‹ Œuvres de Victor Hugo NotreDame de Paris 1482Chapitre 110 sur 114 · I.E PETIT SOTLIEK · texte numérisé non relu

I.E PETIT SOTLIEK

La mèro, voyant l’enlm* faite, tomba devant rouvertiire en travers, barricadant la brèche avec son corps, tordant ses bras, hctirlant la dalle de sa tète, et criant d'une voix enrouée de fatigue qu’on entendait à peine : — Au secours ! au feu ! au feu !

— Maintenant prenez la fille, dit Tristan toujours impassible.

La mère regarda les soldats d'une manière si formidable qu’ils avaient plus envie de reculer (jue d’avancer.

— Allons donc, reprit le prévôt. Uenriet Cousin, loi !

Personne ne fit un pas.

Le prévôt jura : — Tête-Christ ! mes gens de guerre ! peur d'une femme !

— Monseigneur, dit Henriet, vous appelez cela une femme ?

— Elle a une crinière de lion ! dit un autre.

— Allons ! repartit le prévôt, la baie est assez large. Entrez-y trois de front, comme à la brèche de Pontoise. Finissons, mort-.Mahom ! Le. premier (jui recule, j’en fais deux morceaux !

Placés entre le prévôt et la mère, tous deux menaçants, les soldats hésitèrent un moment, puis prenant leur parti, s’avancèrent vers le Trou aux Hats.

Quand la recluse vit cela, elle se dressa brusquement sur les genoux, écarta ses cheveux de son visage, puis laissa retomber ses mains maigres et écorchées sur scs cuiss«‘s. Alors de gross«’s larmes sortirent une à une de ses yeux, elles descendaient par une ride le long de ses joues comme un torrent par le lit qu’il s’est creusé. En même tt'inps elle se mit à parler, mais d’une voix si supjiliante, si douce, si soumise et si joignante, qu’à l’entour de Tristan jilus d’un vieil argousin qui aurait mangé de la chair humaine s’essuyait les yeux.

— Messeigneurs ! messieurs les sergents, un mot ! C’est une chose qu’il faut que je vous dise. C’est ma fille, voyezvous? ma chère petite fille que j’avais perdue! Fàoutez. C’est une histoire. Figurez-vous (|ue j(! connais très bien messieurs les sergents. Ils ont toujours été bons jHuir moi dans le temps ([lu; les petits garçons me jetaient des pierres parce que je faisais la vie d’amour. Voyez-vous? vous me laisserez mon enfant, quand vous saurez! .le suis une pauvre fille de joie. Ce sont les bohémiennes qui me l’ont volée.

NOTt\R-DAME DE l'AfÜS.

Môme (jue j';ii gardé son soulier (|uinzi: ans. Tenez, le voilà. p]lle avait ce pied-là. .\ Reims ! La Clianlellenrie, rue Folle- Peine ! Vous avez connu cela pciil-«'lre. L’était moi. Pans votre jeunesse, alors, c’était un lM*an temps. On passait de bons (piarts d’heure. Vous aurez pitié de moi, n’est-ce ^las. messeigneurs? Les égv|)tiennes me Font volée, elles me I ont ca(diée (piinze ans. Je la croyais morte. Figurez-vous, mes bons amis, <|ue je la croyais morte. J’ai passé ijiiinze ans ici, dans cette cave, sans feu l’Inver. C’est dur, cela. Le pauvre cher petit soulier ! J'ai tant crié une le bon Dieu m’a entendue. Cette nuit, il m’a rendu ma tille. C’est un miracle du bon Dieu. Elle n’était pas morte. Vous ne me la prendrez jias, j’en suis sûre. Encore si c’était moi, je ne dirais pas. mais elle, une enfant de seize ans ! laissez-lui le temps de voir le soleil ! — Qn’est-ce (ju’elle vous a fait? rien du tout. Moi non plus. Si vous saviez (pie je n’ai qu’elle, (pie je suis vieille, que c’est une bénédiction (pie la sainte Vierge m’envoie. Et puis, vous êtes si lions tous! Vous m* saviez pas (pie c’était ma tille, à présent vous le savez. Oli ! je l’ainu' ! Monsieur le grand prévi'it, j’aimerais mieux un trou à mes entrailb's (pi’une ('■gralignure à son doigt ! C’est vous (pii avez l'air d’un bon seigneur ! Ce que je vous dis là vous expliipie la chose, n’est-il pas vrai? Oh ! si vous avez eu une mere, monseigneur ! vous êtes le capitaine, laissez-moi mon enfant ! Considérez que je vous prie à genoux, comme on prie un Jésus-Christ ! Je ne demande rien à personne, je suis de Reims, messeignciirs, j’ai un petit champ do mon oncle Mahiet Pradon. Je ne suis pas une mendiante. Je ne veux rien, mais je veux mon enfant! Oh! je veux garder mon enfant ! Le bon Dieu, (pii est le maître, ne me l’a pas rendue pour rien ! liC roi ! vous dites le roi ! Cela ne lui fera déjà pas beaucoup de plaisir qu’on tue ma petite tille ! Et puis le roi est bon ! C’est ma tille ! c’est ma tille, à moi ! elle ii’est pas an roi ! elle n'est pas à vous ! Je veux m’en aller ! nous voulons nous en aller! Entiii, deux femmi's qui passent, dont Tune est la mÎTC et l’antre la fille, on les laisse passer! Laissez-nous passer ! nous sommes de Reims. Oh ! vous êtes bien bons, messieurs les sergents, je vous aime tous. Vous ne me prendrez pas ma ch('re |»etite, c’est inqKissible ! K'est-ee pas que c’est tout à fait impossible ? .Mon enfant ! mon enfant !

^'ous n’essaicrons pas de donner une id(V de son ge.sle, de

Page 1