‹ Œuvres de Victor Hugo NotreDame de Paris 1482Chapitre 70 sur 114 · I.ASCIATE UCNl SPEUAN'ZA · texte numérisé non relu

I.ASCIATE UCNl SPEUAN'ZA

]H‘iili“ ili' IV-iilVr? — alors jo no m'appartins plus. L'autre Imut (lu fil (|ui‘ l(! démon m'avait attaché aux ailes, il l’avait noué i'i ton pied. Je devins vagutî et errant comme toi. Je t’attendais sous les porches, j(‘ t’épiais au coin di’s rues, je le f,mellais du haut de ma lotir. Lhatpie soir, je reiilrais en moi-niènie plus charmé, |)lus désespéré, plus (‘iisorcelé, plus perdu !

J'avais su (jui tu étais, éfivptienne, hohémienne, gitane, zingara, comment douter de la magie? Kcoute. J'espérai qu'un procès me débarrasserait du charme. Une soreièrt' avait enchanté Bruno d’Ast, il la fit hrùler et fut guéri. Je le savais. Je voulus essayer du remède. J’essayai d’ahord de. te faire interdire le parvis Notre-Dame, es|)érant t’ouhiier si tu ne revenais plus. Tu n’en tins compte. Tu revins. Puis il me vint l’idée de t’enlever. Une nuit je le tentai. Nous étions deux. Nous te tenions déjà, quand ce misérable officier survint. Il te dtilivra. Il commentait ainsi ton malheur, le mien et le sien. Enfin, ne sachant plus que faire et (jue devt'iiir, je te dénonçai à l'offieial. Je pensais que je serais guéri, comme Bruno d’Ast. Je pensais aussi confusément qu’un procès te livrerait à moi, que dans une prison je te tiendrais, je t’aurais, que là tu ne pourrais m’échapper, que tu me possédais depuis assez longtemps pour que je te possédasse aussi à mon tour. Quand on fait le mal, il faut faire tout le mal. Démence de s’arrêter à un milieu dans le monstrueux! L’extrémité du crime a des délires de joie. Un prêtre et une sorcière pt'uvent s’y fondre en délices sur la hotte de paille d’un cachot !

Je te dénonçai donc. C’e^st alors que je t’épouvantais dans mes rencontres. Le complot que je tramais contre toi, l’orage qu(t j’amoncelais sur ta tête s'ià hajjpait de moi en menaces et en éclairs. Cependant j’hésitais (meore. Mon projet avait des cotés effroyables qui me faisaient reculer.

Peut-être y aurais-je renoncé, peut-être ma hideuse pensée SC serait-elle desséchée dans mon cerveau sans porter son fruit. Je croyais qu’il dépendrait toujours de moi de suivre ou de rompre (’e procès. Mais toute mauvaise pensée est inexorable et veut (levenir un fait ; mais là où je nie croyais tout-puissant, la fatalité était plus puissante que moi. Hélas! hélas ! c’est elle qui t’a prise et (jui t’a livrée au rouage terrible de la machine que j’avais ténébreusement construite! — Ecoule. Je touche à la lin.

NOTRE-DAME DE PARIS

I a jour, — par un autre beau soleil, — je vois passer devant moi un homme (jui prononce ton nom et ipii rit et ipii a la luxure dans les yeux. Damnation! je l’ai suivi. Tu sais le reste.

II se tnt. La jeune tille ne put trouver qu’une parole:

— 0 mon Phœhus!

