‹ Œuvres de Victor Hugo NotreDame de Paris 1482Chapitre 33 sur 114 · AllIS A Vül. Ü’ÜISEAU · texte numérisé non relu

AllIS A Vül. Ü’ÜISEAU

un matin de grande fêle, an soleil levant de IVujnos on de la Pentecôte, montez sur qnel(iue point élevé d’où vous dominiez la capitale entière, et assistez à l’éveil des carillons. Voyez à un signal parti du ciel, car c’est le soleil (pii le donne, ces mille églises tressaillir à la fois. Ce sont d’abord des tintements épars, allant d’une église à l’autre, comme lorsque des musiciens s’avertissent qu’on va commencer ; puis tout à coup voyez, car il semble ([u’en certains instants l’oreille aussi a sa vue, voyez s’élever au même moment de chaque clocher comme une colonne de bruit, comme une fumée d’harmonie. D’abord, la vibration de cliaipic cloche monte droite, pure et pour ainsi dire isolée des autres, dans le ciel splendide du matin. Puis, peu à peu, en grossissant elles se fondent, elles se mêlent, elles s’effacent l’une dans l’autre, elles s’amalgament dans un magnifique concert. Ce n’est plus ipi’une masse de vibrations sonores ipii se dégage sans cesse des innombrables clocbers, qui Hotte, ondule, bondit, tourbillonne sur la ville, et prolonge bien au delà de l’horizon le cercle assourdissant de ses oscillations. Cependant cette mer d’harmonie n'est point un chaos. Si grosse et si profonde (pi’elle soit, elle n a point perdu sa transparence. Vous y voyez serpenter à part cbaijue groupe de notes ipii s’iichappc des sonneries ; vous y pouvez suivre le dialogue, tour à tour grave et criard, de la crécelle et du bourdon; vous y voyez sauter les octaves d’un clocher à l’autre ; vous les regardez s’élancer aihies, légères et sifllantcs de la cloche d’argent, tomber cassées et boiteuses de la cloche de bois ; vous admirez au milieu d’clhîs la riche gamme qui descend et remonte sans cesse les sept cloches de Saint-Eustache ; vous voyez courir tout au travers des notes claires et rapides qui font trois ou quatre zigzags lumineux et s'évanouissent comme des éclairs. Làbas, c’est l’abbaye Saint-Martin, chanteuse aigre et fêlée ; ici, la voix sinistre et bourrue de la Bastille ; à l’autre bout, la grosse Tour du Louvre, avec sa basse-taille. Le roval carillon du Palais jette sans relâche de tous côtés des trilles resplendissants sur lesipiels tombent à temps égaux les lourdes couppetées du beffroi de Notre-Dame, qui les font étinceler comme l’enclume sous le marteau. Par intervalles vous voyez passer des sons de toute forme qui viennent de la trijile volée de Saint-Germain-des-Prés. Puis encore de temps en temps cette masse de bruits sublimes s’entr’ouvre

el donne passage à la stretle de l’Ave-Maria qui éclate et pétille comme une aigrette d’étoiles. Au-dessous, au plus profond du concert, vous distinguez confusément le chant intérieur des églises qui transpire à travers les pores vibrants de leurs voûtes. — Certes, c’est là un opéra cjui vaut la peine d’être écouté. D’ordinaire, la rumeur qui s échappe de l’aris le jour, c’est la ville qui parle; la nuit, c’est la ville (jui respire : ici, c’est la ville qui chante. Prêtez donc l'oreille à ce tutti des clochers, répandez sur l’ensemble le murmure d’un demi-million d’hommes, la plainte éternelle du fleuve, les souflles infinis du vent, le quatuor grave el lointain des quatre forêts disposées sur les collines de l’horizon comme d’immenses nufïets d’orgue, éteignez-y ainsi que dans une demi-teinte tout ce que le carillon central aurait de Iro]) rauque et de trop aigu, et dites si vous connaissez au monde (pielque chose de plus riche, de plus joyeux, de plus doré, de plus éblouissant (pic ce tumulte de cloches et (le sonneries ; (pic cette fournaise de musique ; (pie ces dix mille voix d’airain chantant à la fois dans des flûtes de pierres hautes (le trois cents pieds; (pie C(Hte cité (pii ii’esl plus (pi’iiii orchestre; (piécette syiiqihonie qui fait le bruit d une tenqiête.

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