‹ Œuvres de Victor Hugo NotreDame de Paris 1482Chapitre 68 sur 114 · I.ASCIATE DOM SPERANZA · texte numérisé non relu

I.ASCIATE DOM SPERANZA

d'eau, mais bientôl ce triste travail d’uii cerveau malade s’était rompu de lui-même dans sa tête et l’avait laissée dans la stupeur.

Un jour enliii ou une nuit (car minuit et midi avaient même couleur dans ce sr'|)ulere), elle entendit au-<lessus d’ell(! un liruit plus fort (|iie celui (|ue faisait d’ordinaire le ^uii(di(‘tier (piand il lui apportait son pain et sa (Tiiclie. Klle leva la tête, et vit un rayon rougeâtre passer à travers les fentes de l’espèce de porte ou de trappe pratiouée dans la voûte de \"ni-p(tce. Kii mêiiu^ temps la lourde ferrure cria, la trappe grinça sur ses gonds fouillés, tourna, et elle vit une lanterne, une main et la partie inférieunî du corps de? deux hommes, la porte étant trop basse pour ((u’elle pût apercevoir leurs tètes. La lumièn; la blessa si vivenuuit (ju’elle ferma les yeux.

(Jiiand elle les roijvrit, la porte était refermée, le falot était ])osé sur un degré de l’escalier, un homme, seul, était debout devant elle. Une cagoule noire lui tombait jusqu’aux pieds, un eafîardum de même couleur lui cachait le visage. Un ne voyait rien de sa personne, ni sa face ni ses mains, (i’était un long suaire noir qui se tenait debout, et sons lequel on sentait remuer quel(jue chose. Elle regarda lixement quelques minutes cette espèces de spectre. Cependant, elle ni lui ne parlaient. Un eût uil deux statues (jui se confrontaient. Deux choses seulement semblaient vivre dans le caveau ; la mèche de la lanterne (jiii pi'tillait à cause de riiumidilé de l’atmosphère, et la goutte d’eau de la voûte qui coupait cette crépitation irrégulière de son cla|)otemenl monotone et faisait Inunhler la luinièn' de la lanterne en moires concentriques sur l’eau huiltuise de la mare.

Enfin la prisonnière rompit le silence : — Qui êtes-vous?

— Un prêtre.

Le mot, l’accent, le son de voix, la firent tressaillir.

Le prêtre poursuivit en articulant sourdement : — Etes-vous préparéi^?

— A (juoi?

— A mourir.

— Oh! dit-i'lle, sera-ce bientôt?

— Demain.

Sa tête, qui s’était levée avec joie, revint frapper sa poitrine. — C’est encore bien long! imirmura-t-elle; (|ii’est-<'e que cela leur faisait, aujourd’hui?

3(14 . NOTRF.-riAME l»E PARIS.

— Vous êtes doue trôs malhoureuso? demanda le prtMre après un silence.

— J'ai liien Froid, r('pondil-elli‘.

Elle prit ses pieds avec s(>s mains, gesle lialnlnel aux inalhenreux qui ont Froid cl (|iit‘ nous avons d(‘jà vu Fain* à la recluse de. la Tour-lloland, t'I ses dénis claquaient.

Le prèlre |)arul promener de dessous son capuchon ses yeux dans le cachot.

— Sans lumière! sans Feu! dans l'eau! c’i'st horrible!

— Oui, r(‘pondit-<‘lltï avec l'air étonné (jue le malheur liij avait donné, la; jour »‘St à tout le monde. l’our(|uoi ne me donne-t-on (jue la nuit?

— Savez-vous, reprit le pn'tre après un nouveau silence, poun|uoi vous êtes ici'?

— Je crois que je l'ai su, dil-elle en passant ses doifjts maigres sur ses sourcils comme pour aider sa mémoire, mais je ne le sais plus.

Tout à coup elle se mil ;i pleurer cnmme un enfant. — Je voudrais sortir d’ici, monsieur. J'ai Froid, j’ai peur, et il y a des hèles qui me montent le long du corps.

— Eh bien, suivez-moi.

En parlant ainsi, le prêtre lui prit le bras. La malheureuse était gelée jusque dans les entrailles, cependant cette main lui fit une impression de froid.

— Oh ! murmura-t-elle, c’est la main glacée de la mort . — Qui êtes-vous donc?

Le prêtre releva son capuchon. Elle regarda. C'était c'i' visage sinistre (|ui la poursuivait depuis si longtemps, cette tête de démon ({ui lui était apparue chez la Falonrdel au-dessus de la tête adorée de son l'hœhus, cet œil qu'elle avait vu pour la dernière fois briller près d’un poignard.

Cette apparition, toujours si fatale pour elle, et tpii l’avait ainsi poussée de malheur en malheur jusqu'au supplice, la tira de son engourdissement. Il lui sembla que l’espèce de voile qui s’était épaissi sur sa mémoire se déchirait. Tons les détails de sa lugubre aventure, depuis la scène nocturne chez la Falonrdel jusmi’;t sa condamnation à la roiirnelle, lui revinrent à la fois dans l’esprit, non pas vagues et confus comme jus(|u'alors, mais distincts, crus, tranchés, palpitants, terribles. Ces souvenirs îi demi t'fïacés, et presque oblitérés par l’excès de la souiïrance, la sombre* ligure qu’elle avait devant elle les raviva, comme l'approche du feu Fait

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