— Pas ce nom! dit le prêtre en lui saisissant le bras avec violence, ^e prononce pas c<‘ nom! (Ih! misérables que nous sommes, c’est ce nom qui nous a |H‘rdus! On pinlêl nous nous sommes tons perdus les uns les antres par l'inexplicable jeu de la fatalité! — Tu soulïres, n’esl-cc pas’/ lu as froid, la nuit te fait aveugle, le cacbol t’envelo|)pe, mais pent-èire as-tu encore (|uel(nie lumière au fond de toi, ne lùl-ce (pie ton amour d'enfant pour cet homme vide (pii jouait avec, ton cœur! Tandis que moi, je porte le cachot au dedans de moi, au dedans de moi est l'iiiver, la glace, le désespoir, j’ai la nuit dans l’ilme. Sais-ln tout ce (jue j’ai souffert’? .l'ai assisté à ton procès. J’étais assis sur le banc d(‘ l'official. Oui, sous l'im de cc's capuces de prêtre, il y avait les contorsions d’un damné. Quand ou t a aimméi*, j’étais là; quand on t’a interrogià-, j’étais là. — Caverne de loups! — C’était mon crime, c’était mon gibet que je voyais se (lres.ser lentement sur ton front. A chaque témoin, h cha(jue preuve, à cha(pie plaidoirie, j’étais là ; j’ai pu compter chacun de tes pas dans la voie tfoulourcn.se; j’étais là encore (juand cette bête féroce... — Oh! je n’avais pas prévu la torture ! — Ecoule. Je t’ai suivie dans bi* chambre de douleur. Je t’ai vu déshabiller et manier demi-nue par les mains infâmes du tourmcnteiir. J’ai vu ton pied, ce pied où j’eusse voulu pour un empire dtqioser un seul baiser et mourir, ce pi('d sous lequel je sentirais avec tant de délices s’(H raser ma tête, je l’ai vu enserrer dans l’horrible brod(xjuin qui fait des membri's d’un être vivant une boue sanglante. Oh! misérable! p('ndant que je vovais cela, j’avais sons mon suaire un poignard dont je me labourais la poitrine. Au cri que tu as poussé, je l’ai enfoncé dans ma chair; à un second cri, il m’entrait dans le cœur! Ib'garde. Je crois que cela saigne encore.

il ouvrit sa soutane. Sa poitrine en effet était déchirée comme par une griffe de tigre, et il avait au liane une plaie assez large et mal fermée.

La prisonnière recula d’horreur.

i.ASCiATi- (h;ni sprranza. nii

— Oli ! dil le prèlr<', jciino lillc, aie jiilie d(' moi ! Tu le erois malheiireiiîH', lu’Ias ! ludas ! lu ne sais pas ce ipie e'esl ipie le niallieur. Uli ! aimer une l'ennne ! èire piètre ! être haï ! I aimer de lonles l(‘s t’nrenrs d(‘ son âme, sentir (pi’oii domierail pour lt‘ moindre de ses sourires son san*;, ses entrailles, sa renoinme'e, son salut, rimmorlalilé et l'idernilè, cette vie et l'antre; re;iretter de ne pas être roi, génie, empereur, archange, dieu, pour lui mellre un idns grand eselave sons les piids ; réireindre imil el jour de ses rèv»>s et de ses pensi’es ; et la xoir amonrensi' d’niu> livriV île soldat ! et n’avoir à lui idïrir (pi'nne sale soutane de prêtre dont elle aura peur el dégoût ! Ktre présent, avec sa jalousie et sa rage, tandis ipi'elle prodigue à un misérable fanfaron imbécile des trésors d’amour et de beauté ! Voir ce corps dont la forme vous brûle, ce sein nui a tant de douceur, cette chair palpiter et rougir sous les baisers d’un autre ! 0 ciel ! aimer son pied, son bras, son épaule, songer à ses veines bleues, à sa |H‘au brune, jusipi’à s’e-n tordre des nuits entières sur le pavé de sa cellule, et voir toutes les caresses qu’on a rêvées pour elle aboutir à la torture! iN’avoir réussi ipi’à la coueber sur le lit di“ cuir ! Ob ! ce sont là les véritables tenailles rongies an feu de l’enfer ! Ob ! bieidieureux celui qu’on scie entre deux planches, et qu’on écartèle à quatre chevaux ! — Sais-tu ce que c’est que ce sup|»liee ipie vous font subir, durant les longues nuits, vos artères qui bouillonnent, votre cœur qui creve, votre tête qui rompt, vos dents qui mordent vos mains ; tourmenteurs acharnés qui vous retournent sans relâche, comme sur un gril ardent, sur une pensée d’amour, di‘ jalousie et de désespoir ! Jeune lille, grâce ! trêve un moment! un peu de cendre sur cette braise ! ?!ssuie, je t'en conjure, la sueur ijui ruisselle à grosses gouttes de mon front ! Knfant ! torture-moi d’une main, mais caresse-moi de l’antre! Aie pitié, jeune fille ! aie pitié de moi !

