans ma main, (|ue je suis insensé, cela est terrible, (|ue je |)iiis laisser tout choir, et qu’il y a au-dessous de nous un abîme sans fond, malheureuse, où ma chute jMiursuivra la tienne durant l’éternité! Un mol de bonté! dis un mot ! rien (|u’un mot !
Elle ouvrit la IkuicIic pour lui répondre. Il sc précipita à -genoux devant elle pour recueillir avec adoration la parole, peut-être attendrie, tjui allait sortir de ses lèvres. Elle lui dit : — Vous êtes un assassin!
Le prêtre la prit dans ses bras avec fureur et sc mil à rire
N0TUE-1)AMK DE PAKIS.
(l’iiii rire ul)ominablc. — Eli bien, oui! assassin! dit-il, pl je t'aurai. Tu ne veux pas de moi pour eselave, tu m’auras pour maître. Je t’aurai. J’ai un repaire où je le traînerai. Tu me suivras, il faudra bien que tu me suives, ou je te livre! Il faut mourir, la belle, ou être à moi! être an prêtre! être à l’apostat! être à l’assassin! dès cette nuit, entends-tu cela? Allons! de la joie! allons! bais«'-moi, folle! La tombe 'ou mon lit!
Son œil pétillait d’impureté et de rage. Sa bouelie laseixe rougissait le eou de la jeune tille. Elle se débattait dans ses bras. 11 la couvrait de baisers éeumanls.
— Ne me mords pas, monstre! eria-t-elle. Ub! l’odieux moine infeel ! laisse-moi ! Je vais l’arracher tes vilains cheveux gris et le les jeter à |)oignées par la face !
11 rougit, il pâlit, j)uis il la lâcha et la regarda d'un air sombre. Elle se crut victorieuse, et poursuivit : — Je te dis que je suis à mon Phœbus, que c’est Phœbus ([ue j'aime, (|ue c’est Phœbus qui est beau! Toi, prêtre, tu es vieux! tu es laid ! Va-t’en !
Il poussa un cri violent, comme le misérable ainjuel on applique un fer rouge. — Meurs donc! dit-il à travers un grincement de dents. Elle vit son affreux regard, et voulut fuir. Il la reprit, il la secoua, il la jeta à terre, et marcha à pas rapides vers l’angle de la Tour-Holand en la traînant après lui sur le pavé par scs belles mains.
Arrivé lâ, il se tourna vers elle : — Une dernière fois veux-tu être â moi'.'
Elle répondit avec force : — Non.
Alors il cria d’une voix haute : — Gudule! Gudule! voici l’égjptienne! vengi'-toi!
La jeune fille se sentit saisir brusquement au coude. Elle regarda. C’était un bras décharné qui sortait d’une lucarne dans le muret qui la tenait comme une main de fer.
— Tiens bien! dit le prêtre. C’est l’égj'ptiennc échappée. Ne la lâche pas. Je vais xhen-her les sergents. Tu la verras pendre.
Un rire guttural répondit de l’intérieur du mur â ces sanglantes paroles. — Hall! hah! hah ! — L’égyplienue vit le prêtre s tdoigner en courant dans la direction du Pont Nolrc- Itame. Un entendait une cavalcade de ce côté.
La jeune fille avait reconnu la méchante recluse. Haletante de terreur, elle essaya de se dégager. Elle se tordit, elle lit