I.K PETIT SOPI.IER
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- — l‘;ir la piirli’.
— Il n’v en a pas.
— l'ar la fcin'ln*.
— Klli> osl Irop élroilc'.
— Klarj'is-la, dil Tristan avec coKtc. N’as-lii pas des pioches?
Du fond de* son antre, la mère, lonjours en arrêt, rof^ardait. Klle n'espérait plus rien, elle ne savait plus ce (|u’elle voulait, niais elli- ne voulait pas qu’on lui mil sa fille.
Henriet Cousin alla chercher la caisse u'ontils des basses œuvres sous le hangar de la Maison-anx-l*ilii‘rs. Il en retira aussi la douhie échelle, qu’il appli(|ua sur-le-champ au gibet, (iinq ou six hommes de la prévôté s’armèrent de pics et de leviers, et Tristan se dirigea avec eux vers la luearm^
— La vieille, dit le prévôt d’un ton sévère, livre-nous celte fille de bonne grâce.
Klle le regarda comme quand on ne comprend pas.
— Tête-Dieu ! reprit Tristan, (|n’as-tn donc à (‘mpêcher cette sorcière d’être pendue comme il jdait an roi?
La misérable se mit à rire de son rire farouche.
— Ce que j’y ai? C’est ma filh*.
L’accent dont elle prononça ce mot lit frissonner jusqu’à llenriel Cousin Ini-même.
— J’en suis fâché, repartit le prévôt. Mais c'est le bon plaisir du roi.
Klle cria en redoublant son rire terrible : — Qu’esl-ce (|ue cela me fait, ton roi? Je te dis que cesl ma fille!
— Percez le mur, dit Tristan.
11 suffisait, pour pratiquer une ouverture assez large, de d(‘sceller une assise de pierre aiwlessous de la lucarne. Ouand la mère entendit les pics et les leviers saper sa forteresse, elle poussa un cri épouvantable, puis elle se mit à tourner avec une vitesse effrayante autour de sa loge, habitude de bête faute ipie la cage, lui avait donnée. Klle ne disait plus rien, mais ses yeux flamboyaient. Les soldats étaient glacés au fond du cœur.
Tout à COU]) cdle i)ril son pavé, rit, et le jeta à deux poings sur les travailleurs. Le pavé, mal lancé, car ses mains tremblaient, ne toucha personne, et vint s’arrêter sons les pieds du cheval de Tristan. Klle grinça des dents.
Cependant, quoiipic le soleil ne fût pas encore levé, il faisait grand jour, une belle teinlt; rose égayait les vieilles cbe-
iCÜ NOTUE-DAME I»E l’AIllS.
minées vermoulues de la Maison-aux-I'iliers. C elait l'iieure où les feiièlres les plus matinales de la ffrande ville s'ouvrent joy«-usement sur les toits. (juel(|iies manants, ({uel(]ues fruitiers* allant aux halles sur leur âne, eommeneaient à traverser la Grève, ils s’arrêtaient un moment devant ee grou|Mde soldats amoncelés autour du Trou aux liais, le considéraient d’un air étonné, et passaient outre.
La recluse était allée s’asseoir jtrès de sa lille, la couvrant de son corps, devant elle, I’omI lixe, écoutant la pauvnenfant (pii ne hougeait pas, et ipii murmurait à voix basse pour toute |)arole : Plicebus ! l'hœbus ! A mesure (jue le travail des démolisseurs semblait s’avancer, la mère se reculait macbinalement, et serrait de |dns en idus la jeune lille contre le mur. Tout à coup la recluse vit la pierre (car elle faisait sentinelle et ne la (piitlait pas du regard) s’ébranler, et elle entendit la voix de Tristan ipii encourageait les travailleurs. Alors elle sortit de l’airaissement où elle était tombée de|)uis ipielques instants, et s’écria, et tandis qu’elle parlait sa voix tantôt diVliirait l’oreille comme une scie, tantôt balbutait comme si tontes les malédictions se fussent pressées sur ses lèvres pour i'*clater à la fois. — Ho! ho! ho! Mais c’est horrible ! Vous ('•tes des brigands ! Est-ix; que vous allez vraiment me prendre ma fille? Je vous dis que c’est ma lille ! Oh ! les lâches ! Oh ! les la(piais bourreaux ! les misérables goujats assassins ! An secours ! au secours ! au feu ! Mais est-ce (pi’ils me prendront mon enfant comme cela? (J“i est-ce donc ((ii’on ap|X‘lle h; bon Dieu?
.Mors s’adressant à Tristan, écumante, l’(pil hagard, à (piaire pattes comme une panthi re, et toute hérissée :
— Approche un peu me prendre ma lille ! EsN-e que tu ne corn|)rends pas (|ue cette femme te dit que c’est sa lille? Sais-tu ce (pie c’est qu’un enfant (|u’on a? Hé! lou|>-cervier, n’as-tu jamais gilé avec ta louve? n’en as-tu jamais eu un louveteau? et si lu as des petits, (piand ils hurlent, est-co ipie tu n’as rien dans le ventre (pie cela remue?
— Mettez bas la pierre, dit Tristan, elle ne tient plus.
Les leviers soulevèrent la lourde assise. C’était, nous
l’avons dit, le dernier rempart d(( la mère. Ell(^ SC jeta dessus, elle voulut la retenir, elle ('gratigna la pierre avec ses ongles, mais le bloc massif, mis en mouvement par six hommes, lui échappa et glissa doucement jus(ju’à terre le long (les leviers de 1er.