‹ Œuvres de Victor Hugo NotreDame de Paris 1482Chapitre 96 sur 114 · I.E RETIIAIT OU DIT SES HEURES · texte numérisé non relu

I.E RETIIAIT OU DIT SES HEURES

cl il sérail vraimenl dommage que la maison n’eùl pas de loil. Non pour la maison, qui csl simple el loute bourgeoise, mais pour les pcinlures de Jehan Fourbaull, qui en égaient le lambris. Il y a une Diane en l'air qni vole, mais si excellenle, si lendre, si délieale, d’une action si ingénue, la tète si bien coiffée et couronnée d’un croissant, la chair si blanche (pi’elle donne de la tentation à ceux qui la regardent trop curieusement. Il y a aussi une Céris. (l’est encore une très belle divinité. Kllè est assise sur des gerbes de blé, et coilTée d’une guirlande galante d’épis entrelacés de salsifis et autres Heurs. Il ne se peut rien voir de plus amoureux que ses yeux, de plus rond (pie ses jambes, de plus noble que son air, de mieux drapé rpie sa jupe. C’est une des beautés les plus innocentes et li;s plus parfaites ([u’ait produites le pinceau.

— Bourreau! grommela Louis \1, où en veux-tu venir’?

— Il me faut un toit sur ces peintures, sire, et, quoique ce soit lieu de chose, je n’ai plus d’argent.

— dombien est-ce, ton toit’?

— Mais... un toit de cuivre historié et doré, deux mille livres au plus.

— .Vb ! l’assassin ! cria le roi. Il ne m’arrache pas une dent (pii ne soit un diamant.

— Ai-je mon loil ‘? dit Coielier.

— Oui! et va au diable, mais guéris-moi.

Jacques Coielier s’inclina profondément el dit : — Sire, e’i’st un réperciissif qui vous sauvera. Nous vous appliquerons sur les reins le grand défensif, coni|)osé avec le c(*rat,le bol d’Arménie, le blanc d’œuf, l’Iniile et le vinaigre. Vous continuerez votre tisane, cl nous répondons de votre majesté.

Cne chandelle (pii brille n’attire pas (pi’nii moucheron. Maître Olivier, voyant le roi en libéralité et croyant le moment bon, s’approcha à son tour ; — Sire....

— (Ju’esl-ce encore'? dit Louis XL

— Sire, votre majesté sait ipie inailrc Simon Radin est mort ‘?

— Kh bien ’?

— C’est qu’il était conseiller du roi sur le fait de la justice du trésor.

— Eh bien ’?

— Sire, sa place est vacante.

XOritE-i)AME DK l'AlllS.

Kii |iai'laiil ainsi, la figure hautaine de maître Olivier avait quitté l’expression arrogante pour l’expression basse. C’est le seul rechange qu’ait une figure de courtisan. Le roi le regarda très en face, et dit d’un ton sec, ; — Je comprends.

11 reprit :

— Maître Olivier, le maréchal de Boucicaut disait ; Il n’est don que de roi, il n’est' j)eschier que en la mer. Je vois (|ue vous êtes de l’avis de monsieur de Boucicaut. Maintenant oyez ceci. Nous avons bonne mémoire. En 68, nous vous avons fait varlet de notre chambre ; en 69, garde du cliàtel du Pont de Saint-Cloud à cent livres tournois de gages (vous les vouliez parisis). En novembre 73, par lettres données à Gergeole, nous vous avons institué concierge du bois de Vincennes, au lieu de Gilbert Acie, écuyer ; en 73, gruyer de la foret de Rouvray-lez-Saint-Cloud, en place de Jacques Le Maire ; en 78, nous vous avons gracieusement assis, par lettres patentes scellées sur double queue de cire verte, une rente de dix livres parisis, pour vous et Votre femme, sur la place aux marchands, sise à l’école Saint- Germain ; en 79, nous vous avons fait griiyer de la foret de Senarl, au lieu de ce pauvre Jehan Baiz ; puis capitaine du château de laahes ; puis gouverneur de Saint-IJuentiii ; |uiis ( apitaine du Pont de Meulan, dont ^ous vous faites appeler comte. Sur les ciii(| sols d'amende que paie tout barbier qui rase un jour de fête, il y a trois s(ds pour vous, et nous avons votre reste. .Nous avons bien voulu changer votre nom de Le Ma lirais, cpii ressemblait troji à votre mine. Eu 7 f, nous vous aMUis (H'troyé, au grami déplaisir de notre iii»bb'sse, des armoiries de mille couleurs qui \oiis font uiu^ |)oitrine de paon. Pas(jue-Dieu ! ii’ètes-vous pas saoul? La peschcrie ii’est-elle |)oint assez belle et miraculeuse? Et ne craignez-vous pas qu’un sauiiiou de plus ne fasse, chavirer votre bateau? L’orgueil vous |H‘rdra, mon (ompère. L’orgueil est toujours talonné de la ruine et de la honte. Considérez ceci, et taisez-vous.

Ces paroles, proiuuicées avec sévérité, firent revenir à l’insolence la physionomie dépitée dt> maître Olivier. — Bon, murmura-t-il presque tout haut, ou voit bien que le roi est malade aujourd'hui. Il donne tout au médecin.

