‹ Œuvres de Victor Hugo NotreDame de Paris 1482Chapitre 82 sur 114 · GRÉS ET CRISTAL · texte numérisé non relu

GRÉS ET CRISTAL

niiln- galaiil oflicirr .«’i'lail rplirc avec Flour-ilc-Lys (|iu‘l(jucs moments avant oue Ouasimodo sauvât la condamnée des mains de ('.harniolue. Depuis, dans toutes ses visites au logis (lOndelaurier. il s’élait bien gardé de reparler de celle remme dont le souvenir, après tout, lui était pénible; et de son côté Fleur-de-I.ys n’avait pas jugé politique de lui dire que l’égyptioime vivait. l’hœbus croyait donc la pauvre Similar morte, et (pi'il y avait déjà un ou deux mois de cela. Ajoutons (|ue depuis queb|ues instants le capitaine songeait à Fidiscurilé jiroronde de la nuit, à la laideur surnaturelle, à la voix sépulcrale de l'étrange messager, qui? minuit était passé, (|ue la rue était déserte comme, le soir où le moine-bourru l'avait accosté, et qui* son cbeval soufflait en regardant Ouasimodo.

— L’égyptienne! s’écria-t-il presque effrayé. (Ir çà, vienstu de l’autre monde?

F.l il mit sa main sur la poignée de sa dague.

-- Vile, vile, dit le sourd chercbani à entraîner le cbeval. Par ici !

Pbœluis lui asséna un vigoiimix coup de botte dans la poitrine.

L’œil de Ouasimodo étincela. Il (il un mouvement pour se, jeter sur le capitaine. Puis il dit en se raidissant : — Oh ! que vous êtes heureux tpi’il y ait quelqu’un qui vous aime !

Il appuya sur le mot quelquini, et lâchant la bride du cheval : — Allez-vous-<-n !

Phœbus piqua des deux en jurant. Ouasimodo le regarda s’enfoncer dans le brouillard de la rue. — Oh! disait tout bas le pauvre sourd, refuser cela !

Il rentra dans Notre-Dame, alluma sa lampe et remonta dans la tour. Comme il l’avait pensé, la bohémienne était toujours â la même place.

Du plus loin tju'clle l'aperçut, elle courut â lui. — Seul ! s’écria-t-clle en joignant douloureusement ses belles mains.

— Je n’ai pu le retrouver, dit froidement Ouasimodo.

— Il fallait l’attendre toute la nuit ! reprit-elle avec emj)orlement.

Il vit son geste dt; colère et comprit le rej)roche. — Je le guetterai mieux une autre fois, dit-il en baissant la tète.

— Va-t’en ! lui dit-elle.

11 la quitta. Elle était mécontente de lui. Il avait mieux

NOTRE-DAME DE PARIS

ainn' être maltraité par ollc que de l’affliger. Il avait gard(' toute la douleur pour lui.

A dater de ct^ jour, l’égyptienne ne le vit plus. U cessa de venir à sa cellule. Tout au plus entrevoyait-cllc quelquefois au sommet d’une tour la figure du sonneur niélancoli(|uement fixée sur elli'. Mais dès qu’elle l’a|>ercevail . il disparaissait.

Nous devons dire qu’elle était p('U affligée de cette absence volontaire du pauvre bossu. Au fond du cœur, elle lui en savait gré. Au reste, (Juasimodo ne se faisait |)as illusion à cet égard.

Klle ne le voyait |)lus, mais elle sentait la présence d’un bon génie autour d’elle. Ses provisions étaient renouvelées j)ar une main invisible pendant son sommeil. Un matin, elle trouva sur sa fenêtre une cage d'oiseaux. Il y avait au-<lessus de sa cellule une sculpture qui lui faisait peur. Elle l’avait témoigné plus d’une fois devant Quasimodo. Un matin (car toutes ces choses-là se faisaient la nuit), elle ne la vit plus. On l’avait brisée. Celui qui avait griuq)é jusqu’à cette sculj>tuH! avait dû risquer sa vie.

Quelquefois, le soir, elle entendait une voix cachée sous les abat-vent du clocher chanter comme pour l’endormir une chanson triste et bizarre. C’étaient des vers sans rime, comme un sourd en peut faire.

Ne regarde jws la figure.

Jeune fille, regarde le cœur.

Le cœur d'un beau jeune homme est souvent ditlorme.

11 y a des cœurs où l’amour ne se conserve pis.

Jeune fille, le sapin n’est pas beau.

N’est pas beau comme le peuplier.

Mais il garde son feuillage l’iiiver.

Hélas ! à cpioi bon dire cela ?

Ce qui n’est pas beau a tort d’être;

La beauté n’aime que la beauté.

Avril tourne le dos à janvier.

La beauté est parfaite,

La beauté peut tout,

f.a beauté est la seule chose qui n’existe pas à demi.

Le corbeau ne vole que le jour.

Le hibou ne vole que la nuit.

Le cygne vole la nuit et le jour.

\A CI, EF DR LA PORTE ROUGE. r,5'J

Un malin, ollo vil, on s’ôvoillani, sur .sa fonôlro, doux vases pleins de fleurs. L’un était un vase de cristal foiT beau et fort brillant, mais fêlé. 11 avait laissé fuir l’eau dont on l’avait rempli, et les Heurs qu’il contenait étaient fanées. L’autre était un pot de gros, grossier et commun, mais qui avait conservé toute son eau, ol dont les fleurs étaient restées fraîches et vermeilles.

.le ne sais pas si ce fut avec intention, mais la Esmeralda prit le bouquet fané, et le porta tout le jour sur son sein.

Ce jour-là, elle n’entendit pas la voix de la tour chanter.

Elle s’en soucia médiocrement. Elle passait ses journées à caresser Djali, à épier la porte du logis Gondelaurier, à s’entretenir tout bas de Phœbus, et à émietter son pain aux hirondelles.

Elle avait du reste tout à fait cessé de voir, cessé d’entendre Quasimodo. Le pauvre sonneur semblait avoir disparu de l’église. Une nuit pourtant, comme elle ne dormait pas et songeait à son beau caj)ilaine, elle entendit soupirer près de sa cellule. Effrayée, elle se leva, et vit à la lumière de la lune une masse informe couchée en travers devant sa porte. C’était Quasimodo qui dormait là sur la pierre.

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