Le prêtre se roulait dans l’eau de la dalle el se marlelail le crâne aux angles des marches de pierre. La jeune fille l’éconlail, le regardait. Quand il se lut, épuisé el haletant, elle répéta à demi-v(éix : — 0 mon l'Inebiis !

Le prêtre se traîna vers elle â deux genoux.

— Je l’en supplie, cria-t-il, si lu as des entrailles, ne me repousse pas ! On ! je t’aime ! je suis un misérable ! Quand tu dis ce nom, malheureuse, c’est comme si In broyais entre

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les dents loules les libres de mon eœiir I Gràee ! si In viens de l’enfer, j’y vais avec loi. J’ai lout fait |tonr cela. L’enfer on tu seras, e’esi mon paradis, la vue est j)lus eliarnianle (]ue celle de Hieii ! I lli ! dis! lu lie veux doue pas de moi? Le jour où une l'emiue repoiis.'ierail un paivil aiiioiir, j'aurais ei-ii ipie les moiila^nies remiieraieiil. Illi ! si lu voulais!... (Ili ! ipie nous |MiuiTioiis être heureux ! IS'ous fuirions, — je le ferais fuir, — nous irions (|ueliine part, nous ehereherions l’endroit sur la terre où il y a le plus de soleil, le plus d’arbres, le plus de ciel bleu. .Vous nous aimerions, nous verserions nos deux âmes l’iiiie dans l'aiilre, et nous aurions une soif inextinguible de nous-mêmes tpie nous étancherions en (01111111111 et sans cesse à celle coupe d’intarissable amour !

Klle rinlerrompil avec un rire terrible cl éclatant. — Hegardez donc, mon père ! vous avez du sang après les ongles !

Le prêtre demeura ipiebjues inslanis comme pétrifié, l’œil fixé sur sa main.

— Eb bien, oui! reprit-il enfin avec, une douceur étrange, outrage-moi, raille-moi. accabliMiioi ! mais viens, viens, flàtons-noiis. C'est pour demain, le dis-je. Le gibet de la Grt-ve, tu sais? il est toujours [irêt. C’est horrible! te voir marcher dans ce lonibereaii ! Oh! gràee! — Je n’avais jamais senti comme à présent à ipiel point je l’aimais. — Oh! suis-moi. Tu prendras le temps de m’aimer aprt's que je l’aurai sauvée. Tu me haïras aussi longtemps que tu voudras. .Mais viens, lleniain ! demain ! le gibet ! ton supplia* ! Oh ! sauve-toi ! épargne-moi !

Il lui prit le bras, il était égaré, il voulut renlraîncr.

Elle attacha sur lui son œil fixe.

— Ou’est d('venn mon l'hœbus ?

— ,\b ! dit le pii'*lre en lui lâchant le bras, vous êtes sans pitié !

— (Jii’est devenu Pluebus? répéla-l-elle froidement.

— Il est mort ! cria le jirêlre.

— Mort! dil-<>llc toujours glaciale et immobile; alors que me parlez-vous de vivre ?

Lui ne l'écoulait pas. — Oh ! oui, disait-il comme se parlant à lui-mème, il doit être bien mort. La lame est entré<^ très avant. Je crois ijue j’ai louché le cœur avec la jioinle. Ob ! je vivais jusqu’au bout du poignard I

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