Lftuis XI, loin de s’irriter de cette incartade, reprit avec quelque douceur ; — Tenez, j'oubliais encore <|ue je vous

LE UETltAlT UU blT SES HEI IIES....

ai fait niuii aiubassadciir à Gand prt>s de madame Marie. — Oui, messieurs, ajouta le roi en se tournant vers les llamands, eelui-ei a été ambassadeur. — Là, mon compère, poursuivit-il en s’adressant à maître Olivier, ne nous fâchons pas, nous sommes vieux amis. Voilà (pi’il est très tard. Nous avons terminé notre travail. Hasez-moi.

Nos lecteurs n’ont sans donte pas attendu jusqu'à préseul pour reconnaître dans niailre Olivier » e Figaro terrinlc que la providenc<‘, cette grande faiseust! de drames, a mêlé si artistemenl à la longue et sanglante comédie de Louis XL Ce n’est pas ici que nous enlre|»rendrons de développer cette figure singulière. Ce barbier du roi avait trois noms. A la cour, on l’appelait poliment Olivier le Haini; parmi le |M'uple, Olivier le Diable. Il s’appelait de son vrai nom Olivier le Mauvais.

Olivier le .Mauvais donc resta immobile, boudant le roi, et regardant Jacques Coiclier de travers. — Oui, oui ! le médecin ! disait-il entre ses dents.

— Kli ! oui, le médecin, reprit Louis ,\1 avin; une bonhomie singulière, le médecin a plus de crédit encore que loi. (fest tout simple. Il a jirise sur nous par tout le corps, et tu ne nous liens qm; par le menton. Va, mon pauvre barbier, cela se relroiMCra. One dirais-ln doni', et ipie deviendrait la charge si j'étais un roi comme le roi CInIpcric qui a\ail pour geste de tenir sa barbe d'une main'? ■ — Allons, mon compère, vaque à ton oflice, rase-moi. Va clierclier ce qu'il t<; faut.

Olivier, vovant que le roi avait |»ris le parti de rire et ipi'il n’y avait pas même moyen dir le fâcher, sortit en grondant pour exériiler ses ordres.

la' roi se leva, s'appriM'Iia de la fenêtre, et tout à coup rouvrant avec nue agitation extraordinaire : — Oh ! oui ! s’écria-t-il en battant des mains, voilà une rougeur dans le ciel sur la Cité. C'est le bailli ipii brûle. Ce ne peut être que cela. Ah I mon bon peuple ! voilà donc que tu m’aides enlin à l'écroulement des seigneuries !

Alors, se tournant vers les llamands : — .Messieurs, wnez voir ceci. N’est-<e pas un feu qui rougeoie'?

lajs deux gantois s’approchèrent.

— L’n grand feu, dit Guillaume Rym.

— Oh ! ajouta Coppenole, dont les yeux étincelèrent tout à coup, cela me rappelle le brûlement de la maison du sei-

JîOTIiE-DAME DE P.UilS.

■;iicur il'Hymbenourl. Il doit y avoir une grosse révolte làbas.

— Vous croyez, maître Coppenole ? — Et le regard de Louis XI était presque aussi joyeux que relui du ehaussetier. — N’est-ee pas (ju’il s«‘ra diffirile d'y résister?

— Lroix-Dieu ! sire! voire majesté ébréchera là-dessus bien des conqtagnies de gens de guerre !

- Ah! moi ! c'est dill'érent, repartit le roi. .Si je voulais !...

Le ehaussetier ré|M)iidit hardiment :

— Si cette révolte est ci' (|ue je supp()si‘,vous auriez beau vouloir, sire !

— Lompère, dit Louis XI, avec deux compagnies de mon ordonnance et une volée de ser|)cntinc, on a bon marché d'une |)opulace de manants.

Le ehaussetier, malgré les signes (}ue lui faisait Guillaume Hym. paraissait déterminé à tenir tète au roi.

— Sire, les suisses aussi étaient d(‘s manants. Monsieur le due de llourgogne était un grand gentilhomme, et il faisait li de celte canaille. \ la bataille de Grandson, sire, il criait : (îens de canons ! feu sur ces vilains ! et il jurait par Saint-Georges. Mais l'avoyer Scharnachtal se rua sur le beau duc avec sa massiu' et s(tn pi'uple, et de la rencontre des paysans à |>eaux de buffle la luisante armée bourguignomuî s'iVlata comme une vitre au choc d'un caillou. Il y eut là bien des i hevaliers de tués par des marauds ; et l'on trouva monsieur de Ghàleau-Guyon, le plus grand seigneur de la lloiirgogne, mort avec son grand cheval grisou dans un petit pré de marais.

— L'ami, repartit le roi, vous parlez d'une bataille. Il s'agit d'une mutinerie. Et j'en viendrai à bout (|uand il me plaira de fronci r le sourcil.

L'autre réplitpia avec indifférence :

— Cela se peut, sire. En ce cas, c'est que l'heure du peuj)le n'est pas venue.

(luillaume Hym crut devoir intervenir. — .Maître CopjK'nole, vous parlez à un puissant roi.

— Je le sais, répondit gravement le ehaussetier.

— Laissez-le dire, monsieur Hym mon ami, dit le roi. J'aime ee franc-parler. Mon pt're Charles se^itième disait que la vérité était malade. Je croyais, moi, qu elle était morte, et (|u'elle n'avait jioinl trouve de confesseur. .Maître Coppen oie me détrompe